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Full text of "Conférences publiques [microforme]"

CIHM 


ICMH 


Microfiche 


Collection de 


Séries 


microfiches 


(Monographs) 


(monographies) 

; 



m 



Canadian Inttituta for Hinorical Microraproductiona / Institut canadian da micraraproductions historiqua 






Technical and Bibliographie Notes / Notes technique et bik>liographiques 



The Institute has atfempted to obtain the Ijesl orrginé.1 
copy available for filming. Fealures of this copy which 
may be bibliographically unique, which may alter any of 
the images in tne reproduction, or which may 
significantly change the usual method of filming are 
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Cdoured coveis / 
Couverture de couleur 

Cov irs damaged / 
Couverture endommagée 

Coveis restored and/or lamlnated / 
Couverture resta'jrée et/ou pelliculée 

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Coloured maps / Cartes géographiques en couleur 

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Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

Coloured plates and/or illustiations / 
Planches et/ou illustrations en couleur 

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causer de l'ombre ou de la distorsion le long de 
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within the text. Whenever possible, thèse hâve 
been omitted from filming / Il se peut que certaines 
pages blanches ajoutées lors d'une restauration 
apparaissent dans le texte, mais, lorsque cela était 
passible, ces pages n'ont pas été filmées. 



I I Adcftonal commente/ 

' — ' Commentaires supplémentaires; 



L'Institut a microfilmé le meilleur examplaire qu'il lui a 
été possible de se procurer. Les détails de cet exem- 
plaire qui sont peut-être uniques du point de vue bibli- 
ographique, qui peuvent nx>difier une image reproduite, 
ou qui peuvent exiger une modifications dans la méth- 
ode normale de filmage sont indiqués ci-dessous. 



D 
D 

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D 



Coloured pages / Pages de couleur 

Pages damaged / Pages endommagées 

Pages restored and/or lamlnated / 
Pages restaurées et/ou pelliculées 

Pages discoloured, stained or ioxed / 
Pages décoloiées, tachetées ou piquées 

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slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
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totalement ou partiellement obscurcies par un 
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à nouveau de façon à obtenir la meilleure 
image possible. 

Opposing pages with varylng colouration or 
discolourations are filmed twice to ensure the 
best possible image / Les pages s'opposant 
ayant des colorations variables ou des décol- 
orations sont filmées deux fois afin d'obtenir la 
meilleur image possible. 



Thii item it f ilmw! st ttw réduction rttio chedtsd btlow/ 





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•u taux dt ridiKtion indi<|ti« ei-dtaorn 

14X 1«X 




22X 








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30X 








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28 X 






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Th« eopv filmad hara hM baan raproduead thanka 
10 tha ganaroaity of : 

National Llbrary of Canada 



L'aaamplaira film* fut rapreduii griea è la 
gitnéroaité da: 

Blbllothiqua natlonala du Canada 



Tha imagat appaaring hara ara tha batt quallty 
poaiibla Gonaia^ring tha condition and lagibillty 
of tha original eopy and in kaaping with tha 
fllming eonuact apacificationa. 



Original eopiaa in printad papor covara ara fllmad 
bxginning with tha front covar and anding on 
tha iaat paga with a printad or illuatratad impraa- 
sion, or tha back eowar whan appropriata. AU 
othar original copioa ara filmod baginning on tha 
fini paga with a printad or illuatratad impraa- 
aion. and anding on tha iaat paga with a printad 
or illuatratad impraaaion. 



Tha Iaat racordad frama on aach microfieha 
•hall eontain tha lymboi — ^ (maaning "CON- 
TINUED"). or tha lymboi Y (maaning "ENO"). 
whiehavar appiiaa. 



La« imagaa luivanta* ont été raproduitai avac la 
plu* grand aoin. compta tanu da la condition al 
da la nattaté da i'aaampiaira filmé, al an 
conformité avac laa eonditiona du contrat da 
fllmaga. 

Laa asamplalraa originaux dont la couvartura un 
papiar aat impriméa aont filmé* an commançant 
par la pramiar plat at an tarminant toit par la 
darniéra paga qui comporta una amprainta 
d'Impraaaion ou d'illuitraiion, toit par la tacond 
plat, talon la caa. Toua laa autrat axamplairai 
originaux tant filmé* an commançant par la 
pramiéra paga qui comporta una amprainta 
d'Impraaaion ou d'illuttration at an tarminant par 
la darniéra paga qui comporM una talia 
amprainta. 

Un da* *ymboiaa tuivantt apparaîtra tur la 
darniéra imaga da chaqua microfieha. talon la 
cat: la tymbola —»■ tignifia "A SUIVRE", la 
tymboia ▼ tignifia "FIN". 



Map*, plataa, chara. atc, may ba filmad at 
diffarant raduction ratiot. Thota too larga to ba 
antiraly includad in ona axpotura ara filmad 
baginning in tha uppar laft hand eornar, iaft to 
right and top to bottom. at many framat at 
raquirad. Tha following diagramt illuttrata tha 
mathod: 



Laa cartaa, planchaa. tablaaux, aie, pauvani étra 
fllméa é daa taux da réduction différanit. 
Lortqua la documani att trop grand pour étra 
raproduJt an un taul cliché, il att filmé é partir 
da l'angla tupériaur gaucha. da gaucha é droita. 
at da haut an bat. an pranant la nombra 
d'Imagaa nécataaira. Lat diagrammaa tuivantt 
illuttrant la méthod*. 



1 2 3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



"•ooeorr •bouition un cHAtr 

(ANSI ond ISO TEST CH*«I No. 2) 



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A 



^iPPLIEP IN-I^GE U 



FACULTÉ DES ARTS 



1901-1902 



L'UNIVERSITÉ LAVAL 

(QUÉBEC) 





190M902 



QUÉBEC 

IMPRIMERIE 8.-A. DEMKRS 

30, rue de la Fabrique, 30 

19Ô2 






IMPRIMATUR 

t L-N., Abchiep. Quebeoe». 



QueWci, 28 April», 1902, 



PREMIÈRE CONFÉRENCE 

don n 4a pkr 

M, Adjimoi Ritaib 
rmmnt i1'<I«,u11ot » 1. F«i»ih dn Art. 

L'ORIGINE DU VERS FRANÇAIS 

Monseigneur, 

M. le Reoteor, 

Meaaieun, 

«M objet de ravan, cciddrable. ; maU le, a. -.iens n'avaient 
«perçu „, le hen qui rattache la vie de, mot, à la vie'ntoî 
lectnelle de. peuple., ni le »orct de la formation ™d„eÎ 
. l.^ngue^ Jusqu'au, découverte, récente, de, "X,fra„ 
^ et .^lemande, le, philologue, mal outiUé,. n'^Z^^ 
^ en l,,ce du problème que théorie, arbitraire,, contp! 
»^on. vame, et fiction, illusoire,; heurenx encore. ;u,ndl^ 
-avaient p., été forcé, de .'arrêter .u .euil m^mëde I. 
q«e,.on. comme Nicola, Catherine, qui en 1683 Inl 
lei.,ten«, de. doublet, dan, la langu» francaiae mit! 
pouvoir donner d'e.plication à ce phl.r,W ' """ 

à m, r î^r'"*,* """^ ''•"^"^ d'appliquer la mie u^éthode 
iUtudeph.lo«,r1,.q„ede. langue,, et de découvrir Cloi, 
su-vant le«iuell, .,ai..en, évoluent et ae t«.n,fo™"tt 

'-^"*'«"'" *'<•'«»?«« A«»P<.«..!Boarg«, 1883). 



Mionei, en uo mot de poter U loi de la flliation ilee formée 
à cttti de U flliation dee lens. 

En 1836, un allemand, M. Frédéric Diei,dani une Oram. 
maire comparée dea cinq langues romanes ', appliqua pour 
la première fois à la fonnation de ces idiomes la m<<thode 
historique et comparative, méthode qui, depuis, avec MM, 
Bartech, Mâtiner et Vilmar en AUemsgne, Littri!, Ouessard, 
Paris, Darmesteter en France, Sayce en Angleterre, a éclairé 
d'une vive lumière tout le champ de lu philologie. 

Eu s'aidant de cette méthode, on a pu enfin remonter 
jusqu'aux sources de notre langue, et niortrer comment le 
fran<;ais est sorti du latin, ou mieux par qne'les tiansforma- 
tions successives le latin est devenu le fran(^is. 

Plus récemment encore, quand les belles études de U 
philologie moderne curent éclairci le problème de nos origines, 
des érudils tentèrent d'appliquer les mêmes méthodes aux 
diverses formes du discours français, et en particulier à cette 
forme du langage, dont la puissance étrange et fasoinatrice 
tient du prodige, et qui s'appelle le vere. 

Aujourd'hui, on connaît non seulement la structure inté- 
rieure du vers français, ses lois essentielles et le jeu de 
ses combinaisons rythmiriues, mais encore son histoire, son 
origine, sa filiation. 

Pendant que sur son déclin le latin produisait le franchis, 
la poésie latine en décadence donnait naissance à U poésie 
fhmçaise. 

C'est un fait historique, et nous aurions mauvaise grâce à 
vonloir renier cette origine. 

Nos bons vers français ne sont que de mauvais vers latins : 
qu'est-ce à dire î Que les Romains soient nos maîtres en 
poésie î... Peut-être, mais pas nécessairement. 

Il en est des mots comme des êtres vivants ; leurs trans- 

1 — L'italien, l'espagnol, le français, le portugsi», et le valsque. 



s 






for™.fon. „. «Vient ^o par I. di.«,l„,i„„ d, leur. 
éWment. et „„vo„t, quand U mort paraît ioiminente, 1. 
ve .apprête A jaillir plu. i„te„«, que jara.i.. Il f,„, 
q e le gram de Ué .e d^compo.» au .ei„ ,lu la terre, pou 
W . germer le. .-p,., De „,«,„, a-Uil fallu que. .«.ur do^cr 
n..M.m« au r„n.a„ de, (iuule.. le l.iiu ,1.. oicéron vJcût 
quatre ..èoIe.d.D. „„ ^,at de promùcuit,!. ,,ec de. idiome, 
tarbare^ .e corrompit, .e dé«gr.'.Keat. et .'effaçât enfin 
devant un parler ru,tique et vul«ai«. De mOme encore, 

l.bre. chant, de. «Idat. et do. . .tre. romain., que le mètre 
«rans»i. en Krtit comme une fleur de sa tige 

Mai», pour provenir d'une semence en dëcompo.it,on. le 
froment nen e.t pa. moin, gdndreux. Notre idiuue, i„u du 
«tm populaire, n'e.t peut-être pas inf>!rieur à la langue de 
Ugrande littérature romaine, et 1. versifie ,n française 
poMède de, quahW,, qui. tout en rappelai ia métrique 

Se "' '"'"'"'"• '"' '"'" ""° '*'"'"' P«^"- 

•• RegaHon, le latiu. a dit VabW d'Olivet '. comme un 
-uperbe édifice détruit par le temps, mai, dont le. pierre, 
artistement retaillée,, et autrement placée,, ont .ervi à con- 
. ruire un nouvel édifice, qui. pour n'être pas sur le même 
plan, nen est pas moin, commode, ni moin, régulier, ni 
moin, beau". ' • '" 

Ce, pierre, d'un autre âge. par quel procédé le. a-t-on 
retatlUe, et autrement placier} Quel remaniement leur 
a-l.onfait.ubir. pour qu'au nouveau Parnasse elle, conser- 
vent encore leur richesse et leur éclat ? En d'autre, terme, 
comment I évo ution .'e.t-elle opérée du ver. latin au ve.^ 
français! Quelle est l'origine de notre métrique î 

i-S«»argu,. ,„r la langue franfaiu. Prtfao«._s,/»oii,«„ 
/r«»(«.., par l'.bb* G..«d (nouv. édit, 1782), p. 367. *""''"*"" 



/ 



— 8 — 

Cest l'histoire de plusieurs siècles, de ces siècles indécis 
restes longtemps dans l'ombre, qui ont vu, après la conquête 
des Gaules, se constituer une langue nouvelle, taudis que 
s'opérait» suivant l'expression de M. Villemain, la tranumu- 
tation des peuples vaincus. 

Avant d'aborder ce problème historique, et pour en mieux 
saisir les différentes phases, demandona-nous en quoi consiste 
l'expression poétique, non pas la poésie, mais l'enveloppe 
matérielle de la poésie, le ver». Pour citer un exemple assez 
bien trouvé, quelle différence y a-t-il, au seul point de vue 
de la forme, entre cette phrase de douze syllabes, tirée 
d'Andromaque : 

Vn destin plu> heureux vou» conduit en Eplre, 
et cette autre égah ment de douze syllabes bien comptées : 
J'«ime les poi» vert» surtout avao le canard ? 

Qu'est-ce donc que le vers ? Qu'est-ce que cette forme 
littéraire, qu'on a appelée la spUndeur de la paroU humaiTus, 
et qui, faisant invasion dans les domaines de la musique 
tans se confondre avec die \ devient la médiatrice entre 
l'âme du poète et la nôtre ? 

Un vers, a dit Clair Tisseur, est " une suite de mots reliés 
entre eux par un rythme ". 

On peut croire que l'auteur des Modestes Observations 
sur l'art de versifier n'a pas dit là toute sa pensée. Il savait 
mieux, pour en avoir finement disséqué l'organisme, ce qui 
caractérise le langage des dieux. 

Sa définition conviendrait également à la belle prose et 
aux vers bien cadencés. 

Si en effet le rythme n'est que la succession des sons 
vocaux par groupes proportionnels, ou encore la proportion 

1 — Ebkesi Huio, L'Sotmu, p. 318. 



^! 



^! 



-8 — 

sensible entre groupes «.nore. et .uccessifa. il fout dire qu'U 
y a du rythme, non pas seulement dans les vers, mais aussi 
dans la prose. Et, pour illustrer davantage ce qui a été dit 
detZier"' """ '''''\^^'^^''^. écoutons L péril 
Turenne meurt, tout ,e confond) 1. fortune chancelle- 1. vio 

Ou encore ce passage de Chateaubriand, qui a retrouvé lo 
secret des rythmes propres à la prose. Zet d p^uL^ 
inconnu depuis Bossuet, si l'on en croit M. Faguet ' • 

..tementdep p-J:--^^^^^^^^^ 

Ne 8ont-ce pas là des phrases nombreuse, l et cette prose 
ne peut-elle pas se définiraussi «„e suUe de mot, relU, entre 
eux par un rythme ? 

oufu l-ontlr'"' "' "'""' '""'" ""' O"' '" ""'-»' '« '""'« 

rvtl« i ; ?''' !"" ""'"■ "^^""^ ■'" P™= «"ivant des 
rythmes à la fois très subtils et très réels » 

Gustave Flaubert s'inquiétait du nombre oratoire jusqu'à 

combiner une seule période huit jours entiers, au témoignage 

des Goncourt », pour lui imprimer le mouvement voul^ 

Flutôt que de changer une tournure amphigouriqne. il 

s écnait : Tant pis pour le sen, ; h rythme avant tout » ". 

1 — XIX' Siide, Btuda LitUraira, p. 69. 

2 —Journal, 1. 1, 11 avril 1857. 

3 _ Guy D. Macp„s^„, p,tfa„ .„, Lettre, de Oust. Plwbert. 



— 10- 

Ce soin, qui du reste n'enlève rien à l'immoralité de son 
œuvre, peut paraître exagéré. 

Mais si la définition de Tisseur était complète, il faudrait 
dire que Flaubert ciselait des vers, quand U agençait des 
phrases comme celle-ci, où il parle d'un homme pleurant 
près de sa femme mojrante : 

Intermittente I.m.„,ation de ce pauvre cœur, douce et indi.. 
tmcte, comme le, dernier, éoho. d'une ,ymphome qui .'éloigne. 

Après avoir constaté que cette phrase est soumise à un 
rythme sensible, lisons des vers, celui-ci, par exemple, où 
■Musset a versé son âme : 

Je ne pui,, malgré moi l'inlini me tourmente, 

OU cette strophe de Victor Hugo : 

L'homme est sur un flot qui gronde ; 
L'ouragan tord ,on manteau ; 
Il rame en la nuit profonde ; 
Et l'e,poir s'en ya dans l'onde 
Par les fentes du bateau. 

Qu'est-ce qui caractérise le mouvement de ces vers? 
Cest ce que Tisseur n'a pas dit, ou n'a pas voulu dire La 
prose en effet, se meut suivant des rythmes inégaux et 
valables, complexes et fuyants, et le vers soumet le discours 
à des rythmes fixes, égaux et définis. C'est, entre l'orateur 
et le poète, la aeuU diffirenre vraiment spécifique \ 

La définition que nous avons d'abord rapportée n'est donc 
pas complète. On devrait lire ; le vers est une suite de moto 
reliés entre eux par un rythme difim ou rf«emW,_co 
sont les termes reçus. 



— 11- 

Le rythme défini oq dite>-miné, c'est-à-dire emprisonna 
dans une mesure qui rappelle à intervalles réguliers ses des- 
sins principaux et en prolonge le développement, voilà le 
facteur fondamental, l'élément essentiel et constitutif, la con- 
dition première de toute versification. 

Indéterminé, libre d'allure, sans frein, le rythme peut 
b.en créer pour l'oreille ces attentes aatU/aites dont un poète 
a parlé '; mais, pour éclater dans sa splendeur, il faut au 
rythme l'esclavage du temps ou de l'espace, le nombre ou la 
quanhté, — le nombre qui compte les unités rythmiques, ou 
la quantité qui mesure leur durée. 

Kn d'autres termos, alors que dans la prose se joue déjà 
an rythme indécis et variable, dans le vers des mouvements 
rythmiques se développent qui satisfont pleinement l'oreille 
te vers, a dit Sully. Prudhomme. est ■■ la forme la plus musi^ 
<ale que puisse affecter le langage ^ ", et Combarieu, dans sa 
thèse sur les SappoHs de la Musique et de la Poésie, c'est 
" une transition entre la prose et la musique ^ ". 

Mais quelle est cette forme, qui favorise ainsi l'expansion 
du rythme ? 

Cette forme n'est pas et ne peut pas être fixée. Elle varie 
avec le génie des langues, le goût des temps, l'esprit des 
peuples. On ne scande pas les vers français comme les verS 
anglais ; on ne les fait pas non plus au XX' siècle, comme 
on les faisait au XVII». Ici, on exige du poète qu'il fasse 
alterner les longues et les brèves dans un ordre déterminé • 
là, on lui demande de distribuer dans la phrase des sons 
accentués à intervalles symétriques. Dans une langue la 
durée fi.te la longueur du vers ; dans une autre, c'est le 
nombre. Tantôt, on veut que le retour constant des mêmes 

1 — Siii,ly.Prudbommb, Stjlexion, mr l'arl ia t„,, p. 39. 
2—Réflaciont «r l'art des etrt, D. 37. 
3 -P. H6. 



— 12 — 

formule, imprime au discoure un mouvement puiaeant et 

™mpre la monotonie d'une symétrie trop J^iro 1 de 
«denoe, et des coupure, savantes. Mai, dans toute, Cgue, 
che tous le, peuples, et dan, tous les temp,. les poètes '"«: 
vent toujours la formule qui se prête aux plus riches et aux 
plu. pu.ss.ntes combinaisons; et la forme idéale ZVél 2 

l:ttr;tir ""^ "'"''"'' ' '"^^ '-"»"« <>- -rs:,":: 

J^ltlV"'"'""^^- "' P""" 'ester en France, que le 
^^njmré.U ver, de grande facture, c'est, au X -siècle 
e décasyllabe coupé à la quatrième sylla^; au XVlt' 

ut; e :: '^^r\' '^"^ """"^ '^ »^ ^■-^'^- 

cune et au XIX', le même alexandrin, mais à coune ter 
n..re. d.visé en trois parties, égales ou non. Le prlTr Z 
« souplesse et sa légèreté, convenait, paratt-il, à a „ He!^ 
g«»lo.se de nos pères; le second é.ait bien l'expressln r L 
poés,e noble et sévère du g^nd siècle; e eZe.lrL 
empreinte du romantisme, qui se l'est appropri C 
chacune de ces formes, de structure diverse e d'inégaie puis 
»«ce, le rythme national a chanté, se phant à la va Ïtld i 
règle, passagères, alerte et vif au moyen âge. héroi^ue 

?^rruSx^:Lr-''«^-^^-^-- 

^ dent le cnt,que dans ses appréciations, o^t'pu êtC utt 
fois .gnorée, des poètes eux-mêmes? les g;nds inSs 
ont eu comfne l'intuition de toutes ces cho«s et ™t 
n'avo.r pas disséqué le ve. français et n^ à nû 1 jeu'^^e 
«on o.Kan.,n,e. il n'en ont pas moins créé des œuvrL'ïun: 



— 18 — 



C'est ce qu'on a appelé 



facture souvent iri^prochable. 
l'inoorueieTuSi! du génie 

"mfire, la Aattieur, et l'in/«M«y/ . „;„, . , 



i.jà 



— 14 — 

originaire donne naissance aux ditKret,t, timbres, o « i ete 
quon est convenu d'appeler «oy«i«M. ' " 

Le timbre est une qualité de tout langage humain. pui«,ue 
une langue ne peut vivre sans voyelle; mais il peut être 
plus ou moins riche dans un idiome, plus ou moins pauvre 
dan, un autre. Ou dit. par exemple, que le parler italien est 
plus Urm^n^eucc que le notre. Car le timbre est un facteur 
d harmonie. L harmonie, en littérature, n'est pas. romme en 
musique. la science des accords; c'est une espèce d'artifice 
qui consiste dans un agencement des sons vocaux propres à 
flatter 1 oreille. Le timbre, par conséquent, n'est pjs un élé- 
ment rythmique ou mélodique. La combinaison des voyelles 
leur disposition variée, et leur allitération peuvent bien prêter 

distribution des timbres, pour harmonieuse qu'elle soit, ne 
saurait constituer un rythme ni une mélodie. C'est une dis- 
tmction qu'il importe de faire. 

aux effetod harmonie, peut cependant exister sans leçon- 
cours de timbres choisis. 
Dans le merveilleux vers de Racine : 

Vous mourûtes aux bord, où ïûu, fûtes Ubsée, 

la lamentable tristesse de Phèdre s'exhale dan, une phrase 

ini '" ■"" ^'^ "^°"''' *=' ~"""''^' "^'o "° »rt 

s'écÏ"** ^'°'°' ^"^°' ''''"*'^''"" "" "'«"'« Mufragés. 

Nul ne .ait votre sort, pau„es tête, perdue, I 
Vou. rouler à travers le, .ombre, étendu... 
Heurtant de vo, front, mort. de. éoueil. inconnu, I 

a appelle pour enti'ouvrir l'abtme des océans, les timbres les 
plus sombres et les plus profondément mél-ncoliques. 



— 18 — 

Cependant, ces beanté» d'un ordre supérieur ne sont pa, 
des élément, constitutif, du vers, qui peut exister sans ellT 

Unécnvain contemporain, en train d'égayer se, esprits' 
déclara un jour que, pour lui. un vers, ce n'était que ceci ; 

T»ti, lati, tati, t»ti, t«li, tal». 

Il n'avait pas tout à fait tort; car, si dépourvue d'harmonie 
qu elle est, cette phrase, à la riRueur, est encore un vers 

1 ne faut donc pas chercher dans le timbre le caractère 
distinctif de, deux versification,. Dan, le mètre français 
au.si bien que dans le mètre latin, l'harmonie, plus riThe 
dans celui-ci, moins brillante mais plu, variée dans celui-là 
est toujours le résultat du même phénomène : la combinaison 
des voyelles, à laquelle se joint parfois l'allitération de con- 
sonne, pareates. 

Après le timbre, la quantité. -Vn son peut être lone 
peut être bref; c'est ce qui détermine sa quantité. 

Les sons du latin avaient une quantité métrique, c'est-à- 
toe une durée qu'on pouvait mesurer exactement Comme 
le vers doit être un langage mesuré, il arriva qu'on soumit 
la poésie latine è cette mesure naturelle des sons. Aussi le 
vers lafn est composé d'un nombre quelconque de syllabes, 
longues et brèves, dont la durée totale remplit une mesure 
de temps connue. Deux brèves vaUut une longue, comme 
en musique deux noires valent une bUnche, le poète assortit 
et dispose les sons, les agence et les combine, suivant cer- 
taines règles et de telle aorte que leur succession imprime au 
discours un mouvement caractéristique : c'est le rythme de 
quantité. 

Le français, au contraire, n'a pas de quantité métrique 
No, syllabe, sont bien, les unes plus ou moins longues, les 
autres plu, ou moins brèves, mais rien n'en fixe exactement 
w durée. Notre vers ne peut donc être construit sur une 



û 



— 16 — 

meiure de tempa. Auui, tandis que dan» le mètre latin le 
nombre de» »ylUbe» ne comptait pa», inai» «eulemenl leur 
durée, dan» le ver» frani^ia le temps que dure le ver» importe 
peu, c'est le nombre de» »yll»be» qui e»t fixe. Cependant, 
deux série» de douze »yllabe» chacune veulent être pronon- 
cée» dan» un temi» à peu près égal, oe qui fait que dans les 
vers de même facture on pendit encore une certaine égalité 
de durée ; cette égalité, loin d'être un élément essentiel, n'est 
qu'un résultat, appréciable mais non pas nécessaire, du pro- 
cédé »yllabique. 

En p'^amé, la mesure du vers latin est une mesure de 
temps, et son rythme e»t fondé sur la durée de» »on». Le 
ver» françai», au contraire, e»t construit sur une mesure de 
nombre, et quant à son rythme, nou» verrons ce qui le 
constitue. 

La que»tion de la rime se rattache à celle de la quantité. 
Pour marquer la fin de la mesure latine, on avait imaginé 
d'y répéter régulièrement le» mêmes dessins ; dans l'hexa- 
mètre, par exemple, alors que le poète pouvait, à son gré 
et suivant l'inspiration de son génie, composer le» quatre 
premf-îrs pieds de spondée» ou de dactyles, il était astreint 
à poier invariablement au cinquième pied un dactyle, et 
au si.:ième un spondée ou un trochée. Ce retour des mêmes 
pieds marquait la fin du vers et enlevait un souci à l'oreille. 
Dans le vers français, ii faut aussi rappeler à l'oreille qu'une 
mesure est terminée, pour qu'elle ne aoit pas réduite à 
compter les syllabes une à une. La quantité et partant les 
ancien» pieds faisant défaut, on a eu recours au timbre, dont 
nous parlions il y a un instant, et l'on a remplacé le letour 
des mêmes temps par le retour des mêmes sons : c'est la 
rime, c'est-à-dire un accouplement d'accents rendus plus 
sensibles par l'homophonie. 

Timbre des son», durée de» sons, hauteur des sons. — Un 



— 17 — 

•on eat aigu ou grave. C'e.t oe que déti mine Vaceent de 
hauteur ou l'accent chantant. L'accent de hauteur est une 
inflexion musioain «oulignant une sylUble du mot C'est par 
oon.équent. un élément de m/lodU, un chant, quaei quidam 
eujuepie ryllaba oantuê '. 

L'accent grec avait ce caractère d'acuité, comme l'indique son 
nom. Aristoxène, musicien grec qui vivait au IV» siècle avant 
Jésus-Christ, parle, dans ses EléTnent, Rythmique,, du chant 
du dtécouT»; et noua savons par Denys d'Halicarnasse que 
" l'élévation du ton dans l'accent aigu et l'abaissement dans 
le grave étaient d'une quinte ' ". 

Selon les plus récentes études sur la prosodie romain,- tel 
était aussi l'accent latin : accentue (ad cantum). ifu'dea 
mue imago proeodia. disait Varron. Les syllabes lat nés 
accentuées se prononçaient sur un degré plus élevé de l'éuhelle 
musicale, créant, par des intervalles variés, une aspèce de 
psalmodie. Sans doute, cet accent mélodique devait être 
accompagné d'une certaine intensité ; on n'en veut pour 
preuve que la loi du moindre effort toujours observée par 
les peuples dans le maniement des langues. Mais le propre 
des syllabes accentuées latines était de se chanter sur un ton 
plus élevé que les autres. Il en résultait pour le vers des 
qualités musicales indépendantes du sentiment exprimé par 
les mots. Dans la mesure de temps fixée, les accents de hau- 
leur se jouaient et faisaient une mélodie naturelle, dont le 
poète berçait sa pensée et qu'il adaptait suivant son génie à 
1 expression de ses sentiments. 

Il n'en est pas ainsi dans la langue française. Dans notre 
parler, tout est logiiue, et les mots avant tout sont les aer. 
viteurs de l'idée. La mélodie de notre langage ne réaulte pas 

1 — DiOMÈDE (édit. Putach, p. 424). 

2-Ddows, Commentaire,, Gram. de PortSoyal, 2» Mit., p. 404, 



— 18 — 

d'une icoentiMtion pulmodi^ iDd^pendantc du wnii ella 
Dstt de la modulation réfléchie et oonsciente de U voix. Pour 
rendre une idée ou un sentiment, nous ftisons des inflexions 
mouUntes ou descendantes, mais rien ne force la note domi- 
nante de la phrase musicale à se poser sur une syllabe plutôt 
que sur une autre. En un mot, oVst le sens tout seul qui 
détermine la mélodie du langage et du vers frani^is, et si 
l'accent de hauteur proprement dit, l'accent mélodique fixe, 
se retrouve encore dans quelques parties de la France, il 
n'existe pas chez les honnitu gens. 

Nous devons encore étudier Vintenriti dans les deux 
systèmes de versification. — Il y a dans les mots des sons 
intenses et des sons perdus, des syllabes fortes qui portent 
Vaccent tonique et d'autres plus faibles qu'on nomme atone». 
Chez les Latins, l'intensité n'entrait dans le vers, nous 
l'avons vu, que pour accompagner l'accent chantant, pour lui 
donner du corps, de l'énergie, en un mot pour soutenir la 
mélodie. Cet élément, secondaire et accessoire en latin, 
devient de premie- ordre en françaU; c'est U base de notre 
rythme. Le poète romain accompagnait ba pensée d'une 
mélodie qui m jouait à travers les dessin, d'un rythme de 
quantité ; le poète moderne chante son rêve dans un vers où 
la distribution des temps forts crée un rythme d'intensité. 

En quelques mots, nous pouvons maintenant dire ce qui 
distingue les doux systèmes de versification. 

Le vers latin a pour mesure la durée des sons ; le vers 
français, le nombre des syllabes. Le rythme du premier est 
déterminé par la combinaison des longues et des brèves; 
celui du second, par l'alternance des fortes et des faibles. La' 
mélodie de celui-là résulte d'une accentuation chantante natu- 
reUe; la mélodie de l'antre est produite par l'accent oratoire. 
Enfin, dans les deux vers, l'harmonie est le résultat de l'agen- 
cement des timbres. 



— 19 — 
On toit qne le van htin n't pa dev.nir 1. ..- , 

.Wr.tion. qu-il „ou, ruJi Wr, '""°'" "*• "»• 

D.n. ledévelor.p.me>,t naturel d'un idiome, il «, Produit 

^;n.ae.w. . . unZr.ii'rvr-Vo''^:- 

&=riv.i„. et de. «vant^ .oSmt à H J!'? ■"■" P"'" ""• 

va «e perfeotionnaot, et .'enrichit au cou,. 7 1 . 
ohef.-d'<euv« de la littérature. P uâ^r™ e lih t"^. "'" 
tongère au g»„d art. d'une C t^ Zl'l f'"""' 
mai. primitive et parfoi. gro«iè™ 'a». 7"^" 1 ""?' 
l'intelliKence populaire. " '° P"™*"" <■» 

On iie.tdono pa. ëtonnë de trouver à Rome à Yir^„ 
de la conquête de. Gaule,, deux langue. .7 n ). ^^ 

i.tin;K.puuirerpfew„.j«,„H.^:no;et ,::roi 

«que ou littéraire rurionw urmoi ^ . . . ""■ 
^rUr le peuple o/ la .ociét. ^on ^1^^: tri' 
mer une même idée, de. terme. al«olument d^Zr II" 
peuple dirait eaballu, (cheval) et non n». T """'""'»• I* 
haute. cla.«,.. bcUualà S "t „„„ ^ °"'"™* '" 
(.emaine) et non A^Moti^tt bl.Hnr''"'""/? 
(vine) et non «.6.. et. Ce' .angagoÏ^rpeMeTiS 
faut pa. confondre avec le ba».latin ' furnorté n.; i m 
et le. marchand, chez ,e, peuple, co qu ,C„' 1 1" '"'' 
gagea où le latin Uttéraire devait .uoLVr. l^ÙZ^Z 
au ç.nqu.àme .iécle. la langue cla^ique vit .'accr:,tre wln 
1 - Voir A0O. Bmobw, Orammafr. BUMpu, p. 27. 



— so — 

qui !■ i^panit de la lingue vulgaire, Undie que diminuait 
graduelknient aon influence. Eiitio, 4 l'époque dee invaaiona 
barbare», le sérmo nobili» ae ninurt, et bientAc le ciutntu» 
verbum, riche de tout ce que l'autre a perdu, reato maître du 
terrain. Alun, le latin populaire outre lui-mtue dana une 
périooe de transformation, et il on sor lea languea nijo-latinti, 

>rmi loaquelloa le ruman dua Oiiulea, qui devait Un le 
i>,in<^ia. 

VoilJ, en quelquea mota, l'hiatoire du latin populaire, doi * 
l'exiatence remontait à l'iSpoque de la deuxièmu guerru puni- 
que (219 à 201 av. J.-C). 

Or, vainqueur ou vaincu, eacUvo ou maître du monde, il 
faut qu'un peuple chante ; et, comme il reste inhabile à manier 
la langue de l'ariatoeratio et aa miStrique aavanto, il ae forge 
une (loéaie à lui, aimple et rustique. 

Aussi existait-il h Rome, avant même la scission â^ l'idio- 
me latir eu langue vulgaire et eu langue clasaique, c'eat-à-dire 
environ L'.'ÎO ans avant Ji!aus-Chriat, un vera national, appelé 
vei» tatv rnien. Sous cette forme poétique, étaient publiées 
lea lois, proclamée» les oracles, chantées les victoirea. 

On a cru d'abord reconr-altre dans le vers saturnien les 
éléments constitutifs du vera moderne; mais les savantei 
étudis de M. Louis Havet ont démontré que les deux parties 
du VMS italique primitif n'ont rien de commun avec les hémis- 
tiches de l'alexandrin, et que l'alternance des élévationa et 
des abaissements du ton qui coupent ce môtre antique ne re«- 
■emble nullement à l'agencement rythmique de nos accents. 

On peut cependant faire observer que les réformateurs du 
XIX" siècle, quand ils ont cru innover en introduisant dans 
le vers français l'allitération et le rapprocheme^.t de oon- 
sonnes semblables, n'ont fait que ressusciter un procédé 
■onnu dea poètes des Atellane» et des Sutura et qu'a- 
vaient inventé les Faunes dans les forêts du Latium, si l'on 
en croit Ennius. 



— Jl- 



Cert, i h vttiii, d' 



r>nZ'X ' " """ ""■'" ""'•'' '"'• >"« '• 

^»iu. 1„H ■'""■ """^•'"'«i^-'n' <l.a. Rome, et 

L.v,u. Androniou. .n.ug,.,a le vem uU^i^ue latin. 

. tC If T ; ^ """"""'• "'" '" '*"•" '•'» •oW"''. i«. 

"en, , .^''?''"' "°" P'"» '0 "'*'™ barbare de, 

frère. Arvae,„a« celui qu'on e,t convenu ,r.ppe,er le J! 

et le travail, trouvaient de» admirateur. ju,„ue dana la 

^n. .erZiot dVetr'- ™"^™^"" ' ^ -"-^- 

.uWelal^ ?. ""' ™'' 1"«"" '""'formation avait 
.ubie la po^„e ,K.p„la,re. Sou. ri„fl„ence de 1« haute littd- 
«ture, le peuple avait modifia «,s chant,, et, empruntant à 
lécoe .avante certain, éldinent, de proiodi , in"" avli 

vérification fondé, non pas sur la quantité, mai, ,„r l'acc.nt 
^ar le peuple perdaii la notion de la quantité 

.on dune brève, le peuple romain commen,;a par faire pré- 
dominer l'accent mél.«,ique aur la quantité et il ^ v'^t 
bientôt à ne se aoucier pl„, de la durée dea ,on., pour ne 
. inquiéter que de leur accentuation. Cette déformation gra- 

1 — L.II, épltrel". 



duelle de la langue fit de si rapides progrès que aous Con- 
stantin le Grand, au IV siècle, la masse des lettrés même 
ne reconnaîtra plus dans les mots les syllabes longues et les 
brèves. Quelques poètes tenteront vainement d'en faire revivre 
la distinction ; " en ce qui touche la prononciation, dit M. 
Havet, Claudien écrivait dans une langue déjà morte ' ". 

Mais ce n'était pas tout d'avoir éliminé la quantité ; il 
fallait la remplacer de us le vers et donner à la mélodie un 
«adre - ou veau. Naturellement, puisque la mesure de temps 
deveu^ incertaine, les poètes latins commencèrent à lui pré- 
férer la mesure de nombre. 

Et l'on entendit les soldats de César chanter derrière son 
char triomphal : 

Ecce Cœaar nuno triumphat qui lubegit Gallias.... 

Ce chant est tout en vers de quinze syllabes, et chaque 
vers a cinq accents ; la quantité n'y compte pour rien. 

Tel était le vers latin populaire, à l'époque de la conquête 
des Gaules : un nombre fixe de syllabes portant un nombre 
déterminé d'accents. 

Ce vers, on le voit, est proche parent du nôtre. 

L'évolution n'était cependant pas complète. 

La métrique classique exen^it une influence de plus en 
plus faible. Si quelques lettrés cherchaient à ressusciter les 
vieilles formules, le peuple ignorait jusqu'à leurs noms, et, 
deux siècles plus tard, à l'époque des invasions, la poésie 
populaire avait acquis une telle importance que, défo?mant 
les rythmes savants, évinçant définitivement du vers l'an- 
cienne quantité et y substituant l'accentuation comme élément 
rythmique et comme mesure le syllabisme, elle étouffa la 
poésie classique. 



i— Court de Mttriqut latine, p. 233. 



— 23 — 

phénomène des plue importante. De mélodique qu'il était. 
Ucentdevmt rythmique, ean, pour cela changer de place 
Ceat.a-d.re que U ayllabe accentuée, qui s'était jusque-là 
chantée sur un ton plus élevé, fut seulement émise avec une 
plus grande intensité que ses voisines. 

En changeant de nature, l'accent, du même coup, fit perdre 
à a poésie un principe de mélodie et lui donna un élément 
rythmique de premier ordre, l'alternance des fortes et des 
faibles. Le système de la versification nouvelle était trouvé- 
.1 fallait agencer les mots de façon que leurs syllabes toni- 
ques coïncident avec les temps forts du vers. 

L'Eglise adopta dans ses chants la nouvelle prosodie et les 
documents les plus considérables de cette époque nous sont 
fournis par la poésie liturgique. Les poètes savants, comme 
Prudence. Sedulius. et le pape saint Damase. voulaient 
encore respecter dans leurs poèmes les règles classiques- 
mais, outre que ces quelques lettrés y réussissaient fort mal' 
Ja plupart des chants religieux du III» et du IV siècle 
devaient sacrifier au goût du public. 

rex seteme Domine, 
chantait saint Ambroise '. 

Rerum Creator omnium, 
Qui eraa ante Bœcula, 
Semper cum pâtre filius... 

Enfin, au V siècle, la poésie mitnque est morte, et les 
po es chrétiens, tout érudits qu'ils soient, ne connaissent 
plus que les procédés de la poésie rythmique 

On désignait ainsi, dès le IV siècle, les deux genres de 
versification. « Qu'y «-t-il qui ressemble beaucoup au mètre ? 

I — Au témoignage de Bède. 



— 24 — 

dimit en 370 le grammairien Marins Viotorinas. C'est le 
rythme. Qu'est-ce que le rythme? un arrangement harmo- 
nieux de paroles dont la cadence n'est pas marquée suivant 
les règles de la métrique, mais scandée et mesurée par 
l'oreille seule, comme on le voit dans les chansons des poètes 
populaires — utputa aunt carmiiia pœtarum vulgarium ^ ". 

Sans tout le haut moyen âge, depuis les derniers temps 
de l'Empire romain jusqu'au X" sil"i[e, la poésie liturgique 
nous offre, dans les nombreux mouuments qu'elle a élevés, 
le spectacle du système rythmique se précisant, s'accentuaul, 
se perfectionnant. 

La poésie populaire avait toutefois hésité entre deux formes 
différentes de versification accentuée ; le vers rythmique peut 
en effet renfermer un nombre indéterminé de syllabes por- 
tant un nombre fixe d'accents, ou un nombre fixe de syllabes 
accentuées à des endroits marqués. Dans le premier système, 
les atones ne sont pas comptées ; seules les toniques déter- 
minent le rythme.' Cette forme eut peu de succès ; un seul 
poème roman devait plus tard l'adopter : c'est la CdntUène 
de sainte Eulalie. 

Buona pulcella fut Eulalia, 

Bel avret corps, bellezour anima... 



iï 



Xos décadents paraissent vouloir faire revivre cette antique 
manière de rimer. 

Quant à la poésie chrétienne, elle préféra d'abord l'autre 
système, et chanta sa foi dans un vers <iii les accents corres- 
pondaient exactement aux temps forts d'un rythme qui se 
jouait à travers un nombre fixe de syllabe. On a appelé ce 
vers ayllabique. 

Dans le vers syllabique, les poètes commencèrent par 



1 — St>mania (1884), p. 622. 



— 26 — 

accentuer le dernier son, afin d'indiquer à l'oreille qu'un 
dessin rythmique étant fini, un autre allait se dérouler Cette 
persistance de l'accent final fut bientôt jugée insuffisante, et 
comme nous l'avons déjà dit. on y ajouta la ressemblance des 
sons, créant ainsi l'assonance, d'où devait naître la rime 

Tous les poèmes de cette époque, odes, hymnes et chanU de 
triomphe: au IV siècle, les hymnes de saint Ambroise, celle 
de saint H^'aire sur l'Epiphanie, le Psaume Abécidaire de 
saint Augustin, et l'hymne de saint Damase sur sainte 
Agathe ; au V siècle, les chants de Cœlius Sedulius ; au VI' 
siècle, le Commonitorium d'Orientius; au Vil' siècle le 
poème de Marcus sur saint Benoit, et la chanson des femmes 
de Meaux sur la victoire de Clotaire II; au VIII' siècle 
les pièces de saint Boniface et le poème de Béda sur 1'^ nn<f« ,' 
au IX* siècle, les chants sur la bataille de Fontenoy et sur Û 
mort de l'abbé Hugi,...tou8 ces poèmes et d'autres encore 
sont rimés ou du moins richement assonances. 

Mais déjà le peuple n'entendait plus le latin, et les Cafrl. 
tulaires de Charlemagne avaient ordonné aux évêques de 
prêcher en langue romane. Déjà aussi, l'Eglise avait sans 
doute commencé à substituer dans ses chants les mots romani 
aux mots latins, et les poètes guerriers les auteurs de canti- 
Unes héroïques avaient suivi son exe' ;. 

Les plus anciens monuments de la versification romane 
que nous possédions sont la CantiUne de minfe Eulalie qui 
est du IX' ou du X« siècle, la Pamon du Christ, la vL de 
saint Léger, et la CantiUne de saint Alexis, qui sont du 
XI' siècle. 

Ces poèmes sont en vers de huit ou de dix syllables, 
groupés en strophes, assonances ou rimes, et construits sui- 
vant le procédé syllabique. 



» '7rf "''■""•'° ""' "*■"■' P'Mi, populaire latin,, anUrUura 
au JlII* siècle. 



-26- 

Void le début de la Vie de saint Léger : 

Domino Dieu deTenu loder 

£t a ses sanz honor porter ; 

En sca amor cantoms dels aaii t 

Qui por lui avrent granx aanz. 

Et or est temps et ai est biens 

Que nous cantoms de saint Ledgier '. 

Ce sont des vers latins populaires écrits dans le roman des 
Gaules. Il n'y avait plus qu'à les écrire en français pour 
que notre poésie fut créée. A mesure que le parler roman 
s'éloigna du latiu, la langue poétique se transforma, et bientôt 
la muse française fit entendre ses pre-niers bégaiements. 

On ne saurait préciser le moment de l'histoire où une langue 
cesse d'exister et où une autre prend sa place. Cependant, 
on s'accorde à regarder le XI» siècle comme le berceau de 
notre poésie. 

Nous avons va que les premiers vers romans avaient 
adopté la mesure ootosyllabique ou ddcasyllabique des vers 
latine. D'oii vient donc notre vers de douze syllabes ? De 1» 
même source. Car la poésie populaire avait aussi ses vers 
de douze syllabes j l'Ode sur Rome, qu'on attribue ai VII" 
siècle, est écrite en vers de cette mesure, coupés par une 
césure à la sixième syllabe. 

Quelques-uns ont voulu voir dans le grand vers français 
une extension du décasyllabe, dont la mesure trop étroite 
nécessitait de fréquents enjambements. Quoi qu'il en soit, le 
développement naturel de la mesure syllabique devait con- 
duire au vers de douze unités rythmiques, puisque c'est la 
mesure à la fois la plus souple et la plus féconde, celle qui 

1 _" Nous devons louer le Seigneur Dieu et re- 're hommage à 
se» saints ; pour son amour chantons les saints, qui pour lui eurent 
grandes souffrances. Or il est temps et il est bon que noua chan- 
tions saint Léger ". 



-27- 

»e prête le plus facilement aux combinaisons de syntaxe, et 
qui dans notre langue se rapproche davantage du rythme 
respiratoire. 

Les vers de douze syllabes les plus anciens qui nous soient 
parvenus se trouvent dans le Pèlerinage de CharUmagne 
œuvre du XI' siècle. Au siècle suivant, parut le Roman 
d'Alexandre, et depuis lors le vers de douze sylUbes s'est 
appelé alexandrin. 

Les vers suivanto sont extraits du Pèlerinage de CharU- 
magne ; l'empereur est dans le temple de Jérusalem : 

Chiirle» out fier le vis, si out le ohief levet. 
Un Juden» i entrât, qui bien l'out esguardet. 
Corn il vit le roi Charle, commençât à trembler, 
Tant out fier le visage, ne l'osât esguarder. 

C'est la facture de l'alexandrin du XVIP siècle : mesure 
de douze syllabes, accent anal, accompagné de la rime, accent 
médial faisant césure. 

C'est aussi la facture des vers latins de VOde sur Rome: 

Boma nobilis, orbis et domina, 
Cunctarum urbium excellentissima, etc. ', 

Si l'on voulait donner à l'alexandrin une origine plus 
illustre, mais que n'enregistre point l'histoire, on pourrait lui 
trouver un ancêtre dans l'asolépiade classique, manié par 
Horace, puisque ce mètre comptait, lui aussi, douze syllabes, 
coupées par une césure médiale. 

Après le Pèlerinage de CharUmagne, le vers, suivant la 
langue dans ses transformations progressives, continua son 
évolution, et, corde à corde, suivant le mot de M. de Barne- 
ville», le moyen âge cop-' "iait la lyre française. 

1 — Dd MÉRIL, p. 233. 

2 — ^ ' '.'''fie dans la poésie françatue,^. Il, 



-28- 

_ Maia le point de départ de l'évolution, et c'e.t là « nue 
J». voulu retr«ier, fut le ver, populaire latin, que nou. 
avons vu »e développer et prédominer «,u, l'Empire et 
pawant par le roman des Gaule., entrer dan. le françai. alor. 
naissant. ^ 

Nou, faisons donc vraiment en français des ver, latin. Et 
tous no. poète, pourraient dire avec André Chënier: 

Sur de. p,n„r. noa,e.ux f««,n. de. ver. mtiqu... 

Ne non. demandons pa. s'il y a encore de, pen,er, nou- 
veaux. "^ 

EsMierons-nous maintenant de répondre moins vaguement 
à la question posée tout à l'heure : le ver. françai, est-il infé- 
nenr ou supérieur à l'hexamètre latin ? 

Mai, d'abord, possédons-nous les éléments voulus pour 
faire cette compa..usonî Savons-nous comment .e prononçait 
le latin au siècle d'Auguste? Connaissons-nous l'exacte 
valeur de 1 accent mélodique latin, et surtout notre voix 
.ait-elle le reproduire, notre oreille l'apprécier?... Le. poé- 
«e. antérieure, au IV siècle, en avon,-nous le texte vrai? 
8Ufautcro:re certains érudits. ce, œuvre, aumient été à 
cette époque, récrites et retouchées, et " le Viigile que nou, 
li,on, reeserablerait à ce qu'aurait pu être Villon réduit au 
.tyle et au goût de Malherbe ' ". S'il en était ainsi, assuré- 
ment .1 serait imprudent de se prononcer sur la valeur res- 
pective de, deux systèmes prosodiquei. 

Mais, au moins, nous savons que la prosodie fondée sur 
1 accent a succédé à celle basée sur la quantité. Ce change, 
ment constitue-t-il, comme le voudrait Be.iloew « ■■ une 
véntable déchéance " ? Cela dépend du point de vue' où l'on 
M place. Le ^rthme de quantité demandait une oreiUe plus 

2~îîr 'J! """'"«'•"■ E'IMIique de la langue f,mtaU,,f. m. 
i-P<rtcUd;unetM^iurya,ma, 1" parti., p. 76. *"'•"■'"• 



— 29 — 

"«"t' K"*^'" Prooamit-il au8.i de. jou.siano^- plu, 
«ffinëe.. Dun antre c6té. le rythme d'acceut e,t plu, facile- 
ment ,enti par to«, le, homme,, et partant plu, populaire. 
On devrait donc préférer un système à l'autre, suivant qu'on 
veut pour 1 artiste l'approbation savante d'une élite ou un 
suffrage plu, général. 

De plus, la mélodie naturelle du ver, latin, fruit de 
lacoentuation chantante, non, est alwolument étrangère et 
oest là une cause d'infériorité. D'autre part, la rencontre et 
laccord de l'accent de hauteur avec l'accent oratoire, devait 
être pour le poète latin une source de difficultés épargnées 
au nôtre. Et il faut encore se demander si l'idéal d'une 
formule prosodique est d'être à k portée de tous ou d'un 
petit nombre d'initiés seulement. 

En somme, qu'en devons-nou, donc penser? Si, dans le 
uomaine du rythme et de l'harmonie, le vers français n'est 
pas supérieur au ver, latin, est-il au moin, ,01. égal ? Il est 
permia d'en douter. 



itfè II 



DEDXIÈME CONFÉRENCE 

donn^ PAT 

M. l'ibM A.H. OouiLiK 
Docimr H Ittln il mtmbn da la SmUU Rorila 

LA FRANCK AU XIX' SIÈCLE 
Sr Tableau : La BalauralUm 



M" l'Archevêque ', 

M. le Recteur, 

Messieurs, 

" Jamais deux personnes n'ont lu le même livre, ni regardé 
le même tableau ". 

Cette pensée si vraie, dans sa forme un peu paradoxale, 
de M'" Swetchine, me revient à l'esprit, au moment où 
j'aborde avec vous le 2' Tableau de la France au XIX' siècle, 
la Satauration, pour faire suite au Tubleau oes premières 
années, Bonaparte et Pie Vil, que nous avons examiné 
ensemble l'année dernière. Ma manière d'apprécier ce tableau 
et les prinoipauï peisouL-gea qui s'en détachent aera-t-elle 
celle de tous mes auditeurs î J'en serais trop heureux, mais 
je ne puis me flatter de cette illusion. '• Jamais deux per- 
sonnes n'ont regardé le même tableau", c'est-à-dire, n'ont vu 
les choses absolument du même point de vue, du même œil, 
dans le même état d'âme, surtout. Tôt capita, tôt sensu». 

1— îlgr Bégio, archevêque de Québec. 



mm 



— 82 — 

Tout oe que vou< me demandai, j'en nuit lûr, o'eat que je 
Toui donne tout bonnement et ainoirement m« manière de 
voir, lani avoir la aotte prétention de l'impoaer k perK>une. 

Anaai bien, il ne peut a'agir, en deux ou troia conMrenoee, 
de faire l'histoire de la ReaUuratiou. Mon ambition doit le 
borner à en donner un aperçu général, à jeter une vue d'en- 
lemble aur la acène politique, en France, dtpuia l'abdicaUon 
de Bonaparte, au printemps de 18 U, jusqu'à la chute défini- 
tive de la branche atnée dea Bourbona, en 1830. 



U ResUuration, comme le nom l'indique, eat le relève- 
ment et la reconstruction, malheureuaement éphémèra, de 
cette antique monarchie française, vieille de huit siècles, qui 
avait sombré dans la tourmente de la Révolution. C'eat euasi, 
par exte:uion, le gouvernement même do cette monarchie 
restaurée, qui a régi la France de 18U à 1830. La Restau- 
ration couvre une période de dix-sept ans, à partir de la 
rentrée en France de Louis XVIII, le 24 avril 1814, jusqu'au 
31 juillet 1830. date de l'abdication de Charles X: période 
de paix relative et de bonheur pour la France, qui ne fut 
sérieusement troublée que par la crise des Cent-Joura. au 
printemps de 1815. 

'on illustre historien, Augustin Thierry, parlant de U 
Restauration, dit: ■• Nous n'avions alors qu'une odieuse et 
ndicule singerie dea institutions anglaises ". Un autre écrivain 
disait tout récemment: "La Restauration fut sans aucune 
espèce de comparaison possible, le meilleur des gouverne- 
ments du XIX' siècle > ". Cela donne une idée des diverses 
mamères d'apprécier les choses. Evidemment, voilà deux 
écrivains qui n'ont pas vu " le môme tableau ". 

1—Lt CotTapondcml, lOoot. 1901. 



— as — 

Loui. XVIII, oamt« d« ProTcno», et Charln X, comte 
<J Artoii, qui furent (uooeuiTenient lee deux roit de la Rei- 
UuwUod, fuient (Vire, de Louie XVI, ai, du grand Dauphin 
etdeM.ne.Joeèphe de Sâie, petit-fll, de Loui. XV et de 
Marie Leciinika. 

Le. troi. frère, naquirent à Verwille., dans cette chambre 
du grand Dauj hin .i bien décrite naguère par M. de VoeUé 
dan. ce Château " qui fut prè. de 120 an. le cerveau ou J 
conoentmient toute, le. force, vitale, d'uue grande nation ' " 
J.)U.. XVI, Loui. XVIII, CVarle. X, par une .ingulière 
fortune héritier, tou. le. troi. du trône de leur aïeul, n'héri- 
tèrent point de K. vice. : il. ont ceci de commun, la digniU 
et 1 intégrité de la vie : leur mémoire, .ou. ce rapport, e.t 
re.tée irréprochable. 

En regardant attentivement leur, portrait., il n'eet pa. 
difficile de «uieir, dan. le même type borrbonien, le. diffé- 
rence, de caractère : chez Loui. XVI, c'est la bonté qui 
domine, et " cette générosité imprévoyante et impolitique 
qui lui coûta .i cher " « ; la figure de Louis XVIII dénote 
un eepnt politique, sage, bien équilibré; Charles X est un 
homme aimable, gracieux, aux idées chevaleresques, mais 
léger, trop accemible aux influences, sans beaucoup de sarac 

Parlant de Loui. XVIII: "C'était, dit M. de Lescure 
un homme de beaucoup d'iu.trncUon et d'esprit ' " Jf' 
Dareete loue " U calme fierté de son car.otèro"; puis il 
ajoute : "Il avait peu de passions, un sens juste, beaucoup 
de dignité et de courage personnel. Si l'éclat lui manqua 
il laissa du moins, dans un pays déchiré par les luttes poli- 
tiques, une mémoire respectée. 



1 — Btcut du Deux Mania, 15 nov. 1901. 
2— Lt Corrapimianl, 10 nov. 1901. 
S—ftiVi., 25 juillet 188». 



— 84 — 

" Ch.rlei X. ^joute-t-il, De lui «MembUit .n rien. Eeprit 
«roit. Mger d'iJée., n'âttaoh.nt nulle importanoe tux doc 
tnne. politique,, il po„édait le. qu.lit^, brill.nte. qui nun. 
quaient à «,„ frire. II éuit bon, affable, cherchait i plaire 
Il aimait la popularité, et l'obtenait facilement. Il innit 
la reprf«ut.tion, et .-abueait ,ur le. ovation, qu'il recevwt 
Il « hvrait facilement aux aventurier, qui cherchaient i 
lexploiter... ' ". 

Le comte de Provence et le comte d'Artoi. étaient marié, 
aux deux .œur., flile. du roi de Sardaigne : le premier n'eut 
point d enfant.; la comtewe d'Artoi. donna nai.„uoe au duo 
d Angouléme et au duc de Berry. Le duc de Berry devint 
1 héritier pré-omptif du tr«ne de France; et lor«iu'en 1820 
.1 mourut «n. enfant,, frappé par le iH,ign«rdd'un awM.in, 
la France légitimi.te entra dan, une profonde douleur, qui u 
changea en joie lor«,ue quelque, moi, plu, tard la ducheoe 
de Berry donna naiaance au fameux comte de Chamborf 

''"!.°°.!!'.T"'r'"'' "'"' •'*" ^'«'■" de no, jour, «.n, 
po,térité à l'âge de 63 an,. 

Le comte de Provence prit le nom de Louis XVIII, comme 
^ucoe»eur de I.,ui, XVII, mort en 1793 dan. la pri.on du 

Le comte d'Artoi. prit le nom de Charle, X : c'était de 
mauvai, augure: ce nom rappelait le .ouvenir d'un de. plu, 
tnste, règne, de l'hietoire de France, celui de Charle, IX 
et U journée lugubre de 1» Saint-Barthélemy (1372) 

Avant de jeter un coup d'oeil sur le, règne, de Louis XVIII 
e de Charle, X, il ,emble néœsMire de connaître ce qu'avaient 
été ce, prince, avant la Bestauration, leu« agi»^ment, à 
létranger durant la Eévolution. Où le. trouvon,-nou,, pen- 
dant le. longue, années de la Révolution et de l'Empire î 

1 — Dare.t6, HtiMre de France. 



— 8S — 

On ne peut dout»r qua le» frèru de LouU XVI diiap. 
prouvèrent hautement lea ooncauioni qu'il crut do , ..ir faire 
à la Révolution naiiur.te, et oppoaèrent à m» vuei une n!.i«. 
Unœ formelle. On le sait par une lettre qua leur adreua de 
Vienne l'empereur Lfopold, frère de Marie-Antoinette, le 3 
décembre 1791. Tout monarque abeolu qu'il était, l'empereur 
reconnaiwait que «on beau-frère n'avait pu faire autrement 
qu'U n'avait fait, et il reprochait aux prinoea d'avoir aban- 
donné leur frère dans une circonstance aussi critique '. 

Louis XVI, en montant surlotrâne, avait trouvé la France 
dans une condition alTreuse ; la faute n'en était pas à lui, 
mais aux erreurs de son aïeul Louis XV, disons mAme à 
celles de son ancêtre Louis XIV. Le grand Roi avait dit : 
" L'Etat, c'est moi " I II avait assis sa royauté sur les ruines 
de toutes les libertés politiques, et étouffé les résistances 
légales qui sont souvent le salut des pouvoirs publics. "Tout 
fait silence, écrit le duc de Broglie, tout courbe la léte, et le 
trftne de Louis XIV est comme un autel d'où Sa Maje'ato vi. 
planer [«ndant un siècle sur un peuple idolâtre ". Fort bien; 
mais l'idolâtrie ne peut durer éternellement dans un pays 
civilisé. 

Après Louis XIV, la Régence " véritable école de liber, 
tinage»"; puis le triste règne de Louis XV, de la Pompa- 
dour et de la Du Barry, règne dont on a dit " qu'il était 
comme un malade qui hisse tout aller sous lui ". 

" Le siècle marche, miirit, pourrit ", écrit M. de Vogué, 
dans son laconisme effrayant. 

Louis XVI reçoit la succession de son aïeul " comme un 
héritage en faillite", et pour sortir d'eraUrras, fait appel aux 
Etata-Généraux, dont la voix se tait depuis deux siècles. Il 
eût fallu un génie pour sauver la monarchie ; Louis XVI 



'1* 



1 — £« Oorretfondant, 10 avril 1S86. 

2 — CrouMtOrttet, Lt duc <U Sichilitu tii SuitU « m Frmct, 



— 38 — 

n'était qu'un bon roi ordinaire, qui apporta à aa tâche une 
grande bonne volonté, mais succomba sous le fardeau des 
fautes de ses prédécesseurs. Si du moins il se fût senti 
appuyé par ses frères dans des circonstances aussi graves : 
mais au lieu de le soutenir, ils l'abandonnèrent à lui-même 
et se sauvèrent à l'étranger. 

Le comte d'Artois quitta la France le premier, dès 1789 ; 
le comte de Provence, plus courageux et plus politique, resta 
deux ans de plus à Paris, et ne parUt qu'au mois de juin 
1791. 

Il aUa rejoindre Artois et Condé à Coblentz, et se mit à la 
tête de cette foule d'émigrés qui encombraient déjà les pays 
voisins. 

On évalue à 250.000 le nombre des royalistes qui émi- 
grèrent durant la Révolution: on n'avait vu rien de sem- 
blable depuis la fameuse émigration qui suivit la révocation 
de l'édit de Nantes (1685) >. 

L'émigration s'accentua surtout sous la Convention, durant 
le règne de la Terreur; mais elle avait commencé avant 
même la Révolution, surtout en province. 

" Dans des régions entières, écrit le duc de Broglie, les 
violences de toute nature, les pillages et les incendies des 
châteaux, les attentats à la sécurité des personnes et des pro- 
priétés avaient cours impunément dès le lendemain, que 
dis-je ? à la veille même de la réunion des Etats- Généraux ; 
et la terreur a régné en province avant de sévir à Paris. Le' 
premier flot de l'émigration a été ainsi expliqué, sinon justifié • 
pour beaucoup de ceux qui quittaient la France, le lieu où. 
lU avaient coutume d'y vivre était devenu inhabitable « ". 

'.~ " '-'f "'■s™"»"' S*^' * 1» mode- Aux yeux d'un certain monde, 
restr en Fnmoe avec 1. f«nUle royale afin de partager se. dangers 
et pour 1» défendre paswit pour un. fuble«ie, presque pour une 
trahison . (Majmnem, par le oomte d'HaussonvilIe). 

2— iSW, par le duo de Broglie. 



■ïsa'icouF) i aventuriers, de 



Parmi ces émigrés, il y p 
gens sans aveu : 

"Si quelques-una avaient généreusement sacrifié au Boi 
et à la Royauté leurs fortunes et leur patrie, les autres 
n avaient abandonné la France que pour se soustraire aux 
poursuites de leurs créanciers, et aller chercher chez l'étranger 
de. ressources ou des dupes qu'ils ne pouvaient plus trouver 
impunément sur le sol natal • ", 

" Leurs mœurs, écrit le comte de Puymaigre, émigré lui- 
même, étaient celles du règne de Louis XV; en dépit des 
principes qui nous avaient fait quitter la France, il n'y avait 
non de plus déréglé que l'armée de Condé ; on y était dissolu 
mais toutefois jamais sceptique en matière de reUgion " Puis 
U ajoute: "Nos hôtes ne pouvaient comprendre que des 
gens bannis de leur patrie pour Dieu et leur roi allassent 
pervertir les pays étrangers ' ". 

On aurait tort, cependant, de trop généraliser. On ne 
quitte pas sa patrie pour le plaisir de la quitter ; on ne quitte 
pas son champ, sa maison, ses biens, avec la perspective 
d une destruction ou d'une confiscation certaine, sans qu'on 
ait de graves raisons de faire ce sacrifice. En beaucoup 
d occasions, sans doute, il eût été plus courageux de tenir 
tste à lorage, de rester à son poste, mais l'héroïsme n'est 
pas le fait de tout le monde. 

Pour les ecclésiastiques, surtout, l'émigration fut une 
nécessité inéluctable. Plutôt que de prêter serment à la 
constitution civile du clergé, des milliers de prêtres - on 
évalue leur nombre à plus de 20,000 - n'hésitèrent pas à 
quitter leur patrie et à prendre le chemin de l'exil Ils 
avaient à choisir entre la mort, l'exil ou la trahison de leur 



1 —MémoiradeFlmry de Chaboulm. 
slZ^rl^!"'^^'^""""" *" ''^Sfration. l'EmpIr. et U 



' !li! 



illjll 



donacience : ils choisirent l'exil, suivant le conseil de l'Evan- 
«ile : " Qaum perseqiuntur vos in civUate iata, fugite in 
cUiam, ' ". 

Un bon nombre passèrent en Angleterre : et quelques 
années plus tard, quarante d'entre eux obtinrent du gouVer-. 
nement anglais la permission de venir au Canada, cette 
autre France. L'illustre Pleasis les accueillit avec ce tact, 
cette bienveillance, cette générosité qui le caractérisaient, et 
leur confia des postes importants ; ils se montrèrent dignes 
de sa confiance : c'étaient en général des ecclésiastiques du 
plus haut mérite. Qui pourrait dire le bien que firent au 
milieu de nous ces hommes de cœur, de zèle et de dévoue- 
ment ? Au point de vue simplement français, qui pourrait 
dire l'influence que purent exercer parmi nous ces bons 
prêtres, dans nos différentes campagnes, pour resserrer les 
liens d'attachement qui nous unissent à la France ? 

Détail inédit, je crois : l'un de ces prêtres, M. Courtin ', 
émigrant au Canada en 1795, était accompagné d'un jeune' 
prince de sang royal, fils naturel de Louis XV, frère du grand 
Dauphin, oncle par conséquent de Louis XVI, de Louis 
XVIII et de Charles X. Jean-Louis de Bourbon — c'était 
son nom — passa incognito au Canada, et y vécut sous un 
nom emprunté, pratiquant l'humble métier d'orfèvre dans 
quelque paroisse de la vallée de la rivière Chambly, où il se 
maria. Plus tard il vint se fixer à Bécanoour, où il mourut 
en 1812. Il laissa plusieurs enfants, dont quelques-uns furent 
se fixer aux Etats-Unis, d'autres à Montréal. Une de ses 
filles est décédée, il y a quelques années, à un âge très avancé, et 
fut inhumée à Saint- Valère de Bulatrode, comté d'Arthabaska. 
Son père ne lui avait raconté son histoire que dans les der- 

1 — Matth., X, 23. 

2-11 mourut en 1833 à OentiUy, dont il avait «té our« plu.ieun 
années, '^ 



mères années de sa vie, et elle-même en fit la confidence à son 
confesseur avant de mourir, la vieille mentionnait surtout 
le fait qu on avait coupé le col à un de ses parents (Louis XVII 
parce qu .1 y avait eu du train, par en haut. Je tiens ces 
détails du vénérable prêtre lui-même qui l'assista à ses der- 
niers moments. 

Jean-Louis de Bourbon portait la croix de Saint-Louis- 
cette crou fut léguée à une pauvre paroisse des Cantons de 
1 Jist, et servit à orner rosteusoir du Saint-Sacrement. 



*** 

Je reviens à nos émigrés de la Révolution. 
Ce qu'il faut leur reprocher, ce n'est pas tant le fait d'avoir 
émigré, très excusable chez le plus grand nombre, que celui 
d avoir conspué contre leur pays natal, et, sous prétexte de 
combattre la Révolution, p. :, ^ centre la France les p.uples 
delEurof«, et déchaîné - , . une gueire de vingt-cinq 
ans. Lapatn. esttoujour - patrie .■ quels que soient ses 
torts n allons jamais porter contre elle une main .sacrilège 
Les Vendéens, restés chez eux, combattent pro aris etfocl: 
en défendant contre les révolutionnaires leurs biens, leurs 
autels, leur patrimoine, ils défendent leur patrie. Henri IV 
fait le siège de Paris, la capitale de son royaume ; mais pour 
sen emparer, il ne s'allie ni aux Anglais, ni aux Allemands : 
I est à la tête de ses propres sujets. Les émigrés, au con- 
traire, après avoir quitté la France, s'unissent à l'étranger 
contre elle : quel singulier patriotisme I 

On ne peut donc que gémir, en voyant le comte d'Artois 
et le comte de Provence, avec le prince de Condé. à Coblentz 
eur le Ehin, prêts à fondre sur la France, avec une armée 
composée à la fois d'étrangers et d'émigrés 

Les Condé I Ce n'est pas la première fois que dans cette 
famiUe on prend les armes contre la France, sous prétexte 



il ■ 



H h 



— 40 — 

de vengeances à exercer. Qui ne se rappelle le grand Cond^. 
8 alliant avec l'Espagne contre son pays, dans la guerre d., la 
Fronde ! Qui ne met Turenne bien au-dessus de lui en cette 
occasion ' ? 

_ Au lieu de faire du bien à leur cause, les royalistes, en 
s unissant aux étrangers pour combattre la Révolution, ren- 
dirent cette cause impopulaire: les républicains fortifièrent 
la leur, au contraire, en défendant la patrie contre l'étranger. 
Louis XVI adressa à tous les émigrés une procUmation 
pleine de sagesse, et écrivit spécialement à ses frères pour les 
inviter à rentrer en France ' : iU furent souids à son appel. 
Les révolutionnaires le iendirem\ bien à tort, responsable du 
soulèvement de l'Allem.igne, de l'Angleterre et de l'Autriche 
contre la France : ils s'en prirent à Louis XVI de ce que ses 
frères se trouvaient dans les rangs ennemis, et déversèrent 
sur lui la rage que leur firent éprouver leurs premiers échecs 
à la frontière, de même que plus tard les communards feront 
expier aux oUges la résistance qu'opposera l'armée nationale 
a leurs afireux projets. 

Après les belles victoires remportées par les troupes fran- 
çaises à Valmy et à Jemmapes sur l'armée des coalisés, Louis 
XVIII. devenu Rég-nt de France p.r la mort du roi et la 
captivité de son héritier, erra longtemps à travers l'Allemagne, 
de Eiegel à Dittingen, à Kuppenheim, à Schutten, à Blan! 
kenberg, puis alla se réfugier à Vérone, sur le territoire de 
a république de Venise. Il y v.:.ut plusieurs années sous 
le nom de comte de l'Isle. C'est là qu'il apprit, en 1796 la 
mort de son neveu Louis XVII. Se regardant dès lors coml-e 
investi de la couronne d€ Franco, il fit sortir la fameuse décU- 
ration dite de Vérone, d.ns laqueUe, réputant non avenu 



l_VoirdaD.le Corrupandmt du 25 dot. 1901, un mignifique 
«•tiole du général Bourelljr, .ur U Xonummt de Turen«e à S<ubach. 
■i — Drumx, Hitloirt eonimporaini. 



— 41 — 

tout ce qui sVtait fait depuis 1789, faisant fi, par conséquent, 
de la constitution de 1791 consentie et acceptée par son frère', 
le bon roi Louis XVI, il proclamait s'en tenir purement et 
simplement à l'ancien régime. 

Les émigrés qui formaient son conseil ignoraient complète- 
ment la situation nouvelle faite à la France : quelques-uns 
ne valaient pas grand'chose, D'Antraigues, par exemple, que 
son collègue D'Avaray appelait " la fleur des drôles ' ". 

Beaucoup mieux avisés et à portée de comprendre la France 
nouvelk, étiient les royalistes de l'intérieur. L'un deux, 
Mallet du Pan, écrivait très judicieusement à Louis XVIII 
de ne favoriser en rien la coalition étrangère : " Tout emploi 
de la force, lui disait-il, contrarierait les causes latentes qui 
font rebrousser la Révolution vers la Monarchie. Il faudra, 
ajoutait-il, en revenir un jour à un 91 modifié, c'est-à-dire, à 
une Boyanté constitutionnelle, avec deux Chambres, un cens 
d'éligibilité et un cens électoral ^ ■'. 

#** 

On a dit que " l'exil est la grande école des Rois ". Cette 
maxime ne se vérifia pas pour Charles X, qui ne parait avoir 
modifié en rien, dans l'émigration, .es idées d'ancien régime ; 
mais elle s'applique à Louis XVIII: ■■ C'est dans l'exil qu'il' 
fit son éducation, dit M. do Lescure, qu'il dépouilla peu à peu 
le vieil homme, pour "' , êtir l'homme moderne, qu'il se défit 
de certaines illusions, .„ certains préjugés, pour tenir compte 
des nécessités, des besoins, de l'expérience des hommes et 
des choses ". 



1 — " Arrêté à Venise par Bonaparte, il avait acheté la vie et la 
liberté en lui révélant les plans des royalistes ". (Lt, Emigré, et la 
fe.;on<2« CoaliHont par Ernest Daudet), 

2— Dareste, EUloire de France. 



— 42 — 

II serait difficile de ee figurer toutes les humiliations et 
les déboires que ce prince eut à subir durant les longues 
années qu'il passa sur la terre étrangère. Chassé de Vérone 
par le gouvernement de Venise, sur les injonctions impé- 
rieuses du Directoire triomphant, il se vit obligé d'errer en 
Allemagne de ville en ville, d'auberge en auberge ; né et 
élevé au milieu des splendeurs de Versailles, il connut de 
près !a misère et les ennuis, sans jamais rien perdre de sa 
dignité. 

Son esprit se miirit dans l'adversité, son âme s'ouvrit aux 
besoins de son époque. On a de lui une nouvelle déclara- 
tion pohtique. signée à Colmar; elle est beaucoup plus 
Urge et libérale que celle de Vérone : c'est presque déjà la 
Charte constitutionnelle qu'il donnera à la France en 1814 
I^sé d'errer à travers l'Allemagne, Louis XVIII s'avisa 
de demander l'hospitalité au Czar de Russie, le seul souve- 
rain avec le roi de Suède, qui avait reconnu son titre royal 
J^aul I", fier d'avoir sous la main un hôte si précieux 
s empressa d'accéder à sa demande, lui permit de se former 
une cour, et lui assigna comme résidence la petite viUe de 
Mitau, dans le grand duché de Courlande, là-bas sur la mer 
Baltique. C'était bien loin de son royaume, de ses comités 
royalistes, des armées de la coalition I Mais on ne fait pas 
toujonra comme on veut... Et puis le Czar lui avait fait de 
a belles conditions de vie à Mitau ! Quand on songe qu'il 
s était chargé de tous les frais d'entretien de Louis XVIII et 
de sa courl Et quelle cour I Plus de 3,000 personnes y 
étaient attachées, aux titres les plus divers. Mitau était un 
petit Versailles..., et Louis XVIII disait sans doute avec u- 
cœur reconnaissant : Melibcee. Deus nobis ha,o otia fedt. 
II ne lui manquait qu'une chose : la liberté. Il n'était pas 
seulement l'hôte de l'empereur de Russie, il était son pri- 
sonnier, n'ayant pas même la faculté de sortir du petit 



— 43 — 

domaine qui lui avait été assigné. Cela ne rappelle-t-il pas, 
vraiment, la fable du Zoi.^ et du Chien t 

"... Vous ne courez donc pas 
Oi Toui Toulezî _ Pat toujour» ; mais qu'importe ? 
— Il importe si bien, que de tous vos repas 
Je ne veux en aucune sorte, 
Kt ne voudrais pas mfime à ce prix un trésor." 

Ayant un jour fait instance pour obtenir la faveur d'aller 
à Saint-Péterabouig, jamais le Czar ne voulut y consentir. 

Séparé de sa femme, qui, par économie, vivait depuis la 
Révolution chez son père le roi de Sardaigne, Louis XVIII 
aurait voulu la faire venir à Mitau : il fallut tout une 
négociation pour en obtenir la permission du Czar, et l'on ne 
saurait croire toutes les humiliations qu'eut à subir à ce sujet 
le comte de SainUPriest, très digue homme, qui avait été 
chargé de nc'gocier ce rapatriement. La comtesse de Provence 
arriva enfin à Mitau ; mais elle était accompagnée d'une favo- 
rite, la Gourbillon, que le roi, dans sa dignité, ne voulut 
jamais admettre à sa cour. La Gourbillon, laissée à la porte, 
exhala sa rage dans de» hurlements qui firent sensation : ce 
fut tout une scène dans la petite ville de Mitau '. 

Louis XVIII avait aussi chargé le comte de Saint-Priest 
d'obtenir du Czar et de la cour d'Autriche que sa nièce, la 
fille de Louis XVI et de Marie- Antoinette, Madame Royale, 
comme on l'appelait, lui fût rendue. Elle demeurait à Vienne, 
depuis qu'elle avait été mise en liberté par le Directoire. 
Louis XVIII voulait la marier à son neveu le duc d'Angou- 
lême, et avait obtenu pour cela les dispenses nécessaires do 
la cour de Rome. Le mariage eut lieu, en effet, à Mitau. 
Cette flUe de Louis XVI était, paraît-il, une personne accom- 
plie : son courage et sa grandeur d'âme étaient admirables. 



1 —Ernest Daudet, Louia XriII et Pml I". 



— 44 — 

On oonnatt le mot de Bon.p.rte à .on .ujet : « C..t. disait 
J, le seul homme de aa famille " 

.on oncle le comte de Provence pour le supplier de foire 

teur.. émigré, de toute, condition,, plu, ou moin, afTamé^ 
qui ne celaient d'affluer à Mitau "On d.„« „7 
frais du S. M.; ,j j ■ ■ ""' "" "'"e. on soupe aux 
mus de Sa Majesté, écnvait un jour le comte de Duras Cela 
~ble à ces mendianu qui ,e font donner la charité pt 
1 impatience qu'on a de se débarrasser d'eux > " 

«.^i""**/ ^^" ^' '" °"' 8'°'»"»"" annuellement d'une 
manière alarmante. Il finit par jeter les hauts cris. 

der à C' ' v*r""^ """ '" "'"^'"'*' <'«^"8lie vientd'abor- 
deràRiga, avec quarante autres royalistes: "Eh! quoi 
écrie-t-il. .ecroit-onau Pérou, ou vient-on au XeT" 
le. nouveaux venus furent obligés de déguerpir ' ^ 
■■ On Im 'T' ^"^ ^"" "^ °"""' * <*'■"■"•"«' .ensiblement : 

comte de slin^ P •"? "r""' '"''"'■" "' ^''"^"' '"»'«""'■" •« 
comte de Samt-Priest. Le, émigré., cependant, n'en conti- 

nuaient pa. moin, à adreeser de ton J paru à la cour de 
Russie des demandes d'argent: la détre^e semblait avoir 
m f d" "; T ""''"""" ''" <"«""^- ^-^ XVIIUu 

ol":kt;;:tsr ''. "'""^^"^^^ ^^'''°'»*- - ^-'^^ - 

■• Le séjour de Louis XVIII et des émigrés français en 

On en était réduit à se réjouir des échecs qu'éprouvaient 
de emps en temps le, armée, français,, de'la part dTu 
coabtion: curieux patrioti.me, vraiment! On croyaiVàtut 

1 — Bardoux, La duthem de Dvrat. 



W [: 



— 45 — 

instant entrevoir le jiur prochain où U, Bourbon» allaient 
être appelé! an trône do France: hëU.I " Belle Philis, on 
dëeespère, alore qu'on espère toujours." 

Voilà Bonaparte premier consul de la République fran- 
çaise, et promenant à travers l'Europe ses armées victorieuses • 
le voilà proclamé Empereur, et couronné par le Souverain' 
Pontife lui-même. Les chance» de Louis XVIII de rester 
roi i» partibuê augmentent. La cour de Mitau entre dans 
une période de tristesses et d'angoisses indicibles. On lui 
signifie que son séjour en Eussie a été assez prolongé : et alors 
il faut dire adieu au château des duci de Courlande. 

Louis XVIII jette le» yeux vers l'hospitalière Angleterre > 
et vn chercher refuge " sur ce sol anglais, où la liberté, dit 
M. de Vogué, n'est pas un vain mot' ". 

1 -" Il y avait * 1. foi, de 1. sympathie pour la cause, une 
comp...,on véritable pour le, victime, de la démagogie rtrolution. 
naire, parfo., au«i un peu d'ostentation dans 1. façon dont s'eier- 
ç..t cette large hospitalité. Lord Bridgew.ter fut au nombre de 
ceui q„, ,e signalèrent par leur munilicenoe, non moin» que par 
1 originalité de se, procédé,. Les membre, du clergé Lnçai. 
particulièrement ceux qui appartenaient i l'ordre monaatione' 
étaient a..uré. de trouver dan. .a plendide résidence de cam- 
pagne un refuge toujours ^.H. Il avait élevé pour eux sur les 
pelouse, de son parc, faisant perspective pour le. fenêtre, de .on 
oh&teau, de johe. chapelle, et de. habitation, élégante, rappelant 
e .tyle de. couvent, de France. Capucin., Chartreux, Bénédio- 

iw ^!°î """" '™«"'' "*•" ""«'l'»'. Franciscain, aux 

pied, déchaussés y étaient hébergé, à se. frai,. Il y avait toutefois 
une condition mise à cette ho.pitalité, condition bien facile i. 
remplir: quand Lord Bridgewater avait du monde au château, le 
.on de la cloche averti,.ait, à l'heure de. repas, tous -ce. religieux 
qu .1. devaient sortir de oh., eux pour se promener .ur les gLn, 
;?"' î"*.""™ ^ •» ■"»'". " '=''«™n dan. le co.tume do .on ordre 
Ils faisaient ainsi point de vue dan, le paysage, et Lord Bridgew». 
ter ne manquait point de faire remarquer que cela était bien plu, 
pittoresque que dej troupeaux de mouton» ou de daims " <Ma 
jmnuM, par le comte d'Haussonville, p. 45). 

2_ Une vùite à Soletmu. 



II . 

! 
I 

i 
I 



— 4S — 

vo.,.D.ge de Londre.. A H.rtwell, il .'.œa^it, tout .im- 

•' Quâod i-^i Î'T u ^''\f''"P I"' -'«•"«it .on château : 
Quand a, loué Hartwell. teivait-il plu, tard. le potager 

.Wiritnut^™ '' '"""■"■ -'" — «^-^ 
" Réduit à l'inipuiMance de conspirer, il devient . „ «utre 
fouTnll '»"'*■:'"'•"■ '" '""»ion, et le, rêve, stérile, 

font place aux niéd.Ut.on, féconde,. Se. malheur, fortifient 
« fo, dan, ,e, droit, méconnu,, le préparent à «,, devoir, de 
ro., . ,o.r. que, rentré en po„e„ionde la couronne, il .aura 
remplir avec autant de grandeur que de fermeté ' " 

Le prince qui régnait alor, en Angleterre, George III, avait 
perdu U tête; ,on fil., le régent, George IV, faisait rougir î 

lu Wellington que r, n , • saurait rabaisser davantage- 
Et cependant le pay, allait à merveille, grâce à ce, admira- 
blés institutions politique, qui font ,a force et .a gloi™ 

firma dan. la résolution de les appliquer à son royaume. 

*** 

18U fltC'"!" iT i" '<'»'«"™«™ de la monarchie, en 
m4.f„t mposéeà la France par les pui„ance, coalisée.. 
Rien de plus contraire à la vérité des fait, comme à l'opinion 

rten r°\" P'-.»^"--- ^e' P^i-ances coalisées décTa" 
rèrent à maintes reprise, qu'elles ne faisaient pas la guerre à 

dis osées à traiter avec tout gouvernement sérieux, excepté 
le sien. U Czar de Russie seul manifesta de, préfèrent, 

i - Erne.t Daudet, l'ambanad, du duc D,ca,>,. 



— 47 — 

pour Loui. XVIII i mai» Tslleyraûd et le iëut eurent à 
cœ'ir d'egir indéyendamment de lui. 

U restauration monarchique «'imposa par la force des 
chose», tout le monde sans exception paraissant comprendre 
qu'aprè» le» 25 ans de riivolution qu'on venait de traverser 
on avait besoin d'asseoir le pays sur des ba»es solides : il ne 
fut question sérieusement ni de régence temporaire, ni de 
république : ce que l'on voulait en général, c'était une monar- 
chie tempérée et constitutionnelle, qui pût réconcilier la France 
avec l'Europe et donner la liberté. 

Avant de disi»rattre de h scène, Bonaparte fit des effort» 
de géant pour .'y maintenir. U France est envahie ; les 
armées étrangères y pénètrent de tous côté» : Bonaparte' voit 
à tout, il est partout, il suffit à tout : il ae bat en déseepéré, 
et remporte sur plusieurs points du territoire des succès admi- 
rables: on dirait que la fortune lui sourit encore et que 
l'avenir est à lui. Qui sait même co qui serait advenu, s'il 
n'eût pas été trahi ? " Mais Talleyrand veillait ", écrit l'abbé 
Drioux. Marmont signa la capitulation de Paris le 30 mars, 
au moment où Bonaparte arrivait à son secours ; et les alliés 
entrèrent le lendemain dans la capitale. 

" Dans aucune des phase» de son incomparable carrière, 
écrit le duc de Broglie, Napoléon n'a déployé plu» de ressour. 
ces de génie que dan» cette lutte désespérée. Jamais soleil 
couchant n'a jeté plus de feux. Aucun spectacle n'est plus 
saisissant que celui de cet homme seul, n'ayant pour se 
défendre qu'une armée déjà décimée et de» conscrits recrutés 
d'hier, qui fait tête aux légions de l'Europe entière et à tous 
le» souverains accourus pour se repaître de ses dépouilles. 
Bien de plus dramatique que de le voir enfermé dans ce 
cercle de fer qu'il brise à plusieurs reprises par un coup de 
force et d'éclat, mais qui se reforme impitoyablement et le 
serre de plu» près d'heure en heure, jusqu'à ce que l'halIaU 



i 



— 48 — 

ïïpt" -;''"*• """'"" """" •"" "• »»" ■»"»•• ■>• 

Se »oy.„t perdu, il g&u un peu le table.u d, „ imt» 
dermir. p.r un «ote d, faible,.,, ,r odd. à 1. coupable p.„. 

ttTT VT- *'"'' 'y»"' 'rio„phédupoi^n, 
.prè. d affreuse, douleur,, il reprit courage et ,e réeigna à 

Fonumeb eau et de .e. adieux à „ garde fidèle 1 J'ai vu à 
Fontamebleau la petite Uble où ce grand hon.n,e griffonna » 
..gnatureau ba, de l'acte d'abdication qui lui fut impo,é 
pour amer d>re. par ae, amis. On est profondément ëmren 
««Jgeantà cet aboutiMera«nt pitoyable de tant de gloire, 

Il partit pour l'Ile d'Elbe; et le jour .uivant. 12 ,vrii le 
eomte dArtou. nommé par' Uui, XVIII lieutenant général 
du royaume, f,„a.t son entrée .olennelle à P«i,, aux acda- 
mafons du peuple, et recevait le, vœux du .énat et de toute, 
les autorités constituées. 

TaUeyrand prenant la parole, comme président du gouver- 
nement provisoire: •• Monseigneur, lui dit-il. le bonheur que 
nous éprouvons en ce jour de régénération est au delà de 
toute exp«,.s,on, s. ifon.i,„r reçoit avec h bonté céleste 
qu. caractérise son auguste maison l'hommage de notre reli- 
gieux attendnssement et de notre dévouement respectueux > " 

l'E liser"*"""' ^' ""'"''"' '" '"«"«" '^■'"' ^*'« '■'' 

nom de son frère. On.cieux, aimable, bon cavaher. ayant un 
mot affable pour tout le monde, jamais homme ne réuniU 
un plu, haut degré toute, les qualité, néoe««,ire, à un pre- 



1 —Duo de Broglia, ISIS. 

2— M. de Urcy, La Beitauralion 



— 49 — 



preduiiit dam Ptri, U plu. favorable 



ouTMur rojral. Il 
impreation. 

Impatient de délivrer la Frauce Je. armée, étran^ire. qui 

I occupaient, il ,%mpKu» de conclure la paix, et signa la 
convention du 23 avril qui donnait il la France le, limite. 
de 179J. On prétendit qu'en attendant un peu, il aurait pu 
obtenir la frontière du Rhin. Mai. la France ne devait-elle 
p«. ae trouver heureu.e d'en Hnir au plu. t«t avec l'ennemi 
•an. avoir la moindre indemnité do «uerre h p«yer 1 

Loui. XVIII «•empre.sa do son côté do quitter Hartwell 
et débarqua à Calai, le 24 avril, au milieu des cris de Viv, Ù 
Jloil et de. détonation, de. artilleries française et anglaise 
réconciliée, aprè. 25 ans de guerre. Le 23, il était i Com' 
piègne, où il trouva le comte d'Art„i,, le Czar, le corps légit 
latif et le. maréchaux ; ■■ Allons, mes ami,, vive U Roi ' 
dlMit Ney à la foule; voilà le véritable souverain de la 
France ". 

Le Czar, prenant de. allures de mentor et de protecteur 
auprès de Louis XVIII, le pressait d'accepter la constitution 
qu'avait prépara le .énat. Le roi, plein de dignité, ferma 
loreille à ce. avis, et résolut d'octroyer lui-même une charte 
constitutionnelle, .emblable d'aiUeur. à celle du sénat, qui 
tout er ni.i:,it«na.]t le. prérogatives royales, éublissait en 
France in g:.uve,„eiuent parlementaire. Avant d'entrer à 
Pans, il publia donc U déclaration de Saint-Ouen qui 
renfermait les principes de cette charte ; puis le leodemain 
3 mai, en voiture découverte, il se présenta aux portes de la' 
capitale ayant à ses cfttés la duchesse d'Angoulême, fille de 
Loui. XVI, et à ea suite tous le. grands corps de l'Ktat 
Il reçut du conseil municipal de Paris les clefs de la ville, et 
y entra aux acclamations de la foule. 

II y avait pourtant une classe d'hommes qui le voyaient 
arriver d'un mauvais œil : o'étaieut les soldats de Napoléon 
Serrés dans leur, redingotes boutonnées, cachant leurs déco- 



— 60 — 

«perçut un olhcier russe ■ le rnoniH „..'i i ■ f 

dire. Quand la voitnrl ^ % ^ ^ ' '"" '^'"5* "« »« P««t 
'^uu.uu la voiture du Roi passa devant 1,.; ;i «» i ,. 

I-on venaitde relever ,a Tût ' e H V/^ Ir^tt^'r'"' 
des Tuileries que son frère avait qu tt"e I2 L'I """"" 
pour la prison dn Temple auparavant 

gloire > ". '^^ ™ ■" supënoritë de la 

î— Duo de Broglie, isiâ. 



— SI — 
il ^r"" '™'^.''" T"""™. °û flottait le drapeau blanc. 

quiou fut charg<! des rapports avec la Chambre 

lalIeyrand-Montesquiou. Par un étrange coup de la fortune 

ou y vo.t gurer t,.i, ecclé,iasti,ues constitutilnel ;;X: 
2d.M„nte,,„.ou etlebaron UnU. qui avait fait diacre à 
Côté de Talleyrand à la première Fédération >. Mais ces 
hommes s'imposaient, pour ainsi dire, à Louis XVIir^, u 
n Trr ranT™"'"""- " '""" ^"*'°''- '^ gouvernl tf u^ 
ces. de ces hypothèques, qu'il leur faut subir maleré leur 
jnopopularité Dans le cas présent, Montesquieu e le bare" 
Lou,s apportaient à leurs fonctions respectives une Impé 
tencemcontestable: et quant à TallejJrani, "leZuTts 

;rr:ivnr -■•«^•"r-"'^^'^'- "-éTid^:: 

que Loms XVin ne pouvait s'en passer, malgré la rénu 
gnance qu',] éprouvait pour lui : il était l'i,omme de événe" 
eTt été " "'"""""' '' "'''«" f"" -» -M d'- "- il 
iJaiUeurs ,1 devait jouer un rtle important au Congrès de 
Vienne qui allait s'ouvrir, et y repi^senter efficacement U 

Le comte d'Artois avait dit, en réponse aux adresses nui 
ui avaient été présentées: ■• fiieu n'est changé en France- 

c était le roi dont il était le représentant. Mai, il y en avait 
bien d'autres qui rentraient en France; il y avait lafoulêl 
émigrés dont nous avons parlé, qui considéraient le noumu 

l- Rombert H M.let, £.«.-. XK///.< ,„ o^,.j^„ i Oani. 
i—Lt Comtponimt du 10 déo. 1901. 




— 32 — 

CloUeT'rr "" "'"'"■ "' «" P'°°"'"«-t bien de 
1 exploiter '. Que d'ennui» n'alkient-ils pas lui orfer I L'.„ 

^^^^:==±^£^ 
;i:ij'cSxr;:u,^:r-t::r 

eTmiKuir H^r'' •"^'^"^ '"'■' '^^ fonctionnaire, oiviU 

e m.hta,res du r^g,n,e impérial. Q„i p„„,„it croire qn'eie 

neût pa, à en«,„ffrir dans l'affaire des Cent-Jours T ' ° 

Sur les conseils de TsUeyrand. Louis XVIII se décida 

nationale : le Corps législatif de l'Empire devint la Ph,mi 
des Dép„^3 ; le Sénat impérial, la Ch'^ de Pa'^t^t 
cela en attendant que l'on m une bonne loi électorl ' 

origine n'expliquait guère et auTl T ""','"" '*'"' '''" 
^^ssa r: f R qu'était Bonaparte, ils'^^emblaier rec^I' 
Le gouvernement que Louis Xvrrr „.- •» j. . 



J - B. Daudet, Z„ J„<^^, ,< ,„ „^„^^ _,^^j^^__^ 



— 63 — 

^."ifx^^l" """'^^ franchement le gouvernement repr^ 
Bentatif à la France : il ne tint qu'à «ne chose, savoir, qu'on 
ne mit pas en doute son droit héréditaire et traditionnel De 
là la dignité ferme avec laquelle il refusa d'accepter la charte 
des mams du sénat ou de Talleyrand. mais voulut l'octroyer 
lui-même ; de là aussi le fait de dater cette charte de la 19' 

r°r!/L°°r '*r '■ "'^"'" '" «"■«^q»'"'"' du principe même 
de 1 hérédité. Pourquoi l'appelait-on au trâne ? Pourquoi 

u. plutôt qu'un autre? Sinon parce qu'il était le représen- 
tant héréditaire de cette vieille dynastie à laquelle la nation 
avait autrefois confié ses destinées, qui pouvait avoir corn- 
mis de graves erreurs dans le cours des siècles, mais qui 
n avait jamais prévariqué jusqu'au point de perdre ses 
droits: était, du moins, son opinion ; et il croyait, d'ailleurs 
faire la part juste et raisonnable aux idées libérales du 

emps. en substituant à l'ancien régime le régime parlemen- 
taire. 

Ce qui paraît aujourd'hui singulier, c'est que la fameuse 
question du drapeau blanc, qui fit tant de bruit en 1873 ne 
semble guère avoir occupé les esprits à cette époque On 
accepta ce drapeau avec la plus grande facilité 



11'*: 



_ Mais la Restauration remplit-elle ses promesses ? Il ne 
«agit ICI. ce soir, que de la première Restauration, depuis 
lavènement de Louis XVIII jusqu'aux Cent-Jours. La 
deuxième Restauration fera l'objet d'une autre conférence. 

Le duo de Broglie. appréciant la première Restauration, dit 
en deux mots: ■■ A l'intérieur, c'est une série de mécomptes 
de maladresses et de malheurs, qui n'expliquent que trop là 
catastrophe finale. Au dehors, au contraire, la monarchie 
restaurée a exercé tout de suite, dans le congrès des puis- 




— 54 — 

que la Charte n'é a ou" '„! '"' r^f"'*'™'- "« '-' ««'^ 
libleme»t retourner à iLT"'**"" *' ''"'»■' """" '»'"'' 

*^un.e..Cra'Cr,atlir^"^-"--"^'- 

^ri"r;::r:ï::rxtj~.r. 
'•-ve an.„. a. .Ce z:]^^-^i:z:x 

1— DuodeBroglie,i«5. 



— ES — 

J^<H/ Ce. ecclésiastiques dénonçaient le Concordat conclu 
entre Bonaparte et Pie VU. et en r^cUn.aient absolument 
unaat,« Nous verrons ce que fit la Kestau^Btion pour 
l^hse e le clergé ; mais les ecclésiastiques ardents donV je 
parle ne trouvaient pas que l'on en faisait assez. D'après 

privilège^'''"""'"' '^^"' """^"' " °'"«^ '"•" ""' '"'«'^■" 
Dans la noblesse, on entretenait des prétentions analogues 
.. 1 on en juge pa le fait, cité par les historiens, de ce seigneur' 
qui fit un jour tout une scène dans une église de village' 
parce quon avait présenté le pain bénit au maire avant de 
le lu. donner à hiumême. Les ■■ vieilles perruques poudrées " 
se heurtaient sans cesse au monde nouveau dans les relation, 
aooiaies. 

Les militaires, dont la paix avait brisé la carrière, les fonc- 
tionnaires, en si grand nombre, auxquels la perte d un vaste 
territoire - celui que Bonaparte avait annexé à la France _ 
avait enlevé leurs places, tous ces hommes, déçus ou blessés 
8 unissaient pour faire opposition aux Bourbons 

Au milieu de tant de difficultés, quelles furent les erreurs 
commises par le gouvernement de Louis XVIII î II aérait 
long et fastidieux de les citer en détail. Mais la principale 
suivant nous, c'est de n'avoir pas fait l'impossible pou; 
attacher 1 armée sans laquelle on ne pouvait se maint^ir, 
et qu, comme le dit si bien M. Dareste, venait justemen 
de sauver l'honneur de la France dans la lutte inégale de 

1. moitié des soldats, que Bonaparte tenait depuis si long, 
temps en haleme, qu'il avait promenés à travers l'Europe et 

riinnn'y'"'"'"'' ' °'"' ^'^"'" ■"" * '* demi-solde plus 
de 1 ,000 offl.ers : tout cela, sous le prétexte très plausible 
de réUbhr les Bnances du pays. Mai, pendant qu'on faisait 
oes économies, on favorisait les émigré, qui avaient servi 
dan, le, armées étrangères, on on rempU.«iit U maison du 



fi l'I 



— 66- 
propager d.n, les caLp^^neti' *!"■/",'»"-" " 

parer pour lui. ' ^"' '^ '*'™"> »« pré- 

table» Z«. '^ 'mprudeutos ou des actes regret- 

-ou.arso;i-»:r;: ;rx"d^ r 'r^^-^*^ 

1" janvier 181 5 • i? Ai 7 "«Pnws, lors de la réception' du 
>-r,LrZl'„i:!f'""' -«~-^''^- de procurer le 

f^1T:-^:î:;\z t "' ^'"^»" '^'~ 

ii.„ , ^^ '* "''*'''« const tntionnelle «n m u 

bonheur du peuple ". ^"'°'- "' '"'"«' P<"" 'e 

Ehl bien, messieurs, maleré 1p« r.,,». 

jamais la France ne fi,t%,i„ i. ''™*'"«'- " es' certain que 

trême douceur dSla^rV" "T '^■"P' " ''"- 
tant d'épreuves fut .2l^T "'"°'- * P*""" '«■»'» de 

^ resuu^tion ■^;l,?^'^ * ^'""' ''"'•'"' «« P-»- essai 



— 57 — 

Et M™ de Staël, l'anoétre du duo de Brogli», la fille de 
Necker, écrivant k Talleyrand durant les Cent- Joun, et regret- 
tant la chute de ceux qui avait gouverné sous la première 
Hoetauration: " Nous étions si heureux I dit-elle; ils étaient 
SI bons, si justes I Une pareille année ne saurait s'oublier " ! 
" Personne ne fut inquiété pour ses opinions, écrit M de 
Larcy ; U France était ouverte de toutes parts. On allait on 
voyageait comme on voulait. U confiance renaissait partout, 
les ports se rouvraient, l'industrie et le commerce allaient 
reprendre l'essor, et, comme pour inaugurer cet heureux 
avenir, le gouvernement du roi, en s'imposant la règle d'ac 
quitter scrupuleusement toute dette qui pouvait être consi- 
dérée comme dette de l'Etat, proscrivait à jamais l'odieuse 
banqueroute, fondait le crédit de U France, et accroissait 
dans des proportions infinies la fortune publique et les for- 
tunes privées. 

" Une liberté, une prospérité si nouvelles auraient dû pro- 
fondément toucher ceux qui en profitaient, c'est-à-dire la 
France entière; mais ce à quoi on s'accoutume le plus faci- 
ement, ajoute trister-^nt M. de Laroy, ce dont on se fatigue 
le plus vite, surtout en France, c'est le bonheur...". 



Par le traité de Paris, ratifié par LouU XVIII le 30 mai 
1814, la France se débarrassait des armées étrangères sans 
avoir à payer aucune indemnité, et rentrait dans ses anciennes 
umites. 

Sait-on les conquêtes auxquelles elle renonçait, le chiffre 
de la population qu'elle perdait ? 32 millions d'habitants 
renfermés dans les territoires que Bonaparte, sans plus de' 
façon, m de raison que celle du plus fort, avait annexés à la 
France. " Il avait défait des nations, pour faire des royaumes " 



— 58 — 

CW .on neveu, pourUnt. Napoléon III, qui dev.it un jour 
pr^.n,er „ haut le fan,eux principe de,\.ti„naliL , ' 

f.Il.tle?r^ur'' rr **" '~"P"" »n,p.,teur,. il 
allait le, rattacher à quelque, état,; il fallait disposer de, 

notelrl."'" "" """"*°^ ~' '"-" O"'" -" -' 
Tou, le, souverain, de l'Europe y fuient représenta, à 
1 exception du «i de Saxe, le fidèle allié de la Fralr On 
y voyait toute, les célébrité, diplomatique, du Ip^ 
Talley^ndet Dalberg y représentaient la France SV 

Stewart 1 Angleterre ; Hardenberg et Humboldt, la Prusse ■ 
Consalv, le Saint-Siège ; Labrador. l'Espagne 

nue /rr'f T'" "" ^'"'«'*' '" P"'» ^■>'«'''' brillante, 

d esprit Le Congrès danse et n'avance à rien" Dan, 

France de ce premier auccès. Il était le plus g«„d seiZur 
homme le plu, poli de toute l'Europe. Boufparte eTavâ H 
fai ,on profit, quelque, année, auparavant, à Erfurt 

Le désmtércement avec lequel la France renonçant à 
toute annexion de territoire, s'était contentée parlëtr^té de 
Pan, de rentrer dans ses anciennes limit.^, donn^ Le 
grande force à ses représentants au Connè, rlT^ 
comprit^mmédiatement Metternich. leTLe^ut-2^^^ 

était aultdl ""T""" '" ^"""^- '="'-" O»-» '- ^<"^-«. 
était au fond le plus simple et le plus beau Tout ce ou 

regardait la France ,e trouvant réglé par le trai^ de Pari 

.13 navaient rien à demander pour eux-mêmes, et pouvait 



C'est .UMi le prognimme que Loui, XVIII «vait tmcë à 
P>on du dro t publ.0 contre le droit de conquête et de. 

iZ r '"'""l'- " '"""» '^'«""'■" '« principe de la 

g.t.n>. d monarchique héréditaire : " C'est ce principe d.Iil 

•1, qu. «ent de ramener le, Bourbons sur le tle d^Fr^^ 

que -, France a acclamé comme son salut suprême après Tt" 

ttl r "" r "^"' '''-"' ~-o'-neUeml 
par toutes les grandes puissances continentales " 

Avec ces principes de droit public et de MgitimiM hérédi 

U.re fortement et nettement accentués, au Vanfétonut 

m nt de la plupart des diplomates du Congri. Ta.Ieyrand 

réussit à grouper autour de lui tous les petiu Etats européens 

qn.se ,ent«,ent menacés dans leur existence. Les Zdes 

pn.ssances. en effet, étaient venues an Congrès avecl. déter 

m.nat,on avouée de les laisser de côté, y clpris L Frat^" 

dan, e règlement de toutes le, questions. Il fallut désormais 

compter avec eu.. Chaque fois qu'il était question de corn! 

mettre quelque grande injustice. Talleyrand élevait la voix 

I«nr réclamer en faveur du droit public. On ne saumit croî e 

combien ce en ava.t encore de force à cette époque 

Il y eut sans doute bien des iniquités de commise,; mai. 

Vienne fit des annexions injustes, mais il confirma 1, lel 
Eta . y compris ceux de l'Eglise, dan, leur, di^it, principaux 
et leur existence : et ses décisions assurèrent la pafx de !Z 
rope pour une longue période. 

et m!17""^.*"-' "^""^ ^' "''"'^' * '«' ^■«» Castlereagh 
et Metternich, m.n.,tres res^ctifs de l'Angleterre et de l'Au- 



— 60 _ 

W 1 Aageterre et l'Autriche, .'...g.ge.it'à TA™' en 
F~noe qu,. 1, veiUe encore, éuit occupa p., l'enneoiP 
k ™ r"*,"? ""'"'' ''"*'•'''"' «•"eo'iue. pour Annexer 

#*# 

Avec une perspicacité vraiment divinatoire Bon»n.rt. 
avart au.vi. du fond de son exiU llle d'Elb! TmouvIC 
.eri:'«"r2f"""'? .''"''"■ «' P-^- l'accueil r„1 
^Tlur! ^ r ■ÎT'Î"""*"" *'''"^«'- "' «'^«ontente,, on ne 

T 'ToT'"' ''" '^8""° ■*« '« R«tauration. 

Le 28 février 1815. à 8 heure, du ,oir. il partit de Porter 
Ferrajo avec 900 homme,, et fit voile p;„rîa France U 
bnckqu-n montait, accompagné de tro^ petit, "«.taux 

d Elbe, et aborda en plein jour, dan, l'aprè,-midi du 1" ma "^ 
dan, le golfe de Juan.prè, de Canne,. L petite troupe Za 
1. nmt ,ur la plage, et le lendemain ,e dirigea à .raferf^ 

r::rar.;r"' '-"'-• - *" ---" 

Soldat,, venez vou, ranger ,ou, le d»peau de votre chef. 



— «1_ 

U viotoi™ m.,cher..u p.. de ch«rg,; l'.igle. »veo !.. oou- 

Ce langage l«i.„it i„diffc!rente, U bourgeoi.ie et U ol.„e 

Dtn, 1-I,ère, Bonaparte rencontra le, première, troupe. 

~y.l..; et Bertrand rinforn.a ,„e Cambronue ne pouv^ 

e^ner II oompnt q«e l'heure était ddeiaive, mit pied à 

terre, et. avançant .eul au-devant d'elles: 

- " Soldat, du 6«, leur oria-t-il. ne reconnaissej-vou. na. 

S-ne! •ne7nt:r::i;;.T"''' """ - ''--'-^ ■• 

le.T.lJIr ''*"'^'"'" " ■' '^P°"<'i«>nt d'une ««le voix ton. 

-'■ Ça va bien, dit Bonaparte à Diouot; dan. dix jour. ' 
nou. .erons aux Tuilerie. ". ' ' 

end^If%v'' r"' '"'"«''" ''•'"'<"'««'«-"». «st le .eul 
endrort où 1 enthousiasme paraît avoir été général: on le 

nrirr , f,!Tr^ '^ j™"- """»■" - >- " •« ^epré 

«entent de la liberté française " ! 

Bni™!r"°'"r '*'^''°''*"' '"' ''"'^"'' "o- '^8"»«"t; "ai. 
Bnnaparte ne fut pas satisfait de l'accueil de, habitant, aisés • 

A Lyon même accueil peu enthousiaste delà part de. 
classe. a.sées. Mai. le comte d'Artois et le m.réch!î M. ! 
donald sont impuissants à mr-întenir les troupes dan. le 
devoir. Bonaparte, désormais sûr de son entrepSe, agit en 
empereur. Il publie une série de décrets pour rdvo^ue^ de" 

^uwrr"'!,'" ^'' «^"^""'^' '"'°"' '• «"»«)« blanche, 
rétablir la garde impérirJe. dissoudre les Chambre. 

I* maréchal Ney s'avance ver, Bewnçoa. après avoir pro- 



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— 02 — 
d^à elle ne T» fait : .. v„u. «L «1 k ^ """•' " 

régner aur notre beau pays "1 «Ppartient de 

denT.LÏdaÎ'"'"^'' ^'™ " """•**'^' ^'^'" '^P'- 
U défection du maréchal «aurait lo triomphe de Bon» 
Pirte. q„. parutit à ce moment m«me d. Uoa n„7. ^ 

*««.».^ * ,„ «,„„„„ ^„ ^, Cno J 8,5 H ri"""" *• 
*»»< du 2S noT. 1901. "' '*■'" '• Corrapn- 



— 63 — 

„,„?!! *" ~'''»"'^" «" «"g»»"' 4 o« qa-il .v.it fallu d'in... 
1. .J ?', f "" " '''' "'""'■ ''^ '■' P»rt '»'' Bon.,«rl.. 
i'ut. 1 "■", • '"'"'' '"'°'''°" ■* P"*" «"'^""i»" d» l'tle 
dWbe, .le volouW. de courage et ,l'aud«oe p<,ur l'ex^icuter 
Audacr,f^nna Juml. Ce coup ,1e force, cet acte au.),." 
«eux. probablement unique ,lan, rhi.toire. . M appelé avec 

Zhaf l/ r "'"""f" '^" '-'«■"-J"""". * cause .lo, 
^. . tat. dé.a,treux qu',1 eut pour I. France. Mai, dan. le 
fait lui.m«n.e, quel prodige de bonheur et de tuccèa I 

Le. contemporain., .tupëfait, d„ rdvduement, chorch.iont 
à «en rendre ccnp.e. et ne le pouvaient guère. Bonaparte, 
lu., prenait le. cho.e, plus à froid. Mollien raconte dan. .e. 
Mé,no^rc qu'il alla I. f.qieiter du •■ n.iracle de son Zur" 
le lendemain de ... rentra au. Tuilerie. : "Mon cher, lui dît 
empereur, le temp. des compliment, e.t pa^é- il, ^w 
la...ë venir, comme iU ont la„.d partir le. autre." 

Bonaparte, en homme de génie qu'il élait. comprenait la 
«tuation mieux que personne. 1 1 savait qu'il ne devait >on 
retour qu'àla défection de l'armée, quela Ke.taumtion n'avait 
^. suffl«mment cherché à .'attacher, puis ù l'ignorance et à 
1 irréflexion du peuple, qui s'était bissé circonvenir par la 
peur de tonte espèce de fantômes, par la crainte d'un retour 
à lancien régime comme les enfant, "ont peur de. reve- 
nant, .„,va„t 1 expression du duc de Broglie ; mais qu'il 
n avait nnllejnent pour lui le. classes éclairées et dirigeantes 
«u. lesquellesil est impassible de .e maintenir longtempi 
au pouvoir. b~™i™ 

" "» "'»"; I«i«^ venir, comme il. ont laisse partir le. 
autre. Cela se vérifiait surtimt à Paris: là. nul enthou- 
««me à l'arrivée de Bonaparte. Voici ce qu'on lit dan. 1« 
Mémmre» dn vieu x duc de Broglie : 

■• Le lendemain du départ de celui qu'on laissait parti, et 
le jour de 1 arrivée de celui qu'on laisaait venir fut encore plus 




P««nt,, -évitaient; on „« rencontrait guère dl^tÎ 'ri. 
adonnera la nation de, institutions libérales prelostr 
Timeo BanaoB et dom^ /mtUes. 

dvra":;^;ïï:;'n:^""'°""'''"'p«''-«-iietem^ 
a.i'rr.or,':::^^»:--;-^^^^^^ 

signal pour se lancer contre rennem^ ^'"' '" "" 

Mais avant de donner ce siuml R^». ^ 



— 65 — 

princes qui raccompagnaient étaient entièrement vêtu, de 
velours blanc avec de petits manteaux à Te jpagnole brodés 
a abeilles et toque tailladée ". 

" Quand le cortège prit place dans ce travestissement 
presque grotesque, ajoute le duc de Broglie, la surprise fut 
générale Un sourire passa sur toutes les lèvres, on crut 
assister à une représentation de théâtre, et le langage de l'Em- 
pereur bien qu'assez digne, parut un rôle qu'il débitait, et ne 
recueillit que quelques vivats de commande. 

" Mais dès que commença le défilé de l'armée, la réalité- 
une noble et sévère r.aiité - apparut. Ces braves gens pas- 
saient, dit un récit que j'ai sous les yeux, l'air .nartiaUa 
démarche flère, le regard brillant d'un fe: irdent et sombre 
Une clameur formidable sortait de leurs poitrines: on croyait 
entendre : Ave, Cœaar, morituri te aalutant " ". 
Et cette armée s'élança du côté de la frontièrJ Belge 
On sait le reste : les premiers succès des armes françaises 
sur la Sambre, les prodiges d'organisation, d'activité, de res- 
sources déployés par Bonaparte dans cette courte campagne 
les prodiges de valeur des soldats et de leurs officiers les 
fautes, les contretemps, les déceptions de la journée du 18 
juin qui semblaient être un Mane, Thecel, Phares, le désastre 
de W aterloo, et la retraite sur Paris, le sol de la France foulé 
^r un million de soldats étrangers, l'abdication définitive de 
Bonaparte, la création d'un gouvernement provisoire dont 
Fouché. le triste Fouché, se fait nommer président, afin 
d avoir une chance d'entrer dans le gouvernement de Louis 
XVIII, Bonaparte constitué par les Anglais leur prisonnier 
de guerre, puis sa captivité à Sainte-Hélène. 



1 _ Duo de Brogli», isiâ. 



?■ 'I 



— 66 — 
, Bonapane et rEu.p, et rep.Xti tuTat ™'" 
disait-il.ae placer entre !.. T ''°'' '' ««x-wit, 

varicateur semblait être I« ™. ""^y™"^' C«' ^veque pré- 

Bu ™oi., tout : SbÏ ~t tî '' '; ""'"""'''«■ 
rendu de r^els serviL i . T '"'-m^me, il avait 

figure au Coié/de Vie 'n' """ ' " ™°"' "^ '^'"> l»-» 

«ence était n^ilt à Ta "ierT'Vf r "^"^ " P'^- 

quiallait avoir à t»iter âve^PEnC"^' """^ ^'"'• 

mimstèredeLnisXVnî .rr;' •"' P'''^"°« ''''■« '" 
-nt enco« ro g d„ '/S a" 'f " '"' '" ""■■" 
et du.unt la Te'enr ApL'k dIT ""f '^ ''°"^'""°" 
parte, mai, avec une eiul^ »"^«tare, .1 a servi Bona- 

son ma..re ^ZZ ZTZu:C'^'T ''''' '^ '''°''' 

port des mœurs et de la d 1^/ Et IT""- ""' '^ "?" 

» oignité. Et maintenant, après s'être 

tre, de l'.pp.rt,ment \oj7iTAtZ„, ' "' '""' '" '*"*" 

innombrable, pouvant d«!^ri.7^ ^ ^r' " P™""" "■>» foule 

M.i«« .e p;Ln:r:„t.:"^?ur: t^: '" '^- ■ <*""■' «• 

o'éUit un »r.i délire. Chaneau» J ' '^ ^""^ "" "•<'» 'o»- 

•'r.o<..ioi,^ ,., >X"ari:\r.rd^rr:^^c 



— 67 — 
imi».^ de nouveau à Bonaparte, durant le, Cent-Jour, le 

Eh I bien le oro.m,t-on ? Ce " corrompu fameux ce roué 
deoçuret de révolution, ce Talleyrand d'un, esp cT ^ 
baaae comme dit un auteur ', est imposé à Louis XVIH 
non seulement par le. puissances étrangères, mais par ^ 
.m.s mêmes delà Royauté, qui se figu4t qu'elle nelnl 

lLr:% 'T'' ^' ""^'''^■"^ '- royalistes qur« 
P^ét ndent les plus pur, et les plus vertueux, que dtje" 
P« le comte d'Artois lui-même, le futur Charles X ' ' 

Fouché, d.t M. de Vogué, possédait l'anneau magique 

de, pohticen, heu,.„x, qui „„t le don de faire oublier après 

«X m„,s toutes leurs fautes, tous leurs crimes, alorsque' ! 

mabdro.,, restent éternellement noircis par une pecca'diUe " 

M. de Vogd^ raconte ensuite comment ce misémble 

tête de Robespierre, de Marat. et de tant d'autres; puis il 

"Fouché sauvé nous fait presque regretter Robespierre 
Celu -c. valait m.eux. Il croyait du moins à l'utilité publqTe 
^irljT- ^---"--'^-^MuepLln 

ISlO^'f ' ''/* ^"'"'""'- " '"' Bo-oP^rte... Disgracié en 
bLI T "' '*'' "" '"^"'-'«^ Oe VitroL et de 

ne lu accorde pas. Aux Cent-Jours. son maître le repren" 
MrnSite. ~"'"^*^"'- ^"'"*"' ^"^ «« ^""'^ '"»- ^ 
" Chef réel du gouvernement provisoire, après Waterloo 

Imexphcable engouement de la société légitimiste. sollicW 
par le comte d'Artois lui-même, on le voitlfln ent'r H ' 

l-CamUl» Pelletan, De 1815 à no, jour,. 



— «8 — 

le Boi Trèi-Chr&ien, au bras de TâlIeTi«i.H .. i ■ 

iur le crime... ' ". ^"leyrand, le viœ appuyé 

HâtOM-nou. d'ajouter, mesaieur,, que Loui, XVftT „1 
politique et plus digue, mieux avisd que tout onLt ^ 
ne fut pas lonstemDS un. .. AAt^ entourage, 

«mer,,Tui .uCi „rhirmet:;r ' ^/ 7 """ "- 

«n, cela dan. „ue pn^haine couférenee. "' """ 



I — Bmu du DeuxMoïKki, 1 



ilOOI. 



TROISIÈME CONFÉRENCE 

dono4t ptr 
M. l'abU A.-H. OouiLiK 



LA FBANCE AU XIX' SIÈCLE 
2- TUlMu : La BaUiurmUôn 

M" l'ArcfaeT^ue, 

M. le Becteur, 

Messieurs, 

pJlTî. '"•'*''"" •" '• «««*•>'""»». de réconcilier I. 
France de lancen régime avec I. France moderne et révolu- 

"Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles 

rfp.ndra. et les outre, seront perdues. Mais il faut mettre 
le vin nouveau dans des outres neuves " 

ava^^.'"-"!!?""'.' '^^' '* '^''''^ '^« '■»<»-° fégime: 
«vaut dy introduire le régime parlementai™, il eût fallu la 
«nouveler complètement, i^faire son esprit et ses luï 
politiques ce qui était l'œuvre du temps. Les EoyalisU>" 
en gênerai mais surtout oaux qui avaient quitté la Fran» 
et passé 25 ans dans l'émigmtion, étaient rempli, de vieuz 
préjug,<s, que le. excès de la Révolution avaient profonde- 



I I 



— ro — 

hient enracinés dans leur âme • il. n. • . 

q«el"ancienrtg,„,e. connaïawient de bon 

" Personne, dit encore l'Evaneile hnv.nf j • . 
n'en vent auisitAt rf„ » '""Bue, buvant du vm v eux, 

OUI. aussitôt du nouveau • car il Hif .ni • 
meilleur ' " «i , car u dit : le vieux est 

1 ancien régime. ^ ramener à 

**# 

l'esprit et la frltlue n "^ •" '"'"•'""■"''«"*"'«'>""'« 
■■Je dis à'trmiltr a" " '"°' «""«'^-t-que : 

Oui.-Alors.jevai,~'„3:er "llr '"'*^''"'''- 
mes ministres : _ Avez-vZTn 7 '*""'''"«"■■ J« *, à 
Alors, allez vous pfome ™ •• "" '' -i»"'^ ' - Non. - 

la res^onsa'binrde s"» isC 117™'' "■'" "'^"o 
jour à lui avec une mesu™ n 'i ?, *" "* P''^"'"« »» 
.-Ve répug„a~^l„ 7 •:';,f «.«-•' "^ '« «"' " 
ture. Louis XVITT „. r "«"■«noe d y apposer sa signa- 
dit: "Mamals'l ;% ' »""""'■« P^"; mais iUui 

B^conciiriXgrLXTt'"'!!'"''''"' 
avec la monarchie t,!!^™ ,^ ^! '"' *'^™" «' "«W». 

apr^s les Cent-trsSu— :; t'r^rdet """^'^ 

ila ne voyaient pa'rL™:l::r'à t """' ""'"'* = 
^ e.e.er. Oans le midiVri^fur.!:: 1:^1 



- 71 - 

politique, et religieuse» furent toujour, si ardente,, régna 
durant plusieurs mois une véritable Terreur: nombre de 
Bonapartistes, de Républicain, et de Huguenot, furent vie- 
times de la fureur de certains Royalistes: et comme tout 
cela se fa.,a.t, en apparence, à l'ombre du pavillon aux fleur, 
de hs on donna à cette terrenr le nom de Terreur blanche. 
Il faUut que le gouvernement intervint pour réprimer le zèle 
excessif de ses amis et arrêter les massacres. 

Louis XVIII, en remontant sur le trône, avait promi. 
lanimstie à ceux qui s'étaient laissés entraîner dans l'affaire 
des Cent. Jours : ilii'avait excepté du pardon que " le, ins- 
tigateurs et les auteurs de cette trame horrible " De là le 
procès de certain, personnage, marquants, chers à l'armée 
Idole, de la France populaire, leur condamnation, leur exécu- 
tion lamentable, celle de Ubédoyère et du maréchal Ney uar 
exemple. "'^ 

_ Aujourd'hui, tout le monde juge sévèrement, et avec raison 
1 absurde chose qu'est un procès politique " ; on n'a pas de 
peine à reconnaître " l'incurable boiterie de la vieille Thémis 
aussitôt qu'elle se fourvoie dans ces fondrière, " Prenons' 
garde, cependant, messieurs; et rappelons-nous que pour 
apprécier avec équité les hommes et le, choses du passé il 
faut tenir compte de l'esprit de leur époque : j'admire, à'ce 
«ujet, le petit pa,«,ge suivant de M. de Vogué surla sentence 
un marecûal Ney : 

"On lit, dit-il, au bas de cette pièce, la grande signature 
de Chateaubriand; ou y lit beaucoup d'autres noins qui 
furent porté, par des gens de cœur et d'honneur. Képétons-le 
encore une foi, : nous devons déplorer l'entraînement de ces 
hommes, nous pouvons condamner leur acte ; nous n'avons 
pas le droit de condamner leurs consciences, parce qu'il nous 
est impossible de nous replacer dans leur état d'esprit» ". 

1 — M. de VogUé, Seuru d'hutoin. 



— 72 — 
" I«w état d'esprit " meuixnr. — .-, 

JWi. ,.a,n..e *f™„;:. '^i "j'-; ^^P^' f" 
comme indigne de défendre le pav, et «t. ! ' 

armée é.«ngé™ de 150.000 omme, «7^ K^^d ""'' 
«ubir et entretenir i .es frais d,™„7 ** "'°''™ 

pouvant être réduili /^ durant omq ana. ce, cinq année, 

guerre dIu, 4nn »ti ^f , millions d'indemnit4 de 
C mutirH ' "" '^'^'"»''«'"«' particulières; I. 

raux. wr ri; t.r,rr„: '* '^"t ■•'"" «^"^ 

Louis XVIIl Ini-mêDie, tout décidé o,.'iI tM i .• 

P* a. - ..,-..,; r«,r.' srs' s,r '" »- 



— 78 — 

. œllège, a,ctomu, du pay, pour procéder à de nouvelle, 

e eT:- ^J'^r «' <"» <"-"-» *>- l'état d'ft^e "ù 
elle «.trouvait. o'a,t.à.di«, en haine de la révolution de 
lana„h.e, du bonapartisme: non, .von, vu quelque cLI 
danalogue. de no, jour,, au lendemain de la guer^fraur 
pru«,enne. Le. élection, du 13 juillet 1815 don„é~nuû 
m» «ue a«en,blée tout à fa.t royali,te : on n'y v^atl'unë 
uflrçe n.,n„„t d oppo,ition. Le Roi, tout étonné de trouvé 
et deT '•"*?/' '"' "" ''^'"""'"•'' """ d-^l^mentVd-ord" 
introuvable I Le nom lui est resté dan, l'histoire, 
dévt^ aTC- '"f""^'"''»/'»'' honnête. religieu,e. toute 
avaTt t Lf ; "\ """ "''" "*" '"dépendante ; mai. elle 
avait le. défaut, de se, qualité.: elle .e mo.tra souvent 
^n'u-geante. revêohe, et trop peu disposée à donner satisf I 
tiou aui eiigeuces «isonnable, des temps. Nous verron, it 
-t^auqueleUe . condamna iuévitab.Lent Z ToT "tlt 

En attendant, elle fit du bien, et le premier- résultat de ,a 
présence dans le. conseils da Souverain, fut de le déterras, ' 

« bien M de Urcy, •• l'ombre seule de la Chambre fit fuir 

1T^7 ■ ^'"''^""" "' ^"■""'^ "•""«'■<'-"' P^a même 
^verdict: se sentant perdu, d'avance, il. offrant le"r 
démi«,on, et le Roi ,'empre,« de l'accepter ■ 

le "tL^"^' r'" P"'"'- ^""^ 'r»"«y«"'d dan. ,es Mémmres 
le fardeau de la reconnai.«nce qu'il .entait me devoir ^ 

*.h. bien, sait-on jusqu'à quel point Louis XVIII ,. 
montra ingrat enver, Talleyrand î Ju«iu'à lui precure une 
.inéoure de 100,00C franc par année ' 1 

1 — M. de Laroj, La Salauralion. 



— 74 — 

IMflon^noui dea Mdmoire^ meMieur.; il ,.t „„ ,„, 
Ie«« .uteu™ n-y travaillent p... «„, v.np.gne, à leur 
propre oanonisation. 



Il 



I* duo de Bichelien, .ppeW p., Lo„i, XVIII à former 
«n mictère. ^Uit l'idéal du gentilhomme. Dé.inté«,„é et 
««Odette à la f„.. timide et courageux, .impie et grand, il 
•coeptait le, >n,titution, et 1, «>ciéU nouvelle, par droiture 
et par bon wn.. non par goût ni intérêt. C'e.t, non pa. I. 

figure de lan.tocraUe royali.te. Il était admirablement 
cho... pour gouverner la France nouvelle au nom de la 
France ancienne et pour le. réconcilier tonte» deux 

11 ne po,.édait pa. cette énergie, cette volonté de f« du 
Oaidinal q«. le premier rendit illustre le nom de sa famille • 
.1 nav.,t p.. même l'habileté et la flno«e d'un Mazarin o„' 
dun Talleyrand; .1 eut encore moin, l'audace et 1'ab.enoe 
de .crupule. qu. firent la fortune d'un Cavour et d'an Bi.. 
mark Moin. bien doué que ton. ce. perwnnage. fameux à 
d .t.tre.,.d.ver.. il fit p|„. q.,e„, peut.«tre^„r le Lnt 
heurtes deux patr.e. qu'il .ervit tour à tour, 1. Huwie et 1. 

Ce qui lui manquait le plu,, c'était l'ambition, " ce nui,, 
«nt .timnlant qui double le. faculté, de. homme, d'Ktat. et 
«n, lequel la plu. haute vertu ne leur donne pa, la force 
»uffi„nte pour porter longtemp, le fai^eau du pouvoir • " 

Il nac«pto le pouvoir qu'avec la plu, grande répugnance' 
Ecrivant à .on ami l'abbé NicoUe : 

" ^ •<"* «" «" J»"*. «iit-il; j'ai cédé aux ordre, du Hoi 
«ox matance, de l'Empereur, et à h voix publique, qui,' 

1 - Vi.lCa.t.1, La Salmralion. 



— 78 — 

j'ignore pourquoi, m'a appeW .u mini.tère dam le moment le 
plui affreux; c'eit ce qui m'a fait accepter. Il y eût eu de la 
lâcheté à abandonner ce malheureux Roi, dan« l'horrible 
poaition oà il ae trouve... Je ne voua exhorte pa. 4 revenir 
en France ; noua «ommes aur un volcan. Adieu, M. l'abbé • 
pneïleBon Dieu pour moi, je n'eu.jamai. si bo.oin qu'il 
vienne à mon aide... Pauvre France I ... L'homme eat posé 
par la Providence au haut d'une montagne, d'où elle le pouue 
et le fait rouler juwju'en baa, aana qu'il puin.e a'arrjter; 
pu..sé.je ne pas tomber, avec la cboae publique, an fond du 
précipice..." I 

De .on côté. M»' de Staël, écrivant à Richelieu pour l'en- 
courager: " Quelle gloire, lui disait-elle, et, ce qui vaut 
mieux, quelle jouissance du cœur n'aurez-vous pas. si vous 
non. refaites une patrie I Le problème consiste dans Tinté- 
grité de la France, le départ des étrangers, et la constitution 
anglaise franchement et sûrement établie. Cette trinité de 
bonheur vous sera-t-elle accoriée par le Bon Dieu...» ? 

Emigré en Russie dès avant 89, Richelieu s'était acquis 
1 estime du Ciar. qui lui avait confié l'administration d'un 
vaste paya, la Crimée. Sur ce théâtre, illustré plus tard par 
une des grandes guerres des temps modernes, il déploya des 
talents auxquels rien, ni dans son éducation, ni dans son 
entourage, ne semblait l'avoir préparé. D'un paya désert, 
inhabité, sans culture, il réussit à faire une province peuplée 
fertile, juatement qualifiée de grenier de l'Empire russe. Par 
ses soins, un village de quelques centaines de feux, à peine 
fréquenté par de pauvres pêcheurs, devint bientôt une opu- 
lente cité, un port de premier ordre ; et dès 1828 Odessa 
élevait une statue à son fondateur, dont le nom est encore 
populaire sur ces rivages lointains. 

I — L'abW NIooIIb était encore en Crimée. 

2_Crou....Crét.t, i. *.c * BUM^ „ Bu.H. ./ « Franc,. 



If 






78-. 
n DM «mbl. ,n. !.. 0M.n..nU d« Rioh.Iieu durent trw- 

r:utrrj„r •• '-" "'■"•'" ^— - 

">-« dont U rë,«™cUon fut b«ltr., d. no. jour., (ou. 1« 

n«t™i 1 comprit qu. le. deux peuple,, uni. p., ]«. lie„. 

Son .n..t,é avec AIex.nd« v.lut à 1. France de. avanuT. 
incdonlable.. Ce que T.lleyn,nd n'avait pu gagner Ze 
q».l.va.tfroi«^Ie C», .u'congrt. de Vienf^llS 
L« puimnce. eonfn.nule. av«ent décidé d'enlever àU 
Franc. Ul«c et 1. Lorraine ; Alexandre le. fit renonoir 

K^hel„„ comme un tmphée, la carte où elle, avaient tracé 

vue. . Voili i quoi nou. avon. échappé " 1 lui dit-il avec 
une ezquin bonne grftœ : 

oart/^ ^r *'" ■"*' r^"" '•"• ^"' Chateaubriand, cette 

ro«: tSa'ter > ■""-' -^^ "" "• «•"■-'"'• »- "» 

«.n^I?""' "î?" '"'■ '"'*'" P'""""" """<" P-«" de 
wn territoire ; eUe »v«t une énorme indemnité de guerre à 

f^t'i:moïr'';î.°""'^ p" "^ "»*' ét™ng«rrc 

fut la mort dan. l'âme que le duo de Richelieu .e vit obligé 
dapp«N>r «..guature an traité de paix du 20 novembre 18lf 
Mai, du mo.n. il avait réu.,i à faire réduire l'indemnité i 
pm. Il avait le.poir que p., I'i„fluence du Czar la durée de 
occupation du pay, .erait abrégée. Au„i le Koi, comptant 
.ur la bonne fortune de «n mini.tre et ,ur le divoueLent 

1 — IC d. Unj, La SutnnUam. 



— 77 — 

de un peuple, pouv»it-il dire, tveo une vnie éauMon, dau 
fon ditconn sui Chembrat : 

" Ko' d'»» «utre peyt, j'.urei. pu perdre reepdrtnoe , .,iui, le 
Roi le Frence ne détuiiire jamais avec dea FraïK^i» ; qu'il, 
ne forment qu'un faiaceau, et noa malheura ae r(!parerr,ut ' ". 
Ha ae réparèrent eu eBet,'aveo un bonheur qui n'a .l'(Sgai 
que celui dont noua avoua ët^ tëinoina, de nos j un, aprè, U 
guerre franco-pruaaienne : l'indemnité de guerre l,i( paj* 
avec une ponotualiuS toute françaiae; et le 1 H oclubrfi :eiH 
moin» de troiaana après le traiU! dont je viena de |wrl«r ,o 
tenait le Congrèa d' Aix-la-Chapelle : grâce à l'imptiji, 
Alexandre, grâce à Pozio di Borgo, rambuaaadeur n..,., i 
Paria, et à aon ami Capo d'iatria, lo duc de Richelieu obtenait 
la Ubëration complète de aon paya, et la France rentrait dana 
le concert européen : 

" Dèa que la nouvelle en fut connue à Paria, il y eut 
explosion de joie ; lea journaux de toutea nuancée furent una- 
nimca à louer M. de Richelieu de l'heureux résulut obtenu 
par aa loyauté. Louis XVIH lui écrivait pour le remercier ; 
" J'ai assez vécu, disait-il, puisque j'ai vu la France libre et 
le diapeau français flotter sur toutea lea villes françaises ". 
Quelle consolation pour le ministre qui avait versé des larmes 
de colère et de désespoir en mettant son nom au bas du traité 
du 20 novembre, de rapporter à son Roi la convention qui 
rendait la France è elle-même " I 

Dans les réjouissances bien légitimes qui eurent Ueu à cette 
occasion aux Tuileries, et au xqueUea prirent part tous les mem- 
bres de la famille royale, l'absence du duo d'Orléans, le futur 
Louis-Philippe, fut très remarquée. Commençait-il déjà à 
conspirer ? Etait-il dèe lors prétendant au trône de France • ? 

1 - CrouMi.Cr«t«l, U due d, RUsMitu m SuiHê ,t m France. 

a— " Il l'était déoidé à parcourir oertainei provinoea du Royaume 
pour jr «oueillir !.. " ,„oi de. popuUUon. ", .uiv„t 1. langea, 
omoiel . (Souvenirê et «mnraaMoai du mar4ehal Omnbert) 



M 



— 78 — 

^ «""te d'Artoi. conspirait de son M« 
"uverser Lo„i, xviir 1; 'L " '^^' "'"' P" Po»r 

avait beau jeu, n'.vant „! ^^ "'" "J'»''»'»; et il 

- ae . poiiti,. i.«Herr;„,.X"S:i:el^'" "" 



Ia Cliambre introuvable avait ,!i,. 
Um^. "le véritable eaprit de la fi, ^ """' P'^''''^"' «■ 
fiait dana cet homme, antfque ',""'""' "^ P^""""*" 
«ement et le courag; 01"^^ '° "*"""*■•«■ '" -lé^int^rea- 
ardemment dévoué f„; Clnf '""'"*' ''°'''"'''« -^o "»•"•. 
cause de celle d'une mnéTjlT "' it"""' ^"^ "«" 
» '^«stanœ à la tyrannie eTlSir'™""."' = '"""'^ ^' 
Providence semblait avoir donn^ Il p*™ ''''°^"' "î"» '« 

"eu.^ du cabinet. Comm T J T '" ^"""l"^ '-«- 
«<'o.«e,àcette classeToreun^ „d, "'''""'''"* ' '" ■»"- 
■le la K^volution; com^; H L "f:"; «' ^'-'^=. ^^e 
Moaaions des gages éclatant. H , ""^ '° ™a"^'es 

■nême temps " p/uétr 1 1 ! "''"""""'= """» " e»t en 
et convainL d^ -a ilirdTr^L^''' "---• 
aUife et un appui -. Sa maximl ? .. "*"' t""' de» 
-ation et nati'oLlis. l! r^Z?/.! ^V' '""' " "^*"- >« 
/"'«me . La monarchie, dit-il, 



— 79 — 

doit s'appliquer à devenir nationale, oo,nn.e elle l'a été aux 
temps les plu, gkr.eux et les plus «conds de son histoire " 

Bo. une confiance entière: " On l'appelait, dit M. Daudet, 
^maître du.geant, bien qu'il ne présidât pas le Conseil 
U Ro. ne voyait, n'entendait, n'agissait que par lui ■ ". Et 
M Pasqnier. dans ses mémoires: " M. Decazes, dit-il . 
véritablement régné sur la France " 

Comment était-il parvenu à devenir ai„si le favori, l'homme 
deooufianceduEoiF Uni. XVIII, .rè, désireux d'é" 
formé de l'état des esprits dans le Koyaun,e, de l'attit de 
et des menées des étrangers, avait pris l'habitude, quand U 
voula-t avo,r un renseignement, de mander le je^n! prL 

ont d abord-; et comme celui-ci avait l'intelligence fine 
et déhée, le caractère aimable et affectueux, la conversation 
v.ve et ,.quante, le Roi goûta fort des entretiens, qui devin! 
rent peu à pou quotidiens. Louis XVIII avait toujours eu 

deBlacas a l'ambassade de Rome. Dec.zes en hérita. Telle 
tut 1 origine de son inconcevable fortune 

che'Tfit ^^î" '"' ^°"™" "" J''"^ " ^»"' '« "^Je. n3on 
Cher 1,1s. -c est aiusi qu'il l'appelait ordinairement _ con- 
naît mon amitié pour vous; mais beancoup de gens croient 
que c'est à cette amitié que vous devez ma confianr I 
an,",^f r 7 ',™7'"'- '''"" '" '^'''^ » "- connaissance 

ror:;:!'. ." '-"•'''''"' ''''""'- '- -^ '-'^-' ^ 

h..to,re " CL. (7„„„,„„,,„, ,,,. ,0 j.,„i,^ J «- • 1» -n 
i — E. Daudet, L'ambaMode du duc Decata. 



•i- 



— 80 — 

Voilà l'idée que Louis XVIir.v.it de Decze. • ce oui ne 
lempêch»p.,.en vrai monarque con,tituti„3 'o^il'lt 
de le mett« plu, tanl de c^té, lorsqu'il s'aperçut L'Ua'S 
plu. la coDfiauoe des Chambres et du pays 

Decazes et ses collègues. to„s de la bourgeoisie - Riche 
.eu seul appartenait à l'ancienne aristoo Jie -. « m en 

du pays, en vue surtout d. le débarrasser a. l'oc.u nation 
étmu«ére. Mais ils «ncontraient à tout instant des obi es 
insurmontables de la part de la Chambre introuvlble 

On aura une idée de ce, obstacles, par le seul fait qu'un 
oerta,n nombre d'ultra-roya^isu,. soutenaient qu'.ln faUait 
pas regarder comme dettes légif.n,. celles ql va Lnt é.^ 
contractées par le gouvernement des Uat-Joul: co^me s^ 

La Chambre b«r,*lait sans ce«M, k, «,nij^ p,^ «» 
ex.gen».; elle aura.t vouh, vo,r de «M. «4,t2 Ti ^^ 
«1^7 '"'"" '" *'i-.i-.tu,ns. D«. «. désir i 
elUa iu rr "': '"*«'"'»'"— ?»""«« que p„«ibTe, 
elkalla u*,„à vot*r une mesure plus révolutionnaire que 
-«...rvatr.c., ,ui e„ d^ruisHÙ l'inamovibil.^ : heu eusë 
ment cette jnesure fut r^jetée par la Chambre des Pairs Par 
leur mtempérance d,.- langage, certaias députés soulevaien 
des tempêtes et em.^cha.ent cette union de toutes 1 s C 

pas contre nous est avec nous ". S^'oonque n est 

éta t de plus en plus l'âme du ministère, crut que l'exist^nr 
de la Chambre introuvable était un obstacle InvinCbleèTa 
n.arche des affaires, Lui et Uiné réussirent à co vl Je 



'S^fZ:^ 



— 81 — 

Le droit de dUsolution était dans la Charte. Par Tordon 
nance du S.eptembre 1816, Loui, XVIII proola.a. donc la 
diMolation de la Chambre introuvable. Une loi électoral, 
provi»,re fut préparée par Uind; et c'est d'apr*. cette 1« 
que .e firent immédiateoient les élection^ ,«i donnèrent au 
pays une nouvelle Chambre. 

Elle était beaucoup plu, politique et modérée que l'an- 

choix, M. de Serre l'u,, de. hommes les pl« honnêtes, l'un 

t.on. 1 homme le plus éloquent de son siècle • ". a dit un 
écnvam de 1 époque. C'est lui qui écrivait un jour à un de 
ses amis : 

"Je n'ai jamais compté que la route du devoir serait semée 
de fleurs ; mais j y suis. Prie. Dieu qu'il me donne la force 
ae m y tenir . 

#*# 

Une des premières mesures dont Ui nouvelle Chambre eut 
'TV^rJ;" •» '»' '*''"='<'"''« Proposée par Laiué : elle fut 
votée le o février 1817. On était bien loin du suffrage uni. 
verseLà cette époque, bien loin même du suffrage restreint 
tel quil se pratique généralement aujourd'hui. Quand on 
songe que Ion croyait faire beaucoup, en créant, par la loi 
Uiné. 100,000 électeurs dans la France entière ' 

Et savez-vou, à quel âge, dans ces temps héroïques de la 
Bestaumtion, on devenait éligible 1 A 40 ans; c'est-à-dire à 
1 âge où beauco,-^ de personnes n'ont plus de dents pour 
mordre un adversaire, plus de cheveux à se laisser arracher! 



m 



— 82 — 



i 



»i^r que to.. à fait , ,a fi„ de la H^:'Z{J' " ' '"'^-^ 

eipe en était aL s L ,, cCe Tt^M^rT' "" """- 

pa.' les Chambres «ne excellente oi '™ "' '"'" 

catinr FK 1 i,- *»<=eilente loi pour en assurer l'apnli 

^tait toujou. dans le tl^lTlfit "''"'' = '^ "'^^ 
Je parle de la liberté de la presse et ni,n ^. i ,• 

™;a .pn^ée etju^ée co»t„e toLts dK^rer^'' 
sur la liberté de la presse lé 1 ""' P*' '*« '"''^ 









— 83 — 

loge, à ri««88inat, .'appliquent à la pwsae, comme à I. parole 
comme à toutes le. manière, de communiquer une f.n^ 
coupabe ou d exciter à une mauvaise action... Ce qui e.t le 
plu. néce..aire, «joute avec raison cet auteur, ce n'est p.. 
une loi .nr la presse, wm, un «ouverneme'nt fort et décidéà 
appliquer les lois ' ". 

Et M. Thier. : " U presse, dit-il, peut être illimitée sans 
danger: il „ y » que la vérit,! de redoutable; le faux est 
impuissant ; plus il s'exagère, plus il s'use » " 

Plu. ou moins gauche « sans expërience par rapport aux 
Io>. Rectorale, et à la liberté de la pre.se, le gouvernement 
de la Kestauration fut plus heureux dans le règlement de la 
question économique et finandère, ainsi que dan. ses rapports 
avec 1 armée. PF>""> 

Us finance, de 1, France devinrent très prospères sou. le 
le ministère Richeheu-I.ecazes : elle, s'aevèrent à un degré 
inoui de .uccès sous celui de M. de Villèle : le 5'/ qui ne 
valait que 45 en 1814, se vendait au pair et au delà trois ou 
quatre ans plus tard. 

Quant à l'armée, la loi Gouvion Saint-Cyr, ainsi appelée 
du nom de son auteur, ministre de la guerre dans le gouver. 
uement de M. Deca.es, opéra »a réconciliation complète avec 
k Royauté, " C'était, dit M Dsr.s.e, une loi admirable qui 
est devenue ;,, base de notre système militaire ' " Elle 
rétablissait la conscription qui avait été abolie en 1»H 
l-our être nommé sous-offlcier, il fallait avnir vingt an.' 
accomplis et deux ans de service actif Les deux tiers des 
grades de lieutenant et de capitaine étaient conféra d'après 
lancienneté, sans distinction de caste ou d'origine Sou. 
Lucien régime, il n'y avait guère que le. noble, qui pou- 

i~ Ihier», H. Hoir, dt la Rfculnlim. 
3 — Dare«to, HMovrt de France. 



•fi 






— M — 

vaicnt Mpirer .ax gnd., .upërienr. dan. l',raiée : " Drf«,. 
™..., d,«it Loui.XVni. oh«,ue .old.,t „„« qu'a porte 
dan» ea giber.ie le bâton de maréchal ". 
Mais que d'oppoeition cette loi ne renoontra-t-elle paa de 

„„!'!?• tlT"' ""'•'"• '*'" •''"■■8«^'.''" «It^-royaiiTtes! 
que dotetacH^g.len.ent. ,e prtwn.èrent au ministère 
Hicheheu dans le règlement de U question religieuse 1 La 
arte de Lou.s XVIII allant plu, loin que le Concordat 

roma ne ReUgion d'Ktaf. Le, royalistes et les ecclLasti- 
que. tn,p ardents dont j'ai parlé dans ma dernière conférence 

de iTo. r ^°" '^r"""''' ^ «~'"*' •^'' l"" '« Concordat 
de 1801 fût supprimé et remplacé par celui de François 1" 
On entama à ce sujet de longue, négociation, avec le Saint- 
Siège et la cour de Rome, malgré se, répugnances, floit par 
oonnentir au changement demandé. 

M.^' ';!"'^,'ï"'°<f' ^'«i<">'i'»'ue»ses : le nombre desévêché, 
était porté de 50 à 92 : 1. carte ecclésiastique de la Fmnce 
tait toute .maniée: 42 évéques nouveaux furent nommés 
t .n,t,tués par le Saint-Siège. Mais quand il fallut pourvoie 
à leur traitement, on s'aperçut, quoique un peu taM. que le 
nouveau Concordat avait besoin d'être ratiiié'^par le, Cham 
l^resjrançaise,: et celles-ci «fusèrent absolument leur con- 

B.Jr' "*',*!' f""™" *" "l"™"»"' '"■ évêquesnouvelle- 
meut .n,u ué, ne pouvaient prendre possession de leu s 

lu2n f °°"^ '' .f™" "* î"^»""' ""'*«■"«■■' de ù 
situation fausse où on l'avait engagée 

On ne peut douter que cette malheureuse afliure ne fût 
Tvl 'r"~T "" " détermination que prit Eichelie» 
dabandonner le pouvoir quelque, mois à peine aprè, le grand 

rîil't •;"' """°^''' ^«^' d'AVx-l^cLpeCu' 
la libération du territoire de la France. 



— 86 — 

DecazM. à la demande da Roi, prit en main. le* rênes du 
gou»enienienti !«•, aan. trop «■occuper de. ultm-royalùtei 
tnum. lui-même de nooveUe. négociation, avec le Saint- 

!l T '' ^ v"ï!',l* ■*•■"""• "~°8«'»»t- I* gouvernement 
de Loui. X\ III .'engagea k faire tout .on po..ible pour 
•ugmenter peu à peu, avec W temp., le nombre de. évêoW. 
en France ; et le Pape, de »d c6t<S, conaentit à ne rien chan- 
ger pour le moment, aux ™so«eription. diocéwine. de 
1801, pourvu que le. évéqae. rtemment nommé, y don- 
n««nt leur coi.«.ntei»ent. Giice à l'intervention de M" de 
Quélen, ««djuteur de Paria, et de qneWue. autre, perwn- 
nage, iniluent., 37 de ee. nouveaux préUte acquiescèrent 

r, ifTcrr"'"*^ ''°'^' «*"*«" k Coneietoire du 
23 août 1819. P,e VII déclara maintenir 1. Concordat de 1801 
Dea^ ne t«da p.. à remplir «m engluement envei. le 
Saint-Siège : de. 1822. le nombre de. évêchés français était 
porté i 80. Puis, pour acheva de donner satisfaction à l'EgUse 
de France, a fit ériger 500 nouvelle, paroisses succureale.. 
allouant aux nouveaux Utulairw un ttutement convenable 
Il accorda en même tempe une plus grande liberté aux ordres 
religieux. 

••♦ 

Mais plus cet habile ministre montrait de décision et d'éaer. 
gie dans le règlement des affaires, plus il soulevait 1. jalousie 
et la haine des ultra-royalistes, qui le voyaient avec dépit 
affermir de plus en plu. «n m«ntien au pouvoir et grandir 
ans ceue dan. l'estime et la confiance du Roi. Le„„ jou,. 
naux étaient remplis de diatribes contre son gouvernement 

Parmi les publimt., exagérés de l'époque, se faisait tcmar-' 
quer le fameux ablié Umennais. On con-.att les triste, 
écarts de cet homme en matière religiens .i : à aucun écn- 
vain, peut-être, ne s'appliqua jamais fins justement qu'à 



i-Â. 



m 



lai )• parole dca saintes Eoritare. : jyr<m plù, sapere nuàm 
opcrtet Mpere, «rf mpen ad lobrietatem >. Ses exâgë» 
tion, religieuse, n'avaient d'égales que ses exagération, poli- 
tiques : après avoir prôné U monarchie la plu. absolue il 
devint plus tard l'.pâtre de la démocratie rtvolutionnaire 

Et ICI je ne puis m'empé/.a. de citer un petit dialogue 
qui eut heu un jour entr .t ecclésiastique intransigeant 
et hllustre Berryer, le gra ,.' orateur légitimiste, cet esprit si 
Mge et SI bien équilibré. l>erryer était chez Lamennais, et 
celni-c. développait à sa manière, c'est-à-dire, avec une 
grande intempérance de langage, je ne sais quelle thèse. 
Tout à coup, Berryer ne pouvant se contenir : 

" Taisez-vous, lui dit-il, vous me faite, peur ! — Et pour- 
quoi ? — Je vois que vous deviendrez chef de secte. — Jamai. I 
plutôt rentrer dans le sein de ma mère, que de sortir du giron 
de 1 Eglise. -Je vous dis que vous en sorUrez; je vous en 
VOIS sortir. — Kt pourquoi ? et comment î —Pourquoi î C'est 
que vous suivez inexorablement vos idée, où elles vou. 
mènent, sans qu'aucune considération puisée vous arrêter- 
oest que votre esprit domine tout, sans que rien le domine "' 
Cest Berryer lui-même qui raconte quelque part cet inci-" 
dent. 

Les ennemis de Deeazes avaient juré sa perte. 11. se 
réunissaient souvent chez le comte d'Artoij, et avi«iient aux 
moyens de lui créer le plus d'ennuis possible. D'autres 
réunions hostiles se tenaient chez un autre peisonnage impor- 
tant de Paris ; et n'est là que s'organisa la fameuse Con,pi. 
rahon du Bord de Veau, ainsi nommée parce que la rési- 
dence de ce personnage s'élevait sur les bords de la Seine • il 
ne s'agissait de rien moins, paratt-il, que de faire enlever de 
fi^rce les deux ministres auxquels ou en voulait le plu, 
Deeazes et son collègue Gouvion de Saint-Cyr, puis de les 

1— Rom., XII, 3. 



M 



-87- 



Heureusement, cet odieux projet 



enfermer à Vinœnnei. 
n'aboutit point. 

Ce qui exaspérait surtout les ennemis de Decases. c'était de 
voir arriver en Chambre, à la faveur de sa loi électorale, des 
dépotés aux opinions plus ou moins avancées, comme Manuel, 
Benjamin Constant, Lafayette, le général Foy, et surtout en 
1819, l'ex-évêque constitutionnel, le régicide Grégoire. La 
peur est mauvaise conseillère: à la vue de l'opposition son- 
levée contre le gouverneu.iint, quelques-uns des collègues 
de Decazes l'abandonnèrent. Lui, dont les mœurs parlemen- 
taires étaient faites depuis longtemps, ne croyait pas devoir 
s'alnrmer outre mesure de la présence en Chambre de députés 
dangereux, qu'il y avait toujours moyen de combattre avec 
les armes constitutionnelles. 

11 reconstitua aussitôt son cabinet, et continua à diriger 
les affaires, paraissant plus mattie que jamais de la situation. 
Mais la roche tarpéienne n'est pas loin du Capitole : un inci- 
dent imprévu vint tout i coup briser la carrière du tout- 
puissant ministre. 

Le dimanche du Carnaval, 13 février 1820, le duc et la 
duchesse de Berry étaient à l'opéra. Vers onze heures du 
soir, la princesse ayant manifesté le désir de se retirer, le duo 
la conduisit à sa voiture. Il regagnait la salle, lorsqu'un 
garçon sellier, nommé Louvel, lui plongea un poignard dans 
le cœur : " Je suis assassiné 1 s'éoria-t-il, je suis mort " I 
Il expira, en effet, dans la nuit même. 

C'était l'héritier présomptif de la couronne, après Chartes X, 
qui disparaissait. 

On ne se figure pas les exagérations, disons le mot, la folie 
de langage dont le crime de Louvel fut l'occasion. Un 
député de l'extrême-droite, Clausel de Coussergues, accusa 
directement de ce crime M. Decazes. La Chambre écarta 
cette accusation insensée par la question préalable, mais 
l'aocusation n'en continua pas moine à faire son chemin dans 




— IS — 

h pram et dtni le* uloni nyiliitea ; •• Le poignard qni • 
ftipp* le duo de Berrjr, écrivait Cbarlee Nodier, eet une idée 
libérale". 

" Oui, M. Deoawa, l'éoriait MarUinville dan» le Drapeau 
btane, c'est vous qni avei tué le duo de Berry. Plenrei du 
larmea de lanft ; obtenei que la Ciel voue pardonne, la patrie 
ne TOUS pardonnera paa ". 

Profitant de l'excitation qni paiaionnait tout lei eaprite, 
le comte d'Artoia, le duo et la ducheaae d'AngouMnie ae 
rendirent aux Tuilerie», peu de jour» nprà» raa»a»«inat du 
duo de Berry, et ae jetant aux genoux de Loui» XVIII, le 
auppliirent, le» larme» aux yeni, de ne point garder un 
oinûtre qui, auivant eux, perdait la France et la dyna»tie. 
Decaze» aurait-il pu, auraJUil dû tenir tête à l'orage 1 
Beaucoup l'ont penaé : d'après eux, il anrait dfi demander 
aux Chambre» un vote dj conBanoe, continuer avec calme k 
adminiatrer le» alTaires, et ne ae retirer du pouvoir qu'4 un 
moment de »on choix. Il ne le voulut pas : aa dignité per- 
sonnelle se révoltait à la vue des scènes étranges dont il 
était témoin. II donna sa démission ; et c'est à cette ocoa- 
»ion que Chateaubriand, de qui on aurait pu attendre un 
langage plu» noble et pins juste, écrivait daq» un journal : 
" Le» pieds lui ont gliaaé dana le aang ; il eat tombé I " 

Lonia XVIII ne se sépara qu'à regiet de son favori : il le 
créa duc, ministre d'But, et le nomma ambassadeur à 
Londres. 

#** 



Sur les instances pressantes et réitérées du Hoi, le duo de 
Bichelieu consentit à reprendre la direction des alTaires, mais 
avec la promesse formelle du comte d'Artois que ni lui ni ses 
amis ne conspireraient contre son administration. Cette pro- 
meeae ne fut paa tenue ; il était trop dans les habitudes du 
prince d'intervenir secrètement dans toutes les affaires ; et 



— 89- 



qntnt aux amis qui le fr^iienlaient, ila étaient trop ardenta 
pour qu'il pût lea contrôler : 

" Je lui fil obaerver, éorivait un jour Poiio di Borgo, que 
aon intervention dana lea affairea d'Etat et dana lea change- 
menta miniat^riela perdrait la monarchie et aa famille ' ". 

Bichelieu avait auwi exigé du Roi la promeaae qu'il ne 
permettrait paa à Decazea de reater à Paria. Cittil beau- 
coup demander à un prince qui a'était accoutumé à voir aon 
favori toua les jours et même plusieurs fois le jour. Maia 
Richelieu, sachant la haine qu'un oeitain nombre de roya- 
listes avaient vouée à Decazea, se figurait que la présc >» 
aeule de aon ancien collègue à Pari^ lui causerait mille 
embarras. Il avait donc fait de sou ëloignement de la capi- 
tale une conditiuu nne qud non de sa rentiée aux atTairea. 

Louis XVIIt fut fidèle à su promesse. Jamais souverain 
ne se montra plua loyal envers ^l•.a ministres. Il a promia à 
Richelieu de tenir Decozes loin de Paris ; et liicbelieu en a 
fait une question d'Rtat: Louis XVIII ol>lige ^lecazea à 
partir le plua tftt possible pour son ambassade de Londrea. 
Quand il y est rendu, il hu l'crit souvent, et toujours dans 
les termes de la plus affectueuse nmitié ; mais il ne veut 
paa qu'il songe à revenir en France. Decazes s'acquitte 
admirablement de ses fonctions d'ambaaaadeur auprès du 
gouvernement anglais ; mais l'ennui du pays natal vient 
quelquefois l'assiéger : il ne peut cependant que regarder de 
loin la terre promise. 

Un jour, sa femme étant tombée gravement malade, tous 
les médecins sont d'accord i >ur prescrire à Decazes le la 
conduire aux eaux minérales du midi de la France. Le duo 
se hasarde à en demander timidement la permission au Uoi. 
Louis XVIII ne peut décemment lui refuser cette permission ; 
mais il l'avertit qu'en passant à Paria aon séjour devra être 



1 — Crousai.Cr6tet, Lt dmt dt JiiektlUM tn Sv»»U et m ï^anet. 



MKiao,'«ir i»aunioN nn ouït 

(«NSI on) ISO If ST CHAUT Ne. 7) 



1.0 



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f)MtK>«*f, N*w Tork 1«609 USA 

(7te) *ea - 0300 - phon« 

(Tte) iH- 9H9 -Fai 



— 90 — 

trèa limité, et ne ponrra, soua aucun préteite que ce soit, 
dépaaser U huitaine : durant ce tempe, il le recevra avec 
plaisir comme dans les beaux jours d'autrefois; mais passé 
huit jours, sa porte lui sera impitoyablement fermée: ainsi 
le veut la raison d'Etat. Il tint parole : Decazea vit le Roi le 
temps convenu, et fut reçu avec beaucoup d'affection; mais 
ayant été obUgé de prolonger son séjour à Paris de quelques 
semaines, il ne put, pour aucune considération, être admis de 
nouveau à la cour. Tout n'est pas rose dans la vie des grands 
du monde : 

« Je ne crois pas, écrit M. Daudet, qu'il existe dans l'his- 
toire pareil exemple d'un homme jeune, actif, entreprenant, 
plein d'idées, et prompt aux initiatives, jadis monté si haut 
et subitement tombé si bas, alors que les causes de sa 
déchéance n'ont pas revêtu un seul instant le caractère d'une 
disgrâce éclatant* et formelle. Decazes est pair de France ; U 
est ambassadeur: le Eoi l'accueille paternellement, lui écrit 
et lui parle comme à un fiU chéri; il continue & intimider 
ses adversaires; ils redoutent les effets de la faveur appa- 
rente dont il jouit ; et cependant il ne peut plus rien. L'affeo- 
tion que Louis XVIII lui témoigne maintenant est purement 
platonique. Le jour approche où les preuves s'en espaceront 
de plus en plus, où la plume qui a noirci pour lui tant de 
papier et y répandit à son intention tant de phrases chaleu- 
reuses et tendres ne craindra pas de lui écrire : — Il m'est 
impossible de te recevoir I 

"C'est l'heure la plus triste de sa vie, jusque-là si brillante. 
Sa jeune femme se meurt; le désespoir auquel il est en 
proie s'envenime et s'assombrit des cruelles réBexions dont la 
décroissance de sa faveur, révélation des intrigues et du 
triomphe de ses ennemis, emplit sa pensée.... U disgrâce de 
Decazes, déjà commencée, fut promptement consommée par 



— 91 — 

la faveur envahissante et victorieuse de la conitease du 
Cayla ' ". 

Mais n'anticipons pas. 

En frappant le fils cadet du comte d'Artois, Louvel avait 
espëré anéantir la Branche atuée des Bourbons ; mais sept 
mois après la mort du duc de Berry, la duchesse mit au 
monde un fils, qui reçut le titre de duc de Bordeaux. Cette 
naissance, qui comblait les vœux des royalistes, excita leur 
enthousiasme : Lamartine et Victor Hugo saluèrent dans le 
nouveau-né " l'enfant du miracle, l'enfant de l'Europe." Au 
moyen d'une souscription nationale, on acquit le château de 
Chambord, qui fut offert au jeune prince au nom de la 
France. 

A cause de l'assassinat du dnc de Berry, Kichelieu se crut 
obligé de recourir aux lois d'exception: il proposa et fit 
accepter par les Chambres la suspension temporaire de la 
liberté individuelle, ainsi que la censure pour les journaux. 
Puis il présenta une nouvelle loi électorale, à sa manière. 
Cette loi, dont je n'entreprendrai pas d'expliquer le méca- 
nisme, était absolument la contre-partie de l'ancienne, et 
faisait passer les élections, de la bourgeoisie aisée, entre les 
mains de dix ou douze mille grands propriétaires. Elle sou- 
leva dans la Chambre des députés de longs et violents débats, 
et provoqua au dehors de terribles émeutes. Elle fut votée 
cependant par la majorité du Parlemeut; et c'est d'après 
cette nouvelle loi que se firent les élections partielles de 
1820, qui donnèrent à la Chambre des députés une très forte 
majorité royaliste. 

Eh 1 bien, ces royalistes, malgré toutes les avances que 
Bichelieu leur avait faites, se défiaient de lui et le trouvaient 
trop modéré. Koyaliste sincère lui-même, ainsi que tous ses 
collègues, jamais il ne put gagner complètement leur con- 

1 — £. Daudet, L'an^atiade du due Dtcaut. 



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SI 






— 92 — 

flance.-iUtait entaché du libéralisme de Décades. Dès le 
début de la session de 1821, il put se convaincre qu'il n'au- 
rait^ leur concours franc et loyal. Une insurrection avant 
éclaté en Espagne, et détrôné le roi Bourbon Ferdinand VII 
Louis XVIII n étant pas encore décidé à intervenir, ne crut 
pas devoir faire allusion à cet événement dans son discour, 
douverture de la session. U Chambre osa lui dire dans son 
adresse : 

'; Nous nous félicitons. Sire, de nos relations constamment 
amicales avec les puissances étrangères, dans la juste con- 
fiance quune paix si précieuse n'est point achetée par des 
aaenfioes incompatibles avec l'honneur de la nation et la 
aignité de la couronne ". 

Le Roi ressentit vivement ce qu'il y avait de blessant dans 
ces remarques : il répondit avec fierté : 

" Dans l'exil et la persécution, j'ai soutenu mes droits 

I honneur de mon nom et celui du nom français. Sur le trône 
entouré de mon peuple, je m'indigne à la seule pensée que 
je puisse jamais sacrifier l'honneur de la nation et la dignité 
de ma couronne. J'aimo à croire que la plupart de ceux qui 
ont voté cette adresse non ont pas pesé toutes les exprès- 

Le duc de Kichelieu ne fut pas moins blessé que le Roi • 

II patienta, cependant; et dans le désir de satisfaire les 
royalistes ,1 fit appel à la loyauté d'hommes clairvoyants 
comme MM. de Villèle et Curbiire.- ces deux députés de la 
droite acceptèrent d'entrer dans son cabinet comme ministres 
«ans portefeuille. 

Mais on n'en continua pas moins à conspirer chez le comte 
«Artois. Ilnya pas de trucs auxquels on n'eût recours 
pour renverser le ministère Richelieu; et le plus étrange fut 
sans contredit celui où fut impliquée cette comtesse du Cayla 
que j ai nommée tout à l'heure. Le vieux roi. privé de ses 
fàvons Blacas et Decaies, s'était attaché, d'une manière 



— 93 — 

purement platonique, h cette personne, qui lui avait été pré- 
sentée un jour par hasard, qu'il recevait souvent chei lui, et 
qui avait capté sa confiance '. " Les partisans et les amis du 
comte d'Artois réussirent, à force de flatteries, à accaparer 
M"" du Cayla, et s'en servirent pour modifier les dispositions 
de Louis XVIII à l'égard des ultra-royalistes". 

Cela explique la froideur relative que le Koi avait témoigné 
il Decazes, lors de son passage à Paris : cela explique égale- 
ment la facilité avec laquelle il finit par se désintéresser du 
bon duc de Richelieu lui-même, qui n'avait pourtant accepté 
le pouvoir que sur ses instances ; et lorsque le duc lui offrit 
sa démission vers la fin de 1821, Louis XVIII s'empressa de 
l'accepter, et invita M. de Villèle à former sou ministère : 
M™ du Cayla avait tout arrangé d'avance en petit comité. 

Richelieu ne survécut que quelques mois à sa disgrâce, et 
mourut à son château de C'ourteilles, le 17 mai 1822 : 

" Tout bon Français lui donnera des regrets ", écrivait 
M. de Serre. 

" En lui, a dit M. Villemain, l'hor "•■'. homme soutenait 
et agrandissait l'homme d'Etat ". 

" C'est une perte pour la France, écrivait à Chateaubriand 
la duchesse de Duras. Sa vie était une sécurité. Dans une 
crise, c'est autour de lui que les opinious se fussent ralliées. 
Il n'était pas l'homme de tous les jours, il l'a trop prouvé j 
mais il était l'homme des grandes circonstances, parce que sa 
droiture et sa loyauté n'étaient contestées par personne. On 
se fiait à lui, ut aux yeux des étrangers il était un homme " '. 

Je n'entreprendrai pas ce soir de parler du ministère Vil- 

J — " Louis XVIII, connu dans sa jeunesse pour sa rtserve à l'igard 
de toutes les femmes, avait subi, dans ses vieux jours, l'influence 
platonique, mais très puissante néaniàoins, d'une intrigante ", 
(CharUa X et tes nouveaux hietoriene, par le comte de Ludre). 

2— Bardcux, La iucheiie de Durai. 



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— 94 — 
1?, A . *"' '"""' '^ «arder tout d'un bloc pour 



Î82-1 .^L ■' "■»""" 4 Versailles le 16 septembre 
I-eL I IT; TT ^'"'•'"™-°'««' les sacrement, de 
lEgI.se; Il était âgé de 69 ans. On a prétendu qu'il était 

quon ne le trouva/t pas aussi expansif en matière religieuse 
".ueson frère Charles X; il était froid et réservé en ce I 
comme en toutes choses, quoique sincèrement religieux Une 
note laissée par quelqu'un qui Wvait dans son intimité dit 
expressément: " II était profondément religieux, et colu. 
niait régulièrement aux grandes fêtes de l'année ' " 

Ce prince a été appelé " l'Auguste du 19- -■■ fe J " Le 
mot est peut-être un peu fort. On doit avou. cependant 
que son règne de dix ans fut véritablement pour' TJT^Z' 

£r:éprati:r'""'""-^''---^-'-'"p-- 

etIet«isor vide: à force d'économie et de probité le gou 
«eut e Louis XVIII rendit prospères'ies fin'ancefde 

LXiemet"™' '"«^"^"""^ "' '« ^^ P-P^' 
H était difficile, à cette époque, d'établir eu France un 
fXr""' ""'«'"-'^-^ - -P«»1-t la Resta:: tin 
mesure très satisfaisante. 

l—Le Oarrapondimt de 1877, II, 406. 
2 — M. de Jjwoy, La Besimiation. 



— 95 — 

L'idée fixe de la grandeur, de l'antiquitë, de la majesté de 
sa race donnait à Louis XVIII un véritable empire. Les 
généraux même de Bonaparte le confessaient: ils étaient 
plus intimidés devant ce vioillarl imposant que devant le 
maître terrible qui les avait commandés dans tant de batailles. 

Fils de Louis XIV, et homme de son temps, il avait le 
double sentiment de sa dignité et de ses devoirs ; et il reste, 
en définitive, pour la France le modèle des monarques cous-' 
titutionuels. 



Saluons ici, messieurs, en terminant, saluons une dernière 
fois le grand homme auquel il avait succédé sur le trône de 
France, et qui ne mourut que deux ou trois ans avant lui, 
là-bas, sur le rocher de Sainte-Hélène, petite Ile de quatre 
lieues de longueur sur quatre et demie de largeur, perdue au 
milieu de l'Atlantique, entre l'Afrique et l'Amérique, entou- 
rée de côtes élevées et inabordables, où l'on ne peut arriver que 
par un seul point. Bonaparte y descendit à la mi-octobre 
1815, sous la garde de son geôlier sir Hudsou Lowe, et y 
mourut le t mai 1821, muni de tous les sacrements de l'Eglise : 

" Général, disait-il à Montholon, quelques instants avant de 
rendre l'esprit, je suis heureux d'avoir rempli mes devoirs de 
chrétien ; je vous souhaite à la mort le même bonheur ". 

Le gouvernement de Louis- Philippe obtint de l'Angleterre, 
en 1840, que ses restes mortels fussent apportés à Paris pour 
y être inhumés, conformément au vœu qu'il avait exprimé : 

" Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la 
Seine, près de ce peuple français que j'ai tant aimé ". 

Quel est le voyageur qui, visitant la capitale de la France, 
ne se rend pas aux Invalides pour y voir et admirer le tom- 
beau de ce grand homme ? 



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- 96 — 

i* cobnel Ch.™. parlant qaelque p,rt de Bonaparte : 
Il .pphquait dit-.!, le. force, de .on e.prit 4 », per,u,der 
que se. iiun étaient de. r&lWs... i " 

Cela C8t vrai surtout de Bonaparte à Saiute-Hélène : durant 
le. cmq ans et d.mi qu'il vécut .ur oe rocher lointain il 
dicta une infinité de cho,e, aux ami. fidèle, qui l'entou- 
raient expliquant à «on avantage le, incident, le. plu. diffi. 
cile, de sa carrière, disposant tout au point de vue de sa 
gloire, arrangeant et façonnant sa vie pour fimmortalité 
composant en un mot cette légende napoléonienne, qui e.i 
devenu le thème de. chanson, de BJmnge, des écrit, de 
Panl-Louis Courier et de tant d'autre.. 

II paraisMit n'oublier qu'une chose, c'est qu'il avait Iai.se 
en Europe de. document. oflBciels. sa correspondance, par 
exemple, qu, contrôlait, rectifiait démentait cette léi-nde, et 
mettait les fuit, dans leur vrai jour : 

" La légende n'a qu'un temps, écrit M. Dareste. l'histoire 
ne prescrit pas se. droits. Une heure vient où elle le, 
«trouve et où elle peut, tout en admirant le plu. grand de 
«.grands hommes, lui retourner à son tour l'apostrophe qu'il 
lançai au Directoire : •■ Qu'avez-vou. fait de la France ' " , 

™.r ■ . ,1°' ""'^"^ """' ""''''^""' '» '^'«^-^^ napoléonienne 
reste, et elle restera toujours dan. l'imagination de. peuples. 
m«me chez les classe, éclairées, parce qu'elle repose sur des 
fans dune nature grandiose et sublime, qui dépassent infini, 
ment les événements ordinaires. Le. détails seuls peuvent 
prêter à la critique: l'ensemble est quelque chose de grand 
et dadmirable. où l'esprit humain aime à se reporter dans les 
jour, de défailUnce, où l'art ira toujour. puiser comme à une 
source intarissable d'inspiration. 



1 - Charn», Hutoire d, la campagne d, 1815 ; Watcrloa, 
i — 0'^reite,Huloire de France. 



■J* 'M 



— 97 — 
d-hl ,''"' "'' ""*" ''™'"«'n,iratin„ devant ces page, 

dément dm„ en prdaenco des Xrfie,,^ ,/, /■«««a.n.t J.„ „„ 
deja scène s, touchante et si ddlirunte d,. H.tou. .UlZ 

Bn™t' T' '''''°" "" ^'' "' ^°^'' '"' '" '•'««"''' napoléonienne 
Bonaparte restera tonjonr, dan, la mémoire des hommes 
— l-«n es personnages les plus extraordinaire 7l 
plus étonnants qui aient jamais passé dan. lo monde 



if 



QUATRIÈME CONFKRKNCK 

duDfi^ pur 
H. l'abbè A. II. QotHUK 

IHœIl'Ur en lettri» cl iikuiI,» de |, SwWlé Kuyrile 

LA FRANCE AU XIX' SIÈCLE 
2» rai/A» : La Beilauration 



M" l'Arohovôque, 

M. le Recteur, 

Messieurs, 

On prête h Louis XVIII un mot charmant, qu'il aurait 
prononce lorsqu'ayant accipt,? h démission du duc de Riche- 
lieu, il se vit oblig,! d'nppelor aux affaires M. de Villèle : 

" Je suis bien aise do voir de mon vivant comment les 
choses se passeront après ma mort ". 

Ce n'est pas qi.'il doutât do l'aptitude de M. de Villèle aux 
affaires: au contraire, il en était onnvaincu. Mais il se deraan- 
dait comment le ministre pourrait gouverner av:!0 son parti 
s'il pouiTOit le diriger, le di«cipliner, en faire un parti vrai.! 
ment parlementaire. 11 n'y a pas de pires (îlfves que ceux 
qui no veulent pis apprendre. Or, bon nombre de royalistes 
n'avaient jamais accepté franchement la Charte ni le régime 
constitutionnel. C'étaient des hommes d'ancien régime, qui 
voulaient rester ce qu'ils étaient. 

Le roi se flattait eu vain " de voir de son vivant comment 
les choses se passeraient après sa mort ". Il y a une dift'é- 
rence sensible entre le ministère de M. de Villèle sous le 



règne do co priii™ ,i .«gp, ,i polui,,,,,., «t 1« même rait.i.t.-e 
continiid son. Chark.a X. Suus Loui. XVIH, le cubh.et 8e 
•entait «outen.i et furtiW por l'a|,,.ni du ..,i. ,,„i „o vncilUit 
j«mni»| nvcc Charles X, au contraire, „n n'duiit .jamain «ûr 
-u'il n'y avait jjm nn autre ministère occult,., dans lus cou- 
iisaes '. 

M. de Vilièle, coinmo Iluciize», t^tnit du midi de lu Kr.mco, 
et ai>i,artenait, lui nussi, A cette bourR-oisie iuHueute et 
i^cla.rA', que la Kévolutiou mit en relief, et dont nue partie 
considiiiiible sVtait sincèiemcnt rulli,io aux Houi i».n» '•' Voici 
son portiait, au pliysiqie, d'après Thureau-Dnngin : 

" Cntilliomiuc d ■ Toulouse, d'un nom ol)aoui"d'upi,arcnce 
assez terne et ohiltive, |Kjlit, uiucc, aux truit, aiyus, à l'ac 
cent riasillur,!, u.odef.te et siuiple dans sa nmrnère d'être, 
dont l'allun, un ,."u gnjche et provinciale, n'avait ni VéU. 
gance des seigneurs de cour, in l'aisance du l'arisien ; on un 
mot, n'oirrant rien de co qui attire d'abord 'a vue ' ". 

" Il avait, dit M. Daieste, les qnalittis qu'avaient fort peu 
les liommes de la druito, et il avait fort peu leurs d^.uU ■ 
jamais chef de parti .,o fut plus dilKreiit de son [.iirti. Il 
s'était rdvél,! dès l'origine débuter d'un grand talent, sachant 
traiter et mener les aft.ii..,, passé maître dan» les questions 
de finances. Il avait le sens politique, le tact et la finesse 
'"essaires pour conduire, ménager les hommes et ne pas 
s'assuj-'tir aux gens exclusifs. Sans être un gri.iid esprit ni 
un gran<; caractère, il montra beaucoup d'habileté, au début 
surtout* ' 

"Je n'ri jamais vu un homme plus adroit, ]<h\ délié, 
marchant mieux à son but, écrit le comte de Huyraiiigre ; tt 



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1>S 



^fe, 1 



1 — Louis Passy, Lt Marquia de moutt.U. 
2— Eclmontl Siré, iej llou-gtuit d'aulrefoli. 
3 — Le Correspondant de '.874, t. I, p. 893. 
4 _ Dareste, /■ ofrt de France. 






à 



1 



— 100 — 

«I. «.D. rien .lo brilla„t. .,„, „„o |,hr„o .mbiti..i«., ,„„, 
olinqunnt de parole, «veo une upiarerite •irnplicitd... Il ,it«it 
toMjrur, d«n« la .,iu.,li„„, il «,v«it «errer le f.r et provun.ior 
.lc-r.;,„,„c., pr.'ci.e., il ne .„„ffr„it p„i„t ,!„ divagutio..,. 
Vdnl„l,li.„,e„t «dmiruldo par la lucidiu! ,lo ,o, perception» 
Jitx™nt tout (le nmto du fort ou du f,iil,lo d'une airair,. do«' 
œndant avec la plu, élonnanle facilite d'une haute ,Hu.,ti„n 
politique il un d<lt«il d'«dmini,tn.tion, il ,„,rt„it la lumière 
partout et n'omettait rien " '. 

VillHu garda pour lui le ministère des finance, ; et «ons 
«.u adm.ni.lrntion la fortune publique ntt.i^.nit un haut 
ucgriS de prospifritd. 

Corbière, l'anii et ValUr ego d„ Vi)lèIo,eut l. .nn.xière .le 
lintmonr. Il , «tait franc et honnête, mai, un peu rude et 
vulgaire, un peu pay*,n du Danube: ,a mauvaise tenue 
Bguiait mal \ la cour, 

l'cyronnet, ministre de la justice,' ^tait .ufflsant et tom hait 
facilement dan, la .Wclaïuatiou ; mai, la vigueur do, on carac 
tère et sou éloquence ,K,maient rendre au ministère les 
«rvices que Ininè .t de Fene avaient rendus aux prudents 
cabinets. ' 

Trois grands seigneurs furent appdés aux autre, mini,- 
tos,de Belluiie.a la Gueriv, Clermont-Tonnerre, à la Marine, 
Mathiei, de Montmorency, aux AHaire,- Etrangères. On aime 
à trouver dan, le cabinet de M. de Villèle ce digne reprd,en- 
tan de la grande famille à laquelle appartenait M" de Laval- 
et à la même dpoque. un autre Montmorency, Adrien de 
Montiuorency-Uval, l'aïeul du marquis de I/vi, qui vint au 
Canada ,1 y a quelque, a„n.!e,, servit la France comme 
ambassadeur dans presque toutes les cours de l'Europe 

Mathieu de Montmorency avait sicigd A la Constituante 
2o ans auparavant; et dans l'enthousiasme dj sa jeunesse, il 

bITZI^T''""' '"""""" ''^"•'^""•■°"' ''^"""■"" '<■ 



— loi — 

cvait v„Ui, lui du la pre.niùro noble.», r«l«!ition de •.>., le. 
.nc„.„, pnviltgo,. Mii. ,«„, avoù -oli l'ul^lition do, pri. 
_v>*Ke., .1 n.v„it ,«, «lxiu,„ù «lui de l'honneur: iuLit 
lo i.a,fa.t modèle de. proux et le „lu, vertueux de 
H.,"«- ■■. mUi dé. .« jeunce A la CnKr^.ga.ion, ,„i t 
u m do bru,t i cotte c!p<.,ue, il on dtuit un do. „,en,bre. le 
plu. a,„du,. l'arfailera.nt con.p.!tent, d'ailleur-, pou, le, 
fonction, qui lui diaient confi.'o,, co n'o.t pa. à 1, nu'on 
aurait pn «ppli,|„er ce quo l'auteur do la VHUU.I, " ,li,»it 
«1 un nutie ministre de, A.Tairu.-KtrnngiVe^ •■■ : 

" T.iulef le. «irairo. pour lui lont , angiro.. 
Horniia ruAalro du salut ". 

J'ai nommé l„ Co„r,r^y,uion QuVt.it donc cette Soeldtd 
l-rdtendue ..crèle, ,\ propo. de laquelle on lit tant de mal au 
gouvernement de €h„rl., X , Tout .implem..nt «ne a,.ocia! 
tion pnnr la pr,6rett Ie8 bonne, œnvro», fo,M|.<o «u corn' n 
cernent dn .iéclo par un bon prêtre, le P. Deipuit, d, le 
bu ,urtou- de prot^^^r le. jeun,, gens de bonne f.millo qni 
a r,v,„e„t k Par,, pour y .uivre le. cou« et s'y prc^p.,er aux 
d.lKrente, carnère.,. II. .e «^uni.^iont pour entendre de 
bonne, et solide, prédication., pour m livrer en*,rable aux 
exercice, de la prière, et .'exciter \ la pratiqua de. bonne, 
œnvre. enver, lo prochain «. Quel mal pouvait-il y avoir ,\ 
cela? et quel danger pour la ,oci«î U .ociétd civile n'a- 
t-ello pas. au contraire, tout à gagner A voir .e former dan, 
son scm de bon. ot honnête, citoyen. î 



1 — Bardoux, U ducheut de Durât. 

2 Un de. nombreux poème, .alyrique. qui furent compo,*, à 

JMeph M«ry. (lia Mémoire,, par A. de Ponlmartin). 
û — Le comte de Damas. 
4-Antonin Lirao, io ,„„„ aux Jé.ullu .»», la B»,auralion. 



— 102 — 

A la Congrégation se rattachaient pluaieure autres i.™, 
ciations, ayant toutes des buts très louables, comme, par 
exemple, la Société des Bonnes- Etudes: et par extension 
tButes ces sociétés étaient comprises sous le nom général de 
Congrigation. 

Eh ! bien, c'est cette Congrégation, répandue bientôt un 
peu partout en France, et répondant si biei- aux besoins reli- 
gieux et sociaux de l'époque, qui finit par porter ombrage à 
certains hommes d'Etat ! 

Y eut-il quelquefois des abus dans les réunions de la 
Congrégation? En profita-t-on pour faire do la politique sous 
des apparences religieuses ? C'est possible : de quoi n'abuse-t- 
on pas en ce monde ' ? 

M. de VillMe avait deux membres de la Congrégation dans 
son cabinet, Montmorency et Corbière: il n'en fallait pa^ 
davantage pour soulever contre Ini tous les voltairions et les 
franc-maçons. D'un autre côté, beliuooup do royalistes se 
défiaient "de son génie de renard": c'est l'expression d'un 
d'entre eux, M. Uurentie ». Villèle était donc suspect et aux 
uns et aux autres. 

La Compagnie de Jésus, dissoute par le pape Clément XIV 
avait été relevée par Pie VII, sitôt après son retour de Fon- 
tainebleau ; et les Jésuites eu profitèrent pour reparaître en 
France. Encore un spectre épouvantable avec lequel on 
réussit à faire peur à nombre de personnes. Ce sont les 
Jésuites qui dirigeaient la Congrogation ; et le gouvernement 
était h la remorque des Jésuites ! Ils étaient à peine 400 
dans toute la France en 1825 : ils avaient en tout huit col- 
lèges on retits séminaires: puis ils donnaient des missions. 



1 - M. de Carné, Sommin de jcunesn. — A. de Ponlmartin, Mes 
Mémoires, 

2_Laurentie, Soutenir, inédite, cité par Loui. Pa.8y dans Le 
Marjme de Bloesecille. 



— 1Ô3 — 

afin de réveiller un peu la foi et le sentiment religieux dan» 
les campagnes. On pr(!te'-dit qu'ils profitaient de ces mis- 
sions et de leurs collèges pour faire de la politique ! Leurs 
résidences de Montrouge, surtout, et de Saint-Acheul étaient 
regardées comme des foyers de pestilence : on faisait un grand 
détour pour ne pas passer par là... ' ! 
Mais n'anticipons pas. 

#*# 

Ayant de prendre ombrage de la Congrégation et des 
Jésuites, le gouvernement de la Restauration s'effraya, et à 
bon droit, du grand nombre de sooiétéi seorètji qui inf». 
taiout le royaume, et mînaçiiont le sécurité de l'Etat. En 
arrivant au pouvoir, M. da Villèle oiutata l'e.tisteuoe de 
p" .sieurs conspirations civiles et militaires prêtes à éclater; 
mais en déployant de la vigueur et de la résolution, il fit 
avoitcr tous ces projets, et rétablit partout le régne de la paix. 
Puis il proposa une loi rigoureuse contre la presse. J'ai 
déjà dit que, malheureusement, sur cette question, comme 
sur celle d'un bon système électoral, on en était encore aux 
tâtonnements. Dans le cas actuel, c'est la Chambre des 
Pairs qui sauva M. do Villèle, en apportant des adoucisse- 
ments nécessaires à son projet de loi. Moins passionnée 
que celle des Députés, jugeant de plus haut, appréciant les 
choses avec plus de sang-froid, elle commença à jeter dans 
la balance gouvernementale un poids régulateur qui contribua 
singulièrement à assurer la marche de la Restauration, et à 
l'empêcher de dévier. 

Dn reste, les affaires étrangères vinrent tout à coup appor- 
ter une diversion au cours ordinaire des choses. Une révo- 
lution avait éclaté en Espagne, dans le but d'imposer au 
roi Ferdinand une constitution analogue à la Charte fran- 

1 — Antonin Une, La guerre aux Jéiuitu mu la Betlauratlon, 




— 104 _ 

?.i«. et aux institution, anglaise, : le souverain espagnol 
«ai devenu en quelque sorte le prisonnier des Cortés^de, 
bandes royaI,stes opposée, à la nouvelle constitution, parcou- 
raient le pays en tous sons, de Saragosse à Cad,.; d'autres 
partis, au contraire, favorables au nouveau régime, leur 
tenaient tête partout: le pays toit en proie à une guerre 

Un incident grotesque, raconté par un tdmoin oculaire 
donnera une ,dée de l'état des esprits dans cette péninsule, 
quon a juste,nent appelée-Ie pays de toutes les surprises": 
A côté de Quesada. d'Eroles, de Bessières. de Mérino 
partisans du roi. s'était levé, dit notre auteur, un homme 
étrange, un religieux, un Trappiste, qui menait au combnt 
les troupes du roi absolu. Cet homme s'appelait Antonio 
Marasson; il avait été .oldat au régiment de Murcie. Des 
passions violentes l'avaient jeté de la caserne dans le cu- 
vent, d où il ctait sorti pour entrer eA campagne. Vêtu d'une 
robe de moine, portant sur sa poitrine un crucifix, à sa cein- 
tçre un sabre, des pistolets et un grand fouet, monté sur un 
cheval d une taïUe peu élevée, il galopait au milieu des popu- 
ations qui s agenouillaient devant lui et auxquelles il di^tri. 
buait des bénédiclions. 

"Un coup d'éclat allait porter au comble sa popularité 
Apprenant que la garnison de Se« d'Urgel > était très faible 
Il donne rendez-vous à trois chefs de bandes royalistes, et, 
soutenu par les habitants, qui lui attribuaient une puissance 
surnaturelle, ,1 ordonne l'assaut de la forteresse. I^ paysans 
tombent à genoux et chantent des hyu.ncs religieux Le, 
bandes royalistes donnent l'assaut. Le Trappiste s'élance à 
travers les balles, enlève une tour qui commandait la forte- 
resse, et cette forteresse contenait 00 canons. L'armée de la 



— 106 _ 

vemement. est ce gouveruem'^nt de la régence d"D™i oui 
au nom de Ferdinand vit s. i ^ „„»"™'"^'^K*'. q>". 
l'autorité du roTaClu!. ' ''" ' ' ^""""^ "•"" "'''"" 

IfoL?"!"'™ ''" ^~''P'"*- '•'•""« ■>»"« "orateur, devint une 
légende, et courut toua les journaux myalistoa > " 

Un congrès europ^n s'ouvrit à Vérone : Montmorency et 
St'r:'^"''^"'*'^"''*^""-''^'»'"""^^^^^^^^^ 

C:^;:«;^Cr::rir=::r~r 
"::K^7rr""""^"^^---^ 

Fmuco seule paraissait la désirer: et encore. Villèle et Mon 
morency ne s'en souciaient guère • l'idée dJ I .T^- 
ver^em^t constitutionnel. fi.é™. S '^^1!" d^^ 
la Fmnce.dmtervemr en faveur d'un monarque absolu i Et 

rne^uTFriL^r^ir :r '^"'^"""•'- '-^-^^- 

» 1.;=.x '«""""•'a VII : qu on en juge par le mitrait qu'en 

»u ue ses propres yeux : 

vuiiJy et d'^'"""' "''1; *" """" '""» P'«^' '""' "œu™ 

xirns „? r ^ "' "'"' têted'épervier: sorte de Louis 
de ^re^utairnr -----P'^'o-ous les hommes 

Maû Ferdinand VII était un Bourbon, cousin de Louis 
XyiII . le ro. tenait à intervenir en sa faveur • 

Louis XIV a détruit les Pyrénées, disait-il- je ne les 

laisserai pas relever- il o „i„-^ . ' '' ^ 

pus relever, u a placé ma maison sur le trône 

J~M "J" ^"'^' ^' *"••«"'• * «"««'«i.. 




— 106 — 

d'Espagne, je ne l'en laisserai pas tomber. Mon ambassadeur 
ne doit quitter Madrid que le jour oii 100,000 Français 
s'avanceront pour le remplacer ' ". 

Chateaubriand, qui voyait un rôle à jouer, se fit l'avocat 
de l'intervention, et y amena M. de ViUèle. Il entra dans le 
cabinet comme ministre des Affaires-Etrangères, à la place 
de Montmorency, qui donna sa démission, Pourtant Louis 
XVIII ne l'aimait pas, pas plus qu'il n'avjit d'estime pour 
Talleyrand : il ne voyait en Chateaubriand qu'un poète, et il 
disait : 

"Donnez-vous de garde d'ailmettre un poète dans vos 
affaires : il perdra tout : ces gnns-là ne sont bons à rien » ", 

Il fallait assurément que la guerre d'Espagne lui parût 
requérir ses services, pour qu'il consentit à son entrée dans 
le ministère. 

Permettez-moi, messieurs, de citei; ici quelques lignes de M. 
de Vogué, mettant en parallèle Talleyrand et Chateaubriand : 

" Nous avons aujourd'hui, dit-il, — M. de Vogué écrivait 
oela en 1892 — les Mémoires de Talleyrand, et l'on e.<>t 
stupéiait d'y trouver la preuve que cotte vive intelligence 
n'a rien compris à la Hévolution, au changement du monde, 
à l'avènement de la Démocratie. Il n'a vu dans le cyclone 
qu'un moment île troubles, au sortir duquel on pouvait 
rebâtir sa maison comme dev.int. 

" Chateaubriand, abusé sur le moment immédiat par la 
fougue de son désir, voyait à distance avec le regard de 
l'historien, il a merveilleusement deviné les suites nécessaires 
du cataclysme, la fin de tout ce qu'il aimait, l'orientation 
nouvelle des peuples. L'aigle, facile à prendre k tous les 
lacets, quand il se posait sur terre, retrouvait sa vue perçante 
en relevant son vol dans les hauteurs' ". 



1 — M. de Laroy, La Batauralion. 

2 — Bardoux, La duchette d« Durai. 
8 — M. de Vogué, Seura iTktttoire. 



— 107 — 

grand évdnement politique de sa vie > ", Chateaubriand avait 
ce^,nementdevioéavecj«,tes,eleshe„re„xr^s„I.at3q„-e,^ 
aurait - „„„ p^ p„„ y^sp,^^^ elle-même, il, furent à peu 
près nuls-, mais pour la France. Le duc d'A„.oulême 
"om.d généralissime des troupe, françaises, sy « de 

trice et nlT "n' f"^°""™' '» P^»"'""» «n triompha- 

dZ^I „,!- "'' • '"' "■""""' '""«'^ ■'« B»™P«^t« corn, 
à la victoire Cela les attacha à la Kestauration • et la 

Grrd.sr-'"''-'--p--^--i.:'i 

„„!* •*"?_ '^;^''8«"'«">« et son arm^e victorieuse firent à Paris 
un entrée triomphale. Un Te Deum solennel fut chantéà 
Notre-Dame; et une ordonnance décida l'achèvement de 

eZ de ;r '^ '^'■r " ■ '^ «'^^^^ "^ ■» Restau^tl « 
«eues de 1 Empire s'embrassent sur ce monument. 



Chateaubriand apportait donc au gouvoniement de M. de 
VUlèle le prestige du succès. Il hu ,ppo„,it ^..^^ 
celui de sa gloii. littéraire, de sa haute rLommée? so^ 
talent prodigieux. Villèle et Chateaubriaûd. à quel succès 
magnifiques et durable, u'auraient-il. pu prétendre ,'iU se 
fussent tenus unis? ure, sus se 

l'un Sutt"?"""""' '" ?"™"-I"'"8'". 'e complétaient 
L™™ V ,: '"'-'"""' J'"""'"""- '"'''''". e™e' et positif 
comme le bon sens; le second, ayant les grandeur, ^r le, 
nquiétudes de l'imagination, mai, avec .«. insti. et d la 
toii-e. qu'il ne fallait pas dédaigner ". 

1 - Louis P,„y, Zt MarquU de Blcmiltt. 



— 108 — 

Malheuremement, au lieu de reateru..!,. ils ae jalouaaiei.t 
Kien de plua curieux que de le. entendre parler l'un de 
1 autre: 

— ■■ Il n'avait pas, dit Chateaubriand de ViUèle, les frivo- 
lités utiles, et les qualités assorties". 

-"Je ne suis point jaloux de Chateaubriand, disait 
Villèle. II a bien plus d'esprit que moi, mais j'ai plu, de 
jugement que lui; et ce n'est pas l'esprit qui emploie le 
jugement, oest le jugement qui emploie l'esprit » ". 

Pourtant les membres du gouveriiomcnt avaient besoin de 
rester unis, pour assurer le succès de, grand, projets que M. 
de ViUèle avait en vue. 
La guerre d'Espagne avait réussi; mai, la discussion qni 
avait précédée, en Chambre, au sujet du crédit de cent mil- 
lions que le gouvemcmen* avait demandé pour couvrir le» 
frai, de l'expédition, avait laissé une grande irritation dans le, 
esprits et provoqué une scène dont le, mauvai, effet, duraient 
encore. Manuel, l'orateur de la gauche, député de la Ven- 
dée, avait piononcé un discours incendiaire, qui avait exaspéré 
les royalistes de la droite. Invité à se rétracter, non seule- 
ment Il avait refusé de le faire, mai, il avait encore ranchéri 
sur les passages le, plu, acerbes de son réquisitoire : et alors 
on avait jugé il propos de le faire empoigner par les gendarme,' 
et expulser de la Chambre. .Soixante député, de la gauche 
étaient sortis en même temp, que lui : et la Chambre demeu- 
rait ainsi mutilée. Villèle se décida à en demander au roi la 
dissolution ; et de nouvelles élections, eurent lieu au commen- 
cement de janvier 1824. 

Elles attestèrent ce que le gouvernement royal avait mené 
en prestige et en faveur par la guerre d'Espagne. La non- 
velle Chambre, remplie de royalistes dévoués, ne renfermait 



I — flareste, Histoire de France. 



— 109 — 

pa. vingt opposants de gauche : Villèle en profita pour faire 
passer une loi qui prolongeait la durée du Parlement 4 sept 
ans. '^ 

Le triorai.he de la Restauration paraissait complet ot diR. 
nil.f; et c'est justement «lorsque se forma lWg« pr&ur- 
seur des tempêtes qui devaient l'enjjloutir. 

Chos: singulière, ce fut à l'occasion d'une mesure qui 
aurait dû faire Wnir à jamais le nom de M. de Villèle 
G.ûce à son habile gestion des aiTaiics. les finances du roy^ 
aume se trouvaient dans un dtat de grande prospérité II 
crut donc le temps venu de réduire l'intérêt de la dette 
publique, et annonça le projet qu'il oaiessait depuis long- 
temps de convertir le 5% en S%. tout en laissant aux porteur, 
dis billets la liberté de reprendre leur capital, s'ils le préfé- 
raient, *^ 

"C'était de sa part un acte de prescience financière, dit 
M. Dareste; mais il aurait dû savr ■• qu'en politique c'est 
souvent un malheur d'avoir trop tôt raison ", 

Son projet fut accueilli avec indignation par tous les rentiers 
intéressés au maintien de leurs petits r^jvenus, et souleva une 
oppoHtion formidable: il mit Paris tout en feu. U loi passa 
à la Chambre des députés; mais soumise i la Chambre des 
l'airs, elle y fut rejetée. Chateaubriand, qui n'avait pas man- 
que d'en saisir de suite l'impopularité, ne s'était pas donné 
a peine de la défendre. Villèle en fut gravement froissé ; et 
le roi, qui, d'avance, n'aimait pas Chateaubriand, ne se fit 
pas prier pour consentir à sa retraite du ministère. Mais ce 
qui fut le plus regrettable, c'est que Chateaubriand, par je ne 
sais quel malentendu, ne reçut pas en temps opportun 
lavis de son exclusion du cabinet: il ne l'apprit qu'à la cour 
alors qu'il se rendait, suivant son habitude, à une réception 
officielle *. 

1 — Edmond Biré, Lu Bourgeoii d!aulrtfoU, 



— 110 — 

L« .ci»ion entre lui et Villèle fut profonde. Il d(!clara 
au ministère une guerre i mort : •■ Pr&ipité du pouvoir et 
dan, une attitude do Titan foudroya, il devint, dit M 'de 
I^rcy, le chef naturel de tou. le. adveraaires du cabinet 
Ildtmtde cette race irritable dont le. vengeance, sont impl." 
cable, et mortelle. . Qenu, irritabiU vatum » " 

n y avait à peine troi. mois que Chateaubriand avait 
quitté le ■nini.tère et .'était jeté à corp, pe«iu dan. roppoei- 
tion, lorsque «'éteignit doucement Uni, XVIir. 

#*# 
Charles X suocéda à son frère avec cotte facilité de tranei- 
tion qui est le princi^l avantage de l'hérédité de la couronne • 
mm, se. ministre, ne taiJèient pas à s'apercevoir qu'il, ne pou- 
valent trouver en lui la même sécurité qu'en Louis XVIII 
Les tenants de l'ancienne noblesse, comptant sur le noi,. 
veau roi pour la résurrection de leui, privilèges, l'awiègent 
de demandes. Pour plaire au roi, M. de Villèle se voit obligé 
malgré sa répugnance, de leur faire mille concesaon. : entre' 
autre, choses, il lui f„ut mettre à la retraite 150 lieutenants 

IVmée ''^"''''''°' """" '"' *''*"' """ '•"•"« «l" 

Sinr?.ement rel;.,;eux, Charles X est assailli de requête, 
plus ou moins luco. sidérées de la part de certain, prélat, 
qui croient l'occasior. favorable de faire rendre à l'Eglise le. 
privilèges dont elle jouissait autrefois et rétablir l'ancienne 
législation religieuse gallicane, sans songer que le gallica- 
msme a fait son temps, et que le. privilège, prodnii^nt un 
bien mau .ais effet, à une époque où il y a tant d'esprits mal 
oisposéa envers la religion. 

Parmi ces requêtes, il y en a qui auraient mérité nn accueil 
favorable. Un gouvernement fort et ooarajjeux n'aurait pas 

1 — U. de Uroy, La Ratamatim, 



Éi 



— 111— 

craint, j)«r exemple, do realituor au clergé, au nom ilo la 
liberté et de l'utilitiS publique, lo droit dont il jouissait, tous 
l'ancirn régime, de tenir les registres do l'état ei* 1, fonction 
dont il s'était toujours acquitté avec un soin admirable ; une 
mesure de ce genre aurait été digue du gouvernement du 
pieux Charles X. Elle fut domaudée, et refusée. 

Qu'accorda M. de Villèle, eu retour, [lour donner quelcpie 
satisfaction à l'opinion religieuse? Une loi sur le sacrilège, 
punissant do mort le vol des vases sucrés, la profanation des 
hosties, et autres crimesdo ce genre: loi qui ne fut pas appli- 
qué» une seule fois. Elle fut votée dans les deux Chambres ; 
mais la discusiiion souleva des tempêtes qui firent beaucoup 
plus de tort que de bien à la religiou. 

Qu'accorda encore M. de Villèle, par complaisiinoe pour 
Charles X et le clergé î Un ministère des Cultes : M" de 
Frayssinouf, le célèbre conférencier, en fut le premier titulaire. 
La création de ce ministère était certainement un hoinmaga 
rendu à la Religion et à l'importauco des iutérêLs religieux. 
Croit-on cependant qu'elle n'offiait aucun inconvénient ? Cal 
évêqui ministre, qui devait avoir un siège à l'une des Cham- 
bres, ét'iit obligé de répondre aux interpellations qui lui étaient 
adressées sur les affaires de son département, do donner des 
explications, d'exposer ses vuts et celles du gouvernement : 
il pouvait lui arriver, et il lui arrivait souvent, d'en dire plus 
qu'il n'aurait été convenable d'en dire, de faire des aveux plus 
ou moins opportuns, dont pouvaient s'emparer les ennemis 
de la religion pour faire tort à la cause du bien. 

C'est ainsi que dans la question des Jésuites, par exemple, 
au lieu de se retrancher derrière le grand principe de la liberté, 
de soutenir ce principe, et de proclamer hautement \a liberté 
à laquelle a droit tout citoyen, qu'il soit jésuite, prêtre, ou 
simple particulier, de faire le bien, de rendre service à ses 
compatriotes par la parole ou par les œuvres, M" de Frays- 
«iuous se crut obligé d'entrer dans une foule de détails sur 



— t» — 

l'organiMtion dea Jjiaitei en Fr.no», lur le nombre de «• 
religieux, iur leiin oiiMion», aur lenra maiaona d'enaeigne- 
ment, cherchant à atténuer leur aoUon autant que poaaihle, 
dana l'eapoir d'apaiaer leura ennemie. Haia qui a'excuae, 
a accu.0 : on a'empara préoia^ment de a>'a donnéea pour 
partir en guerre contre la Oomp-ignie de Jdaua. On prétendit 
que lea Jéauitea a'étaient rendue niattrea partout, dana loa 
ëvêohéa, dana l'adminiatration, dani lei miniatirea, et que la 
Congrégation était un de leura inatruinenta politiquea : 

" U France entière, écrivait Montloiier, eat imbue de 
1 Idée qu'elle eat gouvernée, non par aon roi et aea hoinmea 
d Etat, mais comme l'Angleterre dja Stuarta par dea Jéauitea 
et dea Congrégationa ". 

" A en croire lea rumeura qui a'accr Miuiont de plue en 
plua, dit M. de Larcy. on en venait à,ae persuader, à répéter 
avec Montloaier, que lea Jéauitea régnaient dana lea minia- 
tèrea, à la cour, que Charlea X était affilié à l'Ordre ; les plus 
hardis et lea plua orédulea allaient jusqu'à prétendre que le 
roi disait la meaae...". 

On ne piat douter qu'il ae It uu grand trav.iil antireli- 
gieui, en France, aoua la Restauration, et que l'Eglise ne 
recueillit pas alors lea fruits qu'avaient laissé espérer lea 
années sereines de la fin du Consulat et du commencement 
de I Empire. Comment expliquer cela 1 U Ch«te de Louia 
XVIII, allant plua loin que le Concordat de 1801, avait 
pourtant proclamé la Religion catholique, apostolique et 
romaine " Religion d'Etat ". Oui : mais ce n'est pas avec dea 
constitutions ou des loi» qu'on rend à un peuple ses croyances 
et qu'on refait aea mœura : c'eat par loa oeuvres de la foi 
catholique, la prédication, les congrégationa, les missions ; et 
ces œuvres étaient entravées, tantôt par l'hostilité des uns, 
tantôt par la faiblesse dea autres, tantôt encore par le zèle 
intempestif et exagéré d'un certain nombre de personnes. 
On eut une preuve du peu de progrès qu'avait fait U 



— lis- 



WDtiment raligienx en Franoc, Ion du uora de Clurlee X. 
I^e grande! oërjnioniei qui eurent lieu à Rein», tu prin- 
tempa de 182S, ne créèrent pu toute l'impreiaion favorable 
ni tout rentliousiaame qu'on était en droit d'attendre II j 
eut uême, ça et là, dans ]n journaux, dans lea cluba, et 
ailleun, dea manifeatationa hoatilea, que Bonaparte, lui, 
n'aurait paa manqué de n'iriuier avec une grande sévérité. 

Charles X était certinuement religieux; il était même 
démonatratif dana lea pratiques extérieures de la religion ; il 
y mettJt un peu d'ostentation : et il en donna une preuve 
lora du grand jubilé de 1826 : on le vit, en effet, à cette 
occaaion, suivre à pied la proceaaion à partir de Kotre-Dame 
jusqu'à la place Louis XV. Il le faisait, sans doute, par 
piété, mais aussi pour affirmer le principe que la Religion 
Catholique était vraiment " Religion d'Etat." Toutefois, il 
n'était pas sans redouter un pou le résultat de cette démarche, 
car il demanda à M. de Villèle, qui se tenait un peu à dis- 
tance, et regardait de loin, comme saint Pierre, — StquebcUur 
àhngè' — l'effet qu) cela avait proluit chez le peuple. 
D'après M. de V illèle, le succès avait été tout à fait manqué 
au point de vue religieux '*. 

Flottant entre les exigences de ses amis, la faiblesse et 
l'inconstanco de Charles X, les indécisions de son propre 
caractère,. M. do Villèle commit plus d'une erreur. Une des 
plus propre", à dépopulariser son gouvernement, fut le projet 
de loi qu'il présenta à la Chambre pour rétablir dans certains 
cas le droit d'aînesse, c'ost-à-dire, le droit, pour l'atné de la 
famille, d'hériter de toute la succession paternelle. Bien ne 
pouvait être plus impolitique, car on sait qu'en France le 
droit des enfants à partager également la succession de leurs 



il 



1 — Comte d'HausaonTille, Majeuntue, 

2— Luc, XXII, M. 

3— H. de Larcy, La BataunlUm. 



Ml 



— 114 — 

parenU eit tenu pnxquo il 1'^ d'un dogme. U peuple 
ftmiçei», on 1'» dit tveo niaon, tient encore plue à l'égalité 
qu'à la liberté. U loi de Vlllèle Aait donc un dM eu prin- 
oipe d'i<g»liu!, aueel bien qu'un retour k l'inolan r^m». Elle 
p*»» à la Chambro, msU fut rejette par lei l'aire ; et o'eet 
à cette oocaaion que M. de Barante diuit ; " Tout demeure 
comme auparavant, avec le mécontentement de ilu«'. 

C'eet n à l'occaeion de cette loi d'atneiee, piindant 
qu'elle te .. Jtait, que Talleyrand aurait dit un mot plaiunt 
qu'on lui attribue. Rencontrant eur U rue ton ami Girardin, 
qui louchait énormément : "Ehl bien, comment vont leî 
affaire», demanda celui-ci i l'ancien minietre J — Ah I mon 
pauvre ami, tout de travern, comme v->ut voye» " ', 

M. de Villèle fut plus heureux avec son projet de conver- 
•ion de rtjnte, qu'il préeenta de DouVeau aux Chambrée, et 
réussit, cette fois, à faire passer. 

Cela lui permit de proposer alors sa célèbre loi d'indemnité, 
la meilleure mesure de tonte son administration. Par cette 
loi, l'Etat accordait une juste indemnité à tous les anciens 
propnéUires dont le» biens avaient été confisqués pendant U 
Kévolution. C'était .m acte de justice, qui mettait fin i 
beaucou. de récriminations j c'était aussi, pour les nouveaux 
acfiuérrmrs. une garaotie qu'ils ne seraient jamais troublé» 
dans 1". jottissanoe de leurs propriétés. 



• • 

Les finances du pays étant dans un état prospère, M de 
Vlllèle put se permettre également de faire une nouvelle 
diversion aux tiraiUtmonta de la politique intérieure par une 
intervention à l'étranger. 






1 — De Follcui, Xémoira <r«» RoyalUlt. 



— 115 — 

Il •Vgimit. Mtt« foii. de »,„i, ,a ^„.^„ j, ^ Q,^^ 
qui M dëbttuit d«pui. longtomp. dtni les ëtrainto. de Te.- 
oUvage où U UD.it k Turquie, .( vouUit conquérir ion 
ind«pendiinoe. 

L. «UH dei Hellinei <l.it bien propre à exciter j-euthou- 
•laetne dtna toute, .'e. âioee g^nëreuiee. Qui ne ee Mr.it 
MOU profondément émn par le. grgndi wnvenir. historique, 
d Athène. et de TAoropole, de Sp.rte, de. Themopyle. 1 Qui 
n.urait treu.illi à I. pen.4. de vieiter " ce. pleine, de 
1 Attique, ondulëe. et gnoieuM.. toute, .ouriante. k la mer 
et .u soleil ", ce. cheft-d'œuvre de " l'art grec, tout plein de 
délioateuo, de charme et de pov.ie ' " î 

Mai. M. de Villèle allait trop terre-i-terre pour éprouver 
de l'enthousiMmo : il fallut encore cette fois qu'il fût réveilW 
de «. torpeur par l'éloquence chaude et entraînante de 
Chateaubriand. Des bauc de l'opposition où il continuait à 
ire une guerre terrible au ministèi«, Chateaubriand ac^urait 
e gouvernement de venir au secoun d'un peuple opprimé : 
" U Grèce, dittit-il, sort héroïquement de ses cendres • 
Tour assurer son triomphe, elle n'a besoin que d'un regard 
lie bienveillance des peuples chrétiens. 

" U France, qui a laissé tant de souvenirs en Orient, U 
France, fille atnée dd 1. Grèce par le courage, le génie et 
les arts, contemplerait avec jo'e la liberté de ce noble et 
malheureux pays, et se croiserait pieusement pour eUe. Si 
le monde savant comme le monde politique aspirent à voir 
renaître la mère des sciences et des loU, la Religion demande 
aussi des autels dans la cité ou saint Pau! prêcha le Dieu 
inconnu. 

■■ Qnel honneur pour la Restauration d'attacher ton époque 
à celle de l'affranchissement de la patrie de tant de grand» 
hommes ! Qu'il serait beau de voir les Bis de saint Louis, à 

1 —Comte d'HsUBioDTille, Majeunau. 



— 116 — 

peine rétablis sur leur trône, devenir à la fois les libérateurs 
des rois et des peuples opprimés " ! 

Charles X ne fut paa insensible à cet appel : son frère 
Louis XVIII avait été le libérateur du roi d'Espagne; il 
voulut être celui du peuple grec, et décida Villèle à faire 
alliance avec l'Angleterre et la Russie pour l'affranchisse- 
ment de la Grèce. 

Il s'agissait, cette fois, d'une expédition navale contré la 
flotte turco-égyptienne, qui ne comptait pas moins de 150 
voiles, dans le po de Navarin. 

Ce que les puisi,. ..ces européennes exigeaient, c'était l'in- 
dépendance de la Grèce, sous la suzeraineté purement nomi- 
nale de la Porte, constatée par un simple tribut. 

La Porte ayant refusé cette juste idemande, les amiraux 
français, russes et anglais se présentèrent avec leurs escadres 
devant Navarin, et signifièrent de nouveau à Ibrahim-Pacha 
la volonté de leurs gouvernements, qui voulaient être obéis 
et respectés. I^ feu jaillit d'un brûlot égyptien : aussitôt les 
trois flottes alliées foudroyèrent la marine turco-égyptienne ; 
elle fut anéautie. 

Telle fut la bataille déoisive de Navarin, en date du 20 
octobre 1827 : elle tranchait la question de l'indépendance 
de la Grèce; et la France pouvait dire avec orgueil; Quorum 
pare magna fui. 

L'indépendance de la Grèce fut confirmée, l'année suivante, 
par une nouvelle expédition française au pays des Hellènes. 
Cette fois, la France était seule ; elle voulait soumettre 
encore davantage l'orgueil d'Ibrahim-Pacha. La rencontre de 
l'escadre française avec la flotte turque eut lieu dans un des 
golfes de la Morée, et fut tout à l'avantage de la France, qui 
laissa en Grèce un corps d'armée afin d'aider le pays à s'orga. 
niser. 



— 117 — ' 

Le succès de l'intervention française en Grèce ne servit 
guère la cause de M. de ViUèle : elle était trop compromise. 
11 serait fastidieux d'énumérer ici toutes les fautes commises 
par cet homme d'Etat durant les deux dernières années de 
son administration. 

Une loi contre la presse qu'il présenta aux Chambres, 
atteignait non seulement les journaux, mais les livres et les 
publications de toutes sortes. Tout le monde s'en émut, même 
l'Académie française, qui vota une adresse au Koi, son pro- 
tecteur, dans l'intérêt des Lettres : Charles X refusa de rece- 
voir l'adresse ; et ses trois rédacteurs, Villemain, Lacretelle et 
Michaud, trois royalistes épro'ivés, furent privés de leurs 
fonctions publiques. La loi, votée à la Chambre des députés, 
fut rejetée par les Pairs. II y eut à cette occasion de grandes 
réjouissances dans la Capitale, aux cris de Vive la liberU de 
la Presse ! 

Le lendemain, Charles X se rendit au Champ de Mars 
pour présider une revue de la garde nationale : Il fut reçu 
aux cris de Vive la liberU de la Presse ! Vive la Charte ! 
A bas les ministres ! A bas les Jésuites ! A bas Villile ! Il 
eut le courage de dire ; " Je suis venu ici pour recevoir des 
hommages, non des leçons". Mais lorsqu'il s'éloigna, les 
mêmes cris recommencèrent. 

La garde nationale tout entière fut dissoute, malgré les 
avis du duc de Doudeauville, qui conseillait, et avec raison, 
de ne dissoudre que les bataillons coupables, et de ne-pas se 
séparer de la bourgeoisie parisienne, jusque-là un des meil- 
leurs soutiens du gouvernement et de l'ordre. 

Villèle ne vivait plus que d'expédients. Le dernier qu'il 
employa fut de dissoudre la Chambre, pour laquelle cepen- 
dant il avait fait voter sa fameuse loi de septennalité, puis de 
créer une fournée de 76 nouveaux Pairs. 11 voulait renou- 
veler en sa faveur l'esprit des deux Chambres. Mais malgré 




-118- 

la pression scandaleuse qu'il exerça sur l'éleotorat, les non- 
velles élections envoyèrent à Paris une majorité de députés 
évidemment hostile à son administration : il se retira. 

Le Moniteur du 4 janvier 1828 annonça un nouveau 
ministère : il avait pour chef Martignac, homme du centre 
droit, orateur insinuant et sympathique. 

C'était un cabinet très fort en lui-même ; mais on se deœau- 
dait sur quelle force extérieure il allait s'appuyer, en face de 
partis inquiets, et d'un roi défiant •. 

Il est certain que Charles X, en s'adressent à Martignac, 
se croyait au pis-aller. Jamais il n'aurait voulu faire un pas 
de plus du côté de la gauche, pas même vers Casimir Périer, 
qui fut pourtant une des plus fortes colonnes de la monarchie 
de juillet. Curieuse manière, vraiment, d'entendre le régime 
parlementaire ! 

Son rêve, c'était Polignac, l'homme des fumeuses Ordon- 
nances qui devaient provoquer la chute de sa dynastie ! 

Chateaubriand s'était engagé à appuyer Martignac : mais 
on lui offrit l'ambassade do Rome : et il l'accepta : 

" Le nom seul de la Ville des Ruines, disaiuil, produit sur 
moi un effet magique ". 
De Borne, il écrivait ensuite avec un soupir de regret : 
" J'ai revu les grandes Ruines romaines, mais je n'ai pas 
retrouvé, pour les voir, les yeux que j'avais il y a vingt-cinq 
ans ". 

Le pape qui habitait alors le Quiriual était le saint Pontife 
Léon XII, de la famille délia Genga, le protecteur et le pré- 
curseur du grand Pape actuel, — lequel, soit dit en passant, 
avait déjà dix-huit ans à l'époque dont je parle ; il a été le 



1 — " Charles X parlait avec humeur de ses ministres. Il les faisait 
ou laissait attaquer par les feuilles royalistes dont il disposait ". 
(Ma jeunette, par le comte d'Hausaonville, p. 217). 



— 119 — 

contemporain de tous les souverains et de tons les goureme- 
meuts du XIX* siècle — : 

" C'est un prince admirable, écrit de Léon XII Chateau- 
briand, plein de modération, de douceur et de charité ". 

Puis, faisant un retour sur sa chère France — tactus êoli 
natalit amore > — joyeux de voir ses destinées confiées à 
son ami Martignac ; 

" La France est heureuse et tranquille, dit-il ; elle est 
enfin devenue to"*! constitutionnelle et monarchique, et 
nous n'entendons piUS que les cris de quelques ambitions 
déçues et de quelques fous qui rêvent ce qui ne peut 
revenir ' ". 

Hélas ! le ministère Martignac n'était pas destiné à 
vivre longtemps: il ne dura qu'une quinzaine de mois. 
Avec tout le charme insinuant de sa parole et la grâce de sa 
personne, Martignac ne put se faire dans les Chambres une 
majorité stable et compacte ; et d'ailleurs il n'avait pas la 
confiance du roi. Plus encore que Villèle, il ne vécut que 
d'expédients. La seule loi importante qu'il présenta, pour 
l'organisation des conseils d'arrondissements et de départe- 
ments, sortit de la discussion tellement défigurée qu'il crut 
devoir la retirer. 

Par contre, c'est lui qui a attaché son nom aux fameuses 
ordonnances contre les Jésuites, l'une des o -es les plus 
odieuses de la Restauration. 

Ces bons religieux étaient 400 dans toute la France, et 
s'employaient à faire le bien, donnant des missions dans les 
camps Ties oii ils étaient appelés par les curés. Ils avaient 
en tout huit petits séminaires ou collèges, dont les évêques 
leur avaient confié la direction. J'ai déjà fait remarquer que 
M" Frayssinous avait fait en Chambre l'aveu de toutes ces 

1 — OTide, tfel., Vlll,i. 

2 — Utira médila à Mme dt CotUru. 



m 



— 120 — 

chcM oriminelles... Et les ennemis du gonrernement et dds 
Jésuites, ùe s'écrier : Quid adhûc egemua teetibuê ' ? 

On fit peur au roi : " Il y va, lui disait-on, de votre cou- 
ronne ; et la tempête soulevée à propos des petits séminaires 
. pourrait bien engloutir le vaisseau de l'Etat ". Ce fut cette 
considération, bien mal fondée, qui décida Charles X à signer 
les fatales ordonnances déjà dressées et prêtes depuis long- 
temps. 

On est confondu en songeant à ce que la peur, la faiblesse, 
l'indécision peuvent faire commettre de folies à des gouver- 
nements sans énergie, sans intelligence. 

Les ordonnances, signées par le roi, furent publiées le 17 
juin 1828. 11 y en avait deux : l'une, contresignée par Por- 
tails, était spécialement dirigée contre l^s Jésuites, obligeant 
les directeurs de collèges ou de petits séminaires d'affirmer 
par écrit qu'ils n'appartenaien!, à aucune congrégation reli- 
gieuse non légalement établie en France ; l'autre ordonnance, 
contresignée par l'évêque Feutrier, le nouveau ministre des 
Cultes dans le cabinet Martignao, soumettait la nomina- 
tion des supérieurs et des directeurs à l'agrément du roi ; les 
petits séminaires ne pouvaient udmettre qu'un nombre d'élèves 
fixé par le gouvernement ; les élèves devaient porter la sou- 
tane ; tous les professeurs devaient souscrire aux quatre 
fameuses propositions de 1682. 

Quel ridicule, quand les gouvernements entreprennent de 
légiférer sur des questions en dehors de leur compétence, 
s'introduisent dans les séminaires, mettent la main à l'encen- 
soir ! Quand on songe qu'on en était encore, un quart de 
siècle après la Révolution, aux quatre articles de l'Eglise 
Gallicane I Ces articles démodés ne vous rappellent-ils pas 
les vieilles outres dont je parlais l'antre jour? 
Le pieux Charles A et ses ministres, las de s'entendre 



1— Matth., XXVI, 65. 



— 121 — 

appeler amis des Jésuites et de ïa Congrégation, avaient cru 
réussir à faire cesser les clameurs en jetant ces ordonnances 
aux ennemis de la religion comme un os à ronger. Mais 
l'os n'était pas assez gras, et ne pouvait les satisfaire. M. de 
la Ferronnays rencontrant sur la rue Benjamin Constant: 
"Ehl bien, êtes- vous content ?— Non, ce n'est point là ce 
que eus voulions.— Vous avez cependant les Jésuites de 
moins.— Peu importe, ce n'est pas là ce que nous deman- 
dions ". 

L'épiscopat, en général, fut très mécontent deo ordon- 
nances, et présenta au roi une adresse respectueuse pour 
prouver contre l'ingérence du gouvernement dans la direc- 
tion fies petits séminaires. 

Les catholiques instruits et éclairés protestèrent également. 
Dans un Rapport préparé à leur demande, l'illustre Berryer 
disait : 

" C'est par une violation manifeste de tous les droits qu'on 
ravit aux membres des Congrégations religieuses la capacité 
de remplir les importantes fonctions de l'instruction publi- 
que ". 

De sorte que le pauvre Charles X se trouvait n'avoir con- 
tenté personne, et s'être mis à dos tout le monde. L'opposi- 
tion des évêque.», suitout, lui était particulièrement désa- 
gréable. Les ordonnances devaient être mises à exécution le 
1" octobre; et les piélats ne paraissaient nullement disposés 
à s'y conformer. Le ministre des Cultes, Feutriei, ayant 
insisté pour que l'épiscopat se soumît, le cardinal de 01er- 
m ont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, lui fit cette flère 
réponse : 

" La devise de ma famille, qui lai a été donnée par 
Calixto II, en 1120, est celle-ci: EtiamM omneê,sed non 
ego. C'est aussi celle de ma cunscienoe ". 

Pour se tirer d'embarras, on jeta les yeux vers Rome ; et 
Home accorda aux envoyés de Charles X un Bref, qui ne fut 




— 122 — 

communiqué qu'à quelques évéquoa, dont le texte ne fut 
rendu public que vingt ans plus tard, mais quo l'on réusait à 
faire passer comme un désir do Rome, de laisser faire. Les 
évéques, qui ne pouvaient guère se passer de l'assistance du 
gouvernement pour leurs séminaires, crurent devoir se con- 
former à ce désir présumé du saint-siège : les ordonnances 
furent exécutées '. 

Elles ne portèrent bonheur ni à Charles X, ni à Martignac. 
Celui-ci, malgré les échecs qu'il recevait en Chambre, se 
cramponna au pouvoir tant qu'il put. "Faudra-t-il donc 
quitter toutes ces belles choses " ? s'écriait Mazariu avant de 
mourir. Quel est le ministre, à la veille de sa chute, qui ue 
pousse un soupir semblable ? 

Charles X se décida enfin à donner congé à son ministère. 
Le nouveau cabinet était prdt depuis longtemps : il avait 
pour chef Polignac, comme ministre des Affaires-Etrangères. 
Les collègues de Polignac fuient Le Bourdonnaie, Bourmont, 
Courvoisier, Chabrol, D'Haussez, Montbel, Ca[ielle, Chante- 
lauze, Guernon-Ranville, c'est-à-dire des royalistes qui tous 
depuis le commencement de la Restauration s'étaient montrés 
plus ou moins réfractaires au régime constitutionnel. 

Les vrais amis de la Restauration virent de suite dans la 
composition de ce ministère un coup d'Etat anticipé ' ; et le 
Journal des Débats, reflétant leurs sentiments, s'écria : Mal- 
heureuse France ! Malheureux Roi ! La duchesse d'Angou- 
lême elle-même, l'auguste lille de Louis XVI, apprenant 
l'avènement de Polignac, ne put s'empêcher de dire ; " C'est 
une entreprise, et je ne les aime pas ; elles ne nous ont 
jamais réussi ". 



I — Antonin Lirac, La guerre aux Jésuitee »ou8 la Setiauration. 

2 — " Quelques-uns des plus anciens et des plus dévoués servi- 
viteurs du roi Charle» X ne faisaieut pas mystère de leur désap- 
probation ". (Majeunesae, par le comte d'Haussonville, p. 290). 



— 128 — 

Polignao était l'homme du duo do Wellington, Ambassa- 
deur à Londres depuis plusieurs anniSe», il oonna'ssail le 
mécanisme du régime parlementaire ; mais il n'avait jamais 
saisi l'esprit de la constitution anglaise, faite de traditions, 
de patriotisme et d'habileté politique, " cette vénérable cons- 
titution, a dit M. de Maistre, qui consiste uniquement dans 
cet esprit public, admirable, infaillible, au-dessus de tout 
éloge, qui mène tout, qui conserve tout, qui sauve tout; ce 
qui est écrit n'est rien ". 

Polignac était un homme aimable, honnête, bienveillant, 
mais léger et sans caractère, c'est-à-dire qu'il avait toutes les 
qualités et les défauta de Charles X, dont il était l'ami de 
cœur et Valter ego, " la pensée secrète ' ". C'éuit un mystique, 
un rêveur, " ur illuminé, vivant dans le monde des abstrac- 
tions et des théories ' ", qui croyait que tout allait arriver 
comme il le pensait, qui ne prévoyait rien, ne préparait rien, ' 
et ne comprenait la gravité de la situation que lorsqu'il était 
tout à fait au fond du trou. 

Charles X triomphait de se voir enfin avec un premier 
ministre de son choix : il était au comble de la félicité. 
Quelques voyages qu'il avait faits l'année précédente dans 
les provinces du nord et de l'est de la France, et les ovations 
qu'il avait reçues partout avaient rempli son esprit d'illusions 
sur la véritable situation politique du pays. Il n'y a rien 
comme les compliments et les flatteries pour tromper et 
endormir un souverain. 

Pourtant Charles X se doutait bien un peu que l'avène- 
ment de son ami Polignac n'était pas bien vu de tout le 
monde ; car dans son discours d'ouverture des Chambres, le 
3 mars 1830, il prononça quelques paroles menaçantes à 
l'adresse des députés. Ceux-ci ressentirent vivement l'injure, 



1 — Louis Passy, Le llfarquit de BlounilU. 

2 — Ckimte de Ludro, Charla X tl >a noucMiii huioriem. 



f" 



— 124 — 

et rfsolurent d'exprimer franchement leur pensée au roi 
dan» leur réponse au discours du trjne. Cette réponse est 
connue dan» l'histoire sou» le nom de Vadresin des 221, parce 
qu'elle fut signée par 221 député» sur 402 qui se trouvaient 
alors en Chambre. Les 221 exprimaient le regret que le roi 
leur eût témoigné de la défiance, avant qu'ils eussent eu seu- 
lement l'occasion de se prononcer su- la politique de son nou- 
veau ministère. 

A peine le président Royer-Collard eut-il lu l'adresse des 
députés, que Charles X, ne pouvant contenir son dépit, leur 
répliqua avec amertume, et prorogea immédiatement les 
Chambres au 1" septembre. Ji oubliait que la patience est la 
première vertu des gouvernants. Louis Xr' savait mieux se 
posséder. Un jour qu'un de ses familier -auzun, lui avait 
parié avec insolence : " Ah ! si je n'étais pas roi, lui dit-il, 
comme je me mettrais en colère ' I " 

Polignac obtint presque aussitôt la dissolution du Parie- 
ment. Les élections eurent lieu vers la fin de juin, et le 
peuple, y mettant de l'enthousiasme, envuyj en Chambre 
non seulement les 221, mais un grand nombre d'autres 
députés décidés à voter contre Polignac. La lutte était évi- 
demment engagée entre la prérogative royale et le Parlement, 
entre la Couronne et la nation. 



Sur les entrefaites, su-vint une diversion. Il est remar- 
quable comme la politique étrangère de la Restauration se 
montra toujours bien supérieure à sa politique intérieure. 
C'est que, pour la politique étrangère, la France avait de 
grandes et nobles traditions ; au contraire, elle était novice 
en fait de régime parlementaire. 



1 — £« Càrreipondmt du 29 oot. 18*7, p. 354. 



— 125 — 

Nous avons vu «on heureuae intervention dans lei affaires 
d'Espagne et de Grèce. Il était réservé à la Restauration de 
couronner glorieusement sa courte carrière par la conquête 
d'Alger. L'expédition d'Alger fut vraiment le chant du cygne 
de la dynastie des Bourbons. 

En 1827, le dey d'Alger avait oflcnsé gravement le consul 
de France, qui avait été chargé d'aller lui présenter les justes 
réclamations de quelques vaisseaux marchands français indi- 
gnement pillés par des pirates africains. En 1829, l'amiral 
de la Bretonuière fut commissionné, à son tour, d'aller pro- 
poser au dey un arrangement do nature à satisfaire les mar- 
chands français et l'honneur de la France : il ne reçut que 
des promesses dérisoires ; et au moment oiï son vaisseau por- 
tant le pavillon parlementaire s'éloignait du port, le dey lit 
tirer sur lui plusieurs coups de canon. De pareils outrages 
demandaient réparation et justifiaient une guerre. 

Charles X, en décidant l'expédition d'Alger, déclara aux 
puissances européennes que sou but étnit " la destruction de 
l'esclavage, de la piraterie, la sécurité de la naviga'>.ion de la 
Méditerranée à rétablir, le besoin de rendre le rivage méri- 
dional de cette mer h la production, à la civilisation, au 
commerce, à la libre fréquentation de toutes les uatiuns ". 

L'expédition partit de Toulon dans les derniers jours de 
mai : la flotte française, commandée par l'amiral Duperré, 
comptait plus de 600 voiles : le général Gourmont était 
chargé des troupes de débarquement, au nombre de 40,000 
hommes. 

11 s'agissait d'atterrir à quelque distance d'Alger, puis 
d'aller attaquer la ville par deiTière et s'en emparer. Du côté 
de la mer, Alger était réputée imprenable, protégée par des 
travaux défensifs immenses ; et le dey avait à sa disposition 
50,000 hommes très bien aguerris. 

La flotte française entra dans la rade de Sidi-Ferruch, à cinq 



I 



I 



— 1S8 — 

lieuea d'Alger, vei» la mi-juiD, et le débarquement ne fut 
oomplété qu'i la fin du moia. 

A Paris et dans toute la France, on était en pleine Serre 
électorale. La lutte était intense. 

Justement à la même époque, Charles X recevait à Paris 
la visite de son cousin le roi de Naples, et il y avait réjouis- 
sances à la cour. Un soir, grand bal fut donné au Palais- 
Royal; et durant la soirée, Charles X s'avançant à une 
fenêtre pour jouir de la température admirable qu'il faisait : 
" Ah ! quel beau temps, dit-il, pour ma flotte d'Alger " I A 
quelques pas de là, M. de Salvandy disait à son voisin, assez 
haut pour être entendu : " C'est une vraie fête napolitaine : 
nous dansons sur un volcan ^ " t 

Il y eut autour d'Alger des faits d'ërmes magnifiques, qui 
mériteraient d'être racontés eu détail ; je n'en ai pas le temps. 
Qu'il me suffise de dire que l'armée française se montra 
digne des plus beaux jours de l'Empire. Tous les forts 
d'Alger furent empo.iés d'assaut ; et le 6 juillet le drapeau 
aux fleurs de lis flotta sur la ville. 

Bourmont trouva dans la Casaubah 48 millions en or, 
somme plus que suffisante pour couvrir tous les frais de 
l'expédition. 

L'Angleterre qui à cette époque prêchait beaucoup le désin- 
téressement, s'inquiétait fort de ce que la France allait faire 
de sa conquête, si elle s'emparait d'Alger. Charles X s'effor- 
çait de la rassurer, en ajoutant toujours "qu'il n'entendait 
prendre aucun engagement contraire à la dignité et aux 
intérêts de la France ". 

Quand la prise d'Alger fut cocnue, Wellington renouvela 
ses instances pour que le gouvernement français s'engageât 
par écrit à ne rien garder du territoire qu'il venait de con- 

1 — M. de Larey, La Ralaaralion, — Comte de Ludre, Ckarla Z 
Il m neutttmx kiilorimt. — Comt» d'HauiBonville, lUjmium, 



— 127 — 

quérir. Cet engattement éUnt eacore rafiiaé, Wellington et 
Aberdeen se di'clarèreDt tria mùcontents. Le duo de Laval, 
dont j'ai iijk prononcé le nom, et qui était aioi's ambaMudeur 
à Londrea, ae préparait juatement à partir pour une prome- 
nade à Paria : " Jamais la Franco, lui dit Aberdeen, n'a 
donné & l'Angletene des aujeta de plainte aussi graves que 
ceux qu'elle nous doine depuis un an", l'uis prenant la main 
de M. de Laval, il lui dit d'un ton atTectucux : " Je me sépare 
de vous, mon cher duo, avuc plus de tristesse que de coutume, 
car nous sommes peut-être destinés à ne plus nous revoir. 
^&àilord, rL'pondit M. de Laval, Je ne saurais ni dire ni pré- 
voir ce que vtus pouvez espérer de la générosité de la Franco ; 
mais ce que je sais, c'est que vous n'obtiendrez jamais rien 
d'elle par des menaces ". Parole digne de la grande famille 
Montmorency-Laval, qui a donné au Canada son premier 
évêque I 



m 



La scène que je viens de raconter se passait à Londres le 
25 juillet 1830, le jour même où Charles X signait à Paris 
les fameuses ordonnances qui précipitèrent sa chute. 

J'ai déjà dit que le résultat des élections avait été décidé- 
ment hostile à Polignac. Toutefois ce résultat ne pouvait 
être constaté officiellement qu'après la réunion des Chambres, 
sur une motion quelconque où les députés auraient été 
appelés à se prononcer. Un monarque vraiment constitu- 
tionnel n'aurait rien fait avant de convoquer les députés pour 
leur donner occasion de voter ou de refuser les subsides. 

Que fait cependant Charles X7 De l'avis de ses minis- 
tres, aveugles et intéressés, il publie trois ordonnances : 
l'une, suspendant la liberté de la presse ; l'autre, prononçant 
la dissolution de la nouvelle ' 'hambre, avant raSme qu'elle 
se soit réunie; la troisième, couvoquant les électeurs pour de 
nouvelles élections, d'après un système électoral improvisé. 



— 128 — 

C'ett un vériteble ooup d'Eut: or on oonp d'Etat ne le 
juitifie dam l'hUtoire que par le aaooè* : il faut réunir, et 
pour réuuir il faut avoir dea forma auffliantea et être prêt 4 
toute éventualité. 

Or, il j avait h peine 12,000 hommea aoua lea armea à 
Paria et dana lea environ* ; lea chefa n'avaient été prévenm 
de rien ; lea Ordonnanœa avaient été préparéea dana le plua 
grand aecret. 

Du reate, Charlea X ne prétendait nullement faire un ooup 
d'Etat : il était trop honnCte pour «la. Il croyait agir con- 
formémeut à la Charte, dont un article donnait au roi le 
droit de faire " da« Ordonnances pour le ealut de l'Etat," 
Maia encore fallait-il qu'il fût en état de aoutenir et de faire 
exécuter ses Ordonnances. 

Il comptait sur Polignac : avec Polignac, il croyait Stre 
sûr de tout : lui, lui seul, et c'est asaei I 

On raconte cependant que Polignac, de son oAté, n'était paa 
ai aûr du auccès. Il se rendit un jour auprèi de Ch irles X, 
et lui parlant avec franchise : 

— " Sire, lui dit-il, nos affaires se g&tent terriblement, et 
je dois avouer que si quelqu'un est en état de conduire cette 
barque, ce u'est plus moi ; en restant au gouvernail, j'engage 
ma této. 

— " Jules, répliqua le roi, en passant la main dans les 
cheveux du prince, Jules, si je te demandais cette tête, est-ce 
que tu me la refuserais ' " ? 

M. de Polignac s'inclina ; et le roi signa les Ordonnances. 
N'y a-t^il pas à la fois de l'idylle et du drame dans cette 
scène? 

Du moment que les Ordonnances furent connues dans le 
public, il y eut un cri général de stupeur et d'indignation : 

" J'ai sauvent interrogé les témoins de 1830, écrit le comte 



I Comt« de Ludre, CharU» X et Ht nouveaux hUtoriene, 



— 129 — 

de Ludre ; leur t^moiijnage i Hi unanime. Ou fut déeoepënS 
ou indit;ni<, mémo h la dmite pure. Le cri cjui «'lichnppait de 
toutes lee bouches était celui-c' : Le roi a manqué it sa 
parole, le roi a trahi les serment i du sacre ". 

Un certain nombre de députés se réunirent chez Casimir 
Périer, et les journalistes chci Tliiors. Dos comités d'opposi- 
tion s'organisèrent, et bientôt tout Furis fut sur un pied 
d'insurrection. Vour faire face & des centaines de groupes 
d'émeutiers, on avait h peine 12,000 hommes do troupes; le 
commandement en fut tardivement confié à Marmont. 

On ne battit pendant trois jours dans les rues de Paris, 

" leê Iroi» glorieuiet journit» de juillet, ou tout simplement 
Ua troia glorietuei ", comme disent les historiens. Mais à 
la fin, les lrou|>es royales, manquant de pain, dépourvues de 
tout, furent bien obligJos do capituler. 

Pendant ce temps, le roi était à Saint-CIoud, là même où 
trente uns auparavant s'était fait le 18 Brumaire ; il était là 
avec lee iiiini.stres et lu famille royale ; et l'on di"ilH<rait. 
Une des dernières résolutions de Châties X fut d'accepter la 
démission de Poiignac, et d'appeler le duc de Mortemart à 
former un ministère, dans lequel devait entrer Casimir 
Périer. Mais il n'était plus temps : 

" Casimir Périer, dit le comte de Puymaigre, était l'homme 
que Charles X aurait dû appeler six mois avant la catas- 
trophe. II aurait servi le roi loyalement, et l'aurait sauvé, 
lui et la France ' ". 

Grand nombre de députés réunis à Paris s'étaient entendus 
])0ur oflrir la couronne au premier prince du sang, le duc 
d'Orléans : il était alors à Neuilly, et s'empressa d'accourir à 
la capitale. Ce fut Lafayette qui le présenta au peuple, à 



1 — De Puymaigre, Souvenir* sur VEmigrationt l'Empire et la 
Retlauration. 



— 130 — 

l'hôtel de Ville, et voulut bien être le parrain du nouveau 
Boi des Français. 

Durant ce temps, Charles X quittait tranquillement Saint- 
Cloud pour prendre le chemin de Cherbourg, et se rendre de 
là en Angleterre, emportant avec lui les dieux lares de l'an- 
cien régime. La branche atu<^e des Bourbons avait cesse de 
régner, et la Kestauration n'était plus. 

**# 

Laissez-moi, messieurs, vous citer en terminant ces confé- 
rences, nue phrase de l'illustre et pieux Ozanam, cet écrivain 
remarquable qui, tout en vénérant les saintes et glorieuses 
traditions du passé, avait l'esprit si ouVert à tous les besoins 
de son temps : 

" J'ai sans contredit pour le vieux Royalisme, écrivait-il 
vers 1848, tout le respect que l'on doit à un glorieux invalide ; 
mais jamais je ne voudrais m'appuyer sur lui, parce qu'avec 
sa jambe de bois il ne saurait marcher au pas des générations 
nouvelles ' ". 



-Lettres tPOzanam. 



CINQUIÈME CON'HBIUNCE 

donnée pnr 

Monsieur l'abM Stàhisi,. H ',. Iik-ib 

Docleup en Thfoloile, Pn)fo«eup à ]. FmuUI! de Ihfcloiie 



'l'ï:: 



L'AME ANARCHISTE 



M" l'Archevêque ', 

M. le Ke'oteur, 

Messieurs, 

Lo six septembre dernier, un crime épouvantable plongeait 
dans le deuil la république américaine, et soulevait dans le 
monde civilisé un mouvement de légitime horreur. Qzolgosz, 
anarchiste polonais, attentait, à Buffalo, dans le Temple de la 
Musique, au milieu d'une foule nombreuse, à la vie du Pré- 
sident MoKinley, lui tirant deux coup» de revolver qui 
l'atteignaient en pleine poitrine, et amenaient sa mort quel- 
ques jours après. Les circonstances solennelles dans lesquelles 
le crime a été commis, circonstances qu'il n'est pas nécessaire 
de rappeler ici, car elles sont encore présentes h votre mémoire ; 
l'audace et le sang-froid do l'assassin ; la déclaration faite par 
ce dernier au lendemain de sa tentative d'assassinat; ses 
derniers moraenU et sa mort, qui n'ont fait naître chez lui le 
moindre repentir, ont mis en pleine lumière un état d'âme, 
qui, à juste titre, jette la conscience publique dans l'étonné-' 
ment et la stupeur. 

Dans cette déclaration faite au chef de police de Buffalo, 
après son arrestation, Czolgosz affirme avec un cynisme qui 
lui semble naturel : 

" J'ai fait mon devoir. Je regrette que M. McKinley ait 

1 .. Mp L-N. B«giD. 



— 132. 



souffert. J'avais l'intention de le tuer et je regrette de n'y 
avoir pas rëuasi.... Je ne dirai pas si quelqu'un a eu connais- 
sance de mes plans : mais je dirai ceci aux autorités de ce 
pays : — Je ne suis pas seul dans cette œuvre. Je ne suis 
qu'une unité dans le grand corps des anarchistes unis par un 
serment solennel dans le but de travailler à amener des résul- 
tats qui viendront assurément,,.. Je ne regrette pas ce que 
j'ai fait. Et pourquoi le regretterais-je ? Je n'ai ét^ qu'un 
instrument au service de la cause qui, j'ose l'espérer, triom- 
phera tôt ou tard ". 

Dans ses derniers moments, l'assassin n'a manifesté aucun 
regret de sa faute ; même à l'heure de la mort il a refusé tout 
secours religieux. Â son frère qui lui demande s'il veut voir 
les ministres de la religion, il répond ; " Non, ne les envoyez 
plus ici. Je ne veux pas les voir. Du reste, jo ne veux pas 
de prières après ma mort. Je ne veux pas entendra parler de 
religion ". 

Les dernières paroles qui sortirent de ses lèvres, quelques 
instants seulement avant qu'elles fussent glacées par le froid 
de la mort, furent celles-ci : " J'ai tué le Président parce qu'il 
était l'ennemi du pauvre monde, des pauvres ouvriers. Je 
ne regrette pas mon crime ". 

Nous avons fait. Messieurs, l'an dernier, l'histoire de 
l'anarchisme, tant au point de vue des doctrines qu'au point 
de vue des faits. 11 n'entrait pas dans le plan que nous nous 
étions tracé de faire de l'anarchisme le sujet d'une nouvelle 
conférence. Les attaques des anarchistes contre l'autorité 
sont trop brutales, pour qu'il soit nécessaire, devant un audi- 
toire tel que celui qui nous écoute, d'en démontrer l'injustice 
et l'illégitimité. Cependant l'attentat de Czolgosz crutre le 
Président des Etats-Unis, ayant remis l'anarchisme en ques- 
tion, nous avons cru devoir nous y arrêter encore quelque 
peu. Nous nous occuperons donc, ce soir, non de réfuter 









— 133 — 

l'anarohisme mai. d'étudier l'âme anarchiste; nous nous 
efforcerons d expliquer cet état d'âme qui permet de considé- 
rer le cnme comme naturel, de le préparer et de l'exécuter 
avec un sang-froid étonnant, avec un profond mépris de la 
vie, et sans regret. 

#*# 

Les idées, messieurs, précèdent les faits; ainsi donc l'idée 
anarchiste précède la passion anarchiste, le fait anarchiste 
Lidée elle-même est le résultat d'un travail plus ou moins 
long de lintelligence qui l'engendre. Ce travail de génération 
se fait en nous par voie de déductions : l'intelligence conçoit 
d abord des principes, et de ses principes elle déduit des con- 
clusions qui deviennent à leur t«ur le point de départ de 
conclutions nouvelles, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'intel- 
ligence ait épuisé la fécondité vérités premièrement 
acceptées. 

L'intelligence ne voit pas d'un s ■ . >.„up toutes les consé- 
quences d un premier jugement qu'elle admet, et quelque- 
fois .1 faut plusieurs siècles pour faire ce travail de déduction 
et conduire ce premier jugement à ses dernières conséquences 

11 en fut ainsi pour l'idée anarchiste. Cette idée en effet ne 
date_pas d'hier; elle remonte à la fiéforme protestante, qui 
en a attaquant avec Luther à l'autorité doctrinale de l'Egli,e' 
en vertu du libre examen qu'elle proclamait, a posé la pre- 
mière le principe, d'où la logique rigoureuse de l'esprit 
humain devait, avec le temps, déduire la négation absolue de 
toute autorité, érigée en système par l'anarohisme 

En effet la Kéforme protestante, en déniant à l'Eglise tout 
pouvoir doctrinal dans l'ordre religieux, en faisant appel au 
ibre examen, en affirmant la suffisance du fidèle à se diriger 
lui-même, en érigeant la raison de chacun juge en dernier 
ressort de ce qu'il doit croire, a basé h, société ecclésiastique 



— 184 — 



lur l'autonomie et la souveraine indépendance de la ntison 
humaine. 

La première conclusion pratique de cette doctrine fut la 
n(!gation du Catholicisme ; la deuxième, la niSgation du Chris- 
tianisme et de l'ordre surnaturel. Si la raison humaine est 
autonome, elle a le droit do se faire à elle-même ses convictions, 
■ par cons(5quent elle admettra ce qu'elle comprend, elle rejet- 
tera ce qu'elle no comprend pas. Arrière donc ces vëritéa 
chrétiennes incompréhensibles à la raison, h peine admises 
par la foi naïve et l'ignorance des siècles passés. La négation 
du Catholicisme engendra le Protestantisme, la négation du 
Christianisme et de l'ordre surnaturel, 'e Kationalisme. Indé- 
pendance de l'individu dans l'ordre «Jigioux, indépendance 
dans l'ordre philosophique, voilà donc quelles furent les deux 
premières conséquences tirées du principe du libre examen. 

Transporter ensuite cette théorie dans l'ordre politique, rien 
de plus logique. Si chaque fidèle est de droit naturel seul 
juge de ce qu'il doit croire, s'il est indépendant do toute 
autorité en matière de foi, à plus fcite raison chaque citoyen 
doit-il l'être en matière politique. Donc, de droit naturel, 
indépendance de toute volonté individuelle, liberté de ehacun 
absolue et inamissible, autonomie de l'individu maître de 
penser et d'agir comme il l'entend. 

C'est la doctrine de Rousseau faisant naître la société du 
libre consentement des individus, afBrmant la souveraineté 
du peuple et proclamant le droit de sédition. C'e-t la troisième 
déduction logique du principe du libre examen posé par la 
Réforme ; elle engendre le Révolutionnarisme. 

Enfin une dernière conclusion restr.it à déduire. On avait 
proclamé l'indépendance de l'homme ci ins l'ordre religieux, 
dans l'ordre philosophique, dans l'ordre politique ; il restait à 
affirmer cette indépendance dans l'ordre social. Qui ne voit 
en effet que la société met partout des entraves à la liberté 



— 136 — 

de l'individu, à ce droit de chacun de penser et diagir comme 
il lui platt, de chercher son bien, son plaisir, là où il croit le 
trouver? U nature n'a-t-elle pas donné à chacun le droit sur 
toute choses, comme l'affirme Hobbea le prddécesseurde Rous- 
seau : " Natura dédit unicuique jus in omiiia ' " ? Haine donc à 
la société qui dépouille la multitude, fait de la propriété, de la 
richesse, et par conséquent de U jouissance, le partage de 
quelques privilégiés, alors que le reste de l'humanité est con- 
damné au travail et k la misère. Cette dernière conclusion 
donne naissance au Socialisme et à l'Anarchisme. 

Tel est le chemin luivi par l'idée anirchiste. Dos paroles 
célèbres nous retracent la route qu'elle a parcourue, marquent 
les différentes étapes où eUe s'est arrêtée comme pour prendre 
haleine. 

Luther le premier a lancé le cri de guerre: "Rome, c'est 
Babylone ; la Papauté, c'est la prostituée; à bjs Rome, à ba.1 
la Papauté " ! L'écho de ce cri se prolonge et se répercute de 
siècle en siècle. 

^ Voltaire dit à son tour : ■• Le Christianisme, c'est l'infime ; 
l'Eglise, c'est l'infime ; à bas le Christianisme, à bas l'Eglise " ! 
Les jacobins de la Révolution font écho : " Le roi, c'est le 
tyran; à bas h roi, à bas lu tyrannie " I 

Knfin les anarchistes reprennent en chœur avec Proudhon : 
"Dieu, c'est le mal; le gouverner;ent, o'-jt l'anarchie; la 
propriété, c'est le vol ; le capital, c'est l'infâme ". Haine à 
Dieu, haine à l'autorité, haine à la propriét'', haine au capital. 
Voilà, messieurs, l'idée anarol-iste, c'est une idée pleine de 
haine ; aussi, fera-t-elle de l'S- anarchiste, une â.ne essen- 
tiellement haineuse. Haine de Dieu, haine de la famille, haine 
de la propriété qui produit la haine du propriétaire, du gou- 
vernant, du soldat et du magistrat, c'est-à-dire, la haine 
de l'homme qui possède, de l'homme qui commande, de 



'iè 



I — Hoblsi, LMathan, t II, o. XIV. 



— 136 — 

l'homaie qui défend, de l'homme qui juge et qui condamne, 
voilà ce qui constitue l'âme anarchiate. 

Comment cette haine s'est-elle f^liasée dans les âmes, et s'y 
est-elle établie ; quelles sont les causes explicatives d'un tel 
état d'âme, voilà ce que nous allons essayer de démontrer. 



Ces haines multiples, messieurs, ne se sont pas introduites 
dans le cœur humain simultanément; elles se sont déve- 
loppées sous l'influence de causes diverses, elles se sont 
ajoutées les unes aux autres et ont fin', avec le temps, par 
former ce monstre moral, que nous avons appelé l'âme anar. 
chiste. 

La passion anarchiste a donc à peu près suivi l'idée anar- 
chiste dans ses différentes évolutions. La protestantisme a 
semé daus les âmes la haine de la religion catholique ; le 
rationalisme, la haine de toute religion, poussée jusqu'à la 
négation de Dieu. Cette négation de Dieu, ayant pour con- 
séquence immédiate la négation d'une autre vie, a développé 
le désir et par suite la recherche du bonheur et du la jouis- 
sance terrestres. 

Cette recherche, sous l'influeuco do toutes les inclinations 
mauvaises qui se trouvent au fond de notre misérable nature, 
a engendré à son tour la haine de tout ce qui peut être un 
obstacle au plaisir sensible et à la jouissance. Alors, parce 
que les appétits sensuels trouvaient un frein dans l'unité et 
la perpétuité du mariage chrétien, on s'est attaqué à la famille 
telle que la religion l'avait constituée, on a favorisé le divorce 
et on a fini par proclamer, avec les anarchistes, le mariage 
libre. Parce que le droit de propriété était un obstacle à la 
satisfaction de la soif ardente de bieu-être et de plaisir allumée 
dans les niasses, on a déclaré la guerre à la propriété et avec 
elle à la société. Voilà d'une manière générale les trois 



\ 



\ 



— 137 — 

phase, de l'évolution de la passion anarchiste. Entrons main- 
tenant dans les détails ot voyons sous quelle influence s'est 
faite cette évolution. 

#** 

C'est pour les besoins de la pratique, que d'ordinaire le 
chrétien abandonne sa foi. •■ La rupture se fait, dit M Paul 
Bourget ', sous l'inHuence des passions, et l'homme, se déta- 
chant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insuppor- 
table à ses plaisirs. L'incrédulité revêt alors une sorte de 
caractère très trouble, et pour tout dire d'un seul mot, sensuel 
Des nostalgies étranges ramènent sans cesse le sceptique par 
libertinage vers sa fin première qu'il identifie avec sa candeur 
d autrefois; ou bien la honte des désordres de ses sens le 
précipite à des haines furieuses contre la religion qu'il a trahie 
pour.les motifs les plus mesquins ". 

^ La guerre déclarée à l'Eglise au XVP siècle et au X VIIP 
n/ent pas d'autres causes <iue ces haines furieuses dont parle 
M. Bourget. Mais comment réussir en semblable guerre ? 

On peut encore assez facilement faire fléchir les intelU- 
gences et leur faire accepter l'erreur : ils sont si peu nombreux 
ceux q„, peuvent analyser les lùées et les peser au poids de 
la venté; mais autre chose est accepter l'erreur, et autre 
chose la mettre en pratique, surtout si elle est en opposition 
avec la moralité. " On ne se débanasse pas en une année 
dit M. Brunetière, de ce que dix-huit cents ans de chrisUa- 
nisme nous ont transmis de haute moralité»". C'est d'ail- 
leurs un fait assez souvent constaté, que l'existence d'incré- 
dules honnêtes qui tout en ayant rejeté les doctrines chré- 
tiennes, continuent h donner quelques exemples de vertus 
Le christianisme habite en eux sans qu'ils le sachent, et 
continue à y produire ses effets. 

1 — EiMU de piychahgie mntemporaint,pagt 80. 
2—Dttmura à Btxmfon, 1897. 



m 




— 138 — 

On a pu mi*me, un moment, surprendre lea esprits, et pro- 
duire ces rdvolutiona étonnantes où l'oubli de la religion et 
des vérités chrétiennes, sauvegarde des mœurs publiques, 
ramenait l'humanité, comme dit H. Taine, au paganisme et à 
la batbarie des premiers siècles : "l'égoïsme brutal et calcu- 
lateur avait repris l'ascendant, la cruauté et la sensualité 
s'étalait, la société devenait un coupe-gorge ' ". Mais c'était 
là des écarts passagers, un moment de délire, une crise de 
folie, et l'humanité revenue à elle-même retournait naturel- 
lement à la pratique de la morale chrétienne. 

Four amener la société à admettre et il pratiquer d'une 
manière permanente des doctrines subverdivo"; de l'ordre 
moral et social, il fallait former des hoipmes nouveaux. Or il 
est un âge où l'homme subit plus facilement l'influence l'au- 
trui, où son âme s'ouvre davantage aux choses extérieures, 
où les impressions sont plus profondes et plus durables. C'est 
le premier âge, l'enfance. On s'adressera donc à l'enfant ; 
on s'emparera de l'école, ou chassera Dieu de ce sanctuaire, 
et mattre de l'âme de l'enfant, on la façonnera selon les idées 
nouvelles. 

L'école neutre fut établie au nom de la liberté de conscience 
et du respect du à toutes les convictions. Mais, " la neutra- 
lité, dit Albert Duruy, n'a jamais été qu'une école nécessai- 
rement irréligieuse " ; et, " du moment, dit M. Henry March, 
où un instituteur n'enseigne pas la religion, il enseigne par là- 
même l'incrédulité ' ". La neutralité, d'abord déguisée, fit 
donc bientôt place à une hostilité manifeste envers la reli- 
gion, envers Dieu lui-même, et l'école torma des générations 
athées. 

Cette éducation commencée à l'école fut continuée par la 
presse, la littérature et le théâtre. Non contents d'attaquer 



1 — Taine, Reconstitution de la France en 1800. 

2 — CiléB par F.-X. Oodti, G. 8S. R., SaneH^etur eduealio ne loeia- 
litmus avccreKal, pag. 76 et 77, 



— 139 — 

Dieu, on seti-aildan» les &mea les germes de tous les vices 
et de tous les crimes par des .îcrits où h» grandes v.!rit,58 de 
lordre rehgieui, moral et social éuient représentées comme 
des sophismes, et les principes anti sociau:- enseignés avec 
toutes les apparences de la vérité; par des peintures où la 
licence la plus effrénée s'étalait sans vergogne ; par des réoiU 
où les cnmes étaient racontés avec des détail» suggestifs qui 
lemiettaient au lecteur d'en faire un apprentissage facile. 

Les effets de cet enseigneinent ne se firent pas attendre 
On vit bientôt la moralité diminuer et les [«ssions mau- 
vaises, ne trouvant plus de frein efficace dans les vérités 
religieuses, suivre leur libre cours. " La morale, dU H. Heine, 
c'est la religion passée dans les mœurs". LiUlonc où il n'y a 
pas de religion, la moralité fait généralement bien vite défaut 
De plus, la religion, en donnant à l'homme, comme fin der- 
nière, la félicilé d'une autre vie met en son ûme l'espérance 
qui lui aide à supporter les misères de la vie présente. L'école 
neutre, en chassant Dieu des intelligences, détruit cette espé- 
rance et conduit les hommes au suicide. 

" Ce qui allège la souffrance, disait en 1850, Victor Hugo 
alors député de Paris, dans un discou. sur la nécessité dô 
I enseignement religieux, ce qui allège la souffrance, ce qui 
sanctifie le travail, ce qui fait l'homme bon. sage, patient 
juste, à la fois humble et grand, digne de l'intelligence, digne' 
de la liberté, c'est d'avoir devant soi la perpétuelle vision d'un 
monde meilleur rayonnant à travers les misères de cette vie 
"Il y a un malheur dans notre temps, je dirai presque," 
Unya qu'un malheur, c'est une certaine tendance à tout 
mettre dans cette vie. 

" En donnant à l'homme pour fin et pour but la vie teirea- 
tre. la vie matérielle, on aggrave toutes les misères par la ' 
négation qui est au bout; on ajoute à l'accablement des 
malheureux le poids insupportable du néant ; et de œ qui 
nest que la souffrance, c'est-à-dire, une loi de Dieu, on fait 
le désespoir ", 



' .1 



— 140 — 

Donc, diminution de la moralitiS qui se manifeate p*r une 
augmentation de la criminalité, diïaespoir qui conduit au 
au' de, voilà quels doivent (tre les eSets de l'i'nseiipiement 
baaû sur la négation de Dieu. 

Lea statistiques démontrent la vérité de ces deux consé- 
quences logiques, 

*** 

Uans tous h' tiays qui ont favorisé l'école neutre, la cri- 
minalité a augmeutë d'une manière étonnante. 
En Italie ' : 

En 1883, il y eut 296,710 oondauinatlons pour crime. 

" 1886, " 337,3»4 " 

" 1894, " 370,144 , " 

" 1896, " 377,448 ' 

" 1898, " 424,855 " 

Soit doue une augmentation d'à peu près 42 pour cent, 
dans l'espace de quinze ans, alors que la population n'a pas 
augmenté de 7 pour cent. Les homicides, pendant les qua- 
rante dernier: j années, s'élèvent au nombre terrifiant de 
80,000. 

En Allemagne, la criminalité a augmenté de 23 pour cent 
de 1883 à 1898 ». 

1883 330,128 comlamnations. 

1887 356,357 " 

1894 446,110 " 

1898 477,807 " 

1883 102.3 criminela par 10,000 habitants. 

1887 106.7 " " " " 

1894 124.4 " " " " 

1898 125.7 " " " " 

Aux Etats-Unis le nombre de criminels de race blanche 
et nés en Amérique, est monté de 10,143 en 1860, année où 

1 — StateMman'a Year Booh* 

Î — Slaiamm't Ytar Book, 1S99. 



— 141 — 

lea ëcolci publique» furent établies dans tons les Etats, à 
24,173 en 1870. En 1350, il y avait un criminel sur 4,000 
habitants ; en 1880, il y en avait un sur 1254 habitants. Si 
l'on ajoute aux criminel onlinnin^a les jeunes diilinquanU 
confiés aux maisons de réforme, on trouve en 1880 un 
criminel pour 957 h ibitonts. Soit donc une augmentation 
de 300 pour cent*. 

" Eu Franco, da 1881 à 1897, le nombre de prévenus jugés 
par les tribunaux correctionnels a monté de 210,000 i\ 
240,000. U criminalité a triplé depuis cinquante ans. 
quoique If population ait à peine augmenté ' ". 

" L'assassinat et le meurtre, dit M. Darlau, garde des sceaux, 
dans son rapport au Président de la Hépublique en 1895, ont 
plutôt gmndi, et leur pn.gression, si l'on ne remonte qu'en 
18S5, est de beaucoup supérieure à celle de la population qui 
ne la compense qu'eu i^rtie ". 

Un fait important qui démontre bien Ja relation de la cri- 
minalité avec l'éducation, c'est l'augmentation éuonne des 
crimes de l'enfance. Monsieur Alfred Fouillée, qui n'est pas 
un catholique, constate ce fuit pour lu France, dans uu article 
de la Kevue des Deux-Mondes, 15 janvier 1897. 

" Aujourd'hui, dit-il, la criminalité de l'enfance dépasse 
presque du double celle des adultes. Et cependant les cri- 
minels de 7 à 16 ans ne représentent pas sept millions d'Ames, 
tandis que les adultes en comptent plus de vingt. 

" A Paris, plus de la moitié des individus arrêtés ont moins 
de vingt et un ans et presque tous ont commis des fautes 
graves ". 

" En 1840, il y avait chaque année, en France, à \m\ près 
8,000 prévenus de seize à vingt et un ans, et dans la statis- 

I -M. Montgomery, oit« par M. P. Tu^ivel : La liluation r,U- 
gieuie aux Etati- Unit, pp. 15», 158. 
2— A. Fojillée, Bévue d« DeuzMonOei, 15 j«nv. 1897. 






^^>'W 



— 142 — 

tiqua pour l'année 1896, ou m félicite de n'en tvoir qn'à peu 
prt» 31,000'". 

Kn 1808, on a compté, en Allemagne, 47,980 criminels 
aii-dessou> de IC ans'. 

En Belgique, l'éoole neutre fait des ravages immenses dans 
les Ames, eu point que certaines écoles communales, notam- 
ment à Qaud, à Anvers, k Bruxelles, sont considérées comme 
de véritables (lépinières de socialistes. Ecoutei ce récit d'une 
tristesse navrante, raconté par le Courrier de Bruxelle» du 
du 5 juin 1897. 

" Dimanche dernier, mourait à Gand une jeune fille &géo 
de 16 ans. 

" Pendant la maladie de cette entant, nu prêtre s'était 
présenté |mur lui api>orter les cnnsolati^ins suprêmes. Spon- 
tanément la fillette avait repoussé le prêtre, déclarant qu'elle 
voulait mourir, comme elle avait vécu, fidèle à la libre 
pensée... A quinze ans... 1 

" Lundi soir, Ji 6 heures, eut lieu l'enterrement. Un cortège 
se forma, pour suivre au cimetière la dépouille de la malheu- 
reuse. Il était précédé d'un drapeau rouge, porté par une jeune 
fille. Venaient ensuite les élèves d'une des cksses officielles, 
condisciples de la défunte. Quatre seulement avaient refusé 
de marcher derrière l'emblème socialiste. La classe était con- 
duite par l'inetitutrite et par la directrice de l'école. 

" Devant la tombe, l'enfant qui avait porté le drapeau lut 
un discours d idieu, et, dans ce discours, elle fit le serment 
de mourir elle aiissi, comme la petite malheureuse que l'on 
enterrait, rebelle à Dieu ". 

Que l'augmentation de la criminalicé enfantine ait bien 
pour cause l'enseignement irréligieux, c'est encore ce que 
prouvent les faits. Dans l'article que nous citions tout à 
l'heure, M. Alfred Fouillée constate qu'en France, sur 100 



1 — UenriJoly, La eriminatUé dt lajeuneiu, 
2— Slalemm't Tear Book, 18$9. 



— 143 — 

po«™"'vi., on en trouve * peine deux .orti, de', dcole. con. 
8^«n..ee.. que .„r cent enfant, d.^tonu. à la Petite Ro^uett, 
1 cîcole congrc%.„„t, en fournit onze et l'Aboie Uïnue 87 

Au» Etat,.UDi., on 1890, ,ur ir,53 dtHonu. dan, |„ .iri^n 
<ieSn.g.S.n«, U13 venaient de. te,le. publique, >. ' 

•*# 

JlT, """v'"'" ""'""'"''' """'"^"'- '" "'"""«'it-i qui 
aux ttat..Un,., d.uHnue.m Angleterre. I^ „„,„bre ,le. déli„. 

20,800 à 13.000. U nombre de, condamna, aux travaux 
for»58 qu. rop,,!.«nt«it une n..,yonno d., 2,800 pondant la 
IHinode de 1889-1864, e.tde.cendu pendant le. cin^ , <^ t 
quinquennale, suivante, à ^ l'orioae. 

1978 pendant la période 18li4-l«69 



1«0!»-I874 

1S74-1«7'J 

" " IS79-IS84 

" " IS»4-I8S'J 

" " 1889-1892 

■' 1897 

iii oniae eat d'autant plu, wnsiblo que 
''" -'■ liiver, puMant, de 18C4 à 1892, 



1022 

1033 

U27 

94.1 

791 

729 

Cette diminution 

la population n'n ci 

de 20,370,000 k 29,055,050. 

Cette nSduotion de la criminalité est surtout manifeste 
pour a jeunesse. I^ nombre de jeunes gens condamna, 
fuient de 14,000 en 1856 ; il descendait 
en 1866 à 10,000, 
" 1876 à 7,U0O, 
" 1881 à 6,000, 
et en 1897 il ne ddpasaait pa« 6,000 ' . 

18 97 i oité par I» Bé/ormt Kclale, tome 33, p. 346. ' 



i 



■ Ifl 

Ml 

I 






— 144 — 

Pourquoi la criminalité qui monte en France, baisse-t-elle 
en Angleterre ? M. Eugène Rostand répond à cette question, 
dans une série d'articles publiés dans la Riforme sociaU en 

1897. , ^. ... 

En France, on n'a cessé de faire la guerre à Dieu et & la 
religion dans l'école et dans la presse. M. Bostand cite ici 
M. Alfred Fouillée dont la sincérité et l'impartialité ne 
peuvent être mises en doute par personne. 

" Le défaut général de notre système d'enseignement, dit 
M Fouillée, a été la conception rationaliste. ..qui attribue à 
la connaissance un rôle exagéré dans la conduite morale.... 
Si de plus l'enfant, déjà mal disposé par l'hérédité ou le 
milieu découvre une sorte d'hostilité sourde entre le repré- 
sentant de la morale laïque et celui de la morale religieuse, 
il pourra conclure à l'incertitude dd toute morale, et ce nest 
ni la grammaire et l'orthographe, ni l'arithmétique, m l'his- 
toire, ni la géographie, qui l'empêcheront de mal faire. 

... " Outre l'abus des préjugés intellectualistes, on a éU 
viJtime des préjugés politiques, religieux, antireligieux.... De 
quoi se compose le parti qui s'intitule anticlérical? Un phi- 
losophe, M. Eenouvior, rép'^nd: "d'esprits étroits, bornés, 
chez qui la libre pensée n'est faite que de négations ". Ce 
n'est pas avec des négations qu'on moralise un peuple.... 

" Quelque opinion que l'on ait sur les dogmes religieux, 
encore faut-il reconnaître cette vérité élémentaire de sociolo- 
gie que les religions sont un frein moral de premier ordre, et 
plus tncore un ressort moral. Le christianisme a été déBni un 
système complet de répression pour toutes les tendances mau- 
vaises 11 a ce particulier mérite de prévenir la mauvaise déter- 
mination dans son germe, le désir et même l'idée.... 11 faut 
bien convenir que la foi a une morale impérative qui est une 
digue puissante contre les passions criminelles et vicieuses . 
"La presse avait charge d'âmes, dit encore M. Fouillée. 
Son rôle dans notre démocratie était de taire l'éducation du 



— 145 — 

peuple. L'a-t-elle rempli ?.... Elle ,'e,t ohaigfe d'ériger en 
zn«.mes v.cee et crime,... Si la presse glorifie ou ex Se le" 
acte, immoraux, elle altère la conscience publique ," 

défln;!;",^'' t''"" ^-S'"'»™' I-'enseignement s'est il 
développé dans l'atmosphère pernicieux dont M Fouillée 
vient de noua donner une idée? 

un'bu^r'1 "''""■ '" ''■ ''""""'• "'" P^ '^"-'^ - -voir 
^buexclus,vemcnt utilitaire; elle affirme la nécessité de 
.^herl éducation et l'instruction à un idéal supérieur dont 
es prmcpes sanctionnés des religions sont les ^ins simple 
et les plus sures leçon, pour l'enfance. L'école anglaise 
, résolument spiritualiste ". * 

dp,!'/ V"f,"sleterre, comme vous le savez, Messieurs 
deux espèces d'écoles: les écoles libres où se donne l'enj 
gnement religieux, et las écoles officielles fondée, paHo 
gouvernement li où les premières font défaut. Dans ces 
coles„ffic,elIes,on n'enseigne „i la religion catholique „ 
el,g.on protestante, mai- on ne fait pas complète abstmc 
^on^de l,dée de D,eu et de la religion, car on y lit la 

En 1897, il y avait 14.500 écoles libres, et 5,316 écoles 
officelles. Toutes deux reçoivent des subvention, de l'Eta 
qu. oin de faire la guerre à l'en,eignemcnt libre, comme le 
fait le gouvernement en France, favorise au contmire d'une 
manière particulière toutes ses écoles. Ainsi, en 1897 un 
projet de loi fut voté, exemptant les écoles libres de l'impôt 
ocal et augmentant de cinq schellings par élève et par an 
la subvention qui leur était accordée antérieurement 

Pour ce qui est de la presse anglaise, " pas de sophismes 
antisociaux dans les grands journaux, dit M. Rostand ; malgré 
la plus large et la plu, ancienne liberté, les controverses et 
10 





— 146 — 

les polémiques évoluent dans le cerc' de certains principes 
fondamentaux, de certains postulats moraux et sociaux admis 
par un consensus unanime. — Pas de pornographie, ni 
même de licence. Hypocrisie, dit-on parfois chez nous, et 
on plaisante sur les "vices " anglais : mais ce sont là de pures 
niaiseries. Outre que la moralité générale demeure élevée, 
autre chose est le vice, qui existe partout dans le monde, 
autre chose l'audace qui l'étalé, qui le décrit avec des complai- 
sances et des raffinements, qui souvent le maxime, et par 
tout cela le multiplie à l'infini ' ". 

L'éducation populaire parait donc plus saine en Angle- 
terre qu'en France, et par la presse et par l'école. Comment 
le niveau de la criminalité ne s'en ressentirait-il pas î 

D'ailleurs, au point de vue religieux, l'Angleterre et la 
France ont suivi pendant le siècle dernier une route diamé- 
trale opposée. En France, presque tous les gouvernements 
se sont unis pour attaquer la religion, la réduire en servi- 
tude, l'anéantir complètement. Le doyen de la commission 
parlementaire pour l'instruction publique écrivait à M. Goblet 
en 1886 : " Monsieur le Ministre, vous le savez, dans toute 
notre politique nous n'avons qu'un but principal : ce but, 
c'est la destruction du catholicisme ' ". 

En Angleterre, au contraire, la religion catholique est passée 
de l'état de servitude à l'état de liberté presque complète ; 
elle s'est emparée des esprits les plus cultivés, et le mouve- 
ment vers le catholicisme est si considérable qu'il laisse 
espérer le retour de la nation anglaise à l'unité catholique. 
Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si dans les deux pays la 
criminalité a subi une progression tout à fait opposée. 

I — Réformé Kciall, loc. oit. 

2 Paroles citées par Godts, op. cit., p. 68. 



#** 



— 147 — 

Non, croyons. me«.iear<,, avoir suffisamment démontai 
que lensejgnement irreligieux par l'école et la presse a 
d veloppé la haine de Dieu dans les âmes, produit uTaffai! 
bhssement de la moralité, et amené une augmentation 1" 
«dérable de la cnminalité, surtout de la criminalité enfantine 
Menons avons affirmé ,„e cet enseignement, suppriman; 
lespénince et l'attente des biens éternels, conduit an mépris 
d la v,e et au suicide. Permettez-nous de consulter dTnoû 

r:tt\i:r"^'^''^""'^^"-^-'"'^^— -^■' 

66.0 pour la période de 1860-1865 
"^-l* " " " " 1866-1870 
66.4 " " .. « 1871.1875 
^*-2 ■ « 1876-1880 

Soit une augmentation de 13 pour cent > 
En Italie : r ul . 

Jflf 52S suicide». 

'»'° 1034 " 

"^^ - 1139 " 

J*'* 1158 " 

1879 1225 11 

1**0 1261 " 

U suicide a donc augmenté de 3C.7 pour cent en six ans. 

A "^Z, ^r^'r " ■"•«"^"'^ ^ P«'"« <•» 2 pour cent 

dct4. "y-"' '' '''' ' '««^' " y " «" «»« moyenne 
do 1645 suicides par années ; de 1889 à 1898. une moyenne 

1 -Voici lea chiffres pour U dernière période : 

Jf 1770 suicide.. 

'»'7 1599 „ 

1W8 J7g4 „ 

18" 2035 « 

1880 1979 „ 



— 148 — 

de 1844; en ItfOO, 2660. Soit une augmentation de 63.5 
pour cent, alors que la population a augmenté de 25 pour 
cent. 

1882 à 1887, moyenne 1645 Buioidea par année. 
1889 à 1888 " 1844 " " 

1900 à " 2660 " " 

Les écoles publiques devinrent générales aux Etats-Unis, 
en 1860, A cette époque, elles existaient déjà depuis deux 
siècles dans un certain nombre des Etats du Nord : Maine, 
New-Hami shire, Vermont, Massachusetts, Conneoticut et 
Bhode-Island. Le recensement de 1860 donne pour ces 
Etats une moyenne de 1 suicide pour 13,285 habitants. Dans 
les Etats du Sud : Maryland, Virginie, Delaware, Géorgie, 
et les deux Uarolines, oi les écoles publiques n'existaient pas, 
le même recensement donnait une moyenne de 1 suicide 
pour 56,584 habita- ;it6>. 

En Allemagne : < 

En 1866 4861 suicides. 

" 1879 8689 " 

L'accroissement des suicides a été de 78.7 pour cent, alors 
que la population n'a augmenté que de 14 pour cent. 
En Autriche : 

1866 1265 suicides. 

1869 1575 " 

1872 1677 •• 

1875 2217 " 

1879 2515 " 

Soit donc, de 1866 à 1879, une augmentation de 100.9 
pour cent» alors que la population a augmenté d'à peu près 8 
pour cent. 

l MontgoiAerjr, oité par U. Tardivel, op. cit., pp. 169, 160. 



— 149 — 
£n Belgique: 

•8M 215 suicide». 

1875 336 « 

Ï877 470 « 

1878 490 11 

1879 553 II 

Ici l'augmentation est. de 1866 à 1879, de 157 pour cent; 
la population a augmenté d'à peu près 13 pour cent. 

C'est en France que l'accroissement des suicides a été le 
plus rapide ; c'est aussi en ce pays que les statistiques ont 
le plus de force démonstrative, soit à raison du soin que l'on 
apporte à les collectionner, soit à raison de la stabilité de la 
population qui n'augmente presque pas. 

1831 2084 «uicides. 

1861 4454 II ^■ 

1871 4490 " 

187S 5472 11 

1881 6741 « 

1885 7902 " 

1891 8884 " 

1895 9253 ii 

1898 9436 i, 

De 1831 à 1894, les suicides ont augmenté de plus de 300 
pour cent'. II y a actuellement en France 1 suicide par 
4,000 habitants j au Canada, U y en a un par 150,000 habitonta. 
De même que nous constations tout à l'heure l'augmen- 
tation de la criminalité enfantine, les statistiques françaises 
nous permettent aussi de constater l'aooroisseraent du suicide 
chez les enfants et les adolescents. 

Chez les enfants de moins de 16 ans, il y avait, en 

1840 19 suicides. 

1880 60 11 

1887 55 II 

1894 68 " 

1895 90 11 

Augmentation : 373 pour cent. 
1 —Selon Durkheim, 318 pour cent. 





— ISO — 

Chez les adolescents de 16 à 21 ans, en 

1840 „ 12* «uiuid»». 

1887 375 " 

1894 469 " 

1895 471 " 

Augmentation : 279 pour cent. 

M. Henri J0I7 a fait une étude spéciale du suicide des 
jeunes à Paris ' ; il a lu tous les dossiers relatifs aux suicides 
des mineurs dans le département de la Seine au cours des 
années 1893-94-95, et après avoir cherché les causes immé- 
diates du suicide, reproches, liaisons, amours illégitimes, etc., 
il ajoute : " Après toutes ces révélations, éprouvera-t-on le 
désir de savoir ce qu'il y avait au fond de ces consciences, et 
si l'idée d'une autre vie, si l'idée de Dieu, les avait jamais 
tourmentées? Hélas I dans ces liasses de trois années, je n'ai 
trouvé ce mot suprême qu'une seule fois et sans beaucoup 
de signification. C'était dans la dernière lettre d'une jeune 
domestique écrivant : " Ce qui me porte il me tuer. Dieu le 
sait". 

L'idée de Dieu était donc déjà disparue de ces jeunes intel- 
ligences, et l'absence de la religion explique seule ces sui- 
cides à un âge où l'homme est attaché à la vie, plus et nourrit 
les belles espérances. 

" D'ailleurs, dit Monsieur Lecoyt ', tous les aliénistes les 
plus autorisés, qu'ils soient religieux ou positivistes, tous les 
moralistes, sont unanimes à signaler la perte du sentiment 
religieux comme la cause la plus active du suicide, disons 
mieux, du mépris actuel de la vie. Parmi les causes d'un 
ordre inférieur, noua devons mentionner la lecture de plus en 



1 _ Corretpondmt, avril 1898. 

2 — Dechambre, Dicliomair» du Kimca mtUcala, au mot 
Suicidt. 



— 151 — 

plus aasidue des romans publiés par les feuilles politiques, la 
fréquence non moins assidue du théâtre où le suicide figure 
parmi lei péripéties les plus émouvantes, l'immense publica- 
tion donnée par les journauj; aux 9ns les plus tragiques ' ". 

Les faits d'accord avec la logique affirment donc, messieurs] 
que la négation de Dieu, la haine de Dieu, crée cet état 
d'âme qui conçoit naturellement le crime, qui l'exécutfl avec 
un calme et un sang-froid imperturbables. 

La conscience, dégagée des principes religieux qui le con- 
damnent, n'y met plus aucun obstacle, et la justice humaine 
ne sait plus faire trembler ce criminel, car la punition qu'elle 
pourrait lui imposer ne saurait rendre sa condition plus 
misérable. En effet, lorsqu'on rejette l'existence d'un monde 
meilleur, la vie présente n'offrant que jwines et misères, la 
mort elle-même s'offre à l'âme comme un terme désirable. 
En étudiant la haine de Dieu, premier caractère de l'âme 
anarchiste, nous avons donc trouvé une première explication, 
nous pouvons dire, la principale explication de ce fait étrange' 
d'une âme naturellement criminelle, exécutant le crime avec 
un sang-froid étonnant et un profond mépris de la vie. 
D'autres causes, notamment la haine de la famille et la haine 
de la société, concourent à expliquer cet état d'âme d'une 
manière plus claire et plus r' lissante. 

**# 



La famille, telle que constituée par le mariage chrétien 
crée par son unité et son indissolubilité un milieu absolu- 

1 _ "There is no doubt that with the weakaning of the influence 
ot religious condition» in any given case, and with the lossofres- 
ponsibihty to a higher povper, cornes a comparative indifférence to 
life. _C.Styl«8, Suicide and iU increau. American journal of 
insamtjr, July 1901. 



^.1 !. 



t. . I- 






— 152- 

ment favorable à la moralité. Le mariage chrétien unit les 
&mes et les cœurs, et développe, grftce à cette union intime, 
le sentiment de la solidarité, motif puissant qui retient les 
membres de la famille dans le chemin de l'honneur et du 
devoir. On y pense à deux fois avant de commettre une 
action qui serait un déshonneur pour les siens, une tache 
pour ht famille. Le culte du foyer et des ancêtres, qui naît 
de l'unité et de la perpétuité du mariage chrétien et no 
saurait exister sans cela, a donc une .afluence considérable 
sur la moralité. 

" Le mariage fchréUen), dit Léon XIII, peut beaucoup 
pour le bien des familles ; car lorsque le mariage est selon 
l'ordre de la nature ot en harmonie avec les desseins de 
Dieu, il contribue puissamment à maintenir la concorde 
entre les parents, il assure la bonne éducation des enfants, il 
règle l'autorité paternelle en lui proposant comme exemple 
l'autorité divine, et il inspire l'obéissance aux enfants envers 
les parents, aux domestiques envers les maîtres. De tels 
mariages, la société peut attendre à bon droit une race et des 
générations de citoyens animés du sentiment du bien, accou- 
tumés à la crainte et à l'amour de Dieu, ut estimant de leur 
devoir, d'obéir aux autorités justes et légitimes, d'aimer le 
prochain, et de ne nuire à personne ' ". 

La négation de Dieu détermina bientôt les attaques contre 
le mariage chrétien ; les ennemis de k religion lui enlevèrent 
son caractère religieux et sacré, et de ce qui était une source 
féconde d'union, de paix et de concorde, ils firent une source 
de discordes et de luttes. 

" Si la religion chrétienne est éloignée et rejetée, dit encore 
Léon XIII, le mariage se trouve inévitablement asservi à la 
nature corrompue de l'homme et de la domination des plus 
mauvaises passions, l'honnêteté naturelle ne pouvant lui 

1 _ Encyclique, Aremum dicinœ lapienlia, 10 fiSv. 1880. 



' ! 



— 188 — 

fournir qu'une f«ble pi^tection. Si l'on enlève effectivement 
U c« n,e .alatajre de Dieu, on enlève du n.«n.e coup 1. 
con.oUt.on de. .ouci. de 1. vie : .lor. il arrive, comme par 

ZZll r'" •'""' ■''"' '" •=''"«" "' '" ''-"" <•» "»"«8e 
L. . •"',""' "•PP""*"»». «' l'»" cherche le remède à 

"ûorerietiT" '" "'" ""^"^- ■^"' •" '^^™- 

I-e mariage unis et indissoluble avait uni le. époux le. 

fortunes, cr^^ „n milieu de paix et de concorde favorable à 
la pratique de la vertu et à l'accomplissement du devoir ■ le 
divorce vent il ruine tout ; il .mène U discorde et 1. «ue'rre 
divise les intérêts, renverse le, fortunes, élève le, discu,- 
.ons, suscit» des procès, ,épare le, enfanU des parent, et 
les aisse 80Uv..:t abandonnés à eux-mêmes, de sorte qu'ils 
deviennent facilement les adepte, du crime 

Léon XIII décrit sou, le, couleurs le, plu, .ombre, les 
penucieux effets du divorce : " Par le divorce, dit-il, lesTni 
gement. du mariage deviennent mobile.; l'affection réd- 
proque est affaiblie; l'infidélité reçoit des encou^gement ' 
pernicieux ,^ la p„tecUon et l'éducation de, enfants sont corn- 
Ï^Z'"^ T ' '""^"''° ded«.oudre les union, domes- 

tique, ; il ,ème de, germe, de discorde entre les famille,- 
U dignité de la femme est amoindrie et abaissée, car elle 
court le daupr d'être abandonnée après avoir servie à la 
p.M.o„ de Ihomme. Et comme rien ne contribua davantage 
à ruiner le, famiUe, et à affaiblir les Etats, que la corruprifn 
de, mœu™, ,1 est facile de reconnaître que le divorce e,t 
extrêmement nuisible à la prospérité de, famille, et des 
peuples attendu que le divorce, qui est U conséquence d 
mœurs dépravé,, ouvre le chemin, l'expérience l?démontre, 

1 — Areanum divinœ tapimiiœ. 






— 164 — 

à une dépravation encore plu» profonde des habitude! privée» 
et publique» ' ". 

La famille donne nai»' .ce à l'Etat ; le bonheur de l'Etat 
e»t dans la concorde, la paix de» citoyen». Donc tout ce qui 
favorise l'union, la paix de» famille» amène en même temp» 
le bonheur de l'Etat ; tout ce qui, au contraire, comme le 
divorce, divi»e le» famille», favorise le crime et conduit l'Etat 
k la décadence, !i la ruine. 

L'union des famille» développe la solidarité qui retient 
l'homme dan» le chemin du devoir ; la division détruit toute 
«olidaritë, laisse l'individu solitaire, «ans frein suffisant qui 
puisse le retenir sur la pente du crime. 

Le divorce est donc certainement une cause puissante 
d'immoralité ; et ai aujourd'hui, dans certains pays, la crimi- 
nalité a augmenté si considérablement, si l'état d'âme anar- 
chiste a pu s'y développer si facilement, k première cause 
se trouve sans doute dans la négation do Dieu et l'abandon 
do la religion, mais la dissolution de la famille par le divorce 
y a aussi concouru pour une large part, en accentuant le 
mouvement. 

On aura une idée de l'efficacité de cette cause si l'on con- 
sulte les statistiques du divorce, si l'on considère, par exemple, 
qu'aux Etats-Unis, il y a eu l'an dernier, 23,472 divorces. 
Dans une seule année, 23,472 familles détruites I L'histoire 
rapporte qu'une matrone romaine avait compté à son actif 
22 divorces ; Mistress Loodie, de Brighton, Massachusetts, 
l'a surpassée : à 42 ans, elle avait déjà divorcé 28 foi». 

En Allemagne, le divorce établi par la loi de 1876 fait 
d'année en année des progrès considérable» : la moyenne 
des demandes qui était de 7983 f an, de 1881 à 18b5, 
s'est élevée à plus de 10,000 en ces .^ornières années. 

En France, depuis 1884, année où fut passée la fameuse 



1 — Areanum divina tapimtta» 



— 1S6 — 
loi N^iaet. il y , eu «a delà de 90,000 divoroo.. Le. .uti,. 



1880.. 
I«87.. 
188((.., 
1889 ., 
18(10... 
1891... 



1893.. 
1894.. 
ISDj.. 
1896.. 
1897.. 
1898.., 



...29.00 dlroreei. 

...383r> 

...4708 

...478» 

...5457 

...5752 

...W72 

..«184 

..MI7 

..6743 

..7051 

..7460 

..8100 



1898, dans une seule audience, 294 divorces. M. Cornély 

tZT '", ""T '^ ^'■^'"•<' -^«"^ J""" «P'*». 'ous i 
deTJ^ r " ^^^- " ^ *' Chambre du tribunal 
de la Seine. écnva.t..I, a tenu une audience qui a duré quatre 
heures et pendant laquelle elle a prononcé un peu plus d'un 
divorce par u,.„„te... Ce vestibule de l'enfer socia' peuplé 
d hommes graves, qui défout la société au moyen de la loi et 
sous hmage du Christ, a tout à fait bon air. Seulement tout 
cela se payera, vous pouvez en être sûrs. Tout se paye. Par 

la faute du lég,slateur..vec la compUcité.avec presque l'exci- 
Ution de la justice, l'union libre remplace peu à peu le 
mar.age. Elle d truit la famille. Elle livre sans dlnse 
1 homme à 1 alcoolisme, la femme à la prostitution, et l'enfant 
au. vices précoces. Des faits semblables projettent des lueur» 
inquiétantes sur tout un état social '". 



— ISO — 

Si l'on ajoute, meuitnra, que la divoroe e»t raoonnu jar là 
lui en Belgique, en Suine, en Autriche, en Angleterre, etc., où 
il fait de nombreuse» victime», on comprendra assez fao ile- 
ment comment la haine delà famille e»t entrée dan» le» ftme» 
et quelle a M M part dans la formation de l'tme anarchiste. 



Haine de Dieu, haine de la famille, haine do la propriiité 
et de la «ociétë, voilà toute l'&mo anarchiste ; il nous reste 
donc il exposer maintenant l'évolution de la haine de la pro- 
priété et de la société danr ''!» àœea. 

L'enseignement irréligieux par la pressa et par l'école a 
changé, cornue non- "avons dit déjà, la destinée humaine : 
il a nié le par» liù uu ciel et l'a remplacé par le paradis de la 
terre. Jouisse.:™ pour tous, richeste pour tous, voilà le» 
promesses avec lesquelles il s'est présenté à la foule des 
déshérités et des misérables. Bossuet disait en parlant de la 
libert»! " Le peuple suit pourvu qu'il en entende seulement 
le nom ". Ce que Bossuet di»ait du mot libtrU, nous pouvons 
le dire, avec plus de raison peut-être, du mot richesêe, dont 
le pouvoir faecinateur peut entraîner le» hommes aux der- 
niers crime». 

...Quid non mortalia peotora oog^B 
Auri soora famés I 

soif maudite de l'or, jusqu'où ne portes-tu pas les désirs 
des mortels I 

La foule a suivi, me»8ieurs, mai» elle a été déçue dans 
ses espérances : on lui a promi» bonheur et plaisir, et tou- 
jours on ne trouve ici-bas que tristesse et angoisse ; on lui a 
fait espérer la richesse, et toujours elle gémit dan» la pauvreté 
et la misère. Après avoir éteint en son cœur le flambeau 
de la foi et de l'espérance chrétiennes, on y a allumé le feu 



— 147 — 

•rdent d«a convoitiMt «t det jouiiwnoei in«t<!rielle. , c« fou 
a développa une kH inextinguible, et nouveau supplice de 
Tantale, elle ne peut rien autre obosa que rester à jainaii 
«impie ipectatrioo du bonheur, dei plaiaira, du Mxe provoca- 
teur du riche, uni pouvoir approcher len lèvre» et boire à 
cette cou|)e enchantereuo qui .'oITro sans cesse à m vue 
comme pour exciter davantage ses d^irs. Supplice affreux 
dérision amèrel 

Mais quel est donc l'obstacle qui l'urrête ? quelle est donc 
la mam qui l'arrache à sa destincSe ? Cette main, qui twur 
le déshéntë est sembUble à celle du misdrable brigand qui 
saisit le voyageur sur la route et lui enlève, avec les ressouices 
de la vie, l'espoir du bonheur et des joies qu'il se promettait 
au terme du voyage, cette main, il la r, connaît bientôt, et 
s'il ne la découvre pas lui-même, on ne cesse de la lui iudiquer : 
oW la main de l'homme qui possède tout et ne lui laiue 
rien, c'est la main du propriiitaire, du capitaliste qui lui vole 
son bonheur. Il faut donc arrêter cet infâme capitaliste et 
lui faire livrer le bien qu'il détient injustement. Mais com- 
ment arriver à ce résultat? Kecourir à l'autorité publique î 
L'autorité protège le propriétaire sous l'égide de la loi 
S'adresser aux tribunaux, traduire à la barre de la justice 
humaine ce misérable qui fait ton bonheur de la misère et 
des angoisses du peuple ? Le juge ne fait qu'oppliquer la loi 
sanctionnée par les pouvoirs publics. Appeler à son secours 
le bras armé du soldat ou du gendarme 1 La force ne peut 
que mettre à exécution les sentences de la justice qui absout 
le propriétaire et le capitaliste. O mortelle impuissance I 

Alors le peuple sent ses convoitises remuées au plus intime 
de son âme irritée, comme l'océan ses vagues, au souffle de 
la tempête; il entend alors une voix qui lui dit : le bonheur 
est devant toi, tu n'en peux jouir, les hommes en sont la 
cause, les fortunes en sont la cause. Lève-toi et frappe. 
Ton action est légitime : la loi suprême de toute vie, c'est 



'(kitV 



<■ I 




— 168 — 

d'atteindre aa destinée. Or ta fin à toi, ceux-là même qni 
t'empêchent aujouni'hui de l'atteindre te l'ont dit mille foi«, 
c'est la jouissance. Lève-toi et frappe. Tu es le nombre, tu 
es la force; frappe les institutions, frappe les fortunes ! 

Avez- vous suivi, messieurs, ce développement d'une logique 
rigoureuse et tenible ? Vous avez vu naître et croître dans 
les âmes la haine de la propriété qui a engendré à son tour 
la haine du gouvernant, la haine du magistrat, la haine du 
soldat, la haine de la société tout entière. 

Cette logique eut été moins entraînante si l'esprit du 
pauvre et du misérable eut trouvé dans le société le respect 
de la justice et l'accomplissement consciencieux du devoir : 
s'il eut trouvé dans le propriétaire ou le capitaliste cette 
charité chrétienne qui fait du riche la providence du pauvre, 
lui montrant dans la richesse le moyen de faire des heureux 
en donnant largement de son superflu ; dans les gouverne- 
ments, le désintéressement et le désir, la passion sincère du 
bien public ; dans les magistrats, cette indépendance, cette 
intégrité, et ce respect de la justice qui assurent à leurs juge- 
ments la déférence et la soumission ; dans la force armée, le 
vengeur du droit et de la justice. 

Malheureusement la perte du sentiment religieux a fait 
son œuvre dans toutes les classes. Voilà pourquoi les pau- 
vres et les misérables, loin de trouver dans le spectacle de la 
société un frein et un apaisement à leurs passions, ont ren- 
contré dans l'iniquité des riches et dos puissants les motifs 
les plus capables d'enflammer leur ardeur : la vanité avec son 
étalage et sa tapageuse ostentation; l'orgueil avec ses mépris 
qui blessent, ses dédains qui irritent, ses insolences qui 
révoltent; l'égoïsme avec sa dureté qui enfante le ressenti, 
ment, la rancune et la haine. 

Ils ont vu trop souvent, dans le capitaliste, un usurier 
sans entrailles, spéculateur véreux, amoncelant des richesses, 



— 169 — 

but essentiel de dXtre tou e 2' '"^"'"°'" """ *"" 
petit p^pHdtaire et .e'^^ "^,2 'T"' '" 
mettant en pratique ce principe do rpl^Henr^Ger""" 

^-;::^:!:r::rd:f^fr-»^"r 

, u-oin Yuiez aes millions et vous dfvipn,lro, p 
de nos premiers citoyens " aeviendrez 1 un 

p.iïr:;:c::-rrn:-:7""""-™- 

Jan„et.dansson"ge trjrr; T' f ^'''"^"' 

acceptent de faire partie des socir, fi T '"''"'1"''' 
tHeUes,sans y appo^rter nf LL" L;;'':r: IXit" 
ment pour v rBcupilUr l . _ «-o. m iravaii, unique- 

nent L ..L^^^l I^J^- P"»'» ^- le..: abandon- 

caprice des ZtZ Xt "' '"^'" '" ^^"'^ "'- '« 
"Les classes inKrieures souffrent, dit Léon XIII, d'une 



— 160 — 

manière immiSritée ; les travailleurs sont livrés k la merci de 
maîtres inhumains, à la oupidité d'une conourrenoe effrénée; 
l'usure dévorante étend partout ses tentacules avides ; le 
monopole du travail et des effets de commerce devenus le 
partage d'un petit nombre de riches et d'opulents impose un 
joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires ' ". 

Ces fautes, sans doute, ne sont pas absolument générales, 
mais les fauteurs de doctrines subversives ne manquent pas 
de les généraliser ; ils exagèrent les abus existants, y ajoutent 
quelques griefs imaginaires, et imputent le tout non aux 
individus qui en sont seuls responsables, mais à l'organisation 
sociale dont ces défectuosités leur semblent être les vices 
irrémédiables. Les esprits sont faussés autant que les cœurs 
sont aigris, et la haine de la société tout entière s'érige en 
permanence dans les &mes. 

Nous aurions voulu, messieurs, Vous citer des exemples 
des méfaits et des injustices de ce que l'on a appelé l'inf&me 
capital ; vous dire un mot de ces dividendes fictifs qui per- 
mettent de faire hausser la valeur des actions d'une société 
financière, industrielle ou commerciale, et de réaliser ainsi de 
gros bénéfices ; de ces hommes d'affaires qui lancent le pros- 
pectus d'une entreprise pleine d'espérance, font souscrire, à 
dessein, un capital inférieur à la somme des dépenses néces- 
saires aux travaux d'installation, afin que ce capital une 
fois absorbé, ils puissent mettre la société en liquidation, 
acheter è vil prix les actions représentant le capital déjà 
dépensé, continuer seuls l'entreprise et en retirer tous les 
profits. Nous aurions aimé aussi à dire un mot du concours 
donné par les hommes politiques et par la presse, à des entre- 
prif'es d'intérêt public sans doute, mais destinées à faire la 
fortune des individus par l'abandon gratuit qu'on leur fait 
des deniers publics. L'on aurait mieux compris encore quelle 



1 _£<niiii nonmm. 



— 161 — 

force les meneurs «ociaUstes et anarchistes trouvent dans ces 
iniquités sociales, et avec quelle faciliuS il, peuvent entraîner 
à la lutte des classes, à la haine contre l'autorité, ces pauvres 
misérables à qui, depuis la Révolution, on n'a cessé d'enseigner 
que le nombre et la somme des forces sont la seule source 
du droit. 

" Travailleurs, prolétaires, va-nu-pieds, vous qu'on appelle 
la vile multitude; vous qu'où nomme la eanaiUe ;... vous 
qui suez douze ou quinze heures par jour, pour augmenter le 
menu des convives du banquet de la vie, au prix de quel- 
ques misérables reliefs à peine juffisants pour subvenir à 
vos b.-soins et à ceux des vôtres ; méditez ces paroles : sou- 
venez- vous que vous êtes le nombre, c'est-à-dire, «o /on-e ; 
souvenez- vous que vous êtes la misère, c'est-à-dire, le droU '; 
souvenez-vous que vous êtes les souverahu '." 

Mais le temps nous presse et il faut terminer cette étude 
déjà trop longue. Quelle conclusion tirer d« tout ce qui pré- 
cède, messieurs, si ce n'est cette vérité plusieurs fois affirmée 
par Léon XIII, la nécessité du retour de la société à la pra- 
tique des vérités chrétiennes. En effet, si l'on fait la part des 
responsabilités du mal socialiste et anarchiste qui afflige la 
société contemporaine, nous pouvons dire avec raison que le 
grand coui,able, c'est la société elle-même. C'est elle dont 
les fautes nombreuses et les injustices ont fourni le thème 
des déckmations socUlistes et anarchistes qui ont engendré 
dans le cœur du peuple la haine do la société ; c'est elle qui 
a sanctionné ces lois néfastes du divorce qui. en donnant toutes 
les facilités à la satisfaction des appétits sensuels et à la cor- 
ruption, ont produit la haine de la famille ; c'est elle enfin 
qui a favorisé par les gouvernements qu'elle s'est donnés cet 
enseignement irréligieux qui, en semant la haine de Dieu 

1 _ Mot ëecrire, 1er Août 1877. 
11 



U,.L,U 



— 102 — 






dans lea âmes, a iti h. cuiise premiàre et fondamentale de 
tout le mal. C'est V:, son grand crime : la sociëtë n'a pas su 
protéger l'enfance contre ses mauvais instincts, et bien loin 
de lui aider à les vaincre, lui a enlevé dans la religion la 
seule arme qui pouvait lui assurer la victoire. 

Monsieur Saint-Appert, avocat francjais, mit en relief cette 
grande et terrible vérité dans une séance de la cour de jus- 
tice en 1896. Chargé de la défense d'un jeune homme de 
17 ans du nom de Gaudot, accusé d'un meurtre dont il se 
reconnut coupable, M. Saint-Appert prononça les paroles 
suivantes, par lesquelles nous terminons : 

" Messieurs, ma tâche est tout à fait simplifiée, puisque 
l'accusée plaide coupable. Je n'essaierai donc pas de le 
défendre, car, je le vois, la pitié n'aura aucune influence sur 
l'issue de ce procès. Je seiai donc bref. Si la justice, cepen- 
dant, exige une compensation poui* le crime, vous me per- 
mettrez d'exiger à mon tour cette même justice dans la sen- 
tence du tribunal. Quelle S' ra cette sentence ? Je pe le sais 
pas; mais quelle qu'elle puisse (tre, il y a ici des hommes 
plus coupables que l'accusé lui-même. 

" Ces coupables, je les dénonce, ou plutôt, ces criminels, je 
les accuse. C'est vous, messieurs, qui m'écoutez, vous qui 
représentez la société, cette société qui est obligée de punir 
les crimes que sa négligence et sa corruption n'ont su pré- 
venir (Emotion dane l'auditoire). Je vois suspendu au mur 
de cette enceinte une croix devant laquelle je m'incline avec 
respect. Le crucifix est ici dans votre cour de justice où vous 
citez les criminels, pourquoi u'est-il pas dans l'école où vous 
conduisez l'enfant pour y recevoir l'instruction î Pourquoi 
punissez-vous sous l'œil de Dieu, lorsque sans lui vous for- 
mez les âmes et les cœurs I 

" Et pourquoi faut-il que Gaudot rencontre ici pour la 
première fois le Dieu du Oolgotha ? Pourquoi ne lui fut-il 



— 163 — 

pas peroii. sur le, tan» de ré«,le de pouvoir fixer sur lui ,e. 
regard, J Sans doute il eut pu alors cWiter le bano d" ufâm « 
sur lequel no„, le voyou, aujourd'hui. Qui lui a dit ^7y 
aunfte»? Unejustice future? Qui lui a parlé de, ouVe^ 
Ja loi de Dieu : Tu ne tuera, pas ? * 

enfant a grand, oom.ne une bête fauve dans le désert eul 

t.gre. loraque, au moment propice, elle n'a pa, ,u réformer 
^s instmct, pervers et calmer ,a férocité. C'est vous mT 
s-eurs. vous que j'accuse, vous civili^îs et raffiné! 2 
oête, pas de, b,.rba,«,; vous, momliste, qui dirigez l'or 
chestre complet de l'athéisme et de la pornographitet qu 

s.on. Condamnez mon chent, c'est votre droit, mai, moi ie 
vous accuse, c'est mon devoir ' ". ■* 



1 — Calholic Wurld, Déo. 13J6. 



SIXIÈME CONFÉRENCE 

doDDée pM 
M. EDoixi BocaiiiD, hU B. 



NOS EÉGIONâ DE COLONISATION ET LE 
BEOENSEMENT DE 1901 



M. le Recteur, 

Messieurs, 

Nous sommes nn peuple essentiellement colonisateur an 
peuple essentiellement agriculteur. Et ce caractère distinctif 
et cette vooaUon particulière, apparaissent nettement à toutej 
les pages de notre histoire. 

" Qu'ëtions-nous. peuple canadien, écrivait récemment l'un 
1.*^,! ; "'":fP>de« apôtres du mouvement colonisateur, M 
labM J.-A. Dugas. qu'ëtions-nous au moment de la con- 

enfants, des bras de la mère patrie pour nous jeter sans pro- 
tection sous 1. tutelle de l'Augleter,. ? Nous n'étions quC 
po.gnfe defamdles, sans préparation pour les luttes de la 

^e et partant,sans accès auxalîaires. éloignés de toutemploi 
c.v,l. Nous avons grandi dans l'ombre et l'oubli, au milieu 
des sacrifices, sous le poids d'un rude labeur. Puis, un bon 
jour, en face de nos conquémnts étonnés, nous nous sommes 
^levés comme un peuple depuis longtemps habitué anx 
afTaires et nous avons pris notre place au premier rang Oii 



— 166 — 



donc celte vie s'était-elle développée en nous ? Où donc 
avions-nous pris cette sève conquérante f Dans le calme et 
la vie champêtre, dans la noble condition (t'agricnlteur^ ; en 
remplissant comme les Oh de Jacob " le r61e providentiel 
que nous assigne la divine Providence ", 

II en sera de l'avenir, ajoutait H. l'abbé Dugas, comme il 
en a été du passé, nous serons sauvés par la fidélité à notre 
vocation qui est d'être un peuple agriculteur. 

Notre vocation étant ainsi nettement déterminée, il ressort 
que la colonisation — qui est la sœur jumelle de l'agricul- 
ture, puisque l'une ne fait que précéder l'autre — est l'œuvre 
par excellence que nous devons poursuivre en ca pays. Tout 
le reste est subordonné à cette grande et vitale question. 
Notre influence, notre prépondérance, que dis-je, notre exis- 
tence même, dépendent en quelque sorte de la direction que 
nous saurons lui imprimer. 

Chaque peuple qui se meut dans l'univers — c'est un 
axiome que l'on aime à répéter — a sa destinée propre et doit 
tiavailler à l'accomplir. La nôtres et cela a été suffisam- 
ment démontré — est de coloniser et d'occuper ces immenses 
espaces qu'une bienfaisante Providence a mise sans compter 
à notre disposition. 

Les opérations commerciales, l'exploitation de la grande et 
de la petite industrie sont sans doute d'excellentes choses 
dont il serait absurde de se désintéresser, alors que nous pos- 
sédons toutes le? aptitudes requises pour engager la lutte sui 
ce terrain et que nous y réussissons effectivement, mais il 
importe, d'un autre côté, de ne pas perdre de vue que nous. 
Canadiens-français, nous ne compterons comme peuple sur 
cette terre bénie du Canada, que not ,- . influence ne sera soli- 
dement assise, que le jonr oii nous formerons le nombrj, 
qu'à l'instant où nous serons devenus les maîtres incontestés 
du sol. 

Une voix autorisée, celle de notre premier pasteur, expri- 



— 167 — 

mait naguère la même idiSe dans ces belle, parole» qui lont 
restée» gravées dans toutes les miSmoirea ' : 

"La colonisation de notre pays par les enfants du sol, voilà, 
disait Sa Grandeur M" l'archevêque Bdgin, le gage de notre 
avenir comme peuple, c'est en elle que reposent les esptî- 
rances de notre nationalité canadienne-française; c'est vers 
cette œuvre patriotique entre toutes, qu'il faut diriger nos 
efforts. Employons à son succès tout le zèle dont nous 
sommes capables ; oonsaorons-Iui générouseraeut loâ trésors 
d un patriotisme éclairé, dévoué et vraiment chrétien ". 

Il n'y a rien & ajouter à cette magnifique page imprégnée 
dun souffle patriotique aussi élevé. Elle constitue tout un 
programme que nous devrions avoir constamment sous les 
yetix et à la réalisation duquel les classes dirigeantes devraient 
se dévouer, au prix même des plus lourds sacrifices. 

Si nos plus sages patriotes et les mieux inspirés d'entre 
eux tiennent ce langage, ce n'est point qu'il y ait péril en 
la demeure, ni que nous soyons menacés à brève échéance 
d être envahis ou d'être dépossédés par l'étranger. 

On observe bien que depuis quelques années, nos chers 

voisins, les Américains, jettent un œil de convoitise sur cer- 

Uines portions de notre domaine national ; les plus hardis 

chroniqueurs vont même jusqu'à faire circuler le bruit qu'ils 

nous an««a:e»< en détail! La vérité vraie, c'est que leur 

ambition ne s'étend point, pour le présent, au delà du champ 

de l'industrie et du domaine sportique. Or, dans cette double 

sphère d action, nous pouvons, je crois, laisser leur initiative 

exercer assez librement, puisqu'on fin de compte, nous 

-néficions des capiteux immenses qu'iU jettent sur nos 

uves et que sans cette secourable intervention, nos ressources 

risqueraient de ne pas être exploitées. 

Du fait capital qu'il n'y a pas de danger immédiat d'être 

1 — Ciroulaire au clergé en dat» du 85 mai 1901. 



— 168 — 

ntoM par k pouuée venne du dehora, il ne s'eiuuit point 
que l'on doive le oondamner à l'intotion et ne pu chercher 
à M girentir contre les éventnelité* de l'avenir. Pareille 
tactique serait inaenaée, et noa hommea publics l'ont bien 
compria de cette façon, puisque l'un d'eux ' n'hésitait point 
à proclamer naguère, devant une imposante réqnion de noa 
compatriotes " qu'il était de haute politique pour nous, Cana- 
diens-fran^is, de fortifier la vie uatiouale dans la province 
de Québec par un envahissement constant et successif des 
diverses régions '* offrant un avenir et un intérêt particuliers ", 

**# 

Ces régions " offrant un avenir etmn intérêt particuliers", 
et qui constituent la plus belle partie de notre héritage, sont 
peut-être les plus étendues et lea plus riches de l'univers. 

Une statistique toute récente dressée par le ministère des 
terres, laquelle comporte les nouvelles frontières qui ont été 
assignées à notre province, va nous permettre d'en mesure^ 
l'importance. 

D'après cette statistique, la superficie totale de la province 
de Québec serait de 222,000,000 d'acres. 

De ce chiffre énorme, il faut défalquer 22,000,000 d'acres 
de terres déjà concédées comme fiefs, seigneuries ou autrement, 
et 39,000,000 sous permis de coupe (le bois. 

la portion de notre domaine non encore aliénée embrasse 
161,000,000 d'acres, dont 83,500,000 acres— soit cinquante 
pour cent — sont boisés de toute espèce d'essences, et 41,750,- 
000 acres susceptibles de culture. 

Tout ce vaste territoire n'est cependant pas encore arpenté 
ni divisé en lots de ferme. Ce travail qui entraîne invaria- 
blement avec lui des frais considémblee, ne se fait que gra- 



1 —L'honorable 1I> Bemier, membre du cabinet fidiral. 



— 169 — 

duellemont, d'année en annde, et jt mefure que lei exigenoea 
du mouvement colonUateur le requièrent. 

A l'heure présente, la superficie des terres iirpent&a et 
divisées ne dépasse point sept millions d'acres, et l'on estime 
que plus de la moitié de cette étendue est propre i la culture. 

Nos grandes n'gion» colonisables vous sont connues. Elles 
sont au nombre de quatre : 

V La i-égion du Uc Saint-Jean et du Saguenay. 

2" La région de la Matapédia et de la Qaspésie. 

3" La région de l'OuUouais et du Témisoamingue. 

4° La région du Saint-Maurice. 

Il en est d'autres cependant qui tout en ayant des propor. 
tiens plus retrécies, ont aussi leur importance. Ce sont les 
régions des cantons de l'Est, de U Buauce et des comtés de 
la rive sud du Saint- Laurent. 

Le cadre ordinaire d'une conférence ne saurait me per- 
mettre de vous entretenir de toutes ces régions. Je dois me 
borner à celles qui nous intéressent le plus directement : les 
régions colonisables du district de Québec. 



Et tout d'abord la légion du Lac Saint-Jean et du Sague- 
nay. 

La colonisation au Lac Saint-Jean date de cinquante ans. 
I-ents et pénibles furent nécessairement les débuts. On ne 
possédait alors ni routes de colonisation, ni voies ferrées, ni 
de navigation régulière sur le lac. 

Chicoutimi et la Grande-Baie avaient vu se former, vers 
1840, leurs premiers établissements, mais le territoire du Lac 
Saint-Jean n'était encore à cette l'iioque qu'une profonde 
solitude que seuls fréquentaient les chasseura et les trappeurs. 

L'année 1851 vit les premiers colons ([ui aient passé la 
rude saison hibernale au Lac Saint-Jean. Ils avaient été 



— 170 — 






dirigea de ce otté par un de cea trdenta et olairvoyanU 
patriotes dont la poatérité conaarvera le nom oomme celui 
d'un bienfaiteur public, M le curé Hébert, de Saint-Paachal. 
Cea oolona, venua dea oomtéa de l'itlet et de Kamouraaka, 
étaient au nombre de quatorze, maia l'année suivante, grftca 
à la propagande aussi active qu'intelligente de M, le ouré 
Hébert, oe premier eaaaim a'enriohiaanit aoudainemont de 
soixante-quinie nouvellea recniea qui ae mirent immédiate- 
ment à la beaogne, a'attaquant à la forêt et l'abattant. 

Dès lora, la miaaion d'Hébertville et du lac Saint-Jean 
était fondée, et par les feuilles du recensement de 1861 noua 
pouvons déjj) constater que aa population disséminée aur une 
étendue de quinte à vingt lieues, dé^aaait sept cents tmea. 

Dana lea conditions déaavantageusea où ae trouvait placée 
cette partie du pays que l'on ne aavait paa encore être une 
incomparable région Agricole, il était impossible que le mou- 
vement colonisateur prit d'emblée de fortes proportions. 
L'abaence complète de voies de communications, l'éloigne- 
ment des marchés paralysait tout. 

Nonobstant ces entraves qui l'étreignaient de toutes parts, 
la colonisation n'en fit pas moins sa trouée, encore peu pro- 
fonde à la vérité, mais qui n'allait point tarder à s'élargir. 

La preuve, c'est que le comté de Chicoutimi, comprenant 
encore, en 1861, tout le bassin du Lac Saint-Jean, accusait 
déjà une population de 10,478 dmes et que dix ans plus 
tard, cette population s'élevait à 17,493 &mes — 3oit une aug- 
mentation de 66} par cent. Il y avait, à la même époque, 
c'est-à-dire en 1871, 80,870 acres de torres en culture dane 
le même district. 

Cea chiffres, je crois devoir le répéter, portaient aur tout le 
comté de Chicoutimi, y compris le Saguenay. Quant an 
bassin du Lac Saiut-Jean proprement dit, la population, 
en cette même année de 1871, était représentée par S,681 



— 171 — 

peraoMDo». Dans 1.» diode qui iuivit, en 1881, la popiila- 
tiua Joubl» presque en nombre. Elle atteignit le chiffre de 
J,72'J itolon», — c'eet-à-dire une augmentation de 7H [«ur 
Mut 

Maia voici le oheinin de fer qui a'avanoe. Codant an v 
vœux de luute uue iHipulation, plongiSo à doux cents millus 
d'ici, dans le plus complet isolement, l'Eut subventionna 
une voie ferriie dont le passage va, en peu d'années ..|n!rer 
toute une révolution. 

I* cheval de fou — comme disent les poètes — a'ovancc 
d'abord tiniidemont à Saint-Haymond, à trente-six millna île 
Qudbec, mais en 1888, on lui lâche entièrement la briile, et 
le voilà rendu du coup sur les bords de la Métabetchouun, 
puis peu après, i ce remuant village de Roberval, devenu, 
avec Hébertvilte, le principal centre de distribntion de toute 
la valli<e. 

I«« colons du Lac Saint-Jean ont salué aveo enthousiasme 
le nouveau visiteur, et c'était justice. Ne leur apportait-il 
point, aveo la suppression des distances, ce qu'ils souhaitaient 
depuis de longues années ; toute une pléiade de valeureux 
colons, puis l'élite du monde sportique américain, puis encore 
une affluence de wipitaux destinés à faire de cette région, 
splendidement pourvue de forces productrices, un des plu» 
grands centres industriels du pays 7 

Mais c'est surtout lu mouvement colonisateur qui devait 
tirer le plus grand parti de la construction du chemin de fer 
que l'on a appelé à juste titre une " entreprise nationale ". 

Les petites colonies jusque-là souffreteuses ou stationnairea 
se réveillèrent soudain de leur assoupissement et se trans- 
formèrent, grâce aux nouvelles recrues qui arrivaient de tous 
les points du pays, en belles et florissantes paivjisses. Elles 
s'appelaient: Saint-Prime, Saint-Félicien, Saint-Méthode, 
Saint-Cyrille de Normandin, Sainte-Lucie d'Albanel, Saint- 



— 172 — 

QéldoD, Saint-Jérôme, Saint-Joaeph d'Alina, Saint-Louis de 
Mëtabetohouan, Saint-Bruno, Saint-Coeur de Marie, et puis 
tout à fait au nord, à quarante-huit milles du chemin de fer, 
Saint-Michel de Mistassitii, œuvre de dévouement d'un ordre 
religieux \ 

L'une de ces colonies, Normandin, située à une quinzaine 
de lieues de Roberval, mérite une mention spéciale. Fondée 
en 1871, dans des circonstances spéciales, elle est avant tout 
l'œuvre d'un patriote de Québec qui a fait servir tout son 
talent, toute son énergie, j'allais dire toute son âme, à en 
assurer le succès. J'ai nommé M. Elisée Beaudet, l'un de nos 
plus estimables concitoyens. 

Enclavé dans l'un de nos meilleurs cantons, Saint-Oyrille 
de Normandin figure aujourd'hui avec avantage parmi les 
grandes paroisses dont s'enorgueillit le comté du Lac Saint- 
Jean. Cinq cents habitants y tenaient feu et lieu en 1891 ; 
la population s'y est accrue du double, puisque le dernier 
dénombrement lui prête 930 âmes. 

Mistassinî, le lointain Mistassini, est une autre création 
bien propre à nous réjouir. Il est presque superflu de rap- 
peler, à propos de la fondation de cette colonie, que lorsque 
les Pères Trappistes descendirent, il y a onze ans, dans le 
canton Pelletier, baigné par deux puissantes rivières, la 



] — Saint-Frime Population en 1901... 1,230 âmei. 



Saint-Félicien.. 

Saint-Méthode 

Nortuandin 

Albanel 

Saint-Oédéon 

Saint-JérAme 

Aima 

Saint- Louis 

Saint-Bruno 

Saint-Coiur de Marie. 



1,3R6 

437 

930 

339 

1,155 

2,077 

1,305 

1,640 

1,025 

880 



_ 173 — 

Miataaaibi et la Miitawini, ils ne trouvèrent qu'une forêt 
vierge. 

A pareille distance, sans aucune issue, la tâche de grouper 
un essaim de colons et d'organiser par la suite un village 
était rude, presque herouléenne, mais que ne peut faire le 
travail soutenu et d(S8intdress(S de bons religieux préparés 
déjà à tous les sacrifices et rompus d'avance à toutes les 
misères de l'existence. Ils ont tellement fait et fait si bien 
qu'une paroisse a surgi spontanément en plein bois, que cette 
paroisse est dotée d'un grand monastère, d'une église avec 
curé résident, d'une maison d'école, de tout un outillage 
industriel, et que l'an dernier elle s'est trouvée assez robuste 
pour se payer le luxe d'un maire et d'un conseil municipal ! 

L'ouverture de la voie ferrée n'a pas uniquement contri- 
bué à imprimer un puissant essor aux colonies déjà formées ; 
elle en a fait surgir de nouvelles sur tous les pointa de ce 
vaste territoire. 

Voici d'abord Saint-Thomas d'Aquin, sur les bords du lac 
Bouchette, h cent soixante milles de Québec. 

C'était naguère une modeste mission formée de cinq con- 
cessions prises dans le canton Dablon et dans celui do 
Dequen. 

Elle fut visitée, pour la première fois, il y a une quinzaine 
d'années, et ses pionniers répondaient aux noms de Paschal 
Dumais et Ovide Bouchard. Ce n'était point des Crésus que 
ces deux colons qui s'engageaient ainsi en plein bois avec 
l'idée bien arrêtée de défricher un petit lopin de terre que le 
gouvernement venait de leur concéder. Dumais, pour sa 
part, n'avait pas un sou vaillant dans son gousset. Son 
dénûment était tel qu'il ne pût même se procurer un poêle 
pour passer le premier hiver. Le brave homme remplaça 
cet instrument de première nécessité sous notre climat, par 
un chaudron de cuisine dans lequel il empilait du bois. 



r 



— 174 — 

Cela ne valait poa nns doute les bona calorifères dont toutes 
nos maisons sont pourvues, mais heureusement les défricheurs 
de la forêt n'ont pas l'iSpiderme aussi semible que le^ cita- 
dins, et Dumais, en fln de compte, se trouva fort bien de son 
fourneau improvisij qui avait au moins le mérite de ne rien 
coûter. 

On conçoit qu'un colon qui entreprend la lutte pour l'exis- 
tence dans de telles conditions et qui déploie de pareilles 
qualités d'endurance, doit nécessairement forcer le succès à 
lui sourire. 

Dumais est en effet depuis longtemps à bout de ses peines. 
Son opiniâtreté au travail et sa force de résistance lui ont 
valu d'être devenu, en quelques nnnées, le possesseur de l'un 
des plus prospères établissements agricoles de Dabloi]. 

Avec dos vaillants de cette trempe — et U n^ion du Lac 
Saint-Jean est à cet égard une excellente pépioière^une 
colonie ne se meut pas bien longtemps dans un cadre rétréci 
Il faut, coflte que coûte, qu'elle débordr, qu'elle Utme, cotnn' 
l'ou dit vulgaireiscut, tache d'huile, qu'elle s'appcofiric tout 
ce qui est susceptible d'exploitation. C'est ce qui exfiiique 
pourquoi les petits groupes qui ont envahi l'antique forêt se 
■ont si bien renforcés depuis, qu'ils constituent des aggloaié- 
ration* ayant déjà, les uns, comme Saint-Thomas d'Aquin, 
U!ie organisation paroissiale, et les autres, comnte Saint- Fran- 
çois de Sales, dans le canton Deqoen, une oryuisation muni- 
cipale ^ 

A peu prci dans le même rayon, et k six heures do Qué- 
bec, des ouvriers de Saint-Sauveur ont jeté, il y a cinq ans, 
sur les rives du lac des Commissaires, les bases d'une colonie 



1 — Saint-Thomas d'Aquin aété érigé en paroisse en janvier 1901. 
Population, 536 âmes. 

Saint-François de Sales, à neuf milles de Saint- Thomas, possède 
une chapelle avec une population de 650 habitants. 



— 175 — 

agricole dont la ,,rease s'est beaucoup occupée en ces derniers 
temps. 

On se rappelle que les appraensions furent assez vives au 
début orsque la société de colonisation Saint-Jeau-Baptiste 
de Sauit-Sauveur entreprit de fixer dans le canton Malherbe 
out un groupe de travailleurs de ville, plus habitué, h tenir 
le marteau et le ciseau qu'à manier les manchons de la 
charrue. Le grand public se faisait difficilement à l'idée nue 
Ion put ainsi métamorphoser ,l'„n seul coup de. ouvriers e» 
défricheurs et en agriculteur». 
Ces appréhensions-l'eupérience l'a prouvé-étaieut sans 

«r C^H ^' TT:^" «"'"'-S"»--'. 4 peine descendu, 
sur les bords du lac des Oommissaims, se mirent bardiment à 

''*''"'^.'°"'*; '" '" f°'«'. ^ construisant des habitations 

provisoires (tog-kouse) et ensemenç mt, dès la première année 
entre les souches à demi calcinées. 

Les résultats ont été ceux que' Ton devait attendre d'un 
^beur accoinpli avec autant de courage que de persévérance 
Vingt-cinq à trente formes surgirent comme par enchante- 
ment là où naguère encore l'on ne coudoyait que les grands 
arbres de ia forêt. Kt tous ces courageux pionniers. donTl'un 
de nos faubourgs avait fouriri les éléments, placés désormais 
à la lete de fermes qu'ils ont su rendre productives, sont fiers 
deu.x.memes et disent hautement à ceux qui veulent les 
entendre que le séjour des villes ne leur inspire aucun regret 
nostalgniue. U possession du sol, la conquête d'une indé 
pendance qu'ils soupçonnaient à peine, et puis d'abondantes 
recolles snflisent désormais à leurs aspirations et couvrent 
toute leur ambition. 

Cette petite colonie dont le berceau a été entouré de soins 
et de prévenances par la société de colonisation Saiut-Jean 
Baptiste de Saint-Sauvour, dans un élan de patriotisme qui 
1 honore, vole aujourd'hui de ses propres ailes, vit de sa pro- 



m 



W^F^F^f^ 



\ 



— 176 — 

pra vie. Si elle se prend à regretter quelque chose, c'est 
l'abseuce d'uu clocher qui l'invite à la prière et d'un mission- 
naire qui lui parle de Dieu, Ce vœu légitime — qui est celui 
de tous les Canadiens-ftançAis qui se glissent dans la forêt — 
est à la veille d'être exaucé. En effet, sur les pressantes sol- 
Ëcitatious de la presse et de la société de colonisation do 
Saiat-Sauveur, le gouvernement de Qiiéb<ic a décidé, en ces 
dentiers temps, de verser les fonds nécessaires pour la con- 
struction d'une chapelle-écolo, qui ne sera que le prélu le d'un 
temple plus spacieux, alors que la nouvelle colonie s'é|>andra 
des deux côtés du lac ^. 

Les autres colonies de la région du Lac Saint-Jean en 
formation sont : Sainte-Edwidge, à , six railles à l'ouest de 
Boberval, avec une population de cent soixante habitants ; 
Notre-Dame de la Doré, dans le canton Dufferiu, à quelques 
milles de Saint-Félicien ; Saint-Henri de la Pipe, dans le 
canton Taillon (côté est du lac), doté aujourd'hui d'une cha- 
pelle et d'une école ; Saint-Edouard de l'éribonka, dans le 
canton Dalmas, et dans son voisinage immédiat, sur les bords 
de la belle rivière Péribonka, Saint-Thomas oii vient de s'im- 
planter une grande pulpevie, dont les actionnaires se recrutent 
parmi nos compatriotes ; puis ^encore une nouvelle venue, 
portant un nom terrifiant, Satnt-.4ndré de l'Epouvante, qui 
donne asile à une cinquantaine de familles vivant en grande 
partie du travail que leur procurent les usines de la compa- 
gnie de pulpe de Métabetchouan, installée depuis près d'un 
an sur les bords de la rivière Métabetchouan, dans le canton 
Suint-Uilaire. 

Pour être complet, il conviendrait peut-être d'appuyer 
davantage sur l'industrie qui, dans ces nouveaux centres 
s'onvrant à la vie, constitue un auxiliaire précieux pour la 



1 — La colonie du lac des CommiBsaires compte présentement 
oinquaate.quatre personnes. 



— 177 — 

colonisation. Je luiê tenu d'y renoBoer puce qne cela m'en- 
traînerait à des développements qui prolongeraient doni«a. 
riment cette causerie. Qu'il me soit permis sealemeut de 
rappeler, après bien d'autres, que la région du Lac Suirt- 
Jean, tout comme celle du Saguenay, se pr?te merveilleuse- 
ment à l'exploitation de cette industrie, devenue à la fois si 
populaire et si prospère, la fabrication des pâtes à bois. 

Il y a là, parsemées avec une profusion sans égale, des 
sources d'énergie d'une puissance incommensurable, et oapa- 
Mes de mettre en mouvement un nombre presque illimité 
d'usines et de fabriques. Ajoutons aussi que la matière 
première qui outre dans la fabrication de la pulpe est non- 
aeulement abondante mais k peu près inépuisable. Un 
exp«t a même estimé que dan. les régions drainées par les 
nvières Chamouchouan, Péribonka et autres, l'on pouvait 
tirer 97,00(1,000 de cordes de pulpe '. Ce chiffre en dit plu, 
long sur nos ressources forestières que les plus éloquents 
discours. 

Le mouvement colonisateur n'a pas attendu toutefois le 
réveil tardif de l'industrie pour s'affirmer. 

On a vu, il y a un itistant, les chiffres du recensement de 
1881 dans !a région qui nous occupe, 1891 arrive et nous 
offre uue popuLition totale do Ufi3S ^mm. soit un excédant 
de 4,802 âmes sur la décade précédente. Le dénombrement 
officiel de 1931 qui vient à peine d'être clos nous fait aMwter 
Il son tour à une marche ascensionnelle sur toute la ligne. 
Les coloni'îs de fondation récente, comme les paroisses d'une 
organisation déjà ancienne, ont égaleineut participé à ee mou- 
vement progressif. Nous sommes raaintenani^ eu présence 
d'une population forte de 20,781 âmes confinée dans le comW 
du l«c Saint-Jean — ce qui laisse voir un magnifique iurplas 



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'— !*• J.-C. ianjelier. Rapport du miniature do 
13 



ista. 



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— 178 — 

de 6,202 Ame» «ur l'aniKÏe 1891, soit une progrenion de 43} 
poar cent. 

Le comte de Chicoutimi nouB offre des chiffres non moina 
niconfortants. Ses colonies, tout oonime celles de la région 
voisine, se sont agrandies et multipliées. 

De 23,799 habitants qu'elle était, i! y a dix ans, la popu- 
lation de Chicoutimi et de Saguenay passe en 1901 à 28,981 
ftmcs, c'est-à-dire une augmentation de 5,242 habitante. 

Il n'est point enfin jusqu'à la ville de Chicoutimi, dont 
l'ambition longtemps comprimée finit par avoir raison des 
obstacles qui l'empêchaient de s'épanouir, et qui ne se dresse 
aujourd'hui toute triomphante, fière qu'elle est du bond pro- 
digieux qu'elle a opéré, fière surtout de compter dans son 
enceinte près de 6,000 contribuables payant taxes et rede- 
vances ^ 

Dans ces deux comtés, Chicoutimi et Lac Saint-Jean, 
une progression analogue se manifeste dans la prise de pos- 
session du sol par nos nationaux. La forêt a été entamée 
de toutes parts et c'est à ce point qu'au lieu des quatre- vingt 
mille acres en culture que l'on relevait, il y a trente ans, 
nous en comptons présentement près de six cent mille dans 
les deux comtés réunis. Et il reste encore, dans la même 
région, à la libre disposition de ceux qui seraient tentés de 
s'engager dans cette noble carrière, la seule qui ne redoute 
point l'encombrement, 1,500,000 acres de terres à défricher et 
à convertir en fermes agricoles. 

**# 

La région de la Matapédia qui commence à deux cents 
milles en bas de Québec et que sillonne le chemin de fer 
Intercolonial dans toute sa longueur, ne jouit que depuis 
quelques années du privilège de faire parler d'elle. Elle a 

1 ChiSr« exact de la Tille de Chicoutimi : 5,796. 



•TEÇ>^ 



— 179 — 

iti moinj fortunée à cet dgtrd que i« sœur du Nord qui, elle 
avait à «)n Mrvice, pour U faire mousser, toute la presse du 
pays, avec en plus deux sociiStés de colonisation qui lui ont 
consacre tout leur temp* et tous leurs efforts. 

De ce silence prolongé, il ne faudrait pas 'conclure que la 
Mjitapédia est moins digoe dWérêt que les autres centre» 
colonuiables. Si noua en croyons au contraire le sentiment 
de» explorateurs pt des arpenteur, qui depuis vingt-oinq ans 
1 ont parcouru, les terre, de la lUtapédia seraient «ipérieures 
à toutes celle» que nous posséJon» dan» le pays, et les colons 
ne sauraient trouver nulle part un champ plu» propice aux 
opérations agricoles. 

Cette Vallée de la Mataipédia sur Uquelle le silence vient 
à peine d'être rompu. n'e« pas an re^e «ne quantité négli- 
geable comme étendue. 

Formée par l'immense territoire qu'arrose la rivière Mata- 
pédia et ses nombreux affluents, depuis sa source vers le 
nord jusqn'i la rivière Histigouche. elle embrasse treize cent 
milles carré», soit 832.000 acres. Le comté de Mataue 
englobe i lui »eul onxe canton» de cette merveilleuse vallée 
avec 300.000 acres de terres. ' 

Jusqu'à il y a quarante ou cinquante an», la colonisation 
fut ù peu près nulle sur ce point de notre domaine. Us 
anciens propriétaires de la seigneurie du Uo Matapédia se 
refusaient obstinément, pour une raison ou pour une autre 
à concéder de» terrains, et il en r.isulta que les premier^ 
colons qui tentèrent d'y fonder de» établissements ne purent 
le faire qu'à leurs risques et périls. 

Un changement dans la propriAé de la seigneurie étont 
survenu, et hs nouveaux seigneurs s'étent montrés de meil- 
leure composition que leurs devanciers, de suite les colons 
accoururent se partager les admirables terres de la contrée. 
En moins de vingt années, une transformation totale s'opé- 



— 180 — 

reit. U où jadi» i^gnhit 1* plas profonde aolitude, on vit 
«'élever et grandir tour à tour des centre» importante oonver- 
tie depuis en paroisses et villages. C'étaient : Saint-Pierre 
du Lac, installé dans le plus ravissant des paysages, sur les 
bords mêmes du lac Malapédia ; Saint- Benoit Labre d'Amqni, 
avec une population de 2,G00 âmes . t ^nze établissement» 
industriels; Sainte-Marie do Sayal.. paroisse née d'hier, 
sise à la tête dn lac Matapédia ; Su i '-Jacques de Cansapa- 
call qui compte 4 peine sept années ti'existenoe et qui a déjà 
toutes les allures d'un ancien village ; Saint-Moïse; sur la 
route de l'intercolonial, & 220 milles de Québec, qui eut 
pour fondateur et premier missionnaire, M. l'abbé Moïse 
Uuguay ; Saint-Uaroase, à sept nJilles de Saint-Pierre du 
Lac; Beautivage, village naissant enclavé dans le canton 
Matalick. 

Ce qui prouve que nous sommes ici au milieu d'un centre 
agricole exceptionnel, c'est que la plupart des colons qui y 
ont fondé des foyers ont acquis en peu d'années une aisance 
des plus enviables; quelques-uns même ont atteint la for- 
tune. 

Leurs succès ont eu pour effet de populariser toute cette 
partie du pays. Des vieilles jiaioisses de Kimouski, des lies 
de la Madeleine ', et jusque des confins du district de Mont- 
tréal, on vit acsourir, \at groupes nombreux, des fils de culti- 
vateurs et de pêcheurs, attirés qu'ils étaient par la renommée 
des terres de la Matapédia. Cette vogue s'est maintenue 
durant les dix années qui viennent de s'écouler et je ne crois 
pas exagérer en disant que nulle part dans la province, les 
colonies nouvelles ont accru avec antant de rapidité leur 
effectif que celles de la Matapédia. 



1 — Depuis cinq ou «ix «D», le» Ile» de la Utdcleine ont fourni 
préB de 130 oolons à I» Matapédia. La plupart de ces colons se sont 
établis dar.s le oanton de Uumqui. 



Un (impie tableau comparatif va noua permettre d'en 
juger. 

Saint-Benoit Lnbre ne comptait en 1801 que 803 habi- 
tanU; 1901 nous en révèle 2,632.— Augmentation, 1,829 
ftmea. 

Saint-Pierre du Lac, de 1,116 habitanU aaute à 1,482 — 
Augmentation : 367 habitants. 

Causapsoall, de 156 personnes formint toute sa population, 
il y a dix ans, en contient pnSiMtemont 1,179.— Augmenta-' 
tion 1,034. 

Sayabeo, totalement inconnu en 1891, renferme déjà une 
population de 963 Ames. 

Saint-MoÏM, petite colonie qui débutait au préoélent 
dénombrement avec 537 habitants, figure cette ann.te avec 
908. —Augmentation: 371 Ames. 

Saint- Damase, 896 Ames contre 803 en 1891. 

Bref, c'est une augmentation totale pour six p.iroUs9es 
seulement, de fondation relativement récente, de 4459 
habitants. ' 

Certes, c'est là un bilan dont nous avons le droit d'êtis 
fiera, et qu; donne les plus belles espérances pour l'avenir de 
cette région. 



Il y a plus. Ce que l'on est convenu d'appeler la vallée de 
la Matapédia n'est pas uniquement circonscrit aux onze can. 
tons qui forment partie intégrante du comté de Matane. 
Cette vallée se prolonge jusque dans le comté de Bonaven- 
ture qui, comme tout le monde le sait, se mire amoureuse, 
ment dans les eaux limpides de la Baie des Chaleurs U 
nature du sol y est identique. C'est la même fertilité h 
même fécondité, avec des forêts aussi luxuriantes et aussi 
variées, et avec en plus de majestueuses rivières à saumon 



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-I8i- 



qne n dUputent à coupa de billeti de benque lee milliar- 
dtlTe* de l'autre cAtë des lignée, 

Ftut-il dire toute la vëritiS : il a fallu que de bien longuea 
année! s'écoulassent avant que l'opinion publique riSalisAt oe 
que ce comté recelait de ressources de tout genre. 

D'autre part, la pèche à laquelle la plupart des habitants 
de l'endroit vouait la meilleure partie de leur temps a été 
une autre entrave fort sérieuse & l'expansion du mouvement 
colonisateur. Aujourd'hui que l'on sacriBe moins à cette 
passion dominante et que l'on revient à la terre trop long- 
temps laissée en friche, tout le monde paraît s'en trouver 
mieux. Comme conséquence de ce retour au sol, les colo- 
nies de Bouaventure ont grandi et prospéré, et l'aisance est 
devenue plus générale. 

Les nouveaux centres de colonisation en plein épanouisse- 
sement dans oe comté sont : 

Saint-Âlexis de Matapédia qui doit en partie sou éton- 
nante prospérité à l'intelligente direction de son curé, M. 
l'abbé Théodore Pelletier; Saint- Français d'Assise, une colo- 
nie acadienne, créée de toutes pièces par les soins du même 
missionnaire; Saint-Laurent de Mataijédia qui est devenu 
le point de départ du chemin de fer de la Baie de^ Chaleurs ; 
Saint-André et Sainte-Anne de Ristigouche oix vit une popu- 
lation de 1,853 habitants contre 1,387 en 1891 ; et puis le 
grand canton d'Hamiltou sur lequel s'éparpille un groupe de 
2,862 colons. 

C'est dans ce dernier canton qui s'étend le long de la Baie 
des Chaleurs sur un espace de seize tuil'ec qu'un prêtre venu 
de Belgique, M. l'abbé Musseley, jeta, il y a trente ans, les 
premières assises d'une petite colonie belge. 

Celte tentative, nonobstant tonte la bonce volonté déployée 
par son promoteur, n'obtint qu'un succès temjioraire. Ces 
braves Agriculteurs belges, — ils étaient une quinzaine — obli- 



— 183 — 

gti d'»b»ttrfl ta far«t pour ae or««r de» ëtibliMementt. n 
lâMèrent bientôt d'un travail dont ila n'avaient point l'iubi- 
tude, et on les vit déguerpir lea uii» à U luite des autn». 

U plaee ne resta p«« vide pour cela. Lea colons canadiens- 
français que les dura travaux de défrichement n'ont jamais 
rebuté, prirent à leur tour possession des établisaementa ruJi- 
œentairea dea diaparua, lea mirent en valeur et ila ont actuel- 
lement reculé ai loin leura oonquttea que l'on a aenti \e 
beaoin de créer une nouvelle paroiaae au beau milieu dii 
canton >. 

De leur o«té, lea anciennes paroisses de Bonaventure long- 
temps resaerréea dana d'étroites limites— car les habitants 
peraiatoient à n'habiter que le voisinage le plus immédiat do 
la baie des Chaleurs— ont rompu soudain avec la routine, 
éUrgt le cercle de leurs opération» et empiéta avec une aï 
courageuse pewiatance aur l'immense territoire qui les bornait 
de tous côtés, que le chiffre de U population a grossi dans de 
notables proportions. 

C'est ainsi que Saint-George ,1e Port-Daniel qui accusait. 
Il y a dix an^ une population de 1,977 «imes, est monté en 
1901 à 2,809 âmes— aoit un excédant de 532 personnes. 

Saint-Charles de Caplan, érigé oanoniquement en paroisse 
depuis 1872, qui figurait dans le recensement de 1891 avec 
216 femilles et une population de 1305 personnes, se pré- 
senta cette année avec 324 familles et une population totale 
de 1990 habitants. C'est un surplus de 686 personnes sur 
les chiffres de ta dernière décade. 

Le canton Hope qui renferme la paroisse de Saint-Epiphaue 
sait ta même progression. De 2,114 habitants, chiffre officiel 
de 1891, il passe, en 1901, à 2,411 personnes. 

Bref, l'œuvre par exoeUence, l'œuvre colonisatrice, a reçu 
une telle impulsion que le comté de Bonaventure, avec aes 

1 — Saint-Alphonse de Caplan ou MuMeleyviUe. 



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(716) «3 -OJOO-Ption» 
(716) ÏM- 5989 -Fo. 



— 184 — 

seize cantons, nous fournit un excédant de 3,660 personnes 
sur les chiffres de 1891 ^ 

J'ajouterai que Tellement français commande dans ce comté 
une grande majorité : 16,907 Canadiens-français contre 7,589 
personnes appartenant à d'autres nationalités. 



Gaspé, le district électoral voisin, avec lequel il a plus 
d'un trait de ressemblance, n'a point marché, dans la voie du 
progrès, d'un pas aussi accéléré. 

Vans la période qui s'est écoulée en^re 1881 et 1891, Gaspé 
est demeuré h peu près immobile. Une augmentation déri- 
soire de 248 personnes, et c'est tout. Il est vrai de dire que 
ce comté a cherché à se rattrapper quelque peu en 1901, 
mais son excédant de 2,724 âmes sur la décade précédente 
ne couvre pas les pertes antérieures et n'est pas en propor- 
tion avec les prodigieuses ressources dont il dispose '. 

L'élément canadien-français n'a point toutefois perdu de 
terrain dans ce vaste comté où les loyalistes américains se 
répandirent les premiers au lendemain de la guerre de l'Indé- 
pendance. Nous y prenons, à l'heure actuelle, une majorité 
de 22,007». 



1 _ Les quatre derniers recensements donnent les chiffres sui- 
vants pour Bonaventure : 

1871 15,923 âmes. 

1881 18,903 " 

1891 20,835 " 

1901 24,496 " 

fi — On compte 27 cantons dans ce comté. 

.'{ — Nous ne faisons pas ligurer dans ces calcul» les Iles do la 
Madeleine qui forment depuis cinq ans un collège électoral distinct. 
La population des îles est de 6,026 habitants. 



— 186 — 

Les seules paroisses de la Gaspésie où l'on puisse relever 
une augmentatioii assez notable sont' : 

18'Jl 1901 Augmentation. 

Cap-Chat 1237 1416 179 

Cap-Rmier 785 1350 565 

BiTiére-aux'R«ttards 1422 1729 307 

L'Anse du Cap..., 1497 2294 797 

P»!»»" 1.148 1905 657 

Sainte Anne dei Monts.... 1762 2269 507 

Malbaie 1827 1993 168 

Par contre, il y a déperdition sensible dans nombre d'autrea 
paroisses et cantons : 

Couglastown perd avec le nouveau dénombrement... 370 habitants. 

Orande Vallée des Monts 261 " 

La Grande Rivière 784 u 

L'Anse aux Qriâons 2.18 " 

Newport 124 u 

*** 

Après les grandes régions de colonisation, voici l^s régions 
moyennes. 

Deux d'entre elles s'imposent tout spécialement à notre 
attention : ce sont celles de Témiscouata et de la Beauoe. 

On sait déjà qu'outre ses paroisses florissantes, comme 
la Eivière-du-Loup, Cacouna, Tjois-Pistoles l'Ile-Verte et 
nombre d'autres, le comté de Témiscouata renferme une 
étendue considérable de terrains encore en disponibilité, soit 
environ 500,000 acres, repartis en seize cantons. 

Tous ces cantons, au point de vue de la qualité du sol, no 

1 — Population de Qaspé : 

1881 20,655 4mes 

1891 21,933 " 

Wl 24,687 " 



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— 186 — 



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sont pas d'égale valeur ; il en est un certain nombie toutefois 
qui le disputent en fertilité aux pins beaux cantons baignés 
par la Matapédia et ses tributaires. 

Leur seul tort est de n'être pas suffisamment connus. Pour 
une raison ou pour une autre, la propagande n'a jamais porté 
de ce côté. Le moment est venu, croyons-nous, de s'en préoc- 
cuper, car nous avons là, presque à notre portée, un des coins 
les plus intéressants du pays, une zone régionale d'une grande 
richesse servie par deux ar.;.iliiiires qui sont par eux-mêmes 
une garantie de succès : le chemin de fer et l'industrie fores- 
tiàie. 

Le défaut de réclame et de propagande n'a pas empêché le 
comté de Témiscnuata de s'engager idans la voie du progrès, 
de marcher à l'égal des plus grandes régions de colonisation. 

Le dénombrement ol&uiel de 1901 donne à ce comté une 
population totale de 29,183 âmes ce qui est une avance de 
3,487 âmes ou 13J pour cent sur le recensement de 1891 '. 

Quant à l'élément français, il forme l'immense majorité 
dans Témiscouata. On n'y a relevé que 746 noiùs d'une 
autre origine que la ndtre. 



Bieu plus près de nous, presque à nos portes, un autre 
spectacle aussi réconfortant nous est offert. C'est celui d'une 
zone régionale qui touche par un côté à la frontière et dont 
le développement a pris depuis trente ans des proportions 
dépassant toutes les prévisions. Je veux parler de la Beauce, 
le pays où fleurissent l'érable et l'industrie sucrière. 



1 — LeB cantons qui ont le plus progressé sont ceux de Cabano, 
Packington, Bêgon, Raudot et Viger. 

Cabano a vu sa population monter de 330 à 640, et Notre-Dame 
du Lao de 1393 i 1845 «mes. 



— 187 — 



Mesurant soixante-huit milles de longueur sur une largeur 
moyenne de 21J milles, le comte de Beauce que la rivière 
ChauJière baigne partiellement de ses eaux, comprend, outre 
les anciennes seigneuries de Jolliet, de Saint-Etienne, de 
Sainte-Marie, de Saint-Joseph, de Vaudreuil, d'Aubert 
Gaiiion et d'Aubert de l'Isle, vingt grands cantons, avec 
plus de quatre ceut mille acres de terres. 

C'est di5jà dire qu'il reste encore de nombreux videa, mais 
ceux-ci seront comblés avant quinze ans, ji le mouvement 
colonisateur qui n'a jamais connu une heure de ralentisse- 
ment dans cette partie du pays suit sa marche normale. 

Ia Beauce ne doit pas uniquement sa renommcSe à la 
beautd de ses bois et à la supërioritë de son sol. Elle 
détient encore deux sources de production nullement à dédai- 
gner et qui n'ont pas été absolument étrangères à sa prodi- 
gieuse expansion ; l'industrie suorière qui lui rapporte, bon 
an mal an, un quart de million de piastres, et ses mines d'or 
et d'amiante, ces dernières surtout qui sont d'un excellent 
rapport. 

Quant à la colonisation proprement dite, c'est —je l'ai 
déjà laissé entendre — l'une des parties de la province où 
elle ait manifesté le plus d'activité. Depuis trente ans 
notamment, il ne s'est pas écoulé douze mois sans que l'on 
ait vu surgir trois ou quatre colonies au seiu do ce vaste 
territoire. 

Le recensement de 1832 ne donnait à tout le pays de 
Beauce qu'une population de 10,665 âmes, avec cinq églises, 
trois écoles et un couvent. 

Celui de 1901 nous montre, pour le même comté, une 
population de 42,942 habitants, presque tous français, avec 
trente et une paroisses ou missions, trois couvents, quatre 
académies, six écoles modèles et 237 écoles élémntairese '. 









ft 



1 — Il n'y • dans oe comté que 598 personnes d'origine étrangère. 



— 188 — 

Le mouvement de la popwlntion depuis trente ans a été 
très animé, comme le prouvent les chiffres suivants : 

1881 32,020 &me8 

mlZ.... 37.222 " 

1901 «,942 '• 

soit, pour cette dernière année, une augmentation de 5,720 
personnes sur 1891 — ou 15J par cent. 

•*# 

Il ne manque pas d'autres colonies rurales dans notre 
district qui peuvent montrer avec orgueil le chemin parcouru 
par elles depuis dix à quinze ans. pelles-là, pour la plupart, 
se sont développées sans bruit, sans ostentation ; quand on a 
8oup(}onné leur existence, ça été tout une révélation. On 
l'est trouvé soudainement en présence de villages ou de 
paroisses dont l'organisation était à peu près complétée. 

Je ne sais s'il est arrivé à plusieurs d'entre vous d'avoir 
traversé dans toute son étendue le comté de Dorchester, 
situé de l'autre côté de la rive, mais ceux qui ont eu cet 
avantage peuvent témoigner des heureux changements sur- 
venus dans ce district électoral depuis près de quinze ans. 

La population de ce comté, lors du recensement de 1891, 
était de 19,017 âmes, mais depuis de nouveaux centres ont 
été ouverts, les fils des cultivateurs des vieilles paroisses se 
sont répandus un peu partout, notamment dans les cantons 
Langevin et Watford, et ont formé çà et là d'importants 
groupes ^. 

Le chiffre actuel de la population s'élève à 21,013 âmes. 

Parmi les organisations do création assez récente, il con- 
vient de citer Saint-Maxime, dont l'érection canonique remonte 

1 — L'étendue des terre» disponible» d«n» ce» deux canton» est 
de 68,800 acre». 



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— 189 — 

au mois d'octobre 1896, Sainte-Justine de Laiigevin, à quiiiz; 
lieues de Saint-Anselme, devenue une fort belle paroisse 
agricole, Saint-Odilon et Saint-Benjamin, dans le canton 
Cranbourne, et puis parmi les missions dont l'avanosment 
est le plus marqué, Saint- Irospcr et Sainte- Kose, dans le 
canton de Watford, toutes deux ayant leur dglise respective, 
avec des missionnaires résidents. 

Le comté de Dorohester est susceptible de donner le jour 
à de nouvelles paroisses, puisque l'Etat détient encore dans 
ses limites plus de cent mille acres de terres vacantes. 



Dans le comté de Bellecbasse, la colonisation a eu autre- 
fois, pour principal promoteur, un vénérable prêtre dont le 
nom sera toujours prononcé avec respect et reconnaissance : 
M. le grand vicaire Alexis Mailloux. 

Nous devons h ce prêtre qui aima ardemment sa race et 
qui consacra une bonne partie de sa vie h l'amélioration du 
sort de nos colons, l'ouverture et la mise en exploitation de 
trois grands cantons : Mailloux, Buckland et Roux. 

Je ne voudrais point médire des terres nouvelles du comté 
de Bellechasse, mais celles que l'on entreprenait ainsi d'ou- 
vrir pour satisfaire aux exigences de la colonisation, ne parais- 
saient pas, au premier abord, très recommandables. On avait 
affaire ici à nn territoire non seulement accidet'té, mais dis- 
paraissant en plus sous une épaisse couche de roches et de 
cailloux. Ceux-ci et celles-là étaient légion, et il en allait 
ainsi sur une distance de quinze à vingt lieues. 

Des hommes moins fortement trempés que les vaillants 
pionniers de Mailloux et de Buckland auraient certainement 
âéchi devant l'énormité de la tâche qui leur incombait. 
Ceux-ci, animés par la voix et par l'exemple du grand 
apôtre de la colonisation de cette époque, tinrent à peine 



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— 190 — 

compte des obstacles qui se dressaient devant eux, et, en 
quelques enuées, effectuèrent ce dur et pénible travail de 
déblaiement, eans lequel la terre serait demeurée à jamais 
ingrate. 

Tant de généreux et constants cfTorts ne pouvaient demeu- 
rer infructueux. La récompense fut la création successive de 
quatre grandes paroisses qui s'appellent Notre-Dame Auxi- 
liatrice, Saint-Daniicn, Saint- Philémon et Saint-Mngloire. 

Mais la colonisfitic^i n'a pas été seule h se faire jour au 
sein des anciennes forets du comté de Bellechasse. La 
charité et le zèle d'un humble missionnaire devait, de nos 
jours, lui rattacher uneœuvequi a Jéjà conquis l'admiration 
et les sympathies de tous no; compatriotes. Je veux parler 
de l'érection, en pleine montagne, ,d'un grand orphelinat 
agricole recueillant plus do cent orphelins, et dont l'on prépare 
l'avenir en les instruisant à fond des travaux des champs. 

Cette œuvre, digne d'un Dom Bosco, accomplie dans le 
silence et se traduisant par un magnifique monument qui 
fait l'honneur et l'orgueil de la paroisse de Saiut-Dam'en, 
rend à jamais impérissable le nom dn dévoué missionnaire 
qui l'a conçu et mené à bonne fin : Monsieur l'abbé J.-O. 
Brousseau '. 

A dix lieues de Saint-Damien, et toujotirs sur le chemin 
Mailloux, l'une de nos meilleures routes de colonisation, le 
touriste, après avoir escaladé la cime de trois à quatre 
montagnes, découvre au fond d'un vallon, un autre village 
dont l'aspect ne laisse pas que d'être attrayant : Saint-Ma- 
gloire. 

Lorsque la première messe fut célébrée dans o» village, il 
y a de cela 32 ans, Saint-Magloire ne comptait encore qire 
131 âmes. Le recensement de 1901 nous en montre 1,367. 



1 — Population a melle de Saint-Damien : 1,174 Amea, 



— 191 — 

Cette paroisse, commo bien d'aiitros, n'est pas priîcisiiraent 
un nid de capitalistes. Par contre, elle a des compensations 
pouvant lui faire oublier au besoin lu rareté du numLÎraire, 
Ses maisons pullulent d'enfants, et cependant In gêne qui 
hante bien des foyers dans les grandes villes, y est totale- 
ment inconnue. 

Monsieur le curé do Saint-Mngloire qui s'intéro^so à sou 
troupeau, comme au reste tous ces bons missionnaires des 
bois, a effectué, à la fin de l'année 1900, un petit recense- 
ment paroissial qui lui donne grand espoir pour l'agraudisse- 
ment de la paroisse. Il a relevé onze chefs de famille riches, 
chacun, de plus de douze enfants vivants. L'un d'eux, plus 
privilégié encore que les autres, eu aooustiit dix-neuf I 



;'^: 



Dans le comté de Moutmagny, où l'Etat est encore posses- 
seur de 180,000 acres de terres, le mouvement colonisateur, 
un moment activé par l'ouverture du chemin Taché, s'est 
quelque peu ralenti en ces dernières années. 

Montmagny est d'ailleurs l'un de nos districts oti le fléau 
de l'émigration ait sévi avec le plus d'intensité depuis trente 
ans. 

Et C( tte déperdition périodique de forces a eu pour consé- 
quence de nuire, dans une assez large mesure, à l'éolosion 
des nouvelles colonies. Les seules qui aient pu s'épanouir 
librement, t . ces dernières années, sont Notre-Dame du 
Eosaire, dans le canton Ashburton, et Sainte- Apolline, sur le 
chemin Taché. 

Notre-Dame du Kosaire vit arriver ses premiers colons en 
1883 et cinq ans plus tard, cette mission s'assurait les ser- 
vices d'un missionnaire. Elle possède aujourd'hui une fort 
jolie église, avec une population de 600 âmes. 

Sainte-Apolline, à sept lieues en arrière du Cap 3aint- 







— 192 — 

Ignace, n'eat encore qu'nne humble inisiion, recrutant une 
cinquantaine de familles. Klle «'est formée il même le canton 
l'atton. Dans cette colonie débutr 'te, comme dans toutes 
celles où, un noyau de no« compatriote» s'est portiJ, on 8ou|'ire 
ardemment après la venue d'un prêtre. Qu'on nous donne 
un mré, me disait un des pionniers do l'endroit, et notre 
mitaion va jonblcr d'importance eu moins do deux ans. 



Si nous passons au comtd voisin, celui de l'Islet, nous 
observons que là aussi les doux grandes routes <li! colooisa- 
tiou, le chemin Taché et la loutd Eltfin, ont ilé un puissi'.jt 
facteur pour la colonisation. 

Sur la route Elgin, deux paroisses ont déjà atteint des 
dév.ioppoments considérables. L'une, Sainte-Perpétue, com- 
mande une population de 676 habitants, l'autre, Saiut-Pum- 
phile, dont le fondateur, Frédéric Vaillancourt, vient de 
mourir plus qu'octogéuaire, est le plus brillant de nos avant- 
postes sur la frontière. C'est un village remuant qui doit su 
rapide fortune ii l'exploitation de la forêt et il celle de la 
terre '. 

Dans ce même comté do l'Islet, où l'on rencontre encore 
200,000 acres de terres vucaLtes, se dégaijent deux petites 
colonies dont l'avenir est plein de promesses : Saint- Uamaae 
et Saint-Marcel. 

Saint-Damase, à huif milles de Saint-Jean Port-Joli, a été 
constitué ii même les cantons Ashford, Fournier et quelques 
parcelles des anciennes seigneuries de Saint-Jean et de Saint- 
Koch ». 

Saint-Marcel a pris naissance dans le canton Arago, à 

1 Population de Saint-Famphile : 1,307 imes. 

2 Population de Saiiit-Dauiaso ; 597 âme». 



— 19J — 

dti'irs.'" '• """ '""'"' "• '"'"^^ •" ■- '-'" 

I*« premier, d^frieheraent» de S«int-Marcel datent de 
v.n«.o.La an, et ce furent troi, frère,, Pierre, Elz&r et 

fl«,;; , °,."'"' "r^'"""" **" «"'"'-Cyrille de 1-I.let. q„, 
firent tombe- ,ou, leur hache le, p>9raier, arbre, do la forêt 
Loraque jj vi,itai l'an dernier cette colonie -vou, mo 
permettrez de vou, relater cet incident- on m'avait préci- 
^ment >nd.qué la demeure de l'un de, troi, frère. PeMetier 
comme é.a..t à peu prè, l'unique hôtellerie où d.,cendaient 
le, rare, étranger, q„i d'aventure ,e dirigeaient ver. cette 
région. Je me rendi, ei toute confiant à l'adre,« que l'on 
m avait communiquée, mai, ce fut «lulement pour être 
1T" t '"7'' ':,r ''■"'"' ^^'^ ^" f'"""" «"»"'« l'o:^ n'en 
parlé venait d'engager .on cœur et » main à i .,n de. beaux 
g»r. du village, et c'est cet événement que l'on célébrait par 
un «rand fe.tin de noce,, .uivi d'une sauterie <'e, pk, 
animée.. Il „ y manquait qu'un seul peraonnage : le violo- 
neux que 1 on requiert en pareille occurence. On n'avait pu 
en trouver à cinq lieue, à la ronde. 

Ce fflcheux contretemps ne parut pas dotoindre sur le 
mactère g néral de la fête. On ,'amu,ait aussi gaîmeot que 
. lou avait eu tout un orchctre à son service, et avec cela, 
la maison qui était vaste, me parut ,i remplie que je crus un 
instant que tout le village participait à la fête. " Détrompez 
vous, me dit le père de l'épousée, qui avait deviné ma surprise • 
nous ne ,omme, ici que la famille, c'est-à-dire mes deux 
frères, leurs enfants respectif, et les miens, soit un total de 
quarante-sept personne.,. Vous voyez, ajout.-Uil avec une 
petite pointe d orgueil, que nous n'avons guère besoin d'invi- 
ter les voisins pour organiser un cotillon " ! 
1 _ Poflation de Saiit-Maroei ; 308 4me«. 



#** 



m 



— 194 — 

Saint. Mnrccl —je n'«i point à vou« l'apprendre — no jouit 
pM à lui seul du privilige de fournir avec une pareille «ura- 
bondance de futur» colon» à la patrie. Dan» toutei no« autre» 
colonie», le Ciel ne »! montre pas plu» avare de »e8 bien» ; 
et ceux de no» compatriote» qui iwnistent à entretenir de» 
appréhension» »ur la vilalitt! de notre race mcttraieni, bientôt 
au rancart leur» alarme», «'il leur était donné de traver»c., 
m«me en courant, no» campagne». Que di»-je ? ce déplace- 
ment n'e»t pa« mf me absolument indi»pen»8ble pour ra»»urer 
no» poMirai»te.. Il exi»te en effet au mini»lè-e de» tene» à 
Québec un registre que chacun peut consulter tt qui en dit 
long sur ce sujet. Ce registre porta le» nom» de ton. le» 
bmve.père.de famille que la' Providence a comblé de M» 
plu» abondantes bénédiction». U dernière foi» que j'en» l'oc 
cation de le oon»«lter — et cela ne date que de quelque, 
jours — il me fut permi» de oon»tater que depuis 1892', 
2,980 père» de famille avaient été ofBciellement reconnu» 
c^mme ayant droit à un octroi gratuit de cent acre». Tou» 
ce» chefs de famille avaient fait 1» preuve requise par les 
règlement», preuve établi»»ant l'existence de douze enfanU 
vivanU et davantage. Quelque»-uns accusaient mémo une 
progéniture de quinze et de vingt enfants. 

Cette fécondité de la race canadienne-française qui nous 
permet d'essaimer un peu partout et de jeter chaque année 
les assises de nouvelles colonies, a éveillé plus d'une foi» 
l'attention des économiste» étrangers. L'un d'eux, et non le 
moins brillant, M. Leroy-Beaulieu, nous citait récemment 
en exemple il cette pauvre France où les sources de vie 
paraissent vouloir se tarir de jour en jour. 

" Si nous pouvions, disait M. Leroy-Beauliou, dan» une 
étude qui a fait 80u tour d'Europe et d'Amérique, si nous 
pouvions attirer en France une immigration composée de 

1 — Date de la pauation de la loi. 



— iL/J — 

bon. éldmc •., 10.000 C,n.di„n,.fr«nç,.i. par ,.. .le œ. 
Canadien, qui .'en vont .e perdre anx Ktat.-Uni., il n'y . 
™'.,. V "" •""°" «ouvornementalo que l'on dut ménager à 

( l>rojet, M. I*roy-lk«ulieu en roconi,, .jt peu .nrè» 
lm,pr»tie»billu!, m«i. il „•, ,,„ „„ j„ ,,, „„,„^,„' ,^, 
raisons qui on cmpôohoraieut la rialisatio,,. Au reste oe> 
m..on, sont raultiplus, et h princi,«l„ 4 invoquer, e'est'que 
la province de Québec a besoin du travail do to.i, se. enfant, 
et que nous so.u.uos as,ez rich.s en territoire et en ressource,' 
de toute sorte pour les retenir au foy.,r naul et leur assurer 
«ou, 1,1 sauvegarde de loi, libérUes, exemptes de toute ten-' 
dance d ostracisme, une exi,tenco libre, aisëe et heureuse 

L'he e n'est pn, venue sans doute de deviser sur nos des- 
tinées, ■ le ,„rt qui „„„, ,era dévolu dans un avenir plu, 
ou moin, lointain, mais ce que l'on ne peut méconnaître dès 
maintenant, c'est que veillant avec uu soin jaloux sur notre 
pays, la Providence a e. ,rvé à notre race cette vigueur qui 
lui a ,«rmi, en un sièc t demi de f.rmer un peuple que 
ce peuple a réussi par lu <,uito à fortifier ses [«sitions et que 
sa Situation dans la province de Québec s'améliore de jour en 
jour. ■" 

On dit bien à la vérité _ en ,'appuyant sur les statistique, 
du recensement — que Ains un certain nombre de vieilles 
paroisses, il y a déperdition de forces. Ce qui paraît être ici un 
dépeuplement n'est au fond qu'un simple déplacement. Le, 
his de cultivateurs se trouvant, à un momont donné, à l'étroit 
sur la terre paternelle, préfèrent invariablement senfoncer 
dans la forf-t, pour s'y tailler un domaine de leurs propres 
mains et fonder à leur tour de nouvelles familles. La plupart 
de nos colonies en plein épanouissement — c'est aujourd'hui 
un fait avéré — leur doivent leur existence et même leur 
expansion parfois merveilleuse. 



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I ! t' > 

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J.J 



_ 196 — 

On a coutume de dire que le d,!nonibrement qui s'effectue 
dans tous les pays civilisés constitue en quelque sorte 
l'inventaire des forces vives d'une nation. Celui qui vient 
d'être clos au Canada, nous autorise à entretenir les plus 
belles espérances pour l'avenir do oett« province. Nonobstant 
notre contribution à l'émigration, cette plaie béante par 
laquelle fuit le sang de nos populations depuis bientôt 
quarante ans. mais qui semble, à certains moments, vouloir 
se fermer à demi, nous sommes arrivés pour notre province, 

dans la dernière décade, avec un surplus de population de 

160.363 âmes '. , 

Et ce surplus, il faut en faire t-onnenr. pour une bonne 

partie à nos régions de colonisation qui ont comblé dix. 

quinze et vingt fois les quelqu-s'vides faits dans lei vieilles 

^ A ra^ni de <:o"e affirmation, .je prends la liberté d'extraire 
des feuilles du recensement de 1901 les surplus de population 
que l'on a relevé dans les comtés où il se fait pratiquement 
de la colonisation, ^^^^^^ ^^ ,_^ population 

Comtés. depui» dix ans. 

. . ,, 805 âmes. 

Ar8»°'"»' 57«, ., 

Beauoe - „ 

BellechMBe °" ^ 

Be"W" ,11, „ 

Bonaventure 3-66' „ 

ChampWo 5'68* .. 

Charlevoix ^96 __ 

Chicoutimi ^'''^ 

CompUm ' „ 

Dorohester ''"'° __ 

Dnimmond et Arlhabnsk» '8» __ 

Oaap* ^'^^ 

l_La province d'Ontario dont la population dépassât deux 
million. d'habiUnt.. ne .'est accrue que d'une cinquantaine de 
mille imes de 1891 à 1901. 



— 197 — 

î**»»"» 6,127 âŒM. 

I-I»'»' 585 " 

Lao Sftint-Jean 6202 " 

Mëgantio 1 gg „ 

Montcalm ggj « 

P™''»" ^300 11 

Portneuf j ggg „ 

Biohmond & Wolfe 2790 '• 

Rimouski 6727 " 

Tëmtsoouata 3437 ,t 

Terrebonne 3 691 " 

Trois-Rivières et Saint-Maurice 5,028 " 

^'ig^t 4383 „ 

Excédant total 77432 11 

1^8 seuls comtés à colonisation où l'on ait observé une 
diminution de population sont les suivants : 

Comtés. Diminution de population. 

Johette 2 «flrt j. 

_ 006 âmes 

iCamouraska i.35'i »i 

Maskinongés ."...... 2io56 " 

Montmagny g29 " 

Total 4,904 4mes. 

_ On voudra bien remarquer que l'immigration étrangère 
nest à peu près pour rien dans ces résultats si satisfaisants 
Ce.n'est point que la province de Québec ait été systémati- 
quement fermée aux peuples du dehors. Tout au contraire 
dans les trente à quarante dernières années, nous avons 
tenté à différentes reprises d'attirer chez nous des colons 
belges, français et antres. On a même inscrit, en différents 

du!,7."iSÏ; ' "'"77 '"'■ °""°'" ''"" ™ """"^ "'«o -»« "en. 
due de 1600 acres de terres vacantes. 

Jv^^m^ ^' 'f ?' "' '■'"'■''™° P'"' '"«' "'"'i '=»°'™''. »'" 
environ 60,000 acre» de terres. 

d^ûr^T^^^'"""' """ °""°"' """"'"' '"0 '2,000 acre. 



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1 


1 


,1' 


1 



terops, au budget dea sommes asseï rondes pour faciliter et 
provoquer un exode d'agriculteurs étrangers. Ce travail a 
été dépensé presque en pure perte, tout comme notre argent. 
Kotre appel a été sans doute entendu, mais les habitants de 
l'ancien continent qui sont descendus sur nos rives, ne se 
sont IMS senU, nonobstant toute leur bonne volonté, à la 
hauteur de la tâche. Ils étaient tous ou presque tous 
entendus dans l'agriculture, connaissaient toutes les nouvelles 
méthodes de cultu'-e, mais il leur manquait une qualité mal- 
tresse qui semble «tre l'apanage exclusif du Canadien-fran- 
çais ; il leur manquait la vocation et les aptitudes du défri- 
cheur. Ceux d'entre eux qi.i sont demeurés sur nos terres 
en friche, sont parvenus sàcs d6ute à se créer de bonnes 
fermes, Jiais nulle part dans la province, ils n'ont réussi à 
former une colonie compacte et homogène. 

Dans ces derniers temps, on a fait une nouvelle tentative 
de colonisation par les Finlandais et cent dix-neuf de ces 
braves fils du nord de l'Europe ont été dirigés dans le canton 
Boileau, en plein bois, à vingt milles de la baie des Ha ! Ha I ' 

Cet essai étant encore de date toute . Jcente, 11 faut bien 
laisser à l'avenir le soin d'établir si nous sommes justifiables 
de fonder des espérances sur le succès d'une pareille trans- 
plantation. 



Je touche à la dernière période de cette causerie, peut-être 
déjà trop longue. Elle me semblerait cependant incomplète 
si après avoir étalé brièvement à vos regards les tableaux du 
dernier recensement décennal, si, dis-je, après vous avoir 
démontré l'envahissement progressif de notre territoire, je 

l_Le« Finlandais «ont arrivé» dans ce pays le 14 mars 1902 et 
ont prU posseMlon d'une trentaine de lot» que détenait une société 
de colonisation dite " la .ociété de» Trente ". 



IL 



-199 — 

pMaai, aous silence le, grand, facteur, de cette marche 
ascendante de nos nationaux. 

., ^l^i'^' ^^ f '" **"" '''^'■^'" gouvernements qui se sont 
succédé dans la province de Québec depuis la Confédération 
ont saisi parfaitement l'importance de cette question de colo- 
nisation et que de constants efforts ont été déployés par eux 
pour faciliter l'établissement de nos terres. 

Etant donné l'étendue du pays, et les crédits limités mis à 
leur disposition, les gouvernements n'ont pu. il est vrai 
étendre également leur sollicitude sur tous les points do notre 
vaste territoire, mais leur intervention, partout où elle a du 
se manifester, a toujours été effective. 

Ce qui manquait aux colonies en germe, c'étaient des voies 
de communication, chemins de fer ou simples routes de 
colonisation. Les livres bleus sont là pour dire que no, 
gouvernements n'ont jamais hésité devant des besoins urgents 
et que nous sommes redevables aux aides substantielles qu'il, 
ont généreusement voté, toutes les grandes routes qui sUlon 
nent le pays. ^ 

n'„!!*" '"If ""^«"'f™^'"» '»'" bien disposés qu'il fussent, 
n ont pas été les seuls agents du progrès remarquable observé 
partout. A la base de chacune de nos colonies, apparaît en 
effet un autre facteur, celui-là complètement désintéressé e 
mû par 1 unique désir de faire bien. Ce facteur, c'est le mis- 

uZT' T '" ^■''"' «'-'^'--fr'-Ç''"- Il n'est point su^ 
la surface de notre immense territoire de coin si obscur et si 
reculé où .1 n'ait pénétré et signalé sou passage par une 
œuvre utile. Ami du progrès matériel, on le voit !e dépenser 
partout et presque sans mesure lorsque son intervention peut 
contnbuer à l'améhor,.,ion du sort de nos braves colons II 
continue à cet égard une tradition vieille comme la colonie 
e e^ême. Tel il était, il y a deux et trois cents an, lorsq 
les paroisses commençaient à s'organiser, tel on le retrouve 



•iMi 






— 200 — 

encore de nos jours, au fond des bois, dans ces colonies en 
germe qui seront demain de grands et aorissanta villages. 
Le zèle du missionnaire canadien-français ne connaît m inter- 
mittences, ni défaillances; il s'affirme ou se déploie partout 
où il y a du bien à taire, une œuvre à créer, une organisation 
à consolider. , . 

Les cercles agricoles, l'industrie laitière ' qui a reçu de si 
heureux développements et qui constitue une source pres- 
que intarissable de revenus pour toutes les colonies où elle a 
été implantée, l'organisation du réseau téléphonique qui 
relie les nouveaux centres de population aux anciennes 
paroisses, tout ou presque tout relève de son dévouement ou 
de son initiative toujours en éveil. 

Dans certains pays bien organisés, on ouvrait jadis un 
livre d'or pour y inscrire les noms des citoyens qui avaient 
bien mérité de la patrie. Si un pareil livre existait ici. il 
faudrait y inscrire à la première page, en caractères indélé- 
biles tous les noms de ces humbles missionnaires des bois 
qui "dans le silence et avec un zèle qui ne se dément 
jamais, préparent, à l'ombre de la croix, la grandeur future 
de notre peuple. Et ce ne serait que justice. 

l_On porte aujourd'hui à plus de 2,000 le nombre d'asBOoia- 
tion. exploitant, dans nos «uip ^n«, l'industrie du beurre et du 
fromage. 



SEPTIEME CONFÉRENCE 

donoéfl pu 

Uoniieur N.-E. Dioxni 
Docteur J, Ultr«i, D„t,„r en mMclM .1 M.ml.™ d. 1. SocKli Ho,.le du 0»«1. 

UNE GRANDE FIGUHE DE PRÊTRE 
l'abbé GABRIEL RICnARD 



M" l'Archevêque, 

M. le Recteur, 

Measieurs, 

Le prêtre dont il est question dans cette conférence, n'était 
pas Canadien-français; il n'appartenait pas au diocèse de 
Québec, bien que son nom figure au Répertoire du clergé 
canadien de M. l'abbé Tanguay. Cependant sa mémoire est 
parvenue jusqu'à nous, parce qu'il exerça son ministère 
durant trente-quatre ans dans la viUe de Détroit, ville fran- 
çaise d'origine et qui n'est devenue définitivemenf américaine 
qu'après avoir, à deux reprises, brisé les lie? A l'atta- 
chaient à l'Angleterre. 

Situé à la porte du Canada, Détroit, au point de vue reli- 
gieux, se trouvait souvent confondu avec les centres cana- 
diens de son entourage, et il arrivait que son missionnaire ou 
curé était appelé du côté du Canada pour remplacer un 
confrère absent ou malade. Tel fut le cas du prêtre, qu'en- 
semble nous allons suivre à travers toutes les phases de son 
existence mouvementée. 



il?. 



— 202 — 

J'ai cru que cette esquiase, tout imparfaite qu'elle est, 
aurait d'autant plu. d'à-propos. que Détroit vient de célébrer 
le deux-centième anniversaire de .a fon-1«tion. Nous fê e- 
ron» aussi cet anniversaire à noire manière, moins solennelle- 
ment sans doute, mais peut-être dans un esprit plus français 
et a moins patriotique, puisque nous rendons hoinmajp à 
celui que l'on considère aujourd'hui comme le second fonda- 
teur de U ville de La Motte-Cadillac. 

*** 



L'abbé Gabriel Richard naquit dans la ville de Saintes, en 
Saintonge. le 16 octobre 1767. H éUit le troisième fils de 
François Richard, écrivain de la manne à Boohetort, et de 
Marie-Geneviève Bossuet, dont il serait asseîfaoile de retracer 
la parenté avoo ViUustre Bossuet, ëvêque de Meaux. Par- 
venu à l'âge de s'instruire, le jeune Gabriel entra au collège 
de sa vi' e naUle que dirigeait alors un respectable prêtre, 
M Hardy; il y fit la majeure partie de ses études. En 
octobre 1784, il se rendit au Séminaire d'Angers où florissait 
une célèbre école théologique tenue par les Snlpic.ens. Une 
année plus tard, le jeune Saintoogeois prenait 1 habit ecclé- 
siastique, avec l'intention bien arrêtée de »'agP^ger pour 
toujours à la compagnie de ses illustres maîtres. Il du donc 
aller à Paris au commencement de 1790, et il reçut 1 ordre 
sacré de la prêtrise le 15 octobre 1791, au jour précis du 24 
anniversaire de sa naissance. U France venait justement 
d'entrer dans cet« période de tourmente révolutionnaire qui 
devait amonceler tant de ruines. 

Les décrets du 27 mai et du 20 août 1792, prescrivant le 
bannissement de out prêtre insermenté, allaient jeter en- 
dehors de la patrie française des milliers et des milliers de 
ces malheureux en soutane qui n'avaient d'autres ressources 



- Jus- 
que leur espoir en Dieu, quelques plices d'argent et un peu 
de bardes. Une fois dehors, où iront-ils ? Que faire à l'étran- 
ger où ils sont inconnus, où leur langue n'est point parlée, 
leur foi souvent méconnue ? C'est donc la détresse qui s'offre 
à leur vue, c'est le pain noir de l'exil qu'il va falloir men- 
dier, c'est peut-être aussi la mort par la faim et les privations. 
De pauvres évêques et prêtres français durent donc tra- 
verser les Alpes et les Pyrénées pour fuir la persécution et 
la mort. D'autres nobles proscrits, surtout ceux de Bretagne 
et de Normandie, coururent chercher un refuge en Angle- 
terre et à Jersey. La proximité de ces lies devait naturelle, 
ment les attirer et les induire à chercher une hospitalité à 
laquelle ils étaient peut-être loin de s'attendre. Comment, 
eu effet, pouvaieut-ils espérer que la protestante Albion 
accueillerait des enfants de la France catholique, surtout des 
prêtres ? Cependant elle fut large l'hospitalité anglaise, elle 
fut généreuse et même poussée jusqu'aux dernières limites 
du possible. 

Aux Etats-Unis, comme en Canada, la réception des prêtres 
émigrés fut aussi cordiale qu'en Angleterre. Plusieurs Sulpi- 
ciens, quatre, croyons-nous, partis de Sa-' -Malo en avril 
1791, étaient arrivés à Baltimore au mois d( ai"'.et. C'étaient 
les abbés François-Charles Nagot, Jean Tessier, Antoine 
GarnieretMichelLevadoux. Ils avaient pour compagnons de 
voyage trois jeunes Anglais aspirants à la prêtrise, et l'illustre 
auteur du 0(fm« du Christianùme. Chateaubriand en parle 
dans l'introduction de son Voyage en Amérique : " Au 
printemps de 1791, dit-il, je dis adien à ma respectable et 
digne mère, et je m'embarquai à SaintMalo : je portais au 
général Washington une lettre de recommandation du marquis 
de la Rouairie. Celui-ci avait fait la guerre de l'indépendance 
en Amérique; il no tarda pas à devenir célèbre en France 
par la conspiration royaliste à laquelle il donna son nom. 
J'avais pour compagnons de voyage de jeunes séminaristes 



_204 — 

deSaint-Salpice.qae leur supérieur, homme de mérite, condui- 
aait à Baltimore ". 

C'était par la sage intervention de M" CarroU, premier 
évêque de» Etats-Unis d'Amérique, que les Sulpioiens avaient 
résolu d'aller fonder un séminaire à Baltimore. Vers oete 
époque, l'abbé Dubourg, qui plus tard devait être évêque de 
la Nouvelle-Orléans, fondait à Issy une école préparatoire, 
sous le patronage de» Sulpioiens. Il m avait confié la direc- 
tion à l'abbé Gabriel Richard, qui se chargea er même temps 
de la classe de» mathématiques. Cette besogne tombait dans 
le goût du jeune prêtre, trè» versé dans les sciences exactes, 
et porté d'instinct à ae faire l'édu,cateur des autres. Mais les 
fureurs des révolutionnaires s'acoroissant tous les jours, M. 
Emery, alors supérieur de Saint-Sulpice, jugea qu'il serait 
peut-être plus sage d'envoyer le professeur à Baltimore pour 
y fonder une chaire de sciences mathématiques. Le voyage 
fut aussi vite entrepris que décidé. L'abbé Richard, qui 
avait dû se réfugier dans une chapelle obscure pour recevoir 
l'onction sacerdotale, comprit dès lors que son existence serait 
désormais en butte à des tribulations dont il lui était difficile 
de prévoir le terme. Quoi qu'il en fût, il courut hardiment 
vers l'autre monde, sans se eoucier des périls de la mer ni de» 
épreuve» probables de sa nouvelle carrière. 

Dès son arrivée à Baltimore, l'abbé Richard se hftta de se 
rendre au séminaire saluer l'abbé Kagot. Il y rencontra plu- 
sieurs Sulpioiens, dont les uns, comme l'abbé Dubois, étaient 
arrivés en 1791, et les autres, les abbés Chicoineau, Flaget, 
David et Badin, ne les avaient précédés que de quelques 
semaines. L'abbé Richard avait traversé la mer eu même 
temps que MM. Ciquard et Maréchal, tous deux prêtres du 
plus haut mérite, et dont le premier devait plus tard rendre 
d'éminenta services à l'Eglise du Canada, et l'autre devenir 
évêque de Baltimore. On conçoit aisément que le Sémi- 



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— 206 — 

naire de Baltimore, à «es ddbut», ne pouvait (l»ro bien flori». 
«ant. U première année, il n'y eut qu'un aeni élève I II 
fallut donc que l'abbé Richard 86 réaigna à abandonner sa 
chaire pour prendre le ohomiu des missions, partageant en 
cela le sort de plusieurs de ses confrères que M" CarroU 
avait envoyés dans divers postes où ils seraient plus agr&bles 
à Dieu et plus utiles à la religion. C'est ainsi que M. 
Maréchal fut envoyé danp le comté de Sainte-M^rie, M. 
David dans le Bas-Maryland, M. Ciquard chez les Indiens 
de Pasaamaquoddy, M. FUget è Vinconnes, M. Levadoux 
aux Illinois. Muni de l'agrément de son supérieur, M. 
Richard partit pour lei missions de l'Illinois avec M. Leva- 
doux, en mêmy temps que M. Flaget su dirigeai» vers Vin- 
cennes. Les trois missionnalios fireni .asemble le voyage, d'a- 
bord jusqu'à Pittaburg où ils séjournèrent quelques semaines, 
puis à LouisviUe, dans le Kentuoky, où ils se séparèrent non' 
sans éprouver une vive émotion. 

Bien que les colonies anglaises d'Amérique eussent conquis 
leur indépendance politique et commerciale depuis 1783, 
l'évêque de Québec n'avait pas cessé, jusqu'en 1790, de gou- 
verner les missions illinoises, comprises entre le Mississipi et 
l'Ohio. Le 19 mars 1790, M. Udeu écrivait à l'évê<iue de 
Québec, qu'il quittait son diocèse pour -ccepter la cure de 
Saint-Louis que lui offrait M" CarroU. Le Père Mourin, 
jésuite, et l'abbé Pierre Gibault avaient été successivement 
vicaires générau.- de M" de Québec, et M. Gibault l'était 
encore en 1782, avec résidence à Kaskaskia. Les missions 
dites des Illinois comprenaient à cette époque cinq paroisses 
principales : la Prairie uû r.>,oiier, la Nouvelle-Madrid, Sainte- 
Geneviève, Kaskaskia c. Cahokia. Les desservants à Sainte- 
Geneviève et à la Nouvelle-Madrid furent en 1 773 le Père 
Hilaire, en 1778 M. Bernard, en 1785 M. de .^jint-Pierre, 
en 1787 le P. Louis Guignes, en 1789 le Père Ledru. Les 



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— 206 — 

KKistre. de Oahokia manquent depnU 1761 juiqu'à 1783 ; 
m.i. il. mentionnent pour cette année-là M. Bernard pour 
1786 M. de Saint-Prieet, pour 1789 le P. Oriboult. A K«s. 
kaekia, aprè. M. Oibault en 1782, viennent M. F. Beri. .d 
«n 1784 M Poyel en 1785, M. de Saint-Pierre qui ,!l a en 
même temps curé de Sainte-Geneviève en 1780, et M. de la 
Valinière, vicaire général en 1789. Suinte-Oeneviève et la 
Nouvelle-Madrid .îtaient .ituée. sur la rive droite du Mi«i»- 
,ipi, le« autre, paroisse, sur la rive gauche ; Cahokia ét«it 
situé presque en face de Saint-Louis. 

Les abbés K'chaid et Lovadou» eurent il deiservir les cinq 
paroisses que nou. venons de mentionner. On trouve le 
Imier à la Prairie du Rocher d« 1793 i 1798, à Cah.kia 
Sans les premiers moi. de 1798, k la Nouvelle-Madrid et à 
Sainte-Geneviève en 1797, à Ka.kaskiaen 1792 et en 1798. 
Quant à rabbé Levadoux, il dut se rendre à Détroit au mon 
d'août 1796, après en avoir re(iu l'ordre de son évêque. 

L'abbé Richard demeura ferme au poste et consacra six 
années de rudes labeurs au milieu des Indieu, que le contact 
de la civilisation française avait rendus accessible, à la pré- 
dication évangélique. Le missionnaire eut à subir parmi eux 
de nombreuses contrariétés, mais aussi de douces consolations. 
Ce furent peut-être le. plu. belles années de w vie, car .1 est 
notoire qu'en se rendant dans la mission de Détroit, cet 
apôtre de Dieu dut souffrir de plus grandes tribulations mus 
éprouver autant de bonheur. Nous allons le voir bientôt à 
l'œuvre sur ce nouveau théâtre, bien digne du reste de se. 
talenU et de .on courage persévérant. 

Dans une lettre à l'évêque Carroll, en date du 24 janvier 
1796 l'abbé Richard dressait un tobleau peu encourageant de 
l'état'de l'Eglise en ce. lieux lointains. Il y avait une église 
à Kaskaskia et une congrégation de 800 Imes, et une autre à 
la rrairie du Rocher. Parlant de Kaskaskia, .1 dit : Le 
peuple de cet endroit est le pire de. Illinois. Il n y a/pas de 



— 207 — 

ro.^ioii chez eux, et la («mse y règne en (ouvenine; «uni 
l'intempérance et la débauche ". La l'raiiie du Rocher lui 
ap|)(irtait plu» d'encouragement : " Je tuia auei aatisfait, 
disait-il, de mon petit village de la Prairie du Rocher, bien 
que de grave» acandalea »'y «oient queliiuofoi» produit'!. 
Ma principale consolation rae vient do cinq ou aix faïuillea 
anglaiaea, qui vivent à 10 ou 15 milles d'ici. Ils sont entou- 
rée» d'autre» familles qui sont protestante», mai» que je 
réussirai» parfaitement il faire entrer dan» le giron de l'Eglise 
catholique »i je pouvais parler l'anglais avuo plus d'i facilité ". 

L'année suivante l'abbé Riohard dut aller visiter l^w Caho- 
kias, au nombre de 300 environ ; ils possédaient une belle 
éflise qu'avait érigée M. Levadoux. Cette mission, qui comp- 
tait plu» de cent an» d'existence, avait quoique peu péréclité 
faute do mi8»ionn»ire8. L'abbé Richard s'appliqua à lui rendre 
«on ancien éclat et il mit à cette œuvre autant de zèle, que 
de prudence. A ussi put-il s'apirœvoir, au moment de son 
départ, que la population commençait à profiter de ses conseils 
et de ses bons exemples. 

Le 22 mars 1703 l'abbé Richard dit adieu à ses missions 
de rillinois et il arriva à Détroit au moi» de juin, le jour de 
la Fête-Dieu, accompagné de l'abbé Jean Dilhet, «ulpicien 
comme lui. 



Les deux péninsules qui forment l'Etat du Michigan ne 
furent cédées aux Etats-Uni» par l'Angleterre qu'en l'année 
1796. On calcule qu'il y vivait environ 6,000 catholiques, 
Canadiens et Indiens, groupé» à différent» endroits, mais sur- 
tout à Détroit, à Michillimakinao, à la Rivière aux Raisins, au 
Saut-Sainte-Mario, à la rivière Clinton, à la baie Miamis, i 
Saint-Joaeph et à l' Arbre-Croche. Les Irlandais catholiques, 
au nombre • s'étaient réfugiée dans les environ» du 

lac Saint-0. ' ^ Saut-Sainte-Marie, le Détroit et l'Arore- 



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— 208 — 

Croche ooii.pt.l«nt parmi 1m <t.bll»menU Im pin» "ot»"»- 
L«t Jétuitei ariient fouW ce to\ depiiU 1m premier, temp» 
de U colonie, et Détroit mémo, fonda en 1703, po.i<Sd«it eee 
trobivM religieuM» et avait donné rhotpltalité à nne vingtaine 
de miMionnaiie. dopait le Ptre UéooUet ConeUntin de Lhalle. 
premier auuiftnii - du fort Pontohartrain, en 170:1, jiisquaiix 
abWn Dufiiux et Edmond Burke. tou. deux vicaire, généraux 
de l'Evfque de Québec et K. dernier» repréeentanU dan. la 
pénin.nle du Michigan. 

U première nomination à la cure de Détroit par un 
évêque amWoai... M" Carroll, fut celle del'abb* Uvadoux 
en 1790 L'abbé Richard, son ancien compagnon de» miv 
.ion» illinoiw», fut envoyé à u place deux année, plu» tard, 
avec le titre de vicaire gér m l'évêque Carroll Sa 

nomination date du 18 ma .798. U win de douxe 
paroiiK. lui était confté, et da ce. paroi.»e» il n y avait 
que .ix chapelle.: une à Détrci et une autre .ur le canal 
par lequel le Uo Saint-Pierre vient w décharger dam le lac 
Erié i une à la baie Verte, une à la rivière Clinton, une à la 
rivière aux Rai.in», une enfin à U baie Miami». Sa jaridlo- 
Uon .'étendait aussi loin que U Prairle-du-Chieu, petit 
vilUge situé à Vendr... où la rivière Wiscoi.sin >o jette d»n» 
le Mitsisispi. Il y avait là 120 catholiques, sans église i. 

Comme on le voit, le oha.np était vaste, trop vaste même 
pour un prê're seul, livré à ses propres ressources. Il eut de 
raid dan» la personne de l'abbé Dilhet d'abord, jeune prÊtre 
français que M" Carroll lui adjoignit en 1798 et qui fut son 
auxiliî'ire jusqu'en 1805. Tous deux s'employèrent do leur 
mieux pour répondre aux besoins de la population catholique 
disséminée sur un territoire aussi étendu. L'abbé Richard 
comprit bientôt qu'il serait impuissant à la tâche, s'il s'en 
tenait au ministère des âmes par les moyen» ordinaire», o'eet- 



— 309 — 

Wiw It pnidicstian ot l'adininittration dei Morementa, Lei 
«tholiquet vUient entouré* de prote«tants, nux ntultiplei 
diinomination*, et toutes cet aeotea remuante! faiuient dn 
prmtjlytiame. Il y avait donc de» danger» à courir et ai on 
ne fortifiait paa ta citaclelle, l'ennemi avait toutes lei chanoei 
d'y piSniilrcr, Les sanvaxes surtout, avec luur inconatance 
naturelle, euaaent éii dea proipa fncilea pour l'ogre proteatant. 

Que faire en pareille occurrence ! L'abM Richard comprit 
qu'il fallait de toute nëoessit(i commencer par protéger l'en- 
funce contre renvuhiasement du mal. Il n'y avait pas d'écoles 
à Détroit ; il résolut d'en ouvrir coûte que coûte, inéiue au 
prix dea plus grand» sacrifices. Ce fut son premier soin, et il 
s'y employa avec une ardeur admirable. Deux ans après la 
fondation de Détroit, (1703), La Motte Cadillac, alora com- 
mandant du lien, avait recommandé la fondation d'une école 
pour l'éducation des enfanta des Francjais et des Sauvages, 
mais on ne trouve nulle part de traces de cette fondation ', 
A partir do 17(»3 jusqu'à 1 . livée de l'abbé Richard, rien ne 
fut fait dana le sens "e l'éducation de l'enfauce. Tout était 
laissé à l'initiative privée, et l'on peut a'imaginer aisément 
que l'ignorance devait régner en souveraine dana ces contrées 
éloignées des centres canadiens. 

Enfin, après beaucoup d'efibrt», une école s'ouvrit à 
Détroit eu 1804. Malheureusement elle fut brûlée en 1805 ; 
Mais le bon M. Richard no se laissa pas décourager. Il se 
mit donc de nouveau à l'œuvre, et il fonda une académie à la 
t6te de laquelle il plaç;» quatre jeunes institutrices dont il 
avait fait lui-même l'éducation. Elles devaient enseigner la 
géographie, l'histoire ecclésiastique, \a. musique d'église, et la 
pratique de l'oraison mentale. Le curé donnait des leçons de 
latin. 

1 — Smith'i Iduoatlon in Hichigan, p. 7. 
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— 210 — 

Quatre ans plus tard, trois autres écoles turent ouvertes 
par les soins de l'abW Richard à Grand Marais, à Spring- 
wells et à la Rivière Huron \ Bans nu mémoire qu'il 
adressa à la Législature du Territoire du Michigan, le curé 
de Détroit mentionne le fait que trois de ces écoles étaient 
tenues par des Canadiennes-françaises auxquelles il avait 
enseigné les rudiments de l'anglais et du latin, un peu 
d'algèbre et la géométrie, l'ius de trente jeunes filles assis- 
taient à ces écoles, où elles apprenaient à lire, écrire, compter, 
tiicoter, coudre et filer. L'une de ces écoles était fré- 
quentée par quatre petites aavmgessea et leur grand'raère, 
de la tribu des Poutéouatamis. Vom instruire ces enfants et 
aussi comme encouragement, l'abbé Richard avait fait venir 
de New- York un appareil électrique, une pompe à air, une 
machine à filer le coton, et aussi des couleurs pour teindre 
les étoffes fabriquées à l'Académie. 

L'abbé Richard terminait son mémoire en demandant à la 
Législature de consacrer le profit d'une des quatre loteries 
mtorisées par l'Etat, à l'usage do ses écoles, dans le but 
d'encourager la littérature et les arts. 

Ce fut grâce à son dévouement pour l'instruction que le 
curé Richard dut en grande partie sa popularité parmi toutes 
les classes et toutes les croyances de Détroit et du comté de 
Wayne. Ce fut aussi pour la même raison qu'il fut appelé 
plus tard à foire partie comme directeur de l'Université du 
Michigan dont nous aurons occasion de parler plus tard. 
Ce genre de travaux ne l'empêcha pas de consacrer la 
majeure partie de son temps à la visite des paroisses dont 
l'évêque lui avait confié la charge. C'est ainsi qu'en 1799 il 
courut visiter l'tle de Mackinao '. où il avait une mission à 
desservir. 

1 _Hubbard on Early Colonization cf Détroit. 
2 — Quelques-uns écrivent MacHnaK : quelle que «oit l'ortho- 
graphe que l'on adopte, il faut prononcer UackitM. 



— 211 — 

Quelque tempa après, rendant compte de sa visite à M" 
CarroU, il écrivait : 

" J'ai quitté Détroit le 20 de juin, dans un vaisseau amé- 
ricain, et après une tempête terrible sur la baie de Saginaw, 
et sur le lac Huron, nous sommes arrivés à Maclcinaw le 29 
du même mois. Ici je rencontrai un grand nombre de 
personnes; car près de mille hommes visitent cet endroit 
durant la saison d'été, mais la plupart n'y séjournent que 
pendant quelques semaines. C'est le lieu de rendej-vous 
des traitants du lac Michigan, de Mississipi, du lao Supérieur 
et d'autres lieux, et l'un y trouve cinquante maisons. J'y 
trouvai toute une pépinière d'enfants et je suppléai les 
cérémonies du baptême à trente d'entre eux. Ils étaient 
tous âgés de plus de sept ans, la plupart illégitimes. Il est 
pénible de constater que tant de pauvres créatures soient 
abandonnées sans instruction religieuse, car c'est à peine s'il 
s'en trouve qui peuvent faire le signe de la croix. On 
m'informe qu'il y en a aussi beaucoup d'autres à différents 
endroits, tels qu'à la rivière Saint-Joseph, à la rivière Wis 
cousin, à la l'rairie du Chien, à la baie Verte, au Saut 
Sainte-Marie, sur les bords de quelques rivières qui se 
déchargent dans le lac Supérieur, au Grand Portage, où la 
Compagnie du Nord-Ouest de Montréal emploie annueUe- 
ment 1700 hommes, presque tous des Canadiens. Grand 
Portage, près de la limite occidentale du lac Supérieur, est 
situé du côté américain, et est un poste de commerce égal à 
Mackinaw. 

" Pendant les deux mois qui suivirent mon arrivée à Mac- 
kinaw, j'enseignai le catéchisme tous les matins, et le soir je 
disais les prières à l'église, après lesquelles je donnais une 
explication familière des diiférents pointa de la doctrine chré- 
tienne. Un bon nombre de personnes, surtout des visiteurs 
venus de loin, assistaient à ces entretiens, dans l'église qui a 



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— 212 — 

46 pieds 8ur 25. U construction en cèdre lui assure plu- 
sieurs années d'existence, quoique elle soit déjà ancienne 
Elle est assez bien pourvne d'ornements, de linge d autel, 
mais il n'y a ni calice ni instiument de paix. 

■■ U 3 de septembre je visitai les Ottawas, qui vivent sur 
la rive orientale du lac Michigan, à 45 milles de Mackiuaw 
Le dernier chef de la tribu, mort il y a deux ans, avait été 
baptisé. Mais parmi les 1,300 personnes qui sont i- hom- 
mes femmes et enfants, une seulement, en autant que je 
puis' l-afBrmer. a reçu le baptême. J'ai vu l'endroit appelé 
La Mission où le Père Dujaunay vécut autrefois, de 1742 à 
1760 en qualité de missionnaire. Il ne reste plus qu une 
grande croix sur le rivage, qui à cet endroit atteint une hau- 
teur de cent pieds. C'est à cinq milles au nord du village 
des Ottawas. Je me suis enquis des Indiens en votre nom 
s'ils désiraient avoir un prêtre au milieu d'eux pour les 
instruire, sinon eux au moins leurs enfants, ils m ont répondu 
qu'ils seraient heureux si Votre Grandeur et l'abbé Levadonx 
vouliez bien s'occuper de leur sort; mais suivant la coutume 
indienne, ils m'ont demandé un répit de quelques jours pour 
se consulter et puis donner une réponse définitive. Après 
avoir séjourné deux fois vingt-quatre heures au miheu deux, 
ie suis retourné à Mackinaw le 5, où je demeurai jusquau 
25 de septembre, mais je ne reçus des Ottawas aucune 
réponse, bien qu'ils soient venus plusieurs fois me rencontrer 
à nie La vérité est qu'ils sont plus attachés aux liqueurs 
fortes qu'aux pratiques religieuses. l 'en ai vu plusieurs en 
état d'ébriété lorsque j'étais au milieu d'eux, et aussi dans les 
rues de Mackinaw et ailleurs. Leur trafic consiste surtout 
en boissons spiritueuses. et aussi longtemps que ce système 
prévaudra il n'y a aucune chance de les rendre chrétiens. 
Bien que les traitants reconnaissent eux-mêmes qu'il vau- 
drait mieux dans leur propre intérêt que les Sauvages n aient 



— 213 — 

point de rum, ils persistent toujours à leur en vendre de 
crainte que leur commerce en souffre _ Dieu seul sait le 
mal qui résulte de ce trafic. On a déjà dit que le rum des 
Anglais a détruit plus d'Indiens que Tépée des Espagnols 
Flusienrs chefs sauvages ont cependant demandé que la vente 
des boissons fortes fut défendue par une loi spéciale ". 

L'abbé Richard aurait ardemment désiré passer l'hiver à 
Mackinac afin d'y instruire la jeunesse et de moraliser le 
peuple, qui du reste, malgré ses excès, montraient des dispo- 
sitions à se corriger. Plusieurs même supplièrent l'homme de 
Dieu de ne pas les abandonner dans leur isolement Mais 
l'abbé Richard avait trop à faire à Détroit, où son absence 
pouvait causer quelque préjudice. C'est pourquoi il retourna 
sur le théâtre principal de ses travaux, an mois d'octobre 
après s'être arrêté momentanément à l'Ile Saint-Joseph et aii 
Saut Sainte-Marie. 

C'est alors que l'abbé Richard songea à construire une 
église plus vaste et plus confortable que l'ancienne Avant la 
fondation de Détroit, r'^ts qu'il n'y avait en ce lieu que des 
sauvages, il n'y avait pas de cha,œlle, et d'ailleurs les mis- 
sionnaires ne faisaient qu'y passer. Mais, en 1701, le Père 
"Constantin de Lhalle y construisit une humble chapelle En 
.•04, les sauvages ayant assié^j le fort Pontohartrain et 
Détroit, mirent le feu à l'église et l'incendièrent complètement 
En 1723, une autre chapelle fut érigée sur la rue Sainte- 
Anne, par le Père Bonaventure Léonard, à environ vingt 
pieds de la ligne sud de l'avenue Jefferson, à l'ouest de la rue 
Griswold. Le religieux Récollet lui donna le nom de Sainte- 
Anne, qui lui est resté. 

En 1749, l'immigration apporta à Détroit un nombre 
assez considérable de personnes, et en 17û4, le Père Booquet 
résolut de bâtir une nouvelle église. Elle fut consacrée l'an- 
née suivante, vers la fin de mars, par M" Henri de Pontbriand 



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— 2U — 

évêqne de Québec. Cette église fut érigée, sinon à la place 
même de l'ancienne, du moins à proximité ; elle existait 
encore lorsque l'abbé Richard vint prendre charge de la cure 
de Détroit. Comme elle menaçait ruine, il dut la faire réparer 
à grands frais, et en 1799, lorsque tout fut fini, il se trouva 
chargé d'une dette de $3,000. 

Celle-ci fut incendiée le 11 juin 1805, lors de la grande 
conflagration qui rasa Détioit d'une extrémité à l'autre. Il 
fallut au brave curé et à son peuple se contenter d'abord 
d'une tente, puis d'un grand hangar, jusqu'en 1809. La 
messe fut ensuite célébrée dans un ( Ice connu sons le nom 
de Spring Hill Farm, jusqu'au 1" novembre 1810. Puis ou 
se transporta dans une humble c)iapelle bâtie sur la Church 
Farm ou Melcher, à Hamtramck. Au cours de ces pérégrina- 
tions, le curé Kichard cherchait toujours le moyen de con- 
struire un nouveau temple à Dieu, mais il eut à rencontrer 
bien des difficultés. D'abord l'argent lui manquait ; et puis 
les uns voulaient bâtir dans tel endroit ; d'autres ne voulaient 
pas bâtir du tout. Les choses s'envenimèrent au point que 
M" Flaget dut intervenir et sévir contre une fraction des 
catholiques de Dttroit. L'interdit fut lancé le 24 février 
1817, alors que la nouvelle église, dont le site avait été fixé 
par le curé avec l'approbation épisoopale, était k la veille 
d'être commencée. Les dissidents ne tinrent aucun compte 
de l'interdit, mais, au mois de mai de l'année suivante, ils 
tidèrent devant les représentations des autorités religieuses. 
L'éveque voulut recevoir lui-même leur soumission, et le 
1" juin il arrivait à Détroit au milieu d'une procession triom- 
phale de cavaliers qui étaient allés à ?a rencontre jusqu'à 
iix railles de distance. Huit jours plus tard, la cérémonie de 
la bénédiction de la pierre angulaire avait lieu sous la pré- 
sidence de M'' Flaget. La réconciliation était complète : les 
dissidents promirent d'oublier le passé, et de contribuer pour 
leur quote-part il l'érection de l'église neuve. 



— 21S — 

Les travaux marchèrent as«z rondement. L'étage inférieur 
, ou le SOU8.80I fut ouvert au culte eu 1820. L'étage supérieur 
ne fut terminé qu'en 1828, et l'on y célébra l'office le 25 
décembre. Cette église avait 116 pieds de long sur 60 de 
large, avec deux clochers au fronton, au centre un dôme 
octogonal de 30 pieds de diamètre, et en arrière deux petites 
coupoles. La partie centrale du dôme était surmontée d'un 
vaste soleil; les deux coupoles se terminaient par une lune 
et un poisson mobile. Ces dômes et cette coupole furent 
rasés en 1842. 

Ces travaux d'église qui durèrent plus de dix ans. ne se 
firent pas sans créeer de nombreux embarras an digne curé 
qu. avait le plus poussé à la roue. Certains de ses marguil- 
Iiers lui firent la vie dure, à propos des dépenses qui allaient 
dépasser la mesure de ses ressources. Le temps arriva où il 
fallut payer ou arrêter l'ouvrage. Le curé paya un peu et 
s endetta beaucoup ; mais il réussit tont de même à para- 
chever son église. Si parfois il éprouvait des découragements 
Il se renfermait dans sa chambre, et prenant sa plume il 
ouvrait son cœur abreuvé d'amertume à son évéque dont il 
avait su conquérir la pleine et entière confiance 

Dans une lettre à M-' Flaget, le digne curé de Détroit 
exposait son état d'âme, sans toutefois trop se plaindre des 
persécutions auxquelles il était en butte : " Vous pouvez 
vous imaginer, U", combien ,ette affaire d'église m'est désa- 
gréable ; néanmoins, je me .ons heureux d'avoir ma part sur 
la croix de notre Sauveur. J'ai éprouvé cette année plusieura 
contradictions, mais en même temps j'ai obtenu de Grands 
succès, SI mon amour-propre ne me trompe pas. En général 
le peuple est bien disposé, et je pense qu'un prêtre d'un tem- 
pérament calme pourra lui être utile avec de la patience et 
du temps. J'eopère donc que vous hrez tout votre possible 
pour envoyer à Détroit un antre prêtre pour me remplacer 



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— 216 - 

Comme il setn difficile de bâtir une église «an» avoir du 
secours ailleurs, je me jiennettrai de proposer une souscrip- 
tion parmi les catholiques du Maryland, laquelle serait 
appropriée à la construction d'une église et d'une académie 
à Détroit sous la direction du curé, afin de prévenir l'ingé- 
rence constante et troublante de quelques-uns des marguil- 

liers ". 

L'évêque de Bardstown ne jugea pas à propos de retirer 
de Détroit le vénérable prêtre qui, depuis plus de vingt ans, 
avait dépensé tant d'énergie pour y maintenir ferme l'éten- 
dard du Christ. Il était écrit, du reste, que l'abbé Richard 
mourrait à son poste, après avoir monté à tous les Calvaires 
et épuisé la coupe de l'ignominie .et de la douleur. 



Les soucia de sa construction d'églises oc d'écoles n'empê- 
chèrent pas le curé Richard de se dévouer corps et ime à 
ses ouailles, quelque éloignées qu'elles fussent du siège de sa 
résidence. En 1820. il avait visité la Baie Vene ou Green 
Bay>. L'année suivante il allait à Maokinaw, au Saut 
Sainte-Marie et & l'Arbre-Croche, trois missions bien chères 
à son cœur d'apôtre ». Puis il prit le chemin de Chicago 
par la voie du lac Michigan. Là, il devait surveiller les 
intérêts des Poutéouatamis, des Ottawas et des Chippewas 
dans la négociation d'un traité avec le gouvernement améri- 
cain, représenté par MM. Lewis Cass et Salomon Sibley. 
Le bateau qui le conduisait s'arrêtait tous les soire dans un 
port de la rive orientale du lac, afin de ne pas trop exposer 
la vie de ses passagers. Le brave missionnaire put ainsi 

1_ Capitaine Auguste Orignon, dans WUmntin Bitiorieal Col- 
iKhon», ni, 261. „,^ , ,.., 

2_Brown, The PariihBegUler ofXackina», 1889.-She«s il/s 
and Timei of Archbithop Carroll, p. 488. 



— 217 — 

explorer cette partie peu connue de u mission, bien que lea 
Jésuite , longtemps auparavant, eussent longé les mêmes 
nvoges dans leurs ouurjes apostoliques. Le Père Marquette 
entre autres, revenant des Illinois, avait vu venir à lui la 
mort et s'ouvrir le ciel en face de cette mer du Michigan. 
Labbé Bichard s'arrête à l'endroit même où s'était déroulé 
ce drame poignant, et de là il écrivit à son évêque la lettre 
suivante ; 

" C'est de la rivière an P. Marquette que je voua écris. Il 
y a ICI une douzaine de familles de la nation des Ottowas ou 
Courtes-OreiUes. Je les ai fait demander pour m'infcrmer 
deuit où avait été enterré ce missionnaire de la Compagnie 
de Jésus, célèbre parce que, le premier des européens, il a 
remonté le Mississipi et visité en 1074 l'embouchure du Mis- 
souri, mais plus célèbre encore pour avoir fondé la mission 
de MichiUimakinak et celle de l'Arbre-Croche, connue sous 
le nom de Saint-Ignace, et avoir ainsi préparé à plusieurs 
nations indiennes la voie pour amver à la connaissance de 
tvangile. Les indiens Ottowas m'ont conduit h l'endroit où 
la rivière sortait en 1675 lorsque le P. Marquette y entra le 
8 mai et y mourut le 9. Elle sort maintenant au moins trois 
mille pieds plus haut ou plus au sud, entre deux oapa qui 
ont plus de soixante pieds de hauteur et qui paraissent avoir 
été séparés par l'effet combiné des ouragans et des vagues. 
I-e lieu qu'ils m'ont désigné, est à environ deux cent quarante 
pieds des bords du lac Michigan sur la riv. au sud de l'an- 
cien lit de la rivière actuelle ; car il est certain qu'elle changea 
son cours peu de semaines après U mort du P. Marquette, 
comme par respect pour les restes précieux du saint homme. 
C'est la remarque des voyageurs, même protestants, qui l'ont 
consignée dans les récits de leurs voyagea ; et le fait est col 
firme par la tradition qui s'est conservée jusqu'à ce jour 
parmi les iinciena du pays. J'ai planté une croix en présence 



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de huit OtUvas et de deux catholique» dans la mime place 
où le» indien» m'ont dit en avoir dc'ji vu une autre qui avait 
été élevée par les Canadiens et que le» vents avuient ren- 
versée depuis environ trois aus. J'ai gravé sur cotte croix 
avec mon canif l'inscription suivante en anglais ; 

P Tu. Marquitti diid hère 
9 Mat, 1675 

" Le dimanche suivant, j'ai célébré les saints mystères 
sous une tente à l'embouchure actuelle de la rivière ; et 
l'après-midi nous sommes allés en procession de l'autel érigé 
le matin pour la messe, cinquante personnes, deux à Jeux, 
Anglais, Canadien», sauvages, sur une basse grève de sable 
bien uni, le long du lac, en chantant les litanies de la sainte 
Vierge, à In croix plantée sur le tombeau du pieux mission- 
naire. Nous y avons chanté un Libéra; et nous sommes 
retournés à notre chapelle et campement en chantant les 
litanies des Saints ". 

Cette rivière porta pendant longtemps le nom du Père 
Marquette, mais ce nom finit par être oublié. En sauvage 
c'était la Notiapeseago, d'après les uns, et Y Aniniondibega- 
nining, d'après les autres. C'est plutôt un ruisseau qu'une 
rivière. D'après Charlevoix, il servait de décharge à un tout 
petit lac. La ville, qui s'appelle aujourd'hui Ludington, est 
bâtie à proximité de la rivière du Père Marquette. 

Quand il arriva à Chicago, l'abbé Richard s'aperçut que sa 
présence était 'nutile : le traité avait été sigué d.) part et 
d'autre '. Cependant il trouva moyen de déployer son zèle. 
Il y avait là une petite garnison américaine qui n'avait pas 
de chapelain. I^s soldats ayant manifesté le dé«r d'entendre 
prêcher le prêtre catholique, celui-ci s'exécuta de bonne 

1 — Le 29 août 1821. Le» sauvages cédaient au gouvernement 
4,472,990 acre» dans le Uichigan et 460,800 dans l'Indiana. 



_ 219 — 

grâce. Ce n'était pas la première fois du reste qu'il avait 
occasion de parler lievant des assembliSes de protestant». A 
Détroit même on lavait prié de donner des conférences reli- 
gieuses, et il n'y avait pas mis d'objection. 

Se voyant dans l'impossibilité de retourner i Détroit par 
bateau, l'abbé Richard prit la détermination de descendre la 
rivière des Illinois et le Mississi pi jusqu'à l'embouchure de 
l'Obio, afin de revenir chez lui par cette rivière. 11 allon- 
geait ainsi sa route de deux cents lieues. Mais en ces temps- 
là l'on ne se souciait guère d'entreprendre de tels voyages, 
malgré tous les ennuis qui en résultaient. 

Le 4 octobre le missionnaire parvenait au Portage des 
SioHX, après dix-sept jours de navigation. Ici il noua con- 
naissance avec l'abbé Aguaroni, lazariste italien, qui le solli- 
cita de chanter la grand'messe du dimanche et de faire le 
panégyrique de saint François d'Assise, dont l'Eglise célèbre 
la fête ce jour-là. L'abbé s'acquitta avec bonhour de cette 
double fonction, et disant adieu au distingué lazariste, il 
arrivait le lendemain à Saint-Louis, dans le Missouri. Là il 
fit la rencontre de M" Dubourg qui l'amena avec lui pour 
aller faire une ordination à son séminaire de Sainte-Marie 
des Barrens. Puis tous deux allèrent passer la Toussaint à 
Kaskaskias, ancienne mission de l'abbé Richard. 

Comme la distance à parcourir pour se rendre à BarJs- 
town, ou résidait son évêque W Flaget, n'était pas très 
considérable, l'abbé crut que l'occasion était ou ne peut plus 
propice pour aller rendre visite au vénérable prélat et lui 
exposer à nouveau ses besoins et ses plans d'avenir. Le curé 
de Détroit avait surtout besoin d'auxiliaires pour travailler à 
la vigne du Seigneur. M" Flaget comprit toute la justesse de 
sa demande, et il lui accorda un jenne diacre, M. Vincent 
Badin, dont l'ordination était fixée au samedi de la Semaine- 
Sainte. Après avoir visité les Français de Gallipolis, dans 




I 



— 220 — 

rOhio, MM. Richard et Badin prirent la routa de Détroit où 
ils arrivèrent à la fin d'avril, M. Richard avail éXé absent 
depuis le 4 juillet de l'année précédente. Dès «on arrivée il 
apprit la nouvelle que Cincinnati venait d'Mre érigé en éviché ' 
avec M" Fenwick comme titulaire. La miision du Michigan 
tombait «oui la juridiction du nouvel élu. 11 éUit convenable 
que l'abbé liiohard, grand vicaire de l'évêque Flaget », allât 
s'agenouiller aux pieds de son nouveau supérieur. Il courut 
donc au-devant de M" Fenwick jusqu'à hiltimoro et l'accom- 
pagna ensuite à Cincinnati. Le prélat lu: «ut bon gré de 
cette marque évidente de courtoisie, et il le nomma grand- 
vicaire. Puis l'abbé retourna chez lui, non sans avoir au 
préalable soumis un état détaillé de se» missions, dei espé- 
rances qu'il fondait sur elles dans un avenir assez rapproché. 
L'abbé Richard était très fermement attaché à «es ouailles 
d'origine européenne ; il leur en donnait tous les jours de» 
preuves non équivoques. Mais il n'était pas moins zélé pour 
le ministère des Indiens, à quelque tribu qu'ils appartinssent. 
Autsi suivait-il avec le plus grand intérêt les progrès de la 
religion catholique parmi les Illinois de l'Arbre-Croche, les 
Outaouais du Saut-Sainte-Marie et de Mackinao. 

Lors de l'élévation de M" Fenwick à l'épiscopat, avec 
juridiction sur le Michigan, les catholiques n'étaient pas 
encore très nombreux dans ce territoire. On comptait seize 
familles à l'embouchure de la rivière Maumée, et six ou huit 
milles plus au nord, un peu plus de quinze ; à Otter Crjek 
vingt-cinq familles j cent-cinquante à la Rivière-au-Raisin, 
trente k la rivière aux Ecores, autant à la Rivière-Rouge. 
Cent cinquante familles environ étaient disperiées le long 
de la rivière Détroit : on en comptait un cent de plus sur le 



1 — Le 19 juin 1S21. Mr Fenwick fut consacré le 13 janvier 1822. 
2— Mi> Flaget avait et* «acre évêque de Bardatown le 4 novembre 
1810. L'érection du diooèie datait du 8 avril 18J8. 



Il- 



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lac Sâint-CI»ir et à Anchor Bay, quatre-vingta & I* Point» 
Saint-Iguacc, au nord de Michillimackinao, 20 i 30 au Saut 
Sainte-Mario, 60 sur lea rivea de la Baie Verte, 120 à 150 
à la Prairie du Chien. On rencontrait de ci de là dana tout 
ce vaste territoire dea Indiens Ottawas, Poutiio. ilaniis et 
WyandoU, un nombre d'environ 6,000, plus on moina attn- 
cbiia à lu fui calbolique. L'Arbre-Croche ^tnit le grand 
centre où les peupladea aimaient à se réunir, soit pour déli- 
bérer, «oit pour ricneillir de la bouche du "lissionnaire 
l'instruction religir use. 

La mission de l'Arbre-Crocho avait <!té fondi'e par le Père 
Marquette, de sainte ni(<moire. Elle avait reçue depuis la 
visite de iduaieurs missionnaires, entre autres des Jésuites. 
L'abbd Richard avait jeté lea yeux sur cet endroit pour en 
faire le centre de la catholicité dans tout le Miuhigan. "J'y 
auraia fait plus de fruits, disait-il, que dans le lieu où je me 
trouve. C'était là l'opinion du P. Marquette, homme à mira- 
cles. Il pensait que c'était par ce pays que le bien devait 
commencer, pour être comme le contre d'où les missionnaires 
partiraient pour aller ailleurs ". 

Poursuivant l'idée de leur entreprenant confrère.les Jésuites 
avaient possédé à l'Arbre-Crocho 2,000 arpents de terre, on 
vertu d'une acquisition contractée en 1763 par le Père 
Dujaunay '. Un peu plus tard, en 1821, le gouvernement 
américain s'était engagé par le traité de Chicago, à donner aux 
Ottawas $1,500 par année i>endant dix ans, et 81,000 aussi 
par année à un instituteur, à un forgeron et à un professeur 
d'agriculture qui se fixeraient à l'Arbre-Crocho, et aux Pou- 
téouatamia $5,000 pendant vingt ans et $1,000 pendant dix 
ans, pour défrayer les dépenses d'uu instituteur et d'un for- 
geron. L'abbé Eiihard ne pouvait manquer de faire profiter 

I — Le P. Fierre-Luo Dujaunay, jésuite, fut missionnaire à Miobil- 
limskinsc de 1742 & 1765. 



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— 222 — 

«,„ œnvr. d'un appoint .u..i précieux. Deux prionne. 
lu.", et cUritablo. de Maokinao lui .v..i.nt en outre 
promi. de .e charger de réduction de. jeune, fllle. ..«v.p.. 
TnTlr en«,-gnanTà coudre, à Mer. à lire et à écnre d.n. leur 
Ungue n.»teruelle, .u..i bien qu'en fran,... et en .ngl.... 

Tut «".Wait donc devoir réu..ir au grd du M n.....»..- 
naite • mai. il lui fallait «« moin, deux prêtre, pour d.r.ger 
"a mi..ion. et M" Fenwiok n'en avait aucun i. « dupo.mon. 
M. Richard dut ,e contenter d'y envoyer -n v.^.re M- 
Badin ,»«r expédier le gro. de la be,ogne. /^ l^H^' 
182S, le jeune prêtre bénit la petite chapelle de Arb«. 
LL. et'le lendemain, apré. l'office où »»-t»-; ^;' , 
oatholi;ue.,il remit au grand chef ^'P'P".''» "''"■" f^"' 
d^r repré.entaot d'un côté la coix. et de l'autre Notre-Se - 
gneur Wms.ant le. petits enfant.. Us .auvage demandé- 
rent un mi.>.oau, , • qu. r..i^ftt au milieu d eu,, ma... 
"mmè le leur fit comprendre l'aboé Badio, l'évêque non 

avait pa. à leur donner. . ,. . ■ n.„„i,. 

faunée suivante, l'abbé Badin retourna à l'Arbre-C oche. 
«tte foi. pour y demeurer plus longtemps, vu que le. Outa- 
rtsUnieut . se montrer revéches. ^-f- » 
leur envoyait pas la Robe-Noire prom.se, et »"'« P" 1» 
^son qu'un ministre protestant leur ava.t demandé de fixer 
™n séjour au milieu d'eux. L'arrivée d'un chef algonqu.n 
Tbi des Deux-Montagues, nommé A.s.>g«iuac, devait 
„uve la situation. Cet illustre chef avait été .nstru.t dan, 
"foi parles Pérès Jésuites, et poussé par u"e'»'P"*7 
d'en-Hau.. il était venu s'installer à l'Arbre-Croche afin dy 
enseianer le catéchisme aux sauvages. , 

' cljlndant les Indiens insistaient toujours pour obtemr un 
prêtre et l'abbé Richard répondait invariablement que «>n 
évêque malgré le désir qu'il en avait, n'en avait pas de d,s- 
pln^e ■■ Ah 1 disait-il, pourquoi faut-il que je sois retenu 



— 228 — 

dtna les liaiitei du onnitii de Wayn* 1 Ego vincttu Chruti. 
Si j'iSUi» libi ^ comme je volerai» su aecoun de» btbitantida 
l'Arbre-Croche " î Ce ne fut qu'en 1832 qu'il eut la conioU- 
lion de leur i^nvoyer l'abbii Dejean et un jeune minori! du 
nom de Fauvol '. Orilco au i61e et uu concouri efficace de 
l'Algonquin Atiaguinao, ce8 deux miasionnaire» virent, dès 
la première ann(!o, leur miagimi |irospt'rer, et quand l'abbé 
HavBga, prêtre dalmnte, recueillit leur •uccessiou, l'Arbrc- 
Croche comptait 700 catholiques parmi le» Indien», 

La aollicitude du curii Itichard, a'titendait ëgaliment aux 
Indien» Poutéouatamia de In mission dite de Saiut-Joieph. 
Ceux-ci auraient bien voulu avoir un prêtre pour le»»«courir, 
Kn 1830, ils allèrent rendre viaite à M. Richanl, Leur chef 
Pokëgam, prenant la parole, lui dit : " Mon père, mon père, 
je vien» encore te »upplier de me donner une Robe Noire 
qui nou» fasse connaître la parole de [Jieu... Si tu n'as paa 
pitii< de nous autres homme», aie donc pitié de nos pauvret 
petits enfant» (jiii vont vivre comme nous avons vécu, dans 
l'ignorance et dans le vice. ..Il y a un ministre américain qui 
voudrait nous attirer t> sa religion ; mais ni moi, ni aucun de 
mon village, nous n'avons voulu envoyer nos enfants à son 
école, ni aller h son prêche. Non» avons conservé la coutume 
de prier comme la liobe Noire qui était jadis i\ Saint-Joseph 
et qui a in»truit no» ancêtre». Tou» le» matins et tous le» 
soirs, avec lua femme et me» enfants, uou» prion» ensemble 
auprès d'un crucifix que tu m'a» donné. Le dimanche uuus 
prions plus souvent. Deux jour» avant le dimanche, noua 
jelknon» jusqu'au soir, homme», femme» et enfant», suivant la 
tradition de nos pères et de no» mère», pui»que uou» n'avon» 
jamais vu nous-mSme» la Kobo Noire à Saiiit-Jo»eph. Voici 
la prière qu'il leur a apprise ; vois si je la i comme il faut ". 

I — Cet abb^, devenu prêtre, Buccéila à M. V.Badia en 1826, comme 
missionnaire de Oreen Bay. Etant tombi en disgr&ce auprès de son 
éT$que, il fut remplacé par le Fère Maizuchelli, dominicain, en 183U. 



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— 224 — 

Le chef se jeta à genoux et rdoita à haute voix dans sa 
langue le Pater, YAve Maria, le Credo et les commande- 
ments de Dieu. 

Cet amour du missionnaire catholique germait comme 
spontanément dans le cceur de ces naïfs enfants des bois, 
tandis qu'ils se sentaient de la répulsion pour le ministre 
protestant. Du reste ils avaient des yeux pour voir, et ils 
savaient faire la diffétence entre le pasteur presbytérien qui 
se faisait escorter par sa femme et ses enfants, et le prêtre 
catholique dont le dévouement et l'attention étaient pour eux 
seulement. La Robe Noire, armée de son bréviaire et de son 
crucifix, était pour eux la vivante image du Christ, de sa pau- 
vreté, de sa douceur, de son désidtéresseraeut. Et puis il était 
Français. Ce seul titre suffimit i faire acoeptor le mission- 
naire catholique de préférenca à tout autre, qu'il fût auglais 
ou américain. 

" Je ne sais ni lire ni écrire, disait en 1838 à l'abbé Simo- 
nin un vieux chef des Arkansas; mais je garde là (mettant 
la main sur son cœur) ce que nos pères m'ont dit : Le Fran- 
çais a toujours été bon pour nous. L'Américain m'a trompé 
bien souvent; mais toi, je le vois bien, tu ne veux pas me 
tromper. Non, tu ne veux pas me tromper. J'étais bien con- 
tent lorsqu'au matin j'ai vu se lever le soleil si beau. C'est 
aujourd'hui le plus beau jour de ma vie parce que je revois 
des Français ". 

Le premier missionnaire résidant à Saint-Joseph, chez les 
Poutéouatamis, fut l'abbé Théodore Badin, frère de Vincent, 
C'est lui qui avait fondé les missions du Kentucliy. Son 
œuvre terminée là-bas, il vint consacrer les dernières années 
de n vie aux sauvages de Saint^Joseph. L'année de son 
arrivée, (1832), il baptisa 200 Poutéouatamis ; 200 autres 
n'attendaient pl\i3 que l'heure favorable pour recevoir l'eau 
régénératrice. 



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— 225 — 

S'il eut eu de plus abondantes ressources, le emé Richard 
f.UfB.'. =ans aucun doute opéré une plus grande somme de bien 
mai,, malheureusement il était réduit à la poriioa congrue • 
.on œuvre progressait tout de même, quoique dans des pro-' 
portions atténuées. S'adresser à l'évêque eût été justifiable 
SI celui-ci n'avait pas été endetté pour sa cathédrale Cepen- 
dant Il eut le courage de se plaindre de sa pauvreté en des 
termes tellement touchants, que M" Fenwiok résolut un jour 
de faire un appel à l'Œuvre do la Propagation de la Foi en 
faveur de son curé. Uans une lettre qu'il écrivit au grand 
Aumônier de France, en 1829, le Prékt disait : ■■ En vous 
parlant de la mission du Michigan, je ne puis m'empêcher 
Monseigneur, de vous dire deux mots en faveur du plus 
ancien comme du plus méritant des missionnaires de ce 
quartier; c'est de l'excellent M. Richard, résidant au Détroit 
et qui depuis trente ans au moins travaille au salut des âmes 
dans ce p.iy3. Cet homme apostolique se voit depuis long- 
temps comme enchaîné pour.l'exercice de son ministère faute 
d avoir des ressources pécuniaires suffisantes. Si, par l'entre- 
mise de votre Eminence, quelques secours pouvaient lui être 
alloués afin de le mettre i même d'utiliser son zèle dans toute 
son étendue, la religion en ressentirait les hauroux effets " 

Cet appel fut-il entendu î Nous n'en savons rien, .nais 's'il 
le fut, il ne pouvait être en r.ipport avec les besoins do plus 
en plus pressants d'un curé entreprenant comme l'abbé 
Richard. Il avait fondé des chapelles, un couvent, uueorande 
église à Détroit, avec le concours de ses paroissiens ° Mais 
Il rêvait la fondation d'un collège. La réalisation de cette 
entreprise eût mis le comble à ses vœux. " Dieu sait, écrivait- 
il en 1825, combien de projets, gmnds et petits, d'édiles et de 
missions me passent par la tête, pour les sauvages, pour les 
sourds-muets, pour les enfants des pauvres.. .Mais les moyens 
manquent dans un pays où il faut, pour ainsi dire, tout créer 
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— 226 — 

avec rien. Mon esprit, mon iraaginaiion et encore plus mon 
cœur sont pleins de projeta qui demeurent loua stériles. Que 
de châteaux en Espagne je bâtis en Amérique, depuis trente- 
quatre ans " ! 

L'abbé Eichard avait obtenu pour ce collège prnjoti! la 
concession de 400 arpents de terre à deux milles de Détroit, 
et une autre de 360 près de la Rivière-aux-Raisins. Plusieurs 
familles protestantes lui offraient de l'aide et lui promettaient 
d'envoyer liurs enfants à son collège. Les espérances étaient 
magnifiques, mais la réalité fut que le digne apôtre de l'édu- 
tion s'aperçut bien vite que, pour asseoir un collège sur dos 
bases un tant soit peu solides, il faut autre chose que des 
promesses. Force lui fut donc d'abandonner un projet qui lui 
tenait au cœur depuis nombre d'années. Il mit celui-ci à 
côté de bien d'autres aussi peu réalisables, étant donné la 
pénurie des temps et le trop petit nombre de catholiques. Du 
reste, l'abbé Richard avait alors atteint un âge où il est plus 
sage de ne pas se risquer dans des entreprises qui demandent 
une grande somme d'énergie et de travail. C'était le temps 
de la moisson et non de la semence. 



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Malgré tout le soin qu'il apporta à ne pas dépenser plus 
d'argent que ses moyens ne lui permettaient, le curé de 
Détroit se vit un jour acculé au pied du mur. Ses construc- 
tions avaient absorbé toutes ses ressources et les secours de ses 
paroissiens, et il se trouvait en présence d'un déficit assez 
considérable. Dans lu crainte de perdre leurs réclamations, 
les entrepreneurs se crurent obligés de traduire le prêtre 
devant les tribunaux. Il va sans dire que la cour leur donna 
raison et condamna l'abbé Richard, qui s'était rendu person- 
nellement responsable de la dette de son église, à payer ou à 



— 227 — 

prendre le chemin do la prison. C'était la loi ; dura lex eed 
lex. Elle fut suivie à la lettre; la contrainte par corps eut 
lieu, et le curd fut jeté dans la prison commune, comme le 
plus vulgaiie criminel. [* coup fut rude, le chagrin immense. 
Que faire pour sortir de là ? L'évêque était lui-même impuis- 
sant ; les dettes de sa cathédrale l'accablaient. Les catho- 
liques de Détroit étaient peu fortunés, et malgré leur bon 
vouloir, leurs contributions auraient été insuIBsautes. Ce 
n'est pas sans avoir éprouvé une douleur profonde, que les 
citoyens de Détroit, tant protestanti que catholiques, furent 
témoins de la séquestration forcée d'un homme que tous 
vénéraient à l'envi comme le premier citoyen de leur ville. 
Si encore il avait été puni pour des dettes personnelles, con- 
traotéee pour des fins particulières ! Mais, non pas, il était 
interné pour une entreprise dont la plus grande partie de la 
ville bénéficiait déjà depuis plusieurs années. 

Il est à sunposer que c'est après avoir songé à tout ce qu'il 
y avait d'injuste dam le cliâtimeiit infligé au brave curé, que 
plusieurs citoyens, parmi lesquels figuraient des protestants, 
eurent recours à un expédient qui, s'il tournaiL à bien, était 
de nature à sauver le prisonnier en le libérant et de la prison 
et de sa dette. Cette idée, magnifique d'inspiration, était 
difficile d'e.xéoution. Ces amis dévoués allèrent donc trouver 
l'abbé liichard et lui dirent: " Vous allez vous porter can- 
didat aux prochaines élections du Congrès. Ainsi vous 
deviendrez libre ; car, aux termes de la constitution, la per- 
sonne des représentants est inviolable pendant toute la durée 
de leurs fonctions ; vous n'aurez donc plus à craindre d'être 
retenu prisonuier; puis, avec l'indemnité qui vous sera 
allouée pour votre voyage, avec le traitement affecté à votre 
titre, vous acquitterez les dernières charges de votre église ". 
L'élection pouvait être f.icile, surtout si l'élément français, 
qui était la majorité, donnait dans le mouvement. Quant 




— 228 — 

aux protestants, leurs chefs i.romircnt à M. Richard de l'ap- 
puyer fermetner,* contre n'importe quel candidat. 

Il s'agissait donc de choisir un déWgué au Congrès pour 
repriisenter tout le tenitoire du Michigan '. Quatre candidats 
Buroirent qui devaiLUl rendre la lutte active et chsudement 
coutesttîe. Ce fut d'abord John liiddlc, employéau bureau d'en- 
registrement des terres, frère de Nicholas liiddle, prtSsident 
de la banque des Etats-Uni», l'n deuxième, Austin-K. Wing, 
ancien shérif, était un citoyen populaire et universellement 
estimé. Les trois autres, moin.; en vue, s'appelaient Whitney, 
McCloskey et Williams. Ce dernier était catholique, inar- 
guillier de la paroisse de Sa-nte-Anne. Cette candidaturj pou- 
vait, en divisant les catholiques, puire considérablement an 
curé Richard. 11 n'en fut rien cependant j les élections eurent 
lieu, et le vote du Territoire se répartit de la manière suivante : 

L'abbé Richard 444 votant». 

Biddle 421 " 

WiDg 335 " 

Whitney 165 " 

McCloskey 164 " 

WilliauiB 51 " 

Comme on voit, la majorité de M. Richard our Biddle ne 
fut que de 23 voix. C'était peu, mais c'était assez pour qu'il 
fût déclaré l'élu du peuple. 11 sortit donc de prison pour 
reprendre ses anciennes fonctions curiales. 

Ces événements se passaient en 1823. Le 8 décembre, le 
nouveau Congrmman prit son siège dans l'enceinte du 



l_Le Michigan étrit représenté au Congrès depuis 1819. I-es 
délégués se succédèrent comme sulti 

1819.20 Woodbridge 

1820-23 Sibley 

1823-25 Richard 

1825-27 Wing 



1827-29 Biddle 

1829-31 Wing 

1831-33 Lyon 

1833-3» Joie» 



— 229 — 

» fut auss. la dernière, qu'un prêtre siégeait au Con,rèa 
II y ava,t des dangers à cmindre. des obstacles ' -enoZe ' 
Q" allait.,1 faire au milieu de cette assemblée SZ^l 
^rc estant,, dont la plupart étaient mal disposés T^^^ 
catholiques et surtout des prêtres ? Quelle attitude prend e 
dans ces luttes de partis où il se trouverait dépays î'part. 

■ n r„ ,." f7'i " ^'" ""'"""''' -1.» ne virent pL 
dnn bon œ.l 1 entrée dans la vie publique d'un hom.ne dont 
le caractère sacerdotal pouvait nuire à la religion elle-même 
qu se t,ent en dehors de la politique. Ceuxl dure t b eT, 
tôt changer d'av.,,. quand ils constatèrent, à leur grande sati . 

Z2Zcr:T '"'"■■' """"^ ««--"-lien 

sd col "'' "'' P^^on-ages dont la renommée, 

soit comme orateur, so.t comme penseur, a traversé le X[X« 

délégué fut bientôt le point de mire des législateurs ■ 1 
opm,on, respectable du reste, fut respectée, sa parole relLieu 
sèment écoutée. Jamais il ne prononça de ces g^^^^^^^^^^ 

r«Ts„r:f T'""' "'""'■*""" ^- députioui ê : 

ZS!:T "'''■ ' """^ "' P"'"" P"' '«^- bien la 

ie teml' ?°" ''"'" P""" ^'^°^'- " '"' «"-a même 
de temps à autre, pour se faire mieux écouter, d'appeler à 
^n secours le présidentde la Chambre, qui s'app;.ait'? n ' 

ani; 1 "T'^''"'"' "" ""8''^'^ classique le manvaï 

anglais de son collègue. mauvais 

Le 11 décembre, un nommé Scott présenta au Con^rJ, 
une pétition de John Biddle, l'un des candidal évTnÏ 
demandant que l'élection de l'abbé Richard fût annulée sont 
le prétexte qu'il n'était pas citoyen américain, L'affii ire f" 

tée devant un Comité,quisoumitsonrapportlel3ja:v 
iVhI; ■ '" """ '"' ''«'""ents. conclut ce rapport 

le délègue a fait application, eu juin 1823, à la cour du Zté 
de Wayne pour être naturalisé, et de fait son nom estZ 



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— 230 — 

gistré comme citoyen de, Eut»-U„is. Le délégué jouit de 
toute» les qualifications constitutionnelles et légales qu. le 
rendent éligible au Congrès, et il a droit de siéger comme 
délégué du Territoire du Michigan ". , ^ • 

L'abW-délégué s'occupa surtout des intérêts de son Terri- 
toire Nous trouvons dans les documonts otticiels sou nom 
attaché à des demandes de subsides pour an.éliorat.ons publi- 
ques la construction de chemins, rétablissement d une cour 
de circuit. 11 déploya la plus grande somme d'énerg.e pour 
faire ouvrir une route entre Détroit et Chicago. Invité pa 
Henrv Clay à exposer les faits relatifs au projet de loi quil 
avait soumis à cet effet, il prononça en anglais un discours 
dont nous donnons la traduction, parce que c est le seul qui 
nous ait été conservé : i , j i i 

.. Chacun sait, dit-il. que le chemin projeté est de la plus 
grande importance, non seulement pour le Temto.re du 
^chigan. mais encore pour le pays tout entier. Voilà pour- 
quoi if importe qu'il soit construit sans retard. Ce chemin 
Reliera l'est de l'Union k l'ouest. Le grand canal de ^ew. 
York sera terminé au mois de juillet prochain; alors nous 
pourrons dire que la ville de Détroit est en communication 
directe avec New-ïork. . 

.. Quant à nos opérations militaires, l'ut.hté de ce chemin 
est incontestable. Il deviendra, avec lui. facile de transporter 
les munitions de guerre, les provisions et les troupes jusqu à 
Chicago, GreenBay, la Prairie du Chien, la rivière Saint- 
Pierre etc. Lorsque nos lacs deviennent couve.ts de glaces, 

„ous U"™"' ^y^g^' p" ''™ '" "*'"'^"''- 

monde sait que dumnt la dernière guerre, notre gouverne- 
ment a dû. faute de route à travers la prairie noire, encourir 
une dépense de 10 ou 12 millions de piastres, qu. aurait été 
évitée.ïil eut construit uans le temps une bonne routo de 

Rommunication. , 

.. Faites ce chemin tout de suite, pendant que vous avez la 



— 231 — 

pleine et entière autorité sur le Territoire du Michigan, avant 
qu 11 devienne un Etat indépendant, et vous poure^ juger par 
anticipation de l'allégement qu'il apportera à vos finances. 
Il y a plus de 17,000,000 d'acres de bonnes terres dans le 
Michigan proprement dit, sans compter les 94,000 000 du 
Territoire du Nord-Ouest. Sans chemin ces terres' restent 
sans valeur. 

" Je suis informé que sur nos mers intérieures,— je veux 
parler des lacs Krié, ?aint.Clair, Huron et Michigan.- il n'y 
a pas moins de 150 navires qui transportent des famille» 
entières jusqu'à Détroit, en recherche de bonnes terres pour 
s y établir; toutes ces familles ont leur argent prêt. Quel 
désappointement pour ces gens-là quand ils apprennent qu'il 
ny a pas de chemin pour se rendre au milieu de cette vaste 
sohtude ? Cependant durant les derniers douze mois, plus de 
8100,000 sont tombées dans le trésor public jwur l'aoh:,t de 
terrains dans le Michigan. La somme eût été beaucoup plus 
considérable, s'il y avait eu un bon chemin de fait. 

" Nous savons, d'après le rapport du Commissaire des 
terres, qu'environ dix arpenteurs ont été employés à arpen- 
ter les terres à l'intérieur du Territoire du Michigan, entre 
Détroit et Chicago; ce travail a été fait dans le courant de 
Ihiver dernier. Bientôt on annoncera la vente de ces terres, 
o il n y a pas encore de chemin, pour s'y rendre, qui les 
achètera? Mais que ce chemin se fasse, que cette Chambre 
le décide; alors vous aurez des acheteurs; ils viendront 
comme un torrent des Etats de l'est. Il est hors de doute 
que les terres situées le long du chemin projeté se vendront 
trois cent pour cent plus cher que dans les conditions 
actuelles; et ainsi dans la même proportion pour les terrains 
adjacents '. 

1 — Les premiers terrains offerts en vente, en ISIS, trouvèrent 
de. acheteur, à raison de»2.(X) l'acre par lot de 160 acres ; le quart 
se payait comptant et le reste dans les cinq années i venir 






1 1 p 



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— 282 — 

" Si vous me dtmandez combien coûtera ce chemin, je voua 
dirai qu'il ne coûtera rien au gouvernement. La moitié des 
terrains le long du chemin projeté se vendra beaucoup 
mieux que tons les autres terrains éloignés. Quel immense 
profit pour le trésor que cette région inculte exposée à ne 
donner à l'Etat aucun bénéBce ? Ce chemin sera donc d'un 
grand appoint pour vos finances, pour vos opérations mUi- 
taires dans toute l'Union aussi bien que dans le Michigan, et 
il sera une source d'encouragement pour les citoyens des 
EtaU de l'est qui désirent émigrer vers les plnines fertiles de 

l'ouest 

" Quant à l'amendement proposé à la section deuxième du 
bill par le député du Tennessee, je n'hésite pas à dire que le 
Président du Territoire du Michigan, l'honorable M. Lewis 
Cass \ connaît par le menu tout ce qui a trait à la question 
actuelle, il a traversé à cheval tout le pays, depuis Détroit 
jusqu'à Chicago; il connaît chaque pied de territoire; lia 
donné duran» sa longue administration des preuves surabon- 
dantes de sa capacité; il a rempli ses devoirs officiels à la 
satisfaction du peuple, et son attachement aux intérêts du 
gouvernement est bien connu de tous ; il est par conséquent 
la personne la mieux qualifiée pour prendre la direction de 
l'entreprise. Il est même à désirer qu'il fasse la nomination 
des commissaires et de leurs assistants. Il trouvera sur le 
lieu des hommes qui ont souvent travaillé dans ces forêts et 
qui, moyennant une piastre par jour, feront de meilleur 
ouvrage que ceux qui étant nommés par le Congrès, auraient 
la tentation d'exiger trois piastres par jour. J'espère donc 
que les honorables membres de cette Chambre adopteront 



)_ Second gouverneur du renitoire. Elu le 29 octobre 1813, 
I^wis Cas» ne cessa d'être gouverneur que le 6 août 1831. Son pré- 
déoesseur fut William Hall, du 1" mars 1805 au 29 octobre 1813. 



— 233 — 

mon bill dans sa forme présente, et m'accorderont les «1,600 
que je demande pour commencer ce chemin " '. 

La Chambre fit mieux, elle lui vota la somme de 93 000 
Mai» le projet de loi ne fut définitivement adopté pir la 
Chambre que le 2 février 1825, et par le Sénat le 2 mars. 
II fut «nssitôt signé par le Président des Etats-Unis et prit 
force de loi le dernier jour de la session, c'est-à-dire le 3 
mars 1825. 

L'abbé Richard réussit encore à obtenir des fonds public, 
pour différents chemins qui aboutissaient h Détroit, entre 
autres ceux de Fort Gratiot.de Pontiao et de la Grande- 
Rivière II défendit vaillamment la cause des Indiens de sa 
région. Il exposa leurs besoins et fit valoir leurs réclamations 
Le 10 décembre 1824 l'abbé Richa-d était à son siège 
lorsque le général Ufayette fut reçu à la Chambre du Con- 
grès avec tous les honneurs dus à son caractère, à son â-e et 
surtout aux services qu'il avait rendus à la cause de l'Indé- 
pendance américaine. Trente ans s'étaient écoulés depuis 
ces jours mémorables où ce fils de France, à la tête de mili- 
ciens compatriotes, n'hésita pas à traverser l'océan pour aider 
ses amis d'Amériqne à secouer le joug de l'Angleterre. 
Cependant ces souvenirs étaient encore vivaces dans la mé- 
moire des Yankees, et ils le firent bien voir dans la circon- 
stance. Le général Lafayette visita les principaux centres 
des Etats-Unis, et son passage fut un triomphe sans précé- 
dent. Le Congrès lui vota une somme de «200,000 et lui 
fit le don généreux de 24,000 acres de terres Pour être 
tardive la récompense n'en était pas moins généreuse 

Aux élections générales de 182r,, l'abbé Richard, encouragé 
par ses amis et même par des membres éminents du clergé 
crut devoir poser à nouveau sa candidature. Cette fois il 
neut que deux adversaires sur les bras, mais ils étaient 

1 —Débat» du Congrès, Vol. I, p. 374. 



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— 234 — 

sérieux: estaient Biddle et Wlng, contre qui il avait d.ijà 
lutté en 1828. Le CRlholi.|ue Williuma mit tout eu œuvre 
pour diitachcv !e vote catholique en faveur diis deux canJi- 
daU protestants. L'élection eut lieu le 31 mai, et queLpies 
jours plus tard, le bureau des Canvw-nerê déclara Biddle élu 
avec Mie pluralité de 11 voix sur Wing et de 25 voix sur 
l'abbé. Celui-ci contesta ce rappoit, et après beaucoup 
d'efforts, il réussit à obtenir un nouveau décompte qui fut 
final. Wing eut 728 voix, Richard 724 et Biddle 689. 
Comment le bureau était-il parvenu i pratiquer un tel dépla- 
cement ? Il est difficile de le dire, mais l'abbé Richard se 
plaignit qu'on lui avait enlevé soixante suffrages dans un 
bureau de votation de Détroit. Il adressa au Congrès un 
mSmoire à cet effet, sous forme'd'une brochure de S8 pages, 
intitulée : " Rapport des procédés relatifs à l'élection contestée 
pour un délégué au 19' Congrès, pour le Territoire du Michi- 
gan, entre Austin-E. Wing, Gabriel Richard et John Biddle, 
contenant les argumenta du Conseil, les opinions des Can. 
vamra et les témoignages apportés par les parties ". 

Un Comité spécial s'occupa d'étudier la question, et le 18 
janvier 1826, il rapportait deux résolutions ainsi conçues ; 
1» Us Canvaasers territoriaux ont outrepassé leurs pouvoirs, 
mais leur action affecte seulement le certificat et non le siège ; 
2» deux mois sont accordés aux contestants pour produire 
leurs témoignages. 

Un rapport additionnel, en date du 13 février, confirmait 
l'élection de Wing. L'abbé Richard disparut forcément de la 
scène pjblique où lui-même personnellement n'avait guère 
d'intérêt à demeurer. Il avait réussi, à force d'économie sur 
ses émoluments et ses frais de voyagea et de pension, à payer 
sa dette d'église ; de plus il était parvenu à faire sortir du 
trésor fédéral des sommes assez rondes pour ouvrir des 
routes, construire des quais et des ponts, dessécher des marais. 



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— 238 — 

enfin pour développer le commerce, l'agriculture et rii.duatrie 
de «on Territoire. Bref, il avait fuit de la bonne besogne Ce 
qui faisait dire h un membre du clergt* qui ,iv„it éli chagrin 
de le voir entrer dans la politique : " Votre présence au Con- 
grès nous vaut mieux que dix missionnaire» ", I^ Pèro 
Galhtzin ', prince russe et stilpicien, arrivé en Amiiriiiue en 
1792. et alors vicaire gtlnéral de l'dvéque de l'iiiladelphie, lui 
dit un jour: " Lorsque j'appris votre cilectiun au Congrès je 
la désapprouvai tout de suite ; mais j'ai l'honneur de vous 
dire que si vous pouvez faire on sorte de conserver votre 
siège durant toute votre vie, vous ferez plus de bien pour la 
religion avec votre seul sakire, que beaucoup d'autres mis- 
sionnaires avec tout leur zèle et leurs prédications ". 

Le curé Hichard brigua de nouveau les suffrages de 
1 électoral du Territoire du Michigan. Ce fut en 18'9 
L'élection eut lieu le 12 juillet. Cette fois encore, le scrutin 
lui fut défavorable; son ancien adversaire John liiddle 
l'emporta haut la main». On ne lui tint ^ compte des 
services qu'il avait rendus à ses commettant., et puis les 
raisons graves qui l'avaient fait élire une première fois n'exis- 
taient plus. 



L'ubbé Richard fut un patriote dans la plus belle accep- 
tion du mot. Ce fut surtout durant son séjour à Détroit 
qu'il donna des preuves manifestes de cette qualité qui 
ehez tout homme bien né, dénote un grand cœur et une' 
noble âme. Quoique Français d'origine, il sut bientôt mettre 

1_ Le prince Gallil^in fut désigné en 1832 pour l'é»êché de 
Détroit, m»„ on croit qu'il refusa cet honneur. .Son .èle ,e déploya 
dans la Pennsylvanie, où il dépensa plu. de »IM,000 i la fondation 
Smi*™"'"""'""''""' "•""•'» P"""'"»' longtemps le nom de 

2_ Pionneer Coll. 2, 1877-78, p. 512. 



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— 236 — 

un Mn à .e. «piration. comme à .e. tendance. d« chauvi- 
nUme. et .» pMrie d'adoption devint » v^nlable patr... 1 
aimait le peuple américain, il admirait ce. pr.ncpe. de 
liberté que mat .e Urgu.it de ,»..é.ler même en mat.ère 
religie«.e. Soyez catholi-iue,, «.ye« pre.byténen,, pou .m- 
porU,. l'Eut n'a rien à voir à ce. détail, qm .ntére«ent 
Lqie individu en particulier. U ne vous demande que 
ToWiMance au. loi. qu'.l édicté, et la co„8ance dan. a 
.««e.» de .e. législateur,. Le. pli. du drapeau étjo.lé «.nt 
a.'e ™. e. pour contenir le, émigré, européen,, quel que .o,t 
er nombre, et au.,i pour le, protéger contre toute .ngérence 
néfaste. Venez à nou,. Françai,. Allemand, Belge,. lu- 
lien.. Canadien., nou. vou, donneron, la plu, large hospita- 
lité et nou. tâcheron, d'être heureux enwmble. 

{•abbé Biohard, en arrivant à Détroit, comprit bientôt que 
le meilleur parti à prendre ,erait de .e «•«"-?"""'-';' 
avec le. .ommité, du monde améncam de » ville. Bien 
qu'en minorité, le. prote,tant, comptaient par l-nAuenee et 
la fortune. L'avenir leur «luriait beaucoup plu, qu aux Cana- 
dien,.françai,, que le. guerre. anglo-fran(!a..e, et anglo- 
américaine, avaient quelque peu décimé, et "Pl'''"™»^ 

D'abord ville fran<;ai«, à partir de .u ! A.u-, Détroit 
avait dû subir le sort des armes, et en ITti"., < '-' i '"^^ »»"« 
la domination anglaise. Après la guerre de 1 1°f ^P«f »"2 
le. Américains s'attendaient à l'incorporation de lav.Ue dan 
la m«„e ; mai, il leur fallut patienter 3"»\"«° ^.'f .P°" 
voir ré^liUr leur, espérance,. I^r,que l'abbé Richard pnt 
poMe,..onde sa cure. Détroit n'était donc ville amérK«.ne 
Tue depuis deux an,. Au spirituel, la situation ^^^^1'- 
L l'évêque de Québec n'avait ce„é quen 1796 à gou 
verner le, affaires. En 1812, le. Anglais s emparèrent de 
nouveau de la ville, au gmnd désespoir de, Yankees. Mai, 



-.i« 



j^Le !•' juillet. 



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— 237 — 

elle rwievitit bientôt anidrionine et pour lungtamps, oroyoni- 
nous '. 

DtHroit dut beaucoup souffrir du» vicissitudes du sort, et 
n'augment» guère judiiu'iiu milieu du siècle dernier. De 
1796 à 1825, elle ne prit pas ctn.,/ic les allure» d'une ville. 
Mais, celte aun.'e-ld, les persi«ctives s'annciucèrent plus bril- 
lantes. "A partir du mois de mai, (^criviiit alors l'ubbii 
Richard, si.x bateaux ù vapeur doivent arriver rilgulièrement 
chaque semaine au DAroit. Oana \'Hé, on y voit plus de 
cent cinquante l.iUimenta marchands. Ij» be.iutd du paya, la 
fertilité du sol, la salubritii du climat ut U facilité avec 
laquelle le Gouvernement concède des terrains, invitent les 
étrangers à venir s'y «.xir. Ceux-ci y viennent en foule, 
comme on en [«lUt juger i>ar lu nombre de miiisons (jue l'on a 
consiriiites. Dans le cours de l'été dernier, on en a élevé 
soixante-douze ; on assure [u'il y en aura plus de cent pour 
l'année prochaine. Tout annonce la grandeur d'une ville où 
doivent passer tous les vaisseaux qui voyagent sur trois im- 
menses lacs et fournissent une navigation de plus de trois 
cents lieues depuis Niagara jusqu'à Chicago". 

Les prévisions du curé patriote n'uul pas été déçues. Aujour- 
d'hui Détroit est une grande ville et surtout nue belle ville ». 
Les Canadiens-français, quoique moins nombreux qu'autrefois 
comparativenieut aux citoyens d'origine étrangère, ont cepen- 
dant conservé leur église de Sainte-Anne, leur couvent dirigé 
par des religieuses du Saint- Nom de Jésus et de Marie. Du 
temps de l'abbé Hichard, les chefs de la famille française et 

1 —Le 29 septembre 1813. Fsrmer, Ilial. of Uelroit, p. 256. 

2 — La population de Détroit, qui n'était que (la 2,2:i2 en 1S30 
doubla en quatre ans. En 1840, elle était de 9,192; en 1845, 13,066' 
en 1850, 21,01'Ji en l«">4,40,]27i »" IH60, 45,619; en 1874, 101,225- 
en 1884, 134,834; et en 1900, 343,000. U population catholique des 
trois diooësea compris dans l'Etat est de 350,000 environ. 



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— 238 — 

catholique s'appelaient Campeau, Berthelet, Girardin, Gouin, 
Beaubien, Sicotte, Eivard, Labadie, Poupart, Provençal, 
Saint-Aubin, Chabert-Jonoaite, etc. Ces familles se sont per- 
pétuées pour la plupart dans des descendances heureuses, 
parmi lesquelles il en est qui ont hérité d'assez grosses for- 
tunes. Mais le plus bel héritage de tous est la valeur 
et la probité de leurs ancêtres qui en ont fait écrire le 
bel éloge sorti de la plume éloquente de Riohard-B. ElUott : 
" Aucune ville des Etats-Unis dans ce temps-là (1832), pas 
même Baltimore, ne possédait un groupe aussi remarquable 
de catholiques, nés sur le sol même de la ville et offrant 
comme ceux-là un passé tout rempli d'une adhésion franche 
et ininterrompue à la foi de leuri ancêtres. C'est grâce à cette 
série d'événements, remplis de tragique et de dramatique qui 
ont illustré la mémoire de ces anciens français, que les noms 
de ces braves citoyens de 1832, doivent être mis en relief 
pour assurer la gloire et l'honneur de notre propre, histoire 
catholique... Je les appellerai " les derniers Barons". Dans 
la liste, à part ceux que nous avons déjà mentionnés, se trou- 
vent les suivants : AUard, Caucljpit. Chapoton, Côté, De 
Quindre, Dubois, Godfroy, Ladéroute, L'Kspéraoce, Lafleur, 
Laïerté, LaFontaine, Loranger, Marsac, Meldrura, Moran, 
Moras, Eiopelle, Saint-Bernard, Saint-Jeau, Tremblé. 

I e patriotisme de l'abbé Richard servait beaucoup à mettre 
sa figure en évidence au milieu du peuple anglo-américain. 
En voici une preuve. 

En 1817, la Législature du Territoire adopta une loi pour- 
voyant à la' fondation d'une université. Le j uge Woodward, 
de Détroit, fut chargé d'élaborer un projet de coustitution. 
Voulant sans doute innover, il se mit en frais d'inventer des 
mots à grands renforts de souvenirs classiques. L'homme 
était évidemment ferré en grec et en latin ; il le fit bien voir, 
du reste, sans échapper toutefois au ridicule que lui apporta 



— 239 — 

son système baroque. La Législature dut subir l'assaut do 
bonne grâce. 

Le juge changea le mot université en celui de Catholepia. 
iemiad. Pour lui la science i?tait Yépialémie, la littérature 
Vanthropoglossique, l'histoire la dUgétique, et le reste à 
l'avenant. Il y avait treize chaires princip.ales, subdivisées 
en 63 sections représentant toutes les branches de l'activité 
humaine. 

Comme l'on voit, le projet était granJiose, trop pour le 
temps, trop aussi pour la population du Territoire qui ne 
dépassait guère 6,000 âmes. Trouver des professeurs, c'était 
encore assez facile ; on n'avait qu'à faire appel au dévoue- 
ment de tous ceux qui avaient fait des études classiques et 
suivi les cours des universités d'Harvard ou de Y^ile, mais 
les élèves ne pouvaient arriver à l'université, sans avoir été, 
au préalable, quelque peu façonnés dans le moule classique. 
Aussi bien, faute d'universitaires introuvables, l'on dut se 
rabattre sur le système très connu des écoles ordinaires. Et, 
pour sauver la situation, des professeurs furent nommés, 
entre autres l'abbé Richard, auquel l'on confia deux chaires, 
celles des sciences intellectuelles ou l'enncrique et de l'astro- 
nomie. M. John Monteith, ministre presbytérien, reçut pour 
sa part six chaires et la présidence de l'université ; la vice- 
présideni.. fut confiée à l'abbé Eichard. Son titre de catho- 
lique ne pouvait être un obstacle ; car l'université allait 
ouvrir ses portes à toutes les croyances comme à toutes les 
nationalités. Les salaires ou honoraires n'étaient pas de nature 
à provoquer l'ambition des savants. Le président recevait 
Ï25.00 par année, le vice- président S18.75, et chaque profes- 
seur $12.50 pour chacune des chaires qu'il occupait. 

Ainsi que dans toute université sagement administrée, la 
Catholepistemiad avait à sa tête des Directeurs ou Eégents, 
parmi lesquels figurait la fine fleur des citoyens de Détroit, 



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_240 — 

comn-ele général Charles Larned, le juge Leib, le colonel 
Cry-J. Hunt, Charles Trowbridge, le major Abraham Ed- 
„=«!■ Aiiatin Wine, et le major Biddle. 
"Sg" imcls inhé.nte, à une .lie fondatù.n. sur- 
tout quand on veut faire grand. Vuniver..^ du M.ch g n s. 
Mie ne réussit pas d'emblée, eut toujours le bon effet d.m- 
ier 1 1- dultion une impulsion, dont le besoin se farsat. 
s nU surtout parmi les protestants. Son caractère non- 
secwre contribua à rendre plus large Vespn publ.c. en 
"outumant l.s citoyens, catholiques et P™'-'*»''. .^J"^ 
terniser et même à s'unir dans l'intérêt commun. Ce^ ce 
n,,e l'abbé Kichard avait compris, en consentaiit à se mettre 
Ta tête d'une organisation aussi in,portante>,nt .1 po va^^ 
tirer bon parti, même au point de vue rel.gieux Senten 
Tut très bien avec le révérend John Monte.th tous de x 
X à leur caractèreet à leur influence personnelle, pouv^ent 
p^er des prodiges dans unevoieencorebienembrous^^^^^^^^^^ 
Îls se mirent donc résolument à l'œuvre, et, en i^Salite 1 édu- 
cation ne fit des progrès au Michigan que par l'.n.t.at.ve de 
ces deux hommes, qui furent toujours des amis smcères. 
"une nouvelle preuve de la popularit^ de l'abbé E.ch^rd 
parmi les protestants, nous est apportée par le fa^ quen 
TZ ils l'avaient fait nommer chapelain du premier régiment 
d a , lice du Territoire. Le CourHer du Détro^t, publié 
en 1833, disait de lui: " Bien qu'Européen de -'~ > 
"ùtAméricain par le sentiment; toujours il s efforça de 
'luver son attachement aux institutions américaines et aux 
principes républicains. L'influence qu'il exerça et la part 
'" t durant la dernière guerre (1812), -^^-n'-^^. 
?Ividence l'élendue de son patriotisme et l'appréciation quil 
faisait de la liberté américaine ". -, ititM 

Après la capitulation de Hull. l'abbé Richard avait été taa 
priSer parties Anglais et jeté dans la prison de Sandwich. 



• — 241 _ 

II y passa plusieurs semaines, enco.mgeant ses compaRnon 
diDfoitune et rendant à quelques-uns d'entre eux tous les 
services de son ministère. Ce fut grûce au prestige dont il 
jouissait parmi les sauvages, qu'il put en empêcher plusieurs 
de torturer les prisonniers américains. Heudu i la liberUS le 
our6 Eiohard œurut retrouver son peuple qu'il trouva plongé 
dans la plus affreuse disette. Il acheta du grain de semeu» 
et le distnbua gratuitement aux cultivateur, qui eu man 
quaient et à tous ceux qui n'avaient pas de pain. Jamais il 
ne voulut être remboursé de ce don '. 

Ce fut aussi par pu patriotisme et pour lutter contre les 
eflorts du protestantisme qu'une propagande effrénée de 
livrets ou tract, religieux rendait de plus en plus dangereux 
pour la fo. des catholiques, que l'abbé Richard résolut un 
jour de fonder un journal. L'idée était certainement très 
louable. m,us la difficulté était de la mettre à exécution 
C était en 1809. Il n'y avait encore ni presse ni journal dans 
tout le Territoire du Michigan. L'abbé se mit en rapport 
avec un imprimeur de Baltimore, qui lui acheta une presse à 
bras et les caractères d'imprimerie voulus. Le tout fut em- 
balle et transporté par terre, à travers montagnes et vallons 
dans des ch^niins difficiles.. L'imprimeur s'appelait James' 
M. Miller. Il se mit aussitôt à l'œuvre et le 31 août de la 
même année paraUsait VEssai du Michigan ou Impartial 
OlHierver, le premier journal français des Etats-Unis Le 
nouveau journal publiait quatre colonnes par page, et seize 
pages en tout, dont une colonne et demie en français La 
pnx d'abonnement était de Î5.00 pour la ville, de $4 50 pour 
les abonnés du Haut-Canada et du Michigan, et de «4 00 
pour tous les autres. 



1- Le gouvernement remédia ausdau mal en diitribuant des 
«Très. Le. catholiques en eurent leur bonne part, ,„r présentation 
d un certifioat .igné d. la main du curé Richwd. (Farmer, p. 287). 



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— 242 — 
T'B^ai du MicMgan ne vécut pas lonRtempB; les «na 

Q„oi qu-.l en 80, . l ^ - ;;» ™°^;i„ „„„é„, ,e rédacteur 
r'^iraln •■ "U uW," rstrcpeclueusement infonné 

n'6pou,era la cause d'aucun parti pohuque. "'^^'^^^'^^^ 
toute communication, étrangère, domestique ou locle, qu.l 
toute coram connaissance du lecteur. Les 

3„gera ut.le ^e Porte^^ ^ ^ ^^^^^uer à notre œuvre 
rdTs\ravautJ 1 liront acceptables et utiles, se souve- 
S toulor ;' rien n'est adiis qui porte le caractère de 

'^CunTâùtre colonne. l'in,pri»eur annonce qu'il a 
nrin de publier plusieurs ouvrages, -t- -res un 

-US^riSeTiSoi:^ p.. 
«TSS™rrr^--frur^ 

les Êpttres et Evangiles pour les Dimanches et jours de 
Sis de l'année, en anglais et en français, et auss Les 
n 1ns de la Mémoire ". extraits des poètes français pour 
Z:Tl^i^'l la jeunesse. La même pr^se servit 
a ssH imprimer le Catéchisme et plusieurs a>^res »pu " 
, 1- i»L Quand les Anglais s'emparèrent de Détroit 
" ist Ufiren m imer'la proclamation du général 
BrokU'atliefdeVabW Richard. Us bureaux de '^^^ 
Zttugan furent longtemps ouverts à Spnngwells. dans 

,.-Le premier „é de •■'"P^'-'-f" «^^^r oWM^.'^pSg 
.toe de 1809 (1er «oOt.. et e.t ■"'""_" ^ ^^Jf; jl .„„^e. en 
book, or Miehigan In.ln, -tion ". Y° '"'yjlVténitente, ou nou- 



— 248 — 

la maison de Jacques Laselle. Une partie de cette maison 
était consacre k un atelier de reliure, une autre servait de 
chapelle une troisième d'école, et une quatrième était à 
1 usage de l'imprimeur'. 

VEésai du Michigan fut le seul journal publié à Détroit 
jusquà la fondation, en 1817, de la Gazette du. Ditroit 
gazette anglaise publiée sous le patronage du gouverneur 
Cass. Le premier journal purement français parut le 31 
octobre 1825, à Détroit, sous le titre de Li Gazette Fran- 
çaxee. Vinrent ensuite par ordre chronologique, en 1843 
\Ami dt la Jeunesse, en 1850 le Citoyen, eu 1869 Z'/in. 
partial,en 1871 VEtoile Canadienne.en 1876 Le Courrier 
en 1877 le Journal de Détroit. Tous ont eu une existence" 
éphémère. 

En 1807, le gouverneur du Territoire invitait le curé 
R.chard à donner aux protestants des conférences publiques 
en anglais sur d.s sujets philosophiques et socianx. " Bien 
qne j'aie conscience de mou incapacité, écrivait-il à M" Car- 
roll, j'ai cru qu'il serait bon de [.rendre possession du terrain" 
vu quilu'y a ici aucun ministre de dénomination protes- 
tante ". Aussi le vit-on tous les dimanches, sur le coup du 
midi, se diriger vers la grande salle du conseil, puis monter à 
la tribune du gouverneur, devant une assemblée de protes- 
tants qui l'applaudissaient à outrance. Il leur parlait des 
principes généraux de la religion, des sources de nos erreurs 
de la spiritualité de l'âme, des principe» qui doivent guider 
1 homme à la recherche de la vérité. Son grand jugement le 



■t 1' 



\h 



A ^- ''"• °"™°'*™» d'imprimerie qui servirent an premier Journal 
de Détroit, finirent, en payant d'une main à l'.utre!par deveniHa 
P^priété de MM. Girardin et Lacroix qui, en 1843, fond" eût 
1 Jm{ d, la y.„„«„. Ce fut M^ Lefèvre, successeur de M.r Rs-s 
qui leur en fit cadeau. Un peu plus tard, ces caractères furent 
vendu, à une fonderie de Bnif.lo, au prii du viem métal 



^ 



_244 — 

mettait toujours k même de pouvoir dUoevuer ce qu^l devait 
Ti^devant un auditoire comme le .ie„, '^ '"'^;7^ ^^^^ 
le sacrifice de .es convictions. Ces conférence, firent dub.en. 
ttZnflrencier lui-même n'en devint que pU.spopua™. 
''m Richard était mathématicien, -tour, conf^^nç e .^l 
était en outre, musicien . il composa plusieurs ch.ntad église 
e" lui q^i fit venir à Uétroit le premier p.ano et le 

Tomm?o"n le voit, il ne le c^ait . personne en fait de 
tomme on relèvent du domaine temiwrel. 

d btnflTce. d'écoles bien aménagées, d'églises coufor- 
Ibles d^n»"^8« et même d'un grand séminaire pour la 
form Uon des jeunes ecclésiastiques. Quelque temps avant 
"il toivait au supérieur 8*"^"^ «i- ^ulprc^ns^ M. 
Garmer «Je vous envoie mon neveu Joseph Kchard. 
«Z D être de vingt-neuf ans, curé de Saint-Jean-d' Angle, 
in Saint Oui II vous remettra la présente lettre pour 
l! lanT; deux ou trois prê.res de Saint-Sulpice ^^. 
Zsent avec nous fonder un établissement solide et pe - 
Crt dans le territoire du Michigan. J'ai, pour reœv^ 
Tes Cus prêtres, une bonne maison dans laquelle on pourm 
c^ nmence'r nos exercices pendautque l'on bâtira à la <«mp - 
L Cet établissement sera peut-être un jour un pied-à-terre 
pour vous et pour bien d'autres qui pourront être commandés 
par des cir Jstances que toutes sortes de personnes ne pré- 
™Ce°pSu'ouvrir uu asile aux vieuxprêtres ou aux prêtres 
nilde-1 projet qui réussit - dénote che. sou autour un 
Traûd fond de LZ. C'était bien là. du resU, une des vertus 
nui brillaient le plus en sa personne. 

L'abbé Richard portait beaucoup dmtérêt »"» ^t»^«= 

historique". 'lo-'l-?»*^'^"""^''^''^"'^'''" 



— 245 — 

Une aocidté hietorique y avait été fondée, en 1829, et comme, 
en 1832, il s'agisnait de cflébrer l'anniversaire de cette fonda- 
tion, le major Henry Whiting, au nom des directeur», lui avait 
envoyé une invitation à prononcer le discours de circonstance. 
Le curcS répondit fort courtoisement, mais il déclara ne pouvoir 
accepter cet honneur pour diverses raisons : " Je n'en ai pas 
le temps, disait-il, car pour faire honneur au sujet, il me 
fendrait au moins une année de travail à travers les vieilles 
archives et les manuscrits. Mon idée serait de compulser tous 
les auteurs les plus en renom, ainsi que les relations les plus 
authentiques du premier établissement européen sur la con- 
trée septentrionale et occidentale du continent américain. 
Une introduction, ou mieux tout un discours, qui renferme^ 
rait des remarques utiles et des conclusions -pertinentes au 
sujet, serait, à mon avis, de première importance. Tout le 
monde comprend que cette manière de parler des antiquités 
de notre territoire, soit par rapport & la géographie, soit par 
rapport aux mœurs, aux coutumes et aux industries de ses 
habitants, est \a seule plausible ". 



Une vie aussi utile, toute dépensée au service de sa patrie 
et à la protection de ses concitoyens, à quelque nationalité 
ou croyance qu'ils appartinssent, devait nécessairement atti- 
r.ir l'attention non seulement de l'épiscopat américain, mais 
de Rome même. Aussi bien, lorsqu'd s'agit d'ériger Détroit 
en évêché, tous les yeux se portèrent vers l'abbé Richard 
pour le désigner comme futur évêque. " 11 nous faudrait 
un évêque an Détroit ", écrivait l'abbé Dejean, missionnaire. 
" Si M. Richard, notre digne supérieur, était nommé évêque 
il pourvoirait plus facilement à nos besoins". Des prélats' 
sMnterposèrent auprès de M" Fenwick, qui, en sa qualité de 
tituhire du diocèse de Cincinnati, se trouvait obligé de faire 



— 216 — 

1, recommandation à Rome. De prime abord le Prflat 
laias» entend™ que le Souverain Pontife ne cons.déta.t pa. 
encore que le temp. fut propice, et il ajouta.t : Le 1ère 
Richard est bien connu à Borne ; «ou zèle. «» pi<!W f' ^ 
travaux 8ontt.nu. en haute estime à la cour romaine et 
li-bas on est convaincu qu'il ferait honneur àUp.scopat . 
Dis lurs. il fut convenu que les évèque. américains propo- 
seraient, pour remplir tout s.ige vacant trois prêtre, de 
talents et de vertus, en les désignant par les qualificatifs de 
digne, plu. digne, et U plm digne, suivant le degré du 
mérite de chacun d'eux. D'après ce système, le nom de 
l'abbé Richard ne pouvait manquer de fig">^ ' "■' >» '"""'^' 
candidats. L'opinion générale, dh reste, le désignait pour ce 
poste d'honneuf. En 1 828, sa nomination fut même annoncée 
Tnsles AnnalesdelapropagaliondelaFoi. Un missionnaire 
disait : " Si M. Kichurd n'est pas l'évêque du Michi^n. )I en 
sera toujours bien le martyr". Il est assez probable qu.l 
aurait été choisi, si un malheureux Procès ave» 1 un de se 
paroissien, n'eut été cause d'une séné ^'f ^■"'"•»"' 
Luient le mettre hors des rangs. Pouilant le pauvre prêtre 
n'était pas beaucoup coupable. Voici les faiU eu deux moto . 
L'évêque de Cincinnati l'avait forcé d'excommunier un 
. Canadien qui. après avoir abandonné sa femme au Canada, 
.'était remarié à Détroit sans la permission du curé. Comme 
le scandale était public, et que le concubinaire ne semblait 
nullement disposé à mettre fin à sa vie scandaleuse, .1 faUa. 
ou sévir ou sembler approuver sa conduite. L'évêque voulut 
.dvir et l'abbé Richard dut obéir à son chef spirituel. Le 
paroissien en question traduisit son curé devant les tribu- 
naux et celui-ci fut condamné, comme calomniateur, à payer 
„„e Lmende de douze cents piastres. Comme ses moyens 
pdcuniai.«s ne lui permettaient pas de défrayer une telle 
dépense M. Richard dut subir une fois de plus la peine de 



— 247 — 

l'inoiro^mtion. Maia il ne resta paa longtemps dans m 
prison. Les juges lui permirent de rester prisonnier sur 
parole dans les limites du comté de Wayne. 

Le diocèse de Détroit fut érigé en 1833, ', six mois après 
la mort du vénérable apôtre du Michigan. Au printemps 
de 1832. le choléra asiatique apporté à Québec par des 
émigrés européens, se répandit rapidement le long du Saint- 
Laurent jusqu'aux grands lacs. Cette épidémie, la plus 
terrible que nous ayons connue, fit des ravages désastreux 
dans le Michigan. Détroit fut littéralement décimé. Ceux 
qui ne mouraiont pas, fuyaient devant le danger, et dans 
1 espace de quelques semaines, la population de la ville se 
trouva réduite de moitié, soit par la mortalité, soit par le 
départ des familles. Kn face d'un tel fléau, l'abbé Richard 
ne désarma point. Nuit et jour il était à son poste, prêt à 
voler au premier appel. Il résista d'abord à la contagion, 
mais après deux mois d'un dévouement sans bornes, il fut 
lui aussi atteint mortellement. Le 9 septembre, le médecin 
déclara son état alarmant. Il empira jusqu'au 12. L'abbé 
Badin, qui le veillait, lui ayant annoncé que son heure der- 
nière arrivait, le bon prêtre se fit administrer les derniers 
sacrements do l'Eglise, puis le 13 il rendit le dernier soupir, 
après avoir prononcé le premier verset du Nunc dimittU. 
Pendant les quelques jours que dura la maladie du curé 
Richard, la foule éplorée ne cessa pas de venir au presbytère 
s'enquérir de son état. Mais, après sa mort, cette foule, 
composée de protestants aussi bien que de catholiques, défila 
presque sans interruption autour du défunt dont la mort 
avait respecté les nobles traits. 
Ses funéraiUes eurent lieu le 15 dans l'église de Sainte- 



1 —Son premier titulaire fut un Françai»,M«' Riai, dont lu suo- 
oeMeuri furent M" Lefèvre, Mi' Borges, et depuis 1888 M" Foley. 



\m\ 



— 248 — 

Abd« U foule rempliwiit la vwte nef; cWait Loute U 
poputation en Urme. et en prit.-e. venue de tou. 1m coin. 
Tu Michigu . Au moment de dé,K»er 1. dépou.Ue pr*c.eu« 
d.n. le tcmbeau, M. Vabbé FrM^rio Baraga ' p^nonsa Wloge 
funèbre de .on confrère et ami en de» terme, bien louchant.. 
Le, émotion, eurent libre cour, dan. le. mng. de cet audi- 
toire. dont une bonne partie avait à pleurer non j»«lement 
leur cun!. mai.au..i de. parent, et de. ami. dont le. tombe, 
étaient à peine fermée.. , , . i „: 

Le iuae Wcodbridge devait parler en nnglai. à U foule qu. 
„„pli.,.it le champ mortuaire et dire un dem.er «dieu à 
celui qui avait été «)n ami pendant vingt-cinq "•; mai. 
rheureavaneéel-enempécha. U corp. du défunt fut dépo, 
dan. le cimetière paroi»ial; et oe ne fut que trcs an. P^^ 
tard qu'on exhuma le. re.te. morteU du prêtre pour le. 
dépo»r dan, un oaveau .pécial en pierre .ou. le. voûU. de 
1-é^i.e de Sainte. Anne. U cadavre éfi.t parfaitement con- 
Jyi et l'on pouvait re-narquer encore .ur u beUe figure 
.ette'expre..ion d'éner^ ,ui fai»it le fond de .on c«ractère^ 
QuanS il mourut, ' oé Richard était âgé de prè. de 68 
an. Voilà 68 an, qn'.' est disparu de la .cène terrestre, et w 
mémoire est restée toute parfumée de. «»«'«';<'»• f" 
famille, françai*. du Michigan. Personne de la génération 
actuelle ne Va connu autrement que par la .aine tradiUon 
pui,ée sur les lieux mimes où l'abbé dépensa sa vie durant 
trente^quatre ans. 

1.' Fenwick fut très chagrin d'apprendre la nouvelle de 
U mort de ce curé dont il disait souvent; "C'est le plu. 
vieux, le plus respectable et le plu. méritant de. mi...on. 
naire. du Michigan ". 

1 Devint premier évèque d. Marquette et du Saul-Sainte-MMie 
Lirn^oVemb^ 1853, et mourut le .9 janvierl868. ^"^"^^r 
hrent M- Mr.k «t M- Vertin, o. dernier e.t v^ri le 19 février 
1899 i U a été remplacé par M" Ei». 



— 349 — 

I« juge Campbell, qui !'«v»it bien connu, noui a laisaj un 
bon témoignage de ton eatime pour M, Richard. " Sa large 
figure «épulcrale, dit-il, 6tait familière à tous. Il n'itait pai 
Mulement doué de connaiiunces artiatiquea, main il pouédait 
uu eicellent jugement et un profond esprit public. Il lut 
encourager l'éducation pa' ton» lea moyens ' ". 

U juge Cooley en parle ainsi : " Le Père Richard, pasteur 
fidèle et dévoué, malgré des difficultés souvent décourageante», 
fit tout en son pouvoir pour amener le peuple de Détroit à 
la foi chrétienne, et pour moraliser les vie». 11 aurait été un 
homme marquant presque dan» tous le. milieux et en tout 
temps. Il était humble et très simple dans ses habitude». 
Il agit comme délégué pendant un terme à la satisfaction 
générale. On lui fit une opposition qui eut l'effet de lui 
enlever une nouvelle victoire. Mais il retourna sans se 
plaindre à sa be»ogne, & laquelle il se dévoua avec une 
assiduité infatigable, lorsqu'il tomba victime du choléra, et 
mourut rempli d'années et de reconnaissance envers Dieu 
qui lui avait accordé de vivre longtemps pour l'utilité 
publique' ". 

Farmer, l'auteur si accrédité de l'histoire du Michigan, dit 
que l'abbé Richard fut le plus en vue de tous les vieux prê- 
tres du Michigan, et qu'il prit un grand intérêt aux choaea 
publiques '. 

L'abbé Badin, qui avait vécu longtemps dans une douce 
familiarité avec le défunt, nous apprend qu'il pouvait parler 
t écrire dans sept langues différentes, et que ses connais- 
sances, aussi variées qu'étendue», rendaient agréable toute 
conversation avec lui *. 



1— Outlinei of the Politioal History of Michigan, p. 25i. 
2 — Hiatory of Michigan, p. 141. 
3 — Hiitory of Détroit and Michigan, p. 631. 
4 — Michigan Pioneer and Historical Collection, Vol. 21 1892 
p. 434. f I , 



— 260 — 

LTionomble Uornu W««iook, C. U, di«it, en 1892. d»i« 
une oonKrence iur l'abbé RioharJ. que " « prêtre éuit un dw 
héroa de l'hUloire du Michig«n, un de» homme» le» plu» 
ooniidérablei de «on temp», mai», ajoutait-il, la renommde 
de» ecoW«i^>'.ique» est, comme wlle de» avocat», pou durable. 
11» ne cherchent pas la gloire, bien que oo loit eux qui 
fout l'histoire ' ". 

J.-A. Oirardin, dan» une longue Conférenoo prononcée le 
19 décembre 1872 devant la Société dite fl«(roi( PioM^r, 
lui rendait ce beau témoignage : " Il était infatigible dan» 
l'accompliisement de se» devoirs de ministre de» autels, Irè» 
austère dan» »e» habitude» et >a manière de vivre. Se» 
repas étaient pauvrement apprêtés,; »on lit était loin d'être 
confortable. »e» habits d'une simplicité peu ordinaire. Il 
était courtois et affable envers tou« oeui qui l'approchaient; 
il commandait le plus profond respect et aux protestauta et 
aux catholique». Celait en outre un excellent théologien, 
un bon orateur et un mathématicien hora ligne ' ". 

Tou» oe» témoignages réunis donnent une meilleure idée 
de ce prêtre qu'on a appelé le martyr de la charité, l'apfttre 
du Michigan. le second fondateur de Détroit. On peut 
ajouter que c'est lui qui a fait du Territoire un Etat et de «a 
mission un évêché, double gloire qu'il faut conserver à son 
nom et dont l'ùolat rayonne sur le catholicisme et »ur notre 
ancienne mère-patrie, la France. 

»*# 

Aussitôt après la mort; du vénérable curé de Détroit, M. 

Badin se mit en frais de recueillir dos souscriptions pir tout 

le Territoire du Michigan. dans le but. disaiUl. d'ériger à U 

mémoire de M. Kichard un obélisque, et en outre, de faire 



l_Ibid., p. 432. 

2— Ibld., Vol. 1, 1874-70, p. 485. 



— 251 — 

reproduira aon portrait lur la toile. I* — onnaiiaant vicaire 
nSdigea à oetU- An une circulaire qui .i . ; oyi'e aux<princi- 
paiix catliolique», niiaaionnniriia et laici, Uea différente centre» 
■lu l'Eut. Ce document, qui a ité conservé, mérite d'être 
connu: 

" Monsieur, 
" Votre vénérable Père at ami' n'est plus, il a rendu la 
très sainte âm» à son Créateur. C'est ausxi le sort qui nous 
attend bientôt, cher monsieur, oui bieutât, les touffes argentées 
que nous portons en sont le plus aûr garant. Efforçons-nou» 
par ane vie sainte, remplie de bonne» œuvres, de mériter 
une mort aussi 8:iiuteque celle de notre vénéré et respectable 
ami, M. O. Richard, qui, au moment de recevoir l'auguste 
«aoreuient de no» autels, s'écria avec le vieillard Siméon ; 
JVuno dimittit termm tuum, Domine, oeeundum verbum 
tvum in pace, — c'est-à-dire : Maintenant, Seigneur, per- 
mettez il votre serviteur de mourir en paix, suivant votre 
parole ". 

" Prions le Seigneur pour le r«po» de son Ame, comme 
nous l'enseigne notre divine foi. Noua honorerons aussi sou 
corps pour toujours, en érigeaut à sa mémoire un obélisque 
en marbre, qui sera couronné d'une croix. Sur les quatre 
faces on gravera son épitaphe en grec, en latin, en français 
et anglais. Son portrait en pied sera fait en peinture et il 
sera exposé à la vue de ses fidèles amis dans la maison du 
clergé. 

" En conséquence, nous désirons que tous les catholiques 
et les autres qui désireraient avoir l'honneur de contribuer à 
cet obélisque, c'est-à-dire, les vieux et les jeunes, les hommes 
et les femmes, les garçons et les filles, souscrivent par tout 
le Michigan. J'espère, mon cher Monsieur, que vous consen- 
tires de bon cœur à prendre la responsabilité de faire cette 
collecte, de la recueillir, et de la faire parvenir au Détroit 



'.« ' 



'■ î ■' 



• '1 



— 252 — 

aussitôt que possible. Vous pouvez écrire sur une feuille de 
papier te qui suit : 

" Contribution volontaire pour l'érection d'un obélisque à 
la mémoire de feu M. Gabriel Kichard. grand vicaire, curé 
de Sainte-Anne, au Détroit, mort le 13 septembre 1832, et 
aussi pour son portrait en pied ". 

« Je me repose sur votre dévouement k notre ami vdnéré, 
et vous pouvez compter sur la reconnaissance de celui qui est 
votre père spirituel en Jésus-Christ Notre-Seigneur. 

" Voire obéissant serviteur, * „ _ „ 

" F. V. Badin, 
" Prêtre misaionnaire. 
" A la Maison du clergé du Détroit, 
la 22 septembre li'32 ". 
Il existe une liste do souscriptions aux archives de U 
Société historique du WUconsin, qui démontre que Von ne 
perçut à la Baie Verte que la somme de $i.50. Les sous- 
criptions ne furent pas à la hauteur des projets que l'on 
avait conçus. Cependant l'on put recueillir avec le temps 
une somme de «400 qui fut consacrée à l'achat d'un vitrail 
où l'on fit insérer le portrait de l'abbé Richard ; ce vitrail est 
le premier à gauche en entrant dans l'église de Sainte-Anne. 
La ville do Détroit a voulu prouver sa reconnaissance 
envers son second Fondateur. Elle a plsoé sa statue en 
pierre au deuxième étage, dans une niche, à l'angle sud de 
l'hôtel de ville, en face de l'hôtel Kussell. 

Comme on le voit, protestants et catholiques se sont unis 
dans une action commune pour conserver la mémoire de cet 
humble apôtre du Christ, qui aurait pu devenir un grand 
éveque, si les circonstances l'avaient permis. Il n'en est pas 
moins vrai que l'abbé Richard, dans son rôle modeste de curé, 
a défriché un vaste terrain; il l'a arrosé de ses sueurs ; il a 
jeté U semence, qui, aujourd'hui, produit des fruits abondants 
de salut. Honneur et gloire à cet homme de bien ! 



*M 



HUITIÈME CONFÉRENCE 

donnée par 

Monsieur J.-E. Prinob, LL, D. 

Profetaeur ilo droit romain it U Faeulté de Droit 



Hf-^ 



L'IMPÉRIALISME ANGLAIS DANS SES SOURCES 

À TBAVXBS L'HiaTOIBE MODERNE 

Première partie 



Monsieur le recteur, 

Messieurs, 

L'un des faits les plus saillants de l'histoire moderne, est 
assurément l'expansion de la race et du nom anglo-saxons 
dans le monde. 

Ce phénomène extraordinaire, provoqué d'abord par la 
découverte des terres nouvelles, activé ensuite par les dis- 
sensions religieuses, sans cesse alimenté par l'appât du com- 
merce et de l'industrie, remonte à la fin du XV" siècle. 

Il s'écoule à la vérité plus d'un siècle encore avant l'ou- 
verture définitive des établissement'i de colonijation. C'est 
le temps des voyages et des découvertes, celui oii s'établit la 
Réforme dans le royaume, où les Anglais s'essaient à la mer 
et luttent pour la suprématie contre l'Espagne. 

Mais, à partir de la grande Armada qui, suivant l'expres- 
sion de Seely, "clôture cette période de préparation et 
d'apprentissage ", l'Angleterre accuse une tendance de plus 
en plus marquée vers l'expansion. 



If'i 
1 1- 




U 



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— 264 — 

" La transformation intérieure de la nation, dit l'ëcrivaiD, 
est alors complète. Elle a fait un demi-tour sur elle-même, 
et ses yeux ne se sont plus tournés vers le continent euro- 
péen, mais vers l'Océan et vers le Nouveau-Monde. Elle 
est devenue maritime et industrielle ". 

Une fois lancée dans cette voie, rien, en effet, ne l'a plus 
détournée de sa marche invincible, ni les périls do la mer oi 
elle s'était d'abord formée, ni les révolutions, ni les guerres. 
Au contrairo, tout a semblé concourir à l'accomplissement 
d'une mission que des événements plus forts qu'elle lui impo- 
saient. Kt c'est ainsi que dans le Nouveau. Monde, en Asie, en 
Afrique et dans les lies perdues de l'Océanie, s'est répandue 
la race anglo-saxonne avec ses institutions, son génie et sa 
langue. Mais c'est précisément à cause de l'unité et de la 
constance apparentes du dessein réalisé, à travers tant de 
générations, à cause de l'élévation progiessive d'un aussi 
vaste empire, que quand il s'agit d'étudier cette nation, 
d'analyser les mouvements de sa vie contemporaine, i' con- 
vient, j& crois, de remonter les sentiers de l'histoire. 

L'histoire seule contient les causes de ce que nous voyons 
aujourd'hui. 

Parmi les écrivains soucieux d'éclairer le problème qui 
nous occupe en ce moment, il n'est personne en Angleterre 
peut-être qui ait suivi la méthode historique avec plus d'éclat 
que Seely, professeur à Cambridge. Ses leçons qui datent des 
années 1862-1863, ont été recueillies en un volume ayant 
pour titre " The Expansion of England ". MM. Baille et 
Eambauden ont donné une excellente traduction française en 
1885. C'est un modèle de causerie historique. L'on peut con- 
tester les conclusions du Uvre ; les croyances religieuses de 
l'auteur, ses idées du progrès, la mission civilisatrice qu'il 
assigne à l'Angleterre, ne sont pas la partie la plus convain- 
cante de l'ouvrage ; mais partout les considérations y sont 



— 265 — 

élevées, partout éclatent le palrioliarae éclairé et sincère U 
tiiKnité de l'écrivain. Aussi son livre a-t-il fait école. 

Après avoir parcouru l'histoire des quatre doriiierj siècles, 
on comprend mieux les phases que traverse eu ce moment 
l'empire anglais. Dans ces dernières années, les Anglais 
entravés dans leurs projets d'expansion, inquiets de leurs 
industries et de leur commerce dont la prépondérance est si 
vivement disputée sur tous les marchés du monde, songent 
à consohder au moins l'édilîce qu'ils ont élevé à si grand 
prix, à en assurer la permanence, à en augmenter, s'il se 
peut, la force et l'éclat. 

Ainsi étudié dans ses sources, l'impérialisme brit innique 
n'apparatt plus que comme le mouvement d'une époque de 
transition dans l'histoire, un moment d'évolution, un legs des 
générations passées. 

L'Angleterre doit-elle laisser se détendre petit à petit les 
Uens politiques qui l'unissent à ses colonies jusqu'à ce qu'un 
jour celles-ci deviennent indépen lantes et ne conservent de 
commun avec elle que les liens de la parenté, ceux du sang, 
de l'éducation et de la langue? Ou bien, au contraire, pour 
conserver son inauence dans le monde et continuer à déve- 
lopper sa puissance, duit-elle resserrer d'avantage les liens 
politiques qui l'unissent déjà à ces nouvelles nationalités, 
former avec elles un seul et unique empire, vaste confédéra- 
tion d'Etats. relié) sans doute à un parlement central comme 
par exemple. l'Allemagne, la Suisse, ou la république améri- 
caine ? 

Mais comme un tel projet dépend du libre concours des 
colonies, la question a deux aspects. Ce qui convient à une 
partie peut répugner aux autres et ainsi la question peut se 
poser autrement: L'avenir des colonies est-il dans une 
uniun définitive avec le reste de l'Empire ? De la solution 
du problème impérialiite dépend certainement notre avenir 






'^mi 




V" 



_ 28C — 

national. Il est évident que la situation actueUe n'est que 
transitoire T/état de colonie peut s3 prolonger enoore quel- 
que temps, mais l'heuro de l'émancipation, sous uua forme 
ou une autre, n'en est pas moins fatale. Cette émancipation, 
maintenant, se fera-t-elle au soin de la paix, au sein de la 
guerre î Nul ne le sait ; nous avons tout fait jusqu ici pour 
éviter des conflits avec nos voisins. Qui peut dire ce que 
nous deviendrions en un jour, an cas oi les Américains 
tourneraient contre l'Angl -terre ses canons et ses flottes î 

Plusieurs partis, du reste, sollicitent notre jeune pays. 
Sera-ce la fédération impériale qui l'emportera, sera-ce 
l'annexion aux Etats-Unis, sera-ce l'indépendance de la Con- 
féd^^ration canadienne t Dans quel orbite serons-nous empor- 
tés î Londres, Washington, Ottawa? Dans le cas où il nous 
serait loisible d'opter pour Oltawa, sommes-nous assurés 
maintenant que l'Accord de 1867 possède les conditions 
essentielles de stabilité et de vie nécessidres à la formation 
d'une république indépendante ? 

Ou encore, est-il vrai de dire que, de tous les systèmes 
possibles, un seul au fond nous convienne, celui d'une 
Nouvelle-France appuyée sur le nord et où nous développe- 
rions en paix les qualités propres à notre race, à une nation 
capable de se défendre contre les ennemis du dehors et 
possédant en elle-même les éléments d'une civilisation qui 
commande le respect et la considération du monde ? 

En un mot, vers quel idéal devons-nous arrêter nos regards, 
diriger nos aspirations î 

Telles sont les pensées qui naissent à mesure que nous 
entrons dans l'étude de la question actuelle, question si 
grave qu'il n'est permis à personne de s'en désintéresser. 

Loin de nous la prétention de faire du neuf dans un 
genre où, surtout de nos jours, tant d'écrivains ont excellé. 
Faire appel à l'expérience, évoquer certains principes fonda- 



».! 



— 2S7 — 

mentaux, montrer les dangers qui nous menacent, tel est le 
champ déjà assez vaste où U est permis au travailleur si 
humble qu'il soit, d'aller glaner pour la moisson commune. 
Du reate, il est une sphère où les sentiments patriotiques et 
de raoe ont le droit de s'affirmer hautement, sans provocation 
mais sans faiblesse. Dégagé de toute considération de partis," 
de toute opinion pi'éoonçue, je tâcherai de porter la discus- 
sion sur un terrain où les esprits peuvent se rencontrer à 
"aise. 

Dans une adresse aux étudianU de l'Univereité de Glas- 
gow, le 10 novembre 1900, lorf Roseberry. en sa qualité de 
recteur honoraire, disait : " Parler de l'empire britannique 
est sans doute parler de politique, mais de politique en dehors 
des partis. C'est un sujet, disait le noble lord, qui peut et 
doit être traité sans que puisse s'en oSTenaer le sentiment le 
plus délicat, car, ajoutait-il, ce mot d'Empire — faute de meil- 
leur—représente notre histoire, nos traditions, notre race. 
C'est pour nous une questivjn d'influence, de paix, de comi 
merce, de civilisation, par dessus tout une question de foi, — 
a question offaUh ; mais en même temps une question 
d'affaires ■pratiques", f Questions of Empire, 1900). 

Cette étude se divise en trois parties. La première a 
trait aux principaux événements de l'histoire loderne 
anglaise relativement à l'expansion; la deuxième est un 
sommaire de l'état territorial et politique de l'Empire ; la 
troisième est consacrée k la question impérialiste propre- 
ment dite, surtout par rapport aux Canadiens-Français. Ainsi, 
les deux premières ne sont en réalité qu'une introduction à 
la dernière, et vu l'importance des événements qui ont accom- 
pagné la -....'■ssance du peuple anglais à la vie moderne, j'ai 
cru devoir "borner au XVI» siècle ce premier entretien. 




IT 



UlttSgCI 




— 258 — 



On s'BCOorJe généralement à dater d'Henri Vil le point 
de départ de l'histoire moderne anglaise. Le règne de ce 
prince, en eïTet, qui s'étend de 1485 à 1509, est remarquable 
parles voyages, les découveites et les inventions. — Henri 
VII, premier roi de la dynastie des Tudors, a terminé la 
guerre des Deux Koses. La noblesse féodale a presqiie dis- 
paru tout entière avec les Plantagenets dont le règne a duré 
trois cents ans. 

Ce prince de la branche do Lanoastre épouse une femme 
de la branche d'York, et cette union des deux maisons qui se 
sont si longtemps disputé la couronne, vaut au nouveau roi, 
suivant une parole de Bacon, " le cœur de ses sujeU quand 
sa victoire ne lui avait encore valu que les genoux ". Si Von 
ajoute à cet acte de poUtique habile, la disparition du dernier 
prétendant de la famille d'York, la dynastie des Tudors est 
désormais solidement établie sur le trône. 

Pour se rendre compte de l'état social de la nation à ce 
moment, il faut cependant remonter un peu plus haut 
qu'Henri VII. L'établissement des Turcs à Constantinople, 
en 1463, avait contribué dans une certaine mesure à la recher- 
che d'une route nouvelle vers l'Orient. Par leurs extorsions 
et leur barbarie, les Turcs maîtres de la Méditerranée orientale, 
rendaient impraticable la route de terre la plus courte pour 
l'Inde. Il est oonstont aussi que le voyage de Colomb comme 
celui de Vasco de Gama, avait eu pour premier objectif l'Inde 
et le commerce des éijices. Mais le refoulement des Grecs vers 
l'Occident, après la conquête de l'Asie Mineure, la décou- 
veite de l'imprimerie, celle de la poudre à canon, une con- 
naissance plus étendue et plus certaine de l'astronomie, 
événements qui, tous, avaient poussé à la grande Décou- 
verte, enfin la Découverte elle-même de tout un continent. 






— 289 — 

exeroèrent en Angleterre, comme partout ea Europe, une 
luflnenoe oonsidérable. La position oxceptionnello des Anglais 
sur leur fie battue des flots de la mer, aux portes mêmcM do 
cet Occident lointain qu'un rayon de lumière venait de 
faire jaillir, disposait ce peuple (i l'osprit d'ambition et d'à- 
ventures. 

Du moment que l'Atlantique s'ouvre à l'exploitation ,1a 
monde et que la route la plus commode vers l'Orient est 
connue, le commerce, ce vieil outil des civilisations, modifia 
ses méthodes. 

Pour les entreprises lointaines sur mer, les individus isolés 
ne suffisent plus. Ce n'est pas encore l'association avec 
partage commun de profits et de pertes, mais au moins le 
rapprochement qui protège contre les dangers communs. Le 
règne des compagnies s'annonce et celui des assurances. 

Les Cabot font leur premier voyage an delà de l'Atlantique 
en 1497. L'un d'eux, Jean, est réputé ouvrir le premier 
aux Anglais la navigation sur cette mer. 

En 1502, des marchands de Bristol obtiennent du roi U 
permission d'aller à la découverte de terres nouvelles " La 
volonté d'Henri VII est que dans ces terres qu'ils découvri- 
ront, hommes et femmes d'Angleterre puissent se fixer libre- 
ment, et, de plus, que le commerce avec les colonies soit 
réservé aux sujet^ Anglais ". {De la colonisation chez Us 
peuples modernes, par Paul Leroy. Beaulieu,, p. 91). 

Ces instructions du roi, dix ans seulement après la décou- 
verte de l'Amérique, sont remarquables. 

Deux ans après, en 1504, la première compagnie anglaise 
qui reçoit une charte pour le commerce d'outre-mer est 
fondée. C'est " Th, Uerchants Adventmer,' Company ". 
sur le modèle de laquelle so formeront plus taiil, la Russii 
Company, et autres. 

**» 



— 260 — 

Henri VIII monte sur le trftne en 1509. Nous pailerons 
plus loin de la révolution religieuse dont œ souversin fut 
l'initiateur, révolution qui devait avoir, relativement à l'ex- 
pansion anglaise, les conséquences les plus importantes. 
Une partie du pays de Galles, — la dernière, — est réunie 
au royaume ; trois ans plus tard, en 1539, l'Irlande est 
louniise. I.e parlement de Dublin est tout aussi docile aux 
volontés d'Henri VIII que celui de Westminster. 

Par suite de la défectiotf générale accompagnée de la 
•poUation des églises et des monastères, de l'abaissement des 
familles qui ont refusé do suivre le souverain dans la voie 
où il s'est engagé, et à une époque voisine de la guerre des 
Deux Roses qni a duré trente ans, une société nouvelle a 

surgi. 

Pendant la minorité d'Edouard VI, sous les protecteurs, 
les dissensions religieuses ne font que s'aggraver. 

Mario succède à son frère en 1653. Le parlement consent 
à ce que les lois portées contre les catholiques soient révo- 
quées, et comme la principale difficulté avec tous ces parti- 
sans de réforme est toujours une question d'enrichissement, 
il est permis aux Communes et aux pairs du royaume de 
conserver les biens confisqués aux Eglises, moyennant quoi 
tout obstacle est levé. 
RoniP espère un moment. 

Malheureusement, dans son zèle pour ramener la nation à 
la foi catholique et étouffer les provowtions dont elle est 
assaillie, Marie se croit tenu. 'ever des bûchers à l'hérésie. 
Cette reine, l'un des grands si rains de l'Anglet erre, avait 
le malheur d'appartenir à un n ècle qui ne connut pas la 
tolérance religieuse. " La punition des personnes qui profes- 
saient des doctrines erronées, ■'.it Lingard, était prescrite 
comme un devoir également par ceux qui rejetaient et ceux 
qni reconnaissaient l'autorité du pape ". 



rin 



— 2fll_ 

A venir ja,qa'à ce moment auui, l'Angleterre dans le 
cour. de. ..èole. fusé,, grâce à de. alliance, .ur le trône et 
grâce à la guerre, a conrervé de. attache, matérielle, .ur le 
continent. Sou. Marie, le. Françai, lui enlèvent Calai, et 
avec cette portion de territoire qui lui échappe, le dernier 
vestige de poueesion anglaiee di.paralt en France 

Plu. vou. entrer maintenant dans la phase moderne, plu. 
von. von. aperceve. que le centre de la politique augUi» .e 
aeplace. L Angleterre commence à .'iwler petit à petit du 
continent. Jusqu'ici, quand elle est .ortie de son fie c'est 
ve™ 1 Est qu'elle est allée. Déjà l'Ouest l'attire. L'histoire de 
la deniière partie du XVI- siècle est celle où commence la 

lutte de ce. influences, dont l'nne_le Non veau Monde-linira 
par I emporter. 

Sous Marie, déjà le. intérêts du grand commerce soUici- 
tent la nation et un premier traité conclu avec la nu..ie 
ouvre la voie. Mai. de ton, les règnes précédents que nous 
avon. dû menUonner «)mmairoment. il n'en est pas d'ésal en 
importance à celui d'EUzabeth venant aprè. Marie, en 1688. 

II 

A l'avènement d'EliMbeth. l'Angleterre possède une popu- 
lation de cmq à .ix millions d'âmes, plus même qu'elle n'en 
aura sous GuilUume III, un siècle plu. tard; mai. les 
to>uble» religieux et politiques ont depuis un demi-siècle 
bouleversé le royaume. Le tré»r est épuisé, la noblesse 

Î'TZ.?' ^"P'" ^^'" "" *^'" ^"'''^ ^^ 1» «"«^'e et de 
h dégradation. Les grands chemins sont remplis de va™, 
bond., la ,K,puIation est, en général, rude et grossière. L'hori- 
zon national est peu étendu. Les grendes ville, n'existent 
pa. encore. L ambition de cette nouveUe classe d'hommes 
qui se sont élevés sur les ruines des maisons religieuse, dit 
un écrivain récent. Story. est uniquement de fonder 'de. 



•f'i. ;' 







"" "î 



h^ 



f .^'' 



— 26Î — 

Umiaet et d'édifier de> fortunei. (The Building of Ou 
Empire, l" vol., p. 8). 

Le règne de Marie a été trop court pour ramener 1 Angle- 
terre à U foi catholique et guérir lei plaie» que le schisme et 
la persécution lui ont infligées. Aucune puissance humaine 
d'ailleurs eûUelle pu opérer ce prodige î Donc, à l'inténeur, 
U situation est sombre. L'Angleterre, à l'exUSrieur, ne poi- 
tède pas d'alUances, pas même avec l'Espagne où, en d'antres 
temps peut-être, le mariage de Marie à Philippe II eût pu 
faire oublier le divorce d'Henri VIII, et avoir des consé- 
quences heureuse, pour le pays. L'Ecosse attachée à U 
France par Marie Stuart et les Guise, est indépendante do 
l'Angleterre. Une partie de l'Irlande est encore sous la 
gouverne de chefs locaux. L'influence anglaise ne va pas 
an delà du PaU. 

•' Elisabeth, tout en conspirant contre sa sœur Marie, pen- 
dant que celle-ci est sur le trône, s'étoit convertie à l'ancienne 
croyance, dit Lingard. Apris avoir elle-même ceint la cou- 
ronne, eUe continua d'assister à la messe, de communier 
quelques fois, et fit inhumer sa sœur av.o toute la solennité 
du culte catholique; mais si toutes ces choses contribuaient 
à diminuer les craintes des catholiques, beaucoup d'autres 
flattaient l'espoir des évangéliste» ". (But. d^Angl.. V vol., 
pp. 439 et suiv.). 

En fait, Elizabeth sera ou catholique ou protestante, selon 
les exigences de sa politique. Avant tout elle défendra sa 
couronne et ses intérêts. Portée depuis longtemps vers les 
idées nouvelles, malgré sa conversion, elle ne tarde pas à se 
séparer de Rome qui la répudie pour passer tout droit à U 
Réforme dont elle a besoin et "qui flatte ses mauvais ins- 
tincts". (-Hi««oir«g((n<fra;e,Lavis8eetRambaud). "Au fond, 
dit Lavisse, Hiabeth est païenne et fille de la Renaissance ". 
EUe déteste également tous les culte» et tous le» ministres. 



4t 



— 2«3- 

Quant tu Parlement qui depui. .i longterap. lutte pour iM 
privilège., Il n'a fait pour le moment que changer de maître 
Apre, lo» première, élection, où tout e.t mi. eu œuvre poui 
chouir de. député, favorable. .u;c idée, nouvelle^ Elùabeth 
en le coneultant. lui fait dire, par la boucho de .on garde de. 
.«aux Bacon, que .i elle eu agit ainsi avec lui, ce n'e.t que 
par goût et non par néccwité, qu'elle réclame .a coopération 
dan. la confection de. loi., non pour leur donner plu, de 
force ma» Muleraent pour le, rendre plu, ajjréable. à ,on 
peuple, (g^^. d'Angl.. 3' vol.. p. 101, Lingard) 

Au..,, cette chambre de. lord., catholique antipapi.te .ou. 
1; ' """ 1"* "'"Prii"» AntoMin Roche, protestante 
•ou. Edouard VI, recevant à genoux l'abaolution de l'héré,ie 
etdu.chi,me sou. Marie, à condition de garder ee, bien, 
montre le mime emprcement, .ous Eli«beth, h redevenir 
protestante. 

C'est , ou, EliMbeth qno sont consacré, le. fameux 39 
•rticle.de foi tirés delà confession d'Augsbourg, «ymbole 
futur de l'orthodoxie anglicane. 

Quoique sou, une forme adoucie et par motif, plutôt poli- 
tique, que religieux, la persécution n'en continue pa, moin, 
e pendant le, dix première, année, du règne, ce qui rest^ 
aux catholique, de fonctions et de bénéfices, pawe aux main, 
des partisans de U Béforme. 

Le premier parlement n'avait assujetti que le. Commune, 
et le, fonctionnaire, public, «u serment de suprématie le 
Mcond étendit cette obligation à la nation Pntière Tout' un 
«yatème de j^nalité, fut créé pour met, . à exécution le, 
ordres venu, d'en haut. Il en fallait mo.n, pour confirmer 
U nation dan, le ,chi,me. "Chose étrange, dit Antonin 
7^' o'ri"" '""°'" d'Angleterre, surplus de 9 400 
prêtre, 80 à peine refusèrent de prêter le serment et per. 
dirent leure bénéfice, ". ^ 



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M.TÎ 



.*- ( 



A»«. 1« cou» de H.UU CommiMion. Writ.bl.. In^nU^ 
ii.„. ^ pour T.oh.toher lo. olf..*» r.l.g..u.e^ U» 

«nd^nt qu-Eli«b.ih lK,«r.uit en Angleterre 1- /"«'P^ J 
K. eUe «>utienl U n.«m. ««te à l'étranger, d.n. 1 mt«r«t 

^.raSr:'^:;"de^ïrpltcr. 

K^e edSonllLL... .érieu«.. U. coneU» ne 

loi: S. -eu... le. p.^ -;,r:ï.r:t.rdr. 
r:;;:t.^"rt.^iaT«eripdi.du.^^^^^^^ 

Xnri VlII avec Catherine d'Aragon ? C'est la «ule. .ij «i 
t.nrJmoire. que .e. concilier, tentèrent aupr*. du Sou- 
bonne »«°'°>"' 1 ^ j^„„ n'entrèrent pe. en liœ. 

mtme. ne compte q aébut aucunement m«lé. 

époque, et .1. ne lurent même . ^^,.^ p^^^^,, 

TrunC s:^^o^'vl7veuu tard, eat un, traneaction 
est 1 un deux. J'° » jj , j ,^, jo„„e MacauUy. 

t':rC'rj:::^rrftïï£2 



~-2ùi — 

»on.pt,veo .on Egli„ «.,),;.,, ,„ pj,,, ,j ^ j^.y ^ 
an .ign, du .ouvewin. L'haiuire a ca«o«ri«! d'un mot oett* 
p«t.oul.riW en dùant qu. la Réforme " « oommeuoi p.r un 
•chisme pour flnù par une htSrëeie ". (Filon, HUloir, gMraU 
rf. la,n,«, et Je, n^ud). Le, g,and. défenwun du prot,.. 
tantume anglais ne vinrent qu'après coup. 



m 



Il loi 



i trtc lies nations. Biche et 
vasten posmuaion» du continent, elle 
•al ;-llei! du Nouveau-Monde. (Vide 
i ('institution en Angleterre, i" vol.. 



L'£(tp(igrie tist 
puiMaiitc, outMj ai 

Partage avec h l'un 
Buokie, biitori«ii (l< 

p. *i). 

les diepute. religieuse, ont onirae partage l'Europf .„ 
deux camp.: le, Et„t. du N.,i,i. .^„x du Centra a ., . 
Midi. Elisabeth est a I,. tête dos iiemiers, ce . ■ c eu, 
qui ontembnusélaWforme; Phaipne II est k . wtea..r 
des seconds, demeurés fidèles à l'umtè. Le c;,ù„„uy (,. 
• Espagne est considérable, et les trésors que cett- |.., m- > 
Ure de ses possessions du Nouveau-Monde, exri,,o' iV-n . 
des peuples voisins de la moi . 

Henri Heine dit quelque f 'rt q„o l'empire do l'air ap,..,- 
tient aux Allemands, l'empire de la terre aux Français, et 
celui de la mer aux Anglais. Jusqu'ici, cependant, en dépit 
de circonstance, qui porteraient à juger au contraire, le, 
Angtou nont encore manifesté aucune aptitude particnliè» 
ponr la navigation. 

" Il nous semble incontestable, dit Seely, que noue wmmes 
par excellence la grande race voyageuse, Iravailleuw et 
colc'Msatrice, fille des Wickings et des rôdeurs de mer U 
mer. croyons-nous, est nôtre par un décret de la nature et 
oest le grand chemin sur lequel nous nous élançons pour 
«ubjuguer la terre et les peuples. En fait, continue l'auteur 



::'. '.:s t 



MiS 



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■4 ■■: 



— 266 — 

œ n'est qu'à l'époque de la reine Elisabeth que l'Angleterre 
commence à découvrir sa Yocation pour le commerce et la 
domination des mers ", 

" C'est notre position insulaire, dit-il. et le fait que notre 
lie à l'ouest et au nord, a ses ports sur l'Atlantique, qui ont 
pu' nous faire imaginer que l'Angleterre a toujours été néces- 
sairement une puissance maritime. Nous sommes arrivés 
dans cette île sur des vaisseaux, puis nous avons été conquis 
par une nation d'écumeurs de mer ". (The Expamion 0/ 
Snatend — trad. franc, p. 99). 

" Quant aux manufactures et au commerce, poursuit len- 
teur, ici noua allons trouver que ce n'est pas non plus une 
vocation naturelle fondée sur des aptitudes innées, qui assura 
"nos succis dans cette voie. Pour les manufactures, notre 
succès tient à nos relations avec les grands producteurs du 
globe ". (Id., p. 99 eta). . 

Or ces relations n'existant pas encore. La grande indus- 
trie est -vementtrès moderne. EUe n'atteindra même 
son épanouissement complet que de notre temps, avec l'âge 
du charbon et celui des chemina de fer. 

Story, auteur de l'ouvrage, Tke Building 0/ ik« Empire, 
publié récemment en Angleterre et auquel j'ai beaucoup 
emprunté pour cette étude, Story et beaucoup d'autres en 
ont raconté l'origine. 

Ainsi à l'occasion des troubles civils et religieux causés 
par la politique de Philippe II aux Pays-Ba,, une grande 
émigration d'ouvriers quittent le Brabant et les Flandres pour 
venir s'implanter en Angleterre. Ce sont ces colons inteUi- 
eents qui apportent alors au Sandwich les premières indus- 
tries du papier et de U soie, au Norfolk et au Norwich, 
celles de la serge, des tapis, des flanelles, etc. 

I^s Anglais du Norwich doivent également Ji des étrangers 
qu'ils ont attirés chez eux, la confection des futaines, du 
satin, etc. 



*tr 



— 267 — 

En 1507 Maidâtone, ville du Kent, fonde, de la même 
manière, hndustrie du fil qui y fieurit pendant trois siècles. 
G«^ à des émigrés français protestanU. dans le Bedfordshire. 
lOxfordshire et autres endroits, s'introduisent les dentelles 
de Valenciennes et d'Alençon. C'est encore des Huguenots 
français que les Anglais apprennent le tissage de la soie 
iel^k *"'"' *"*" apportent aussi l'industrie de la 

L'Est et l'Ouest commencent leur apprentissage des fabri- 
ques et en particulier do l'industrie des mines. Corn,valI et 
Devon exportent la mine et le plomb. L'industrie du fer est 
dabord confinée aux comtés du Sud-Est, à cause du bois, le 
charbon n étant alors en usage que sur les côtes ; quand l'âee 
du charbon paraîtra, la même industrie s'étenlra et fleurira 
dans 1 Ouest et dans le Nord. Dans l'Ouest, l'industrie de 
la laine tient déjà une place considérable, mais elle est loin 
d avoir limportance qui lui est réservée dans le Yorkshire et 
le Uncashire, devenus, comme l'on sait, le centre de la vie 
industrielle anglaise. 

Quant à la marine, les Anglais doivent à Henri VIII la 
cr&tion du Navy Ofice, aujourd'hui VAdmiraUy Office An 
début de son règne, l'Angleterre n'a encore qu'un seurbâti- 
ment de guerre _ le Oreal Harry, _ dont la construction a 
commencé sous Henri VII, son prédécesseur. Mais \e Régent 
est construit quelque temps après. Ce dernier, de 1 000 
tonneaux, est le plus puissant qu'on ait encore vu au pays 
Malheureusement, dans un engagement entre Français et 
Anglal^ au Urge de Brest, U est coulé à fond avec soréqui- 
page. ^ 

A la fin du règne d'Henri VIII, la marine royale s'élève 
seulement à 2,.500 tonneaux. 

Mais, dans la huitième année du règne d'Elisabeth un 
acte important conoormint la marine est passé dans le parle- 



■^;i 



m 



>,. 1' 



— 268 — 
ment et U construction de. navire, v. prendre un e..or 

inconnu jusqu'ici. r^tho. 

U Mo,ca»y Company avait reçu, sous «anela Catho- 
lique, une charte importante pour commercer »''«';1» «"^ «^ 
C'éuritla conséquence «ns doute du trait^ s>gné entre les 
deuTpays et que nous avons déjà montionué. I^s négoc.anU 
qui fori.ient partie de la compagnie voulaient e-re ^né 
Lr en Asie, e7>. frayant un passage à travers econt.nent. 
L'Innée sû.vante, un acte du parlement étend.t leur mono- 
pole à l'Arménie, à la Perse et autres contrées qui bordent 

'" DW^^^reX, le trafic venait de s'ouvrir sur les côtes 
d'Afrique, dans 1. Guinée et dans les ports de l'Aménque du 
.„d Mai. le &it par excellence, celui qui domine au point 
lJ^21r dTcommerce, c'est sans doute l'ouverture 

W. l'antiquité l> plus reculée, la Méditerranée avait été 
U «.le voie, à peu près l'unique déversoir du commerce du 
totdT U mZvcU sur cette mer dans les ..mpsles plus 
7w^ de cel^ dont nous parlons, avait appartenu à 
yZTi. Gènes et aux villes hauséatiques. U prospérité de 
««rûples dans le négoce universel, devait nécessairement 
Tm^r avec la découverdes mers nouvelles. Ce n'est pas 
Te vingleterre soit prêta encore à prendre la place qui lui 
S^rvée. Avant la découverte, c'est le t»ur de l'Ai lema 
gneetde l'Italie. Après elles, viennent l'Espagne, le Por- 
tugal et même la Hollande. Ainsi, et pendant «ne partie du 
XVIl- siècle encore, le commerce de transports appartien 
aux Hollandais. Amsterdam est un moment le grand marché 
arSint. L'Angleterre ne vient è p«,prement parler 

•^X-à St le monopole du commerce d'i.portation 
et d'exportation, ii Londres, appartient aux étrangers. 



^M>. 



— 269 — 



IV 



Les historiens ont souvent raconté la carrière des pionniers 
de la navigation anglaise sur les mers nouvelles. M. Stoiy 
dans son ouvrage Tke Buihliny of the Empire, s'y est oomi 
plaisamment arrêté. 

Cette épisode du XVI' siècle anglais offre un trait si carac- 
téristique qu'il mérite d'être peint, puisque aussi bien l'hiv 
lonen *.nt je parle et qui semble avoir quelque autorité met 
ces navigateurs au rang de fondateurs de l'empire angUis. 

Ce sont eux qui véritablement ouvrirent l'AtUntique aux 
AngUis. 

Deux uu trois personnages résument toute leur carrière. 

En 1562, John Hawkins appareille, de concert avec un 
autre marin du nom de Hampton, trois vaisseaux dan* 1« 
but d'aller chercher fortune vers l'Ouest. Il se dirige d'abonl 
sur les côtes «TAfrique, Sierra. Leone, puis par ruse o« vio- 
lence, s'empare de trois cents nègres avec lesquels il se rend 
il Hispaniola (Saint-Domingue), dans les fndes. 

C'est la traite des Noirs que les Anglais commencent. •■ U 
premier Anglais, dit Seely, qui se rendit coupable de cette 
atrocité, fut John Hawkins ". En 1567— fStory dit 1562),— 
Hawkins, suivant la narration qu'en donne Seely, entra dans 
une ville africaine, y mit le feu et sur les 8,000 habitants 
qu'elle contenait, réussit à enlever 250 hommes, femmes et 
enfanU. (Expansion of England, p. 74). Quant à Hamp- 
ton, il fut fait prisonnier et emmené à Cadix. C'est aussi le 
commencement de la lutte sans trêve entre AnglaU et Espa- 
gnols. Ceux-ci, depuis plus d'un siècle, étaient les maîtres 
du commerce avec le Nouveau-Monde. 

Deux ans après, en 1564, Hawkins fait un second voyage. 
Cette fois, le comte de Pembroke, lord Dudly,— pins tard, 
comte de Leicester, — l'un des favoris de U reine, — la reiiM 



■Af-a^i 



— 270 — 

eUe-™«n.e .'.percevant ,ue le c^rn.^ ^'Z^t 
de ecm bénéfice., s'associent au navigateur. U reme t«u 
nour sa part, un vaisseau de 700 tonneaux, 
•""lir^a; HawUin, apparatt '«« --eau dans une ,^ 

''EnT567 la reine s'associe une seconde fois au. aventures 
de Haluns et lui pr^U, deux vaisseau. HawU.ns^,u^en 
appareillé quatre, part avec les s>x b.en arn,é 
V^nris Dmke apparaît ici pour la première fois. 

Dans « vow Hawkins et Dmke se dirigent eocore v rs 
,es e^s de GÎ.iS;, et, après un chargement e .uatre . cinq 

rSaut seCvaien't par 1^ même plus fiéquemment que 
tous autres aux prises avec ^"^ \^^2' la Hacha, centre 

^" ^™'' ";«: ;r r: refus" if uLé de t;afiquer 
ducommerc a speres^se V ^^^^^^^ ^_^^^^ ^^ 

Z. 'Ztr, ALudait .au.re ia,o,„ entra dans a 
bien se soumettre. Le negoc a ^ roarchi'ndise 

^rir trraisseau espagnol rencontré ..r U 
jr:cr:rd:n,lesportscoloniaux.étaitpill4ouran^n„é. 



«-«WBJMâFfKïf^ 



— 271 — 

Lm richesses tirées de ces Indes sont vraiment fabuleuses 
po«r l'époque. Daae oe mêiae voyage, Hawkins rencontrait 
une flotte espagnole composée de treiie voiles, dont la car- 
guson était évaluée a £1,800,000. La proie éUiit tentaute. 

L'on dchangea d'abord des civilités. Â la fin, il fallut se 
battre et k défaite de Hawkios fut désastreuse. Story dit 
que les Espagnols manquèrent k 1a foi du traité; mais Haw- 
kins, de son côté, eût-il été plus correct s'il ne se fût senti le 
plus faible ? Les Espagnols s'arrc^aient le droit exclusif 
d'exploiter les ressources du Nouveau-Monde; cependant, 
Philippe II — de l'aveu même de Story — défendait les inté- 
rêts de la civilisation en cherchant à empêcher l'exploitatioD 
sans scrupule de ses colons et le trafic des esclaves. D'après 
Hackluyt, cité par Story, ce fut à compter de ce momeut, que 
le* Anglais conçurent pour les Espagnols une défiance et 
une haine implacables. Une telle conduite, de la part des 
Espagnols, dit cet écrivain, suffit dans la suite pour palUer 
des actions condamnables de la part des Anglais contre eux, 
actions qui, sans cela, n'eussent pas été pardonnées à Francis 
Draki\ le compagnon de Hawkins. 

Un chapelain qui avait accompagné tes deux navigateurs 
anglais, cnrisulté à cet égard, prétendit qoe désormais piller 
de telles gens, en (quelque lien du globe qu'ils fassent, étaient 
permis. 

Des truis voyais que I>rake fît aux lades, les deux 
prcmierâ furent sans <iucc^ ; mais le dernier récoiapensa poar 
les autres. En 157l, dans le goMe du Mexique, il capture 
plus de cent petits vaisseaux et prend uoe ville, N^ombre de 
DioH. Sur U t«rre ferme, à la tête d'aventuriers qu*il conduit 
et au iiorabre desquels sont même quelques Français, il 
s'empare d'un convoi de mules charçé d'or et d'argent. 

Francis Diake est réputé le plus lurdi navigateur anglais 
de son tenpa, Uueannée avant l'expédition dont nous venons 



.If 

MM 

il 
m 




mir-^umfmv?:' 



i —272 — 

• 

d. «iriei il avait été nomfflé trtwriet de marine, fonction 
Î^iripH ton.» « vie. Dan, le oour, de se, voy^ 
Drake met à profit la eoienoe de, Portug... et de, E^ 
"",■ certain, document, qu'il découvre, unjour enopé™* 
£;ri«,.ont si importants qu'en 1" '»,1'"»77";, '"^ 
TrcLnd; de Londres, ceux-ci conçoivent l'.dée de fonder la 

"'itlÏrttTet de. aventure, chez ce. c.«n. .« 
ta :r,'alliait dV à la passion de dominer, à orgueU 
national En 1673. Drake apercevant U mer du ,ud, 
ZmZl genoux et promet à Dieu que ,'il lu. épargne 1. 
Tu l™ ,ur cette routa inconnue dan, un bâtiment anglau. 
n ri tament. la communauté politique n'e»tre P-r nen 
dan. toute, ce, entreprise. Ce n'est P»» »I«"'»"Î^"* ^^ 
encouragement, en haut lieu manquent tout à fait. An 
Iment où Drake met à la voile pour un voyage qm devait 

"v^du retentissement, la reine en ?*"<""'=.' f 7"^ ,^ 
ini dit • " We do accouru thai hc whtch arMh at 

iSTake It t de l'iymouth avec cinq vaisseaux e un V- 
° rde 164 homme,. (Lingard dit 1600 ma., l'erreur e^^ 
HenL, ici.) Pluaieur, voilier eepagnol, tombant .ur ,a 
lÏ Drake s'en empare suivant sa coutume et cmgle ver. 
rL^r Le 20 aoft. après huit mois de navigation et de 
X,!! il en^ dan, le détroit de Magellan. Le 6 eeptembre 
l'T'DrTk voyageait dan, la mer du sud dont il allait en 
iulique, jour, (leT^ire la traversée sur un va««»« angU... 
Sa nrière était exaucée. . , 

""au "ur, de cette expédition, l'audacieux mann sempa» 
de dix-sept vaisseaux espagnols, dont un seul port»une car- 
tZ. Xuée à £200,000. Toutes les villes -tuées «ri- 
SZ depuis Santiago, à Uma et les vaisseaux dan. 1« ports 
»nt ou détruite ou pillés. 



— 273 — 

Story, qui rapporte à aa manière i-ae partie des fait», dit 
qu'une telle conduite répugne à une oonaoienoo du dix-neu- 
vième siècle; mais il veut qu'on se rappelle sans cesse qu'en 
1679, un seul pays dominait la terre, iv.re do richesse et de 
fanatisme, que U possession de tout un hémisphère était 
impuissante à contenter. 

Cette excuse de la part d'une conscience anglaise éclairée 
du XIX* siiicle, n'est^lle pas très suggestive 1 

Les Espagnols, avertis dos exploiu de Drake, étaijnt allés 
se poster à l'entrée du détroit pour guetter son retour quand 
le corsaire, pour éviter l'ennemi, conçut le projet de conlinuer 
sa route vers l'Ouest. Il poursuivit sa marehe et contourna 
1» terre en 2 ans et 10 mois. " Il revenait, dit Lingard, 
•ouilW de sang et de rapines, mais l'Angleterre salua »ïe<J 
joie le retour de ce tils aventureux, le premier de tau les 
mortels qui eût en naviguant, fait le tour du globe ". Lïis- 
torien anglais fait erreur ici ; il oublie que l'Iionneur d'avoir 
la première fois accompli le voyage de circarBBavig.tion 
appartient à un Espagnol de l'expédiUon de Magellan eu 
en 1552. 

Drake parti avec cinq vaisseaux n'en avait plus qu'un 
mais celui-là chargé d'un trésor évalué à huit cent mille 
livres. 

Informé de la conduite de Drake, Elizabeth fait miw un 
mom«nt de le désapprouver, sauf à partager ensuite — sui- 
vant tontes les apparences — dans les bénéfices du voyage. 

Pendant nombre d'années, ces courses se multiplient et°la 
mer n'est plus qu'un vaste champ livré aux corsaires. Malgré 
l'indignation espagnole, auprès de la cour d'Elizabeth les 
réclamations sont vaines. Les succès ne peuvent donc qu'en- 
flammer d'avantage la cupidité du l'enuemi, Drake est 
devenu un héros digne de tous les honneurs ; c'est un con- 
quérant. Créé officier par la reine lors des déméUs avec 



■ ai. 



— 274 — 

PhUipp. II. on 1. tmve à U t«te d'une flotte de 21 voUe. 
rnuipi» i». j Santiago, pille Saint- 

r ";^e\: Cir;n.°et rait ™«r deu, .o,U .nHe. e^te. 

,.i„e de oon,..rt avec E,«. à »u™ett«. ^^^^ 
teawr 1» riheliion. comme on »«?'""'• ."T ^„ {,,, 
avoue Story, t«M«fc *« «wr b«» ff»»»» <"» *" , , -I ,L 

S." -=■*-"== 

nrenalt son troisième voyage, cette fois avec une 
C^ze vaiaaeaux. Le» déceptions ne pouvaient manquer de 
* ^IL^ewndant cl V-oique Vor tût le motif pnncipal 
TeS^S tion Se ci e.t Vesl célèbre en « qu'elle -- 
lue ifmlmL temps la première tentative de colonisation 

'^tvtn ^x'n^après le retour de Dra.e dans s^n voyage 
Environ six a v aventurier du nom de 

rir::t :::::: ".dèle imitateur du .pitaine 



— 273 — 

&meaz, U a loin de mettre aes méthodeg en pratique, aoeom- 
plimnt iur aa route les actes de brigandage dan» leaqnela 
Drake s'eat diatingué contre les EipagnoU. Il en avait à 
la vérité obtenu l'autoriaatioa apéciale de aa aouveraine. Tel 
fut aon aucoèa que lea tréaors qu'il rapporta, auraient suffi, 
dit toujours Story, " to buy a fair tarUom ". Ce que l'écri- 
vain regrette, c'est que le voyage de Coveudish n'ait pai été 
marqué au coin de l'humanité qui caractérisa Drako. C'est i 
se demander alors avec inquiétude ce qu'il fut. Aux traits 
que j'ai déjà rapportés touchant la conduite de Drake, per- 
mettez-moi d'en ajouter un nouveau. A la prise de Saint- 
Domingue, — Story m'est garant de la véracité du récit, — 
un jeune noir portant un pavillon de paix avait été tué sur 
le chemin par un officier espagnol, on ne sait pourquoi, 
oe qui parait bien un acte de Iftche et inexcusable bar- 
barie ; mais pour venger le petit porte-drapeau que fait 
Drake ? Il s'empare d'abord de deux moines qu'il sait inno- 
centa et lea fait exécuter ; puis, éprouvant de la difficulté à 
découvrir le vrai coupable, il se met à pendre deux habitants 
par jour, jusqu'à ce qu'on le lui dénonce. 

Ûavendisb accomplit le troisième vov:.,-,. iiutour du monde 
en doux ans et cinquante joura, huit mois de moins environ 
que n'avait duré celui de Drake. 

Dana tous cea peraonDage^ l'on découvrirait difficilement 
un dessein moral, une idée religieuse, une vue générale se 
rapportant à la civilisation. John Davis, explorateur du 
détroit qui porta son nom, Martin Frobisher qui donna le 
sien à la baie qu'il découvrit au nord du détroit d'Hudaoïi, 
John Hawkins qui, le premier, lit la traita des noirs, Francis 
Drake qui les éclipsa tous, par son voyage autour du monde, 
Oayendish, etc., " tous ces hommes, dit Antonin Roche, 
moitié héros, moitié flibustiers, mêlèrent ensemble les com- 
bats, les découvertes, le commerce, la piraterie, le brigandage. 



■•*r':. 



1 



"^ 'f 




— 27C — 

U tt.iU. de. nègre, et com.nencè.ent .ur U met la pui..anoe 
de VAnglcletie. U «...ino .ngUi« eut de. cor...« et de. 
pimte. comme Kome eut do. brigand, pour premier, fon- 

''T"nwre. rien ne «s«mble moiD. il la piété antique que 
celle de ce. cor«ire.. 11. cherchent de. aventure. . enfoncent 
pour ceU dan. le. profondeur, inconnue, de U mer, leur 
Tnique ..poir (îtant d'en «pporter de. trd«.r.. et quand 
cnx-ci ont brillé il leur. yeux. il. .'en «'"P»"»' "."L:":!,- 
du droit et de U morale, la force «eule en décidant I. reli- 
gion et le. principe. profe.se. par ce. homme», ''""l""" « 
itory. pouMé. dan. leur, dernière. con..5quenoe., étaient la 
dénégation de toute loi et de toute autorité ". 

luiuies il bien de. égard., oe. voyage., ce. conflit, répété. 
,„r U mer. ne «mt pis toutefoi, .an. ré.ultato. U> Anglai. 
«•entmlnent aux péril, de Ui navigation ; iU développent leur 
e'pérament, la .péculation ouvre M-e.prit de. horion, 
plu. Urge. et le commerce .'étend : " Son. le règne d El,«i- 
beth, ditLingard. re.prit du commerce envahit toute. ki 
ck»e. de la nation ". On a vu que k persécution dan. le. 
Payn-Ba. couvrit le. comté, de VEet de l'Angleterre d établi.- 
Mment. indu.trieU et commerciaux. L'afflux de. métaux pré- 
cieux rapporté, du Nouveau-Monde, l'augmentation du luxe 
p,odui.i«nt une révolution dan. le. mœur.. Au moment 
où de long, démêlé, entre le. deux peuple, appellent une 
«.lution définitive, tout une génération de marin, anglai. 
apparaît «ut le. frontière, avancées de l'Atlantique. 



Mil-cinq-cent^quatre-vingt-huit, l'époque de U grande 
Armada, vient de «muer. Dan. l'histoire moderne anglaise, 
il n'en est guère de plu. remarquable. Certaine, cau.^ plus 
ou moin, lointune. ont préparé les événement.. L une d eUes 



— 377 — 

remonte à la r(ipiidiati<m do C'«therin« d'Amsoii F/affaire rte 
Marie Stuart, près do vingt am prisonnière, ot, h l,i fin. ornol- 
lement awash.nde, «'est ajoutcie h la premier» dont elle aggrave 
le souvenir. Jm roine d'Eoosse vient ,\ peine d'«tro oxiicutce. 
Dans ces dernières années, Klisalwtli a soutenu la n'volte 
des Ilays-ltas qui cliorchaiunt ù secouer le joug .lu Philippe II. 
I* roi, de son nW, et quoi qu'en disent (pieLpio. hisU,rie>w, 
ne pouvait songer sérieusemont h rikluiru l'Angleli rre à l'^ut 
de dépendance espagnole. Il était politique trop sensé pour 
concevoir une telle ambition qui eût pu tourner contre lui 
le reste de l'Euroiic. fependant lu psi«! Sixtc-Quiut avait 
renouvelé la bulle .1 xcommunioation contre Elisabeth et 
déUé les sujets anglais de leur obéissance à U reine. r)»ns 
Ira idées du temps, au moins, la chrétienté eût considéré 
légitime l'aspiraUon d'un nouveau prétendant h la couronne 
anglaise, pourvu qu'il appartint à l'unité. Quant à Philippe II, 
il défendait sa prépondérance dans les conseils de l'Europe, 
outre les intéri-'a do son commerce sur terre et sur mer. Il' 
est bien difficile de démêler jusqu'à quel point les intérêts 
religieux occupaient sa diplomatie. L'histoire de la tenais- 
sance religieuse nous montre souvent tous ces souverains 
catholiques dans une posture peu .diHante vis-à-vis de 
l'Eglise. Lisez pltitfit l'histoire du Concile de Trente. 

L'fopagne avait déjà ou avec l'hériUer de Charles-Quint, 
la pensée de lover les armes en faveur de Marie Stuart qui' 
représentait à la fois le catholicisme et la monarchie oppri- 
més. Si Philippe II, comme on l'en avait souvent sollicité, 
eut mis dans le temps son projet à exécution, il n'eût fait 
probablement que hâter le sort de linfortunée reine d'Ecosse 
mais on ne sait ce qu. fût devenue l'Angleterre. L'hésitation 
du loi, ses tâtonnements furent une grande faute. La néces- 
sité le contraignait à combattre aujourd'hui dans des ciroon- 
stances autrement diaSciles , l'er.nemi avait grandi. 



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(716) 482 - 0300-Phon. 

(718) 2M-S9B9-Fa. 



— 278 — 

Philippe II n'en pe^ista r«a moins dans MS desseins. Il 
eut le llhenr do mettre sa flotte aux ordres d «n hon.me 
tp :p:e aux choses de la mer. le duc de Med.na S,d„n,a 
CeLi-oia.1amouil.eràCalaisetàD„nkerqueou,atenda.n 

30 000 hommes de débarquement commandés r«' '«''.'"' ^» 
PariL^lui-i touufois .éputé le pins habile tact,c.en de 

^'Vn%ié d'Eliiabeth figurent les marin, les pin, expéri- 
tentés du royaume, parmi lesquels ceux dont nous avons 
"artL HaJkins. les Drake. les Frobisher. etc., sou, le com- 
mandement Rendrai de l'amiral Howard. , „ ^ , 

•t flotte raconte Antonin R^he. partie de Vembonchn™ 
du T«Ke le 25 mai 1588, arriva à la hauteur du cap F.n.s- 
tère où elle essuya «ne première tempête ; la plupart des 
iTs'seanx furent fort maltraitas, plnsieur, br ses contre les 
oTeTou échoués sur la Cte. Ce ^«m-ge réparé on ja 
à la voile et l'on se dirigea vers-l» Manche le 22 judle 
Jamais disent les écrivains contempomns. la mer navart 
offrspectacle plus imposant. (HUt. <CAngUterre, vol. 1". 

^' L'ILada était composée de cent trente vaisseaux de 
^'aerttraordinaireUs de tourelles éUv^, re^em- 
^1 » »_>«t ;i " k une ville de châteaux flottants . 
^'tsCri L;1 éUient plus ^UU mais plna lé^s 
et plu, agiles. Lenr, équipages paraissent avoir été excel- 
e„Ï mieux exercés à la manœuvre qu'il importa^ de con 
«r; en cette circonstance, «s ne livrent d'abord que de, 
^IZnis partiel,, évitant avec ,oin l'abordage ou 1 
ZS.01B son™ accoutumé, de combattre en mettant le 
™Tn sur la voile ennemie, à la façon des ancien,. Au 
rrie quatre jours, pir une nuit très noire, les An^U. 
aUument une huitaine de navires qu'ils poussen contre h 
fl„respagnole dan, le de»ein de l'incendier. Celle-c. pri,e 



— 279 — 

(le terreur, lève l'ancre ; ses vaisseaux se heurtent les una 
contre les autres ; et la tempêto qui surgit achève de les 
disperser. Dans cette confusion, les Anglais l'atUquent le 
lendemain et les Espagnols ignorant la pdiiurio dans laquelle 
se trouvent les Anglais, décident d'abandonner le champ de 
bataille. A [leine cinquante vaisseaux fjeuvent regagner les 
iwrts d'Espagne. (Id., pp. 427 et suiv.). 



Il importait peu pour les cons^uoiices que la victoire 
ddpendit ou non de la valeur respective des flottes. L'Espa- 
gne était vaincue. Autant l'effet moral fut grand pour l'An- 
gleterre sur le continent, autant il fut humiliant pour 
l'Espagne. En Angleterre, les hésitations de la reine furent 
considérées comme une tactique habile, sa mesquinerie qui 
avait failli, un moment, désarmer ses propres équipages, une 
pr.>;.ence sûre d'elle-même; l'enthousiasme ne connut plus 
de bornes. 

Elizabeth poursuivant le dessein qu'elle avait conçu de 
ruiner l'Espagne, accorda à ses sujets liberté illimitée de 
combattre partout ceux de Philippe II. La guerre de détail, 
la guerre de course arma tous les aventuriers ; la mer rede- 
vint infestée dé pirates. 

Le Portugal avait été réuni à l'Espagne en 1580, les deux 
pays ne formaient qu'un royaume. L'année suivant la 
grande Armada, au mois d'avril 1587, Drake et Norris, sons 
prétexte de délivrer le Portugal du joug de l'Espagne, s'em- 
parant de la Corogne et à la tête d'une flotte bien armée, 
opèrent une descente sur le territoire portugais. Heureuse- 
ment pour les Espagnols, le peuple que les Anglais espèrent 
voir se soulever est indifférent et la maladie se mettant à 1» 




— 280 — 

fin parmi les trour«s, celles-ci sont forcées de se retirer 
après avoir subi des pertes considérables. 

IMusicurs exiKSditions du mênie genre ont lieu. Lune 
d'entre elles, sous le eomnmnden.cnt de Howard et de Gren- 
ville est demeurée célèbre. Le combat livré par les Espa- 
gnols à Grenville, aux Açores. est si acl.arné et dans des 
proportions de forces si inég,iles pour les Anglais que ceuï-ci 
l'ont comparé à celui des Thermopyles. 

Au dire de Froude, l'affaire eut pour les Esp-^u'ls dos 
cff.te non moins désastreux que l'échec de la grande Armada. 
En 1595 Drake et Hawkins prennent la résolution daller 
de nouveau porter la lutte dans les Indes. Cette expédition, 
la plus formidable de toutes celles qui avaient encore ou lieu 
de ce côté, était composée de six vaisseaux appartenant à la 
reine et vingt et un fournis par des particuliers. Elle n eût 
point de succès cependant. La discorde se mit parmi les 
commandants et ils ne purent s'emparer du trésor annuel en 
route pour l'Espagne. De plus, un vaisseau de la flotte 
anglaise fut capturé. Cette mésaventure ajoutée k d autres 
acheva de ruiner l'espoir de Hawkins ; le raann en fut affecté 
à tel point qu'il tomba malade et mourut quelques jours 
..^près A peu d'intervalle de là, le 28 janvier 1596, s étei- 
gnit à son tour Fmncis Drake. à moitié ruiné, lui aussi, pat 

le chagrin. / j i j. 

La -»ine avait été d'autant plus désappointée de la tour- 
nure de la lutte aux Indes que l'entreprise de Hawkins 
n'avait pas même fait ses frais. Du côté des colonies espa- 
gnoles, c'était le salut. 

Fortement engagé dans les affaires continentales, atoorbé, 
dans le moment surtout, par l'affaire de succession en France 
„„i devait amener Henri IV sur le trône, Philippe II ressen- 
tait davantage les coups incessants portés à sa manne et à 
son commerce. 



— 281 — 

Le souverain espagnol médita une nouvelle invasion en 
Angleterre. Mais, ijcndait qu'il faisait Je grands préparatifs 
les Anglais avaient l'habileté d'opérer une descente immé- 
diate sur les cAtes d'ESpagno. Cette foif, ils s'em|«raient de 
Cadix et détruisaient une partie de la flotte trouvée dans le 
port. Malgré un coup aussi Iiaiiii, Philippe II réussit à met- 
tre une nouvelle armée sur l'océan. 

Essex et Howard s'appn-tent à faire face à l'ennemi ; mais 
comme si la fatalité empêchait l'exécution d'aussi vastes 
projets, la tempête s'élève encore une fois sur la mer; les 
deux flottes se rencontrent sans se voir et rentrent à û fin 
dans laurs iiorts respectifs sans avoir combattu. 
La seconde Armada n'avait été qu'une parade. ' 
L'Espagne ainsi partagée entre les affaires européennes et 
celles du Nouveau-Monde, épuisait ses ressources. U prise 
de Cadix en 1496 avait coûté vingt-deux millions do ducats 
a Philippe II. 

Mais le grand résultat, celui qui primait les autres et em- 
portait les conséquences les plus graves, c'était la suprématie 
maritime de l'Espagnf " ttue. Ces malheurs venant après 
la mort récente de >.„..« Stuart, c'ét.iit h protestantisme 
qui triomphait en même temps que les intérêts commerciaux 
de l'Angleterre. 

U marine anglaise se trouvait momentanément afl'aiblie • 
les Hawkins, les Drake et autres étaient disparus. Les' 
expéditions dans les Indes devaient être moins heureuses 
Les colonies espagnoles, éloignées du centre d'agitation 
devaient contiiuer longtemps à prospérer malgré les infor.' 
tunes de la mère-patrie à laquelle, du reste, elles étaient 
appelées à survivre. 



'M 



.'% 





— 282 — 

No,.8 l'avons d^jà fait oï«crver, toute» ces expAlitions de 
1» part des Anglais sont le fait d'entreprises individuelles ou 
de compagnies priv.'es. L'Etat, sauf de rares eireonstances, en 
tant nu-Rtat, n'intervient pas. Ainsi, j^ndant ces quarante 
années du règne d'Klisabcth, ou la lutte a lieu entre Anglais, 
Esmgnols ou l'ortugais, les puissances, la plupart du temps, 
„„t eens&s vivre en paix. Ce sont les ind.vdus q«. ont la 
Kuertepour leur propre compta. U communauté politique 
n'en profite qu'indirectement. U s'agit d'intérête commerciaux 
Les Espagnols, au contraire, de mCme que les tranc;a.s et 
les Portugais sont activement soutenus par l'ttat. est ce 
dernier qui bénificie ou perd directement dans le hasard des 
conflits. Si, comme le dit Guizot, " le sentiment de la per- 
sonnalité, de la liberté individuelle, est le sentiment de la 
vie barbare ". il est V : de voir que le pays iiui en est encore 
aux guerres privées »t pas encore entré de plein pied dans 
-a vie moderne. Sans doute, il en sera bientôt autrement, 
'sans pourtant et heureusement éteindre l'esprit dimtiative 
che/, la nation. Et une réflexion ici s'impose. 

Dans cet esprit d'individualisme resté la tese du tempé- 
rament anglais, et qui balancé par le respect des lois, est une 
source féconde de progrès pour un peuple, les Anglais on 
cru voir un produit de leur révolution rel^iense. lartent 
de là, certains écrivains n'ont pas craint de dire que le souffle 
de liberté qui anime leurs institutions politiques vient de la 
réforme protestante. Comme ces chauvins de la troisièm 
rublique qui n'imaginent pas une histoire de France avant 
1789, ^rtains Anglais croient sincèrement qu'il n y a jamais 
eu d'kngleterre avant le siècle d'Henri VIII. Or, lespnt de 
liberté dont on fait pamde dans ce grand pays remonte 
t^ucoup plus haut que le XVI- siècle. Il naquit avec 
Lcienne civiUsation du royaume et se retrouve dans le sang 
même des peuples de l'heptarchie. U est vivant dans les 



— 283 — 

coutumes locales et cette justice anglo-saxonne que la con- 
quête normande ne voulut ou ne put entamer. C'est là 
qu'il a pris racine. 

La liberté politique apparaît visible au temps des liarons 
normands avec la grande charte ; chacun sait (|ue eu monu- 
ment «îlèbre en est la consécration et non l'iStablisscment. " A 
la fin du luoyen-âgo, dit Ernest Uvisse, l'Angleterre a trouvé 
les institutions avec lesquelles elle doit vivre". Cet avance- 
ment est notable dès le règne d'Edouard III. 

"Sous les Plantagenets, dit Antonin Roche, l'Angleterre 
avait conquis ses libertés les plus précieuses ". 

11 en est de même de la tolérance en matière do religion, 
et ce n'est vraiment pas au sein des guerres religieuses du 
XVI" siècle qu'il convient de l'aller chercher. 

L'un des premiers effets de la révolte contre la papauté, 
dit Story, fut de donner naissance à la croisade contre l'Es- 
pagne, son commerce et son exclusivisme. Aux yeux des 
Anglais, ces fautes n'étaiont que le signe apparent, la preuve 
assurée du système odieux. " U plupart de ces flibustiers, 
dit l'historien (en parlant des Hawkins, des Drake, des' 
Frobisher, etc.), étaient poussés aussi bien par le désir de 
s'enrichir que par certain zèle particulier d'extirper la bigo- 
tine religieuse ou l'esclavage. Il est possible même que la 
passion du lucre ait été le motif déterminant de leurs actions 
et l'on est naturellement porté à le croire ". 

Or, d'après le même historien, il ne faut pas chercher 
ailleurs les fondateurs de l'empire. 

" Ce ne sont, dit-il, ni les Burleigh, ni les WaUingham, ni 
les Leicester, ni les Halton, les Bacon et autres qui doivent 
être regardés comme les fondateurs de notre empire. Pour 
nous servir d'une comparaison familière, ces hommes étaient 
des employés, des commis, des compteurs honnêtes, quelques- 
uns foit habiles, il est certain, au service du patron, Eliaa- 



_28-t — 

beth — (*« 9««"' skipkeeper- , mais dit lu brave Slory, ce 
sont les Urnkc, les Howard, les Hawkins, les OrenviUe. le. 
Frobislier et autres qui voyagirent iiour la Compagnie — Ihê 
eoncern,-ce sont eux qui crevèrent les alVaires et firent (lo 
la mciité entreprenante nne sociiîté iespeci(!e dans Vnnivcrs . 

Si ce n'est ni Henri VI II, ni Edouaixl VI avec ses pro- 
lecteurs, ni Marie, ni même Klizabcth qui fondèrent la 
liberté politique ou la toldranco religieuse, senxiont-co par 
hasard ces pionniers do la mer ? 

Ils ne furent certainement pas les moins méritants parmi 
leurs contemporains. En ouvrant, comme ils l'ont fait, la 
navitmtion sur les mers noavelles, ils révélèrent la nation à 
olle-m6me. Ils montrèrent la route à leurs contemporains. 
Mais au point de vue de l'expansion proprement dite.ils 
n'ajoutèrent pas une parcelle de territoire au pays. Ce nest 
qu'au siècle suivant que l'émigration anglaise se met en 
marche, grâce aux discussions religieuses, gr&ce à cette soif de 
jouissances roatérieUes qui a été le principal facteur des 
établissements anglais dans le inonde entier. 



VI 



A la fin du règne d'Elisabeth, le commerce extérieur a pris 
une telle extension que les négociants, sauf avec ceux des 
ports voisins de la France, no font plus d'affaires que p»i le 
canal des compagnies „ • » i 

Il est vrai que dès 1511, Londres, Southampton et Brist.1 
ont des relations d'affaires avec des pays éloignés comme 
la Syrie, la Grèce ; mais la pratique der compagnies date en 
réalité de cette époque. , . i. 

En 1553, cent ans après la prise de Constantinople et 1 ou- 
verture de l'ère œodeme, un Anglais du nom d'Anthony 



Jenkinson, avait obtenu de Soliman le Grand, le privilège de 
trafiquer dans les ports de la Turquie. Ue lu l'idiSe de fonder 
une première coiupai^nie du Levant. 

En 1357, dernière annùe du règne de Marie, dans un 
voyage de trois nnnu'es !i travers lu Itussie, la l'erse et l'indi', 
Jenkinson avait réussi à fonder le commerce du l'Orient. The 
Mmamj Company qui l'y avait dëpuUi, avait obtenu aus.>i 
du Tsar le monopole de la mer lilanclie. 

La compagnie du Loviint obtint sa cbarto seulement en 
1581. 

Kn l'anhûe 1580, un an après le retour do Cavendi.ih de 
sou voyage autour du monde, des ncîgociauts obtiennent de 
la reine permis de commercer avec l'Inde par voie du Cap 
de Bonne Espérance réputée définitivement la plus courte et 
la plus avantageuse pour comuiuniquor avec l'Inde et la 
Chine. 

Mais le 22 septumbro 1599 voyait naître une Uie de 
marchands de Londres fondée dans le but sp('.cial (le commer- 
cer ovec riude. Ce seul événement, la fondation de la cuiu- 
pagnie des Indes orientales, auflirait jmur rendre mémorable 
la dernière année du XVI- siècle. C'eat h cette compagnie 
célèbre, en effet, qu'est due la conquête do l'empire des Indes. 
Mais son histoire, comme on le voit, ainsi que celle de la 
colonisation, ne commence qu'avec le siècle q>ii suit, sous le 
règne de Jacques 1", de la dynastie des Stuarts. 

Quant à Elisabeth, les dernières années de son règne sont 
marquées par une recrudescence de persécutions et par la 
guerre en Irlande. Cette reine dont le règne devait peser 
si gravement sur les destinées de l'AngleteiTo, s'éteignit en 
1603. Avec elle finissait U maison des Tudors qui avait 
duré tout le siècle. 



:4 







i 



— 28C — 



VU 



Quand m. pay» . M lontttcrap. bouleversé p»r le révolu- 
ti„n.etle. guerre», 1. société voit généralement cclore une 
léra ion d'hommea qui expriment ,.lu. forUment que 
5"!. qualué. ou .e. défaut., .e, r.«ion, et son car. - 
;r Un dernier tmit achève ain.i de cr«=tén«r Icpoqu. 
tLn.(om.ati . dont non, ayon.,«rléet c-Ua^;'^™ »- 

Jan ai» depuis les jours d'HÀtouanl lit. «u XIV siècle, 
p™:;i^lnt'en aucun temps auparavant, on uWa« vu 
nnreille floraison do l'esprit. 

•^""'è™ nouvelle, dit Antonin Re,he. fut .naugurée ,« 
Sir Th mas Mo»,, orateur, poète, philosophe «tjhomme le 
iv rtueuxde .m siècle; par Sir Thomas Wyattl«io- 
™Lur d'Anne de Boleyn et par le comte de Surrey, la der- 
^^rrevtle d'Henri VIII, imitateur de la i»^.e .taUenne 
°„iV, premiers, donnèrent l'exemple des vers blancs et qu. 
i;;nt les pr^curscu™ de Spen^r, ce modèle de r.chesse, de 
grâce et de délicatesse". /i .r.o i ^.qqn Sne 

^ Puis parurent successivement M»rIow« (1552-1.93) Spe.^ 
cer (15r3-1598), Bacon (l5.-,0-lG26), Shakespeare 1564- 
1016), Ben JoJou .1574-1637), et enHn ilass.uger (.584- 

'*Ss de tous ces écrivain, qui illustrèrent le XVP siècle 
an"l. Thomas More, le père de lu prose anglaise, su.v n 
Mlam Marlowe. surnommé l'Eschyle de l'Angleterre à qu 
Gn^r «connaît devoir beaucoup. Spencer, le Eubens et 
rrrosteria poésie anglaise. Bacon si instruit et si éloquent, 

Wonson irmême, Shakespeare, de tous est restcWe pi» 
célèbre le plus universeUement lu et a.mé,-même par ceux 
Ïn""l éprennent pas -celui que l'Angleterre regarfe 

en or^ aujourd'hui comme le représentant le plus autorisé 



— 287 — 

de aon ginia et de son art. Ht.-n iiVgale le culte des Anglais 
pour cev homme— A'iflj/ Shakapeare. suivant le mot de 
Cnrliile, 

Mais celui qui n'est |>as profund.!mont ver. .-Ans lii langue 
anglaise, jugera difficileuicnt de ses œuvret. La critique 
nous apprend que le maître du drauie anglais reproduit admi- 
rablement le c6td siîvire et tmgi(in.- uo lV.|,o<iuo. Les [«rson- 
nages dt Shakespeare, souvent .l'un r.ialismu brutal, sont 
onlinaiicment très nature et s'il (5tait p.)3sil,le de («ract.Sriser 
d'un mot le t„!ent qui les fait vivre sur la scène, c'est (,ue 
non «feulement, comme le» plus grands poètes et les plus 
«raids peintres, Shakespeare est sincère, soniuuvre est vilc.ie, 
mais il est encore le plus réaliste des é-^rivains. 

La langue dans laquelb il a i^crit jiorto l'empreinte de 
deux élt'meuts natifs, le toutonique et le roman, dont la 
soudure est visible. 0» dit cette langue lu plus simple do 
l'Kurcptf, poêsifdant un riche vocabulaire, originale et très 
propre à la poésie. 

Shakeoi,.-aro lui a assurdmei.», donné des accents qu'elle ne 
connaissait pas. Jamais l'ambition, la haine et l'amour n'y 
avaient pris un tel relief, revêtu pareilles teintes. A cette 
époque où il était de mode de faire des vers, et où plus de 
deux cents rimeut» faisaient à h» muse leur cour assidue, le 
théâtre surtout convenait au goût général. 

La comédie par où avait débuté Sha!< jspeare et où il excella 
dans certaines pièces, n'allait toutefois bie ,, quoi qu'on en 
dise, ni à son génie, ni à son temps. Taine a parfaitement 
décrit deux e8i)èoes de omique : celui fait des éclairs du bon 
sens qui frappe, l'autre, plus familier, bavard, rempli de jeux 
'le mots, 03 dernier propre à l'époque de Shakespeare plutôt 
\ celle de Molière. Mais je ne sais où j'ai lu que le temps 
ue la renaissance des lettres, en Angleterre, annonce en même 
temps le déclin de la gaieté dans ce pays,— si tant est qu'il 



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— 288 — 

"■*r.r»':. ""--""-" - """ 
rirs« ... -.j.~ rcisr;. 

«troBUSsi «valent tonné »ajou..e»«>_ ^^^^_^ ^^ 

tiond.^bor.le tonte» les «gle,^ ^^ j,^„ j„ 

S:il":i-^ce,ne.U..ein..-.e„e 

"Sut ulit pennU de faire avec la pin. grande ,é«rve 

Vobservation suivante: ^^ ^^^^^._^ ^^ .j ^„ ^ 

Shakespeare a lu au lono u vr.:, ^s drames sont 

Shakespeare on en ^^'^'^XlemÏ^ ^'hiroïsme^t de 
-T 7i?:l: ttl^irarrre. pm, s^neuse, il 
;a. uli;: c-e de p^s ^'evMe pins no^^K J P^^^^ 



— 289 — 

Uon, oontMDMnt dti leijonii plui monlaa i pli» hauln, et, 
»n un MOI, plui Trainient bumainet que oellea du p^te 
•DgUit. SbRlceepeare eit le produit d'une époque tourmenta 
et aombre qui ne fut pa> aant gi «lour niait dont Vif». 
nouitaeineat littéraire ou arti.tiquo eat trop inrorme pour 
•ervir à l'imitation générale. 

Si le poète vit dana los giinérationj à venir, et il vivra 
•tni doute auwi longr rip. que In kngno angtaiae, s'eat à 
oette langue même, i .on caractère particulier, & celui de 
1 époque nivolutionnaire dont il a (W le peintre le plus 
aincère, le plua vrai et le plua personnel qu'il le devm. 

Maia Shakespeare tout grand qu'il fut, n'a rien ajc ti au 
domaine au|>ërieur de l'art ou de la pe sAj. 

Remarquona que ai le tiède a r ondéraent influé tur 
Sbakeapeate, celui-ci a peu influé kur lui. Set promièrat 
produotiont datent de 1587 ; il n'y a d'oeuvre vraiment per- 
tonnelle du noète qu'en 1593. Cette influence deva*. agir 
plutAt sur les ftget auivanta. La cr&liun du thitt ,'en 
ett pas moins signifiostive ; car, dit Kambaud, " s'il un 
phénomène littéraire qui traduise l'état moral sous Elisabeth, 
c'est atturémant le drame qui en eat le produit direct et 
spontané sur les idées et le sentiment. Aussi la naissance 
du drame est-elle un des grands faita aociaux de ce règne ". 



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#'# 

Eblouis par les événements dei dernières cinquante années, 
certains écrivains, comme Seely, voulant caractéritor davan- 
tage l'œuvre accomplie, disent parfois que 1' '• Angleterre 
moderne date d'Elisabeth ". 

Au moment où le siècle venait de s'éteindre et où le der- 
nier des Tudora léguait sa grande ombre à l'histoire, la nation 
portait déjà l'empreinte de la physionomie si forte qu'elle 
possède aujourd'hui. 
1» 



— 290 — 

En anticipant sur les considérations générale» qui viendront 
plus tord dans le cours de c-itte étude, l'on peut résumer le 
travail des cant dernières années en rappelant que les aven- 
tures et les voyages avaient inculqué à cette nation le 
goût des choses do la mer, l'émigration étrangère, celui du 
commerce et de l'industrie. Les exploits de ses grands capi- 
laines, les progrès de sa marine, ses succès contre l'Espagne, 
lui inspiraient une audace et une confiance sans bornes en 
elle-m'me. la révolution religieuse, écho des idées nouvelles, 
favorisait son goût inné pour l'indépendance ; certain positi- 
visme, du fonds de l'âme anglo-saxonne était comme remonté 
à la surface, au milieu do toutes les agitations. Le parlement 
était devenu le champ clos de tous les intérêU. L'apparition 
de rapides fortunes semblait naturelle après la disparition .le 
l'ordre de choses créé par les anciennes classes. Toute une 
littérature, oublieuse du passé, célébrait les gloires récentes et 
la langue était formée. Le Nouveau-Monde, les mers loin- 
taines, les découvertes mêlées de combato fabuleux, exer- 
çaient une fascination irrésistible sur les esprits. A toute cette 
révolution dans les faits ne correspondait que trop celle 
qu'apportoit déjà dans les idées le naturalisme effréné de la 
Réforme et du libre-examen. 

Obéissant à l'instinct qui le pousse autant que pour 
échapper à la révolution dont il s'est fait l'apStre, c'est ainsi 
armé que le peuple anglais va commencer ce long exode 
dont l'ère moderne a été témoin et qui, de nos jours, mena- 
cerait d'aboutir à une domination universelle. 



NEUVIÈME CONFÉRENCE 

donné* pnr 

Monsieur l'abbé L.-A. Facidbt 

Profeiwur de Théoloiri» à l'Unlrenlt* Uv.l 

DBOIT PUBLIC DE L'ÉGLISE 






rREHlÂKE LEÇON 
Noikm, préliminairt, ; _/„„„„ doctrina. 



Monseigneur ', 



Deux granlea sociétéa se partagent Tempire du monde 
Issue, des entrailles mêmes de l'Immanitë et plongeant leurs 
mânes jusque dans les âges les plus reculés de l'histoire' 
toutes deux sont essentielles au progrès de la vie humaine 
toutes deux sont voulues de Dieu, toutes doux sont nW 
saires. Elles sont faites pour s'entendre, pour marcher dans 
des voies harmoniqaes, sinon parallèles, pour vivre et se 
développer dans des conditions de paix, d'équilibre, de respect 

iberlédaction, «surent à l'une et à l'autre l'évolution rfgu- 

lière de toutes les forces dont la Providence les a enrichies. 

An reste, malgré certains caractères communs et sous d, s 

dehors de vague ressemblance, ces deux sociétés se trouvent 

marquées par des diversités profondes. L'une, d'ordre supé- 

1 —S. Grandeur M"" Wgin, archevêque de Québec. 




— 292 — 

rieur, atteint Vliomine dans œ qu'il a de plus noble, et. j'ose- 
rai dite, de plus divin i l'autre, moins «Slevfe dans son but, 
embrasse des intérête d'une nature plus matérielle. L une 
a'flance vers le ciel; l'autre s'incline vers la terre. Lune 
pénètre jusqu'aux profondeurs de la conscience hniname ; 
rlutre, s'arrêtant au seuil des choses invisible», nexerce 
directement son action que sur le monde extérieur La pre- 
mière, sans rien perdre de sa merveilleuse uuité, déploie ses 
étendards en tous les âges et sur tous les peuples ; la seconde, 
assujettie aux mille vicissitudes du temps et de 1 espace, se 
fractionne et se multiplie selon lea multiples contours du 
globe, la variété des langues et des mœurs, ou les hasards 
de la fortune. L'une est indéfectible; l'autre mouvante et 
instable L'une assiste, immortelle, aux funérailles des peu- 
ples les plus vivaces et des plus glorieuses dynasties ; 1 autre 
meurt, se transforme, pour mourir et renaître encore dans 
une mobilité indéfinie. 

Toujours pourtant ces deux sociétés, si diverses dans leur 
marche et leurs destinées, existeront parmi les hommes, lou- 
iours on les verra, ou siucèreraent unies, ou dans un état 
d'hostile défiance, travailler cfite à côte à élargir le cercle de 
leur influence. Chaque homme natt citoyen d'un Etat ; chaque 
homme aussi doit foire partie de la vraie Eglise. Voilà 
pourquoi 1» coexistence de l'Eglise et de l'Etat entraîne des 
rituations et des relations juridiques dont l'étude forme 1 objet 
d'une des branches le» plus intéressantes et en même temps 
le» pins inatruotive» de la science sacrée, je veux dire, du 
DtoU puMic easUnastique. 

Un cours public sur ces matière», à l'Université Laval, 
n'est pas chose absolument nouvelle. Il y a quelques années 
Un professeur il la Faculté de Théologie ' exposait du haut 

1_M. l'abM L.-H. Paquet, aujourd'hui aumônier dM Sœurs 
Fruciicainea MÏMionniùre» de Marie. 



*■ >•; 



— 293 — 

même de cette tribune les principes fondamentaux qui prfe:. 
dont aux rapports de la socictë religieuse et -lo I, socidUS 
civi 0. et, SI mes souvenirs de coll,;gion no me trompent pas 
ces leçons, donn(!es devant un auditoire d'élite avec U double 
autorité de l'expcfrience et du savoir, obtinrent un l&itime 
«uccds.- Aujourd'hui, Messieurs, l'Université désireuse plus 
que jamais d'agrandir les cadres ,1e son enseiguoment et 
d aborder, sous une forme qui en popularise l'étude, les pro- 
blèmes les plus élevés comme le, plus importants do, sciences 
divmes et humaines, reprend ce cours trop longtemps inter- 
rompu de Droit public. Les mains auxquelles il est confié 
je le confesse sans détour, n'ont guère la compétence requise' 
pour remuer tant de graves questions. J'ose cependant croira 
que, soutenues d'une part par votre sympathique bienveil- 
lance et de l'autre par l'intérêt même et l'actualité des matières 
que nous aurons à étudier, ces leçons, tout imparfaites qu'elles 
seront, ne resteront pas sans fruits. 

Toute science. Messieurs, a son objet. Et de même qu'une 
vue d ensemble prépare le visiteur curieux ou le critique 
expert à admirer dans ses détails, à mieux analyser et à mieux 
comprendre l'œuvre artistique qui resplendit sous ses yeux 
ainsi, avant de pénétrer dans le domaine d'une scionœ et 
den scruter soigneusement tous les replis, il importe par 
quelques données générales, de bien définir ce domaine de 
bien fixer le terrain où s'accompliront ce» explorations scien- 
tifiques. C'est œ que je voudrais faire, pour le Droit public 
de l'Eglise, dans cette première leçon, destinée à mettre sous 
vos yeux l'ensemble des questions les plus essentielles que 
nous devrons traiter, l'importance. l'utilité, disons plus, U 
néœssiM de pareilles études, les erreurs multiformes que 
nous aurons à combattre, la marche qu'il faudra suivre pour 
arriver sftrement au but et ne pas risquer de nous égarer 
loin des sentiers de la vérité. 



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— 294 — 

Le droit, Mewieurs, dans son acception la plus large, 
peut être considénS do trois manières, d'abord en lui-m«me 
ou dans sa nature formelle, secondement dans la source doù 
il émane, troisièmement dan, l'objet qu'il poursuit ou sur 

lequel il s'exeree. 

Considéré formelUment. lo droit est défini par les meil- 
leurs auteurs " le pouvoir ou la faculté morale et inv,o.able 
d'agir" Je dis pouvoir ou faculté, puisquil s agit dune 
force inhéren'3 4 la personnalité juridique. C'est de plus une 
force «lorafe, c'est-à-dire non pas un principe d'action pure- 
ment physique, mais une faculté adaptée au caractère d» 
ftres rationnels, en harmonie avec. 1» nature de 1 homme, la 
liberté de ses actes, les exigences de sa Bn. C'est encore une 
force inviolaWe. parce que au droit des uns correspond chez 
les autres, par une reUtion nécessaire, l'obligation sacrée de 
le respecter. Enfin co pouvoir, cette faculté A'agvr peut 
s'étendre aux diverses formes de l'activité humaine, comme 
faire omettre, conserver, jouir, disposer, exiger, etc. 

Si le droit est antérieur au devoir et en est comme la 
raison prochaine, lui-même présuppose une loi d'où il procède 
et qui lui sert de règle; car, de même que tout principe 
act^ jaillit delà nature de l'être auquel on 1 attribue et y 
puise la forme déterminante de ses opérations, ainsi le droit 
Lpeut exister sans une règle morale qui en garantisse la 
vérUéeten trace les limites. La loi est donc la source du 
droit Par exemple, le droit de percevoir des impôts découle 
de la loi naturelle, laquelle confère aux sociétés la faculté de 
pourvoir par tous les moyens légitimes à leur conservation et 

à leurs progrès. , v • j- i...™.. 

Quant à l'objet du droit, il n'est guère besom d observer 
qne c'est la maUère même sur laquelle il porte, matière plus 
ou moins vaste, plus ou moins grave, plus ou moins relevée 
aelpn la diversité des pouvoirs juridiques : autre çn effet doit 



^•■- 1 



— 295 — 

être l'objet d'un droit purement humain, autre l'objet d'un 
droit supérieur et divin. 

Le» divisions du droit sont calqu&s sur les divisions 
tnémes de la loi. C'est ainsi que nous distinguons d'abord le 
droit naturel et lo droit positif; le droit naturel, basé sur 
cette loi primordialo, absolue et universelle, .[ue Dieu a 
incrustëe dans le eœnr de tous les hommes, et qui est comme 
1 empreinte, la participation de la loi éternelle dans la con- 
science humaine; le droit posUif, ainsi appelé, parce qu'il 
découle non plus de l'essence des choses et de leurs rapport; 
nécessaires : 'glés par une loi suprtme, mais de leurs modifi- 
cation» accidentelles et contingentes et des libres dispositions 
consenties par le législateur. - Or. ce législateur appliquant 
librement son esprit à la confection de» lois, c'est Dieu ou 
l'homme; le droit , jsitif se subdivise donc en droit divin et 
droit humain. Le dnit poêUif divin comprend l'ensemble 
de» prescriptions ou défenses édictées et promulguée» jar 
Dieu lui-même ou par ses prophètes dans l'Ancien et le 
Nouveau Testament, prescriptions et défense» qui nous 
arrivent par le double canal des Ecritures et de U Tradition. 
Le droit|xwi<t/AttTOctm a l'homme pour auteur; et, selon 
que l'homme, en vortn de l'autorité dont il est investi, 1^. 
fère soit pour le bien de la société civile et le gouvernement 
de ses membres, soit pour le bien de la société religieuse et 
la sanctification des fidèles qui en font partie, nous avon» 
d'un côté le droit civil et de l'antre le droit canonique. 

Dans cette classification, où doiio, me diretvous, faut-il 
placer le droit public eceUtiastiqM! f—iSeaaieua, l'institu- 
tion de la vraie Eglise, sa forme particulière, ses condition» 
d'existence, l'organisation sociale que Jésus-Christ, son fon- 
dateur, lui a donnée, sont des faits surnaturel» relevant de la 
loi positive divine, loi positive qui, san» jamais contredire la 
loi naturelle, s'y ajoute et en détermine, pour des fins salu- 
taire», les principes et le» obligation». Or, le droit public d« 



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— 296 — 

U f»» divine ^ — «■; ^r/ji^^nt et en dirigent 
en marquent le. propnét*» q ^^.^ 

,e. „,ation. diver^s avec e, »^^ -;^,;^^ ^„^ „, ,„, 
là que c'est une sorte de an ^^ _^^j^ 

fondameuul n'est, dans » '•'''^'^°^' J,7"t J^ent L ûénnir 
positif divin. Aussi PO-"™»^"""» 't^^de la volonté 
^pression coucràte l'inca™at.on de la pen^^t de^ ^^ 

libre de Dieu dans la oréafon ^^^^^^''^^ ^„,„ „„. 
,,„ esprit et de sa ««f ™^ '"f^'f^ '; ', admiration., dont 
veilleuse dont '«^-'^^P^V'^t^t dlntt stabilité d^^fie 
la majesté éclipse - es ^ ^^"^^^^^^^ i,„,,„e v^U^ 
tous les orage». On lappeue ^^txri.ui- et social de 

'»- """'1 "^t;S.e ri" élastique pnK 

„ent ordonnée au »'•" ;!«» «f.'f ^^^^ «;„ ecclé.ia.tique, 
Vaste. me»..urs. es 1 objet du Dro^'^ ,, ,, 

q„-l „e f»»'/r*°2 "^ceir-c oneffettxaitedel'EgU» 

au point de vue de ce q j^.^^^^^ ^ 

parle pour démontrer ««^"^^^^X^^; ^„,ia4re le côté 
tenant sur le. hauteurs de ^ "I^»'«> -^^ ,„, ,„;,;„ 
dogmatique; l'autre. ^epU^^^^^^^^^ - ^^^^.J, ^ ,^ 
de. faits, envisage le côté J"""*! ^ j^ ,i,„t ^s, 

te«s. les princii». ?»»««« le ^^ ^^^^ ^^ 

et, développant ce. j-nnoipes d après ta me 



— 297 — 

but qu'il poursuit, il en fait l'iipplication aux questions 
d'ordre public et social. 

Comment l'Eglise a-t-clle vlà con8titu(<o ? est-elle une vraie 
80ciét<!, spirituelle et surnaturelle, tout en cîtant visible ? est- 
elle unique et n(!ce88aire? se distingue-t-elle essentiellement 
de la sooit'tii civila ? peut-elle revendiquer tous les caractères 
d'une société juridique, jarfaite et indépendante/ Quelle 
est, en outre, sa structure organique, la hiérarchie de ses 
nlenlbre^ le sujet de son autorité, la forme spéciale de son 
gouvernement, est-ce la forme monarchique, aristocratique, 
uémocraliquc ? Voilà, Messieurs, la première série de ques- 
tions, toutes relatives & la nature sociale de l'Eglise, que le 

Droit public ecclésiastique doit se charger de résoudre. Il 

est une seconde séi'e ayant trait aux pouvoirs et aux droits 
absolu» de cette même Eglise; pouvoir législatif, exécutif.judi- 
ciaire ; pouvoir coactif ; droit d'enseigner toutes les nations 
et de les «oumettre au joug bienfaisant de la foi ; droit d« 
s'établir, de se constituer régulièrement partout oi les pion- 
niers de l'Evangile auront planté leurs drapeaux ; par consé- 
quent,droitde pourvoir d'une manière permanente aux besoins 
du ministère des âmes, d'acquérir et d'administrer des biens 
temporels, de développer l'organisme de la hiérarchie ecclé- 
siastique, do fonder des congrégations religieuses, d'entretenir 
un commerce libre de toute entrave av3c les évêques et les 
fidèles de tous les pays, etc. — Viennent enfin les questions 
concernant plus directement les rapports de l'Eglise et de 
l'Etat: supériorilé de la société religieuse sur la société 
civile ; subordination de l'une à l'autre et leurs diverses rela- 
tions en droit et en fait ; indépendances et immunités ecclé- 
siastique»; questions spéciales d'éducation, de législation 
matrimoniale et disciplinaire, du pouvoir indirect des Papes 
sur le» princes temporels; questions concordataires et autres, 
dont le caractère mixte et complexe donne trop souvent lieu 



•."il 

■ 4j. 1 










— 298 — 
à de fu„e.te. confliU de juridiction et à de „gn=ttable. empiè- 
'""C .ont. Me«ie«rs. en abrégé ' et ,o„s forme de t.ble.c 

usions ..i.tori.„e.. a"'entu.ne tont -— -n 

Vexposition de. système, -"" ^;°;:;;« ^ ^ u pZ^t 
de plusieurs faits propres ii mettre dans un p.u» f 
relief la vérité do la doctrine catholique. 

^,^1 besoin maintenant de m'appesantir '-"'8—»'™' 
1-e^êl importance des dt.ules de Droit pubbc eceWs-as- 
iau" Aux âges de foi. toit le P. Libera.oro'.quand les 

tienne. u= v ^ j commettre de» attentats 

— lesdCtllr son épouse. Ce^ néc^i^ - 

^t«:^ïa-ïsrx^r:e^pv™e. 

sans irpendant le siècle qui vient de finir, les catho- 
«nues de Quelques contrées, par des luttes courageuse, et 
Xér ïques .acrifices. ont défendu avec gloire 1-»-"^ ™1- 
J^ZTZ ont assuré à l'Eglise une part appréc.aUe de 

l_Voir SatoUi, iTi™. pr^'ipi" i<"'' P""'- '"'■■ * """" 
"T-tupMU ^ VE,m, Intr«luction, p. *• 



— 20 — 

l'indépendance que ta suprême digniUS réclamo. Hais ces 
lambeaux do libcrUS, là où la tyrannie et l'irriiligion n'ont 
pu les détruire, sonUiU bien on sûrotiS ? I,'uubo du siècle où 
nous entrons rnit-elle présager de nouveaux et plus sflrs 
triomphes î Je voudrais le croire, Messieurs, mais lo spec- 
tacle que nous offre la société actuelle et l'état juridique de 
l'Eglise, sfiécialement en Euro|ie, n'est guère rassurant pour 
des cœure chrétiens. 

En Italie, nous le savons, la révolution, après avoir 
dépouillé le Saint-Siège de son prinei|>at civil, ne cesse depuis 
trente aus, par toutes sortes de mesures vexjtoires, d'entraver 
son action spirituelle, et elle prend un âpre plaisir i\ resserrer 
peu à peu autour du Vatican le cercle de fer dans leciuel elle 
espère sans doute, un jour ou l'autre, étouffer la Papauté. La 
France n'est plus au temps où ses vaillants soldats montaient 
la garde autour de la chai:.» de saint Pierre : dominée par les 
sectes, elle subit, dans la honte et les larmes, le despotisme 
habilement calculé de gouvernemenU qui n'osent encore 
supprimer totalement le Concordat, mais qui on déchirent 
chaque jour quelques psgfls pour les jeter en pâture au fana- 
tisme satisfait des Loges. Le croirait-on, si ce n'était de 
l'histoire contemporaine ? Sur cetUj terre des Charlemagne, 
des saint Louis et des Jeanne d'Arc, d'humbles vierges et de 
saints religieux n'ont plus même la libarto de prier en com- 
mun. L'Autriche, elle aussi, est entrée dans cotte voie de 
malheurs. La convention solennelle conclue ou 1855 entre 
Pie IX et l'empereur François-Joseph a été rompue par 
l'Etat en 1870; et cet acte d'hostilité delà part du gouverne- 
ment n'a été que le prélude de nouveaux attentatscontre le 
pouvoir épisoopal, les congrégations religieuses, et l'indépen- 
dance de l'EgUse. De l'Espagne, où le catholicisme demeure 
malgré tout religion d'Etat, parviennent à nos oreilles des 
rumeurs sinistres, et, à mesure que ces grondements de révo- 



^'■^•^'- 






_300 — 
«ociW chriStionno. Quo .lue d. 1 Angleierre. . » 

laisser md.fferenta? "^■'^'"'^j h„„„„, d'Etat, députés et 
pose à tous, hommes d P*"* »'/"""™°' ^„ ^j^t, les uns 
Lteu™, n.a,,U.ats ^ ^--^H^ J ^^ :;,\,^,,s, 
par vocation "'J^' »;^7 ^è™ et sous la h.ut« direc 
chacun en son rang et î' «» •"^" ^^ commandement, à 
''"".": '*":,:! 'aTàfenTèTes intérêts de 1. société 
T-léteil 'consolider le ràgne social de Jésus- 
,ohg.euse à ^^^f-^ i,,,, Recette sublime m,ss.on 

Christ. Or, comraeni i „randev.r î Comment 

rui\:rd:::»re:U^:i:e a» ran.d.une «»lété 

l_CUudio J.™et, i>.Ba<.i7.*. oo»<«-l>or.i»., 4. éd., t. Il, 
p. 282. 



— 301 — 

quelconque, d'une aaaociBtion âci»nti(iiiue ou oooiiuerciale, •! 
l'on ne pouède touchant ka di.,t» et Isa attributions de la 
pninance eccMaiaatique des notions saines et priScises suffi, 
■antes imur (Solairer l'esprit et le prtlniunir contre 1h poison 
de I" littérature politique et sociale contemporaine 1 Les 
parolesque l'«rchov«quo de Pt'rouso (maintenant Uon XIIl) 
adressait dans une lettre pastorale ' il son iieuplo en 1867, 
ont gardé louie leur actnaliti! : " De nos jours, dit-il, un 
grand nombre de chrétiens, qui ont le bonheur <rap|i«rtenir 
à l'Kgtisp, ne la connaissent jus d'une manière suffisante et 
ne se mettent guère en peine d'étudier sa doctrine. Car s'il 
en était autrement, on nr verrait pos aujou.J'hui si iwu 
d'empressement pour obéir à ses ensoignemenU et à ses 
préceptes; ou ne constaterait pas une si grande facilité & 
accueillir, et même à accréditer tant d'accusations menson- 
gères contre ses prérogatives et ses droits; une si grande 
lâcheté, une si grande iiuliffércnco en Kioe des luttes ardentes 
que, par suite dos malheurs des temps, elle est obligée do 
soutenir de toutoi. parts ". 

Pour mieux saisir. Messieurs, l'opiiortunité des études que 
nous voudrions entreprendre, et en mtnie temps (mur montrer 
par quelle ponte de systèmes et d'opinions erronées U 
société chrétienne est descendue à l'état déplorable (lueje 
signalais tout à l'heure, il ne sera pas tans à propos de 
retracer brièvement la Genèse de ces fausses doctrines et 
d'en donner dès maintenant un aperçu général. Je ne suis 
pas de ceux qui croient, avec M. Thiers, que le faux est 
impuissant, et n'a rien qui doive alarmer des esprits sérieux. 
S'il en était ainsi, pourquoi l'Eglise mettrait-elle tant de zèle 
i le rechercher et ix le poursuivre de ses décrets et de ses 

1 — Œuvres pastorales de 8. Em. le Curil. Joach. Pecci : — Lettre 
pastorale sur Ut prtrogalivu diviiita dt tEglU' •tholique tt la 
vTiurt modtrnn «ir npoini. 



■h 

■,;11 



4 






— 302 — 

.Dtthtoei? Au contraire, ri.u ne «.tt mieux le. intéréU de 
U Vénus, .pri. Wtude de cette vérité elle-même, que le «in 
de conneltre exectcnent et de réfuter coumge«-me,,t tout 
ce qui i'opt«ee. Ce «in «en» le nfttre. 

Sieu «uveut. il r,t vr.i. d.n. le. .iècle. .ntén.ur. à Itg. 
moderne, rKgU« » eu à lutter contre le. p.M.on. de. pnnce. 
et le. cmpiitcmenU du pouvoir civil. «»» ^ '"P'***""'* 

«.Um^Uquo, arborant lo. couleur, du drv,.t, d.t, de l hérf..e 
vZ.ll, ;ui.en po-ant lo principe du l'bre exum.n a 
ïorté u. coup fatal à l'aulorité. Ce.t alor. q»- f*" J" 
Lt chrétien a .nr«i un droit nouveau dont I^" * ' - 
dan. «n Kncyol. In^mortaU Dei, f..t U <!««"?"»" '"'- 
vante : " C'e.t à cette .ourco. dit-il en parUnt du proUatan- 
ti.m«, qu'il faut faire remonter ce. principe, moderne, de 
liberté ellré.u^ rêvés et promulgué., parmi lo. grande, y 
holion. du .ièclo dernier, comme les fondement, d un U 
nouveau, inconnu ju.qu'alor. et, .«r plu. d un po.n . 
dé»icconl non «.«lement avec le d«..t chrétien, ma., a, « 
a -rTc droit naturel. Voici lo pn,mier de tou, ee. pnn- 
ôil t«u. le. homme., de, l«r. qn'il» "nt d. même 
Z t de même nature, «.nt .emblable.. et. par le fa.t 
Z.X entre eux dan. U pratique de la v.e ; chacun re ve « 
b^n de lui «,«1. qu'il n'eet en aucune fa-ion ^ -'•»;'- 
ritéd'autruii il peut en toute liberté pen.er ee qu.l veut 
îl « qu'i luiplalt; peraonne n'a le dro.t de commander 
aoTautr^. Dan. une «ciété fondée .ur ce, doctrine., au- 
torité pub ique n'ct que la volonté du peuple, lequel, ne 
dZndant que de lui-même, et au.,i le «ul à .c comman- 
der II choisit se, mandataire,, mai, de telle «.rte qu'.l le» 
dé^gue moin, le droit que 1« fonction du pouvoir pour 
Erên «,n nom. La eouverainetC de Dieu e.t paaaée 
LusZnce, exactement comme ,i Dieu n'exieUit pa,, ou ne 



•:1^ 



— 303 — 

••oooiipoH en rien de |« .ooi^u! du genre hn.uain ; ou bien 
comme u lei homraee. aoit en particulier, »>it en «ociëU! ne 
devaient rien & Dieu, ou qu'-.n pAt imaginer une puiiMuce 
qnoloonqno dont la enuae, I. fore, l'Kutoritrf no nî.id.lt •«, 
tout entière en Dieu même. I)o cette .orto, on le voit 
1 Etol n-ett tuire ohow que la multitude roattreaie et aé 
Kouvernant elle-même; et di. loi, .,ue le peuple e.t ounad la 
«ouroe do tout droit et de tout pouvoir, il .'eii.uit .,ue TKtat 
ne M croit li.! por aucune obligation onver. Dieu, n.. profe*» 
officiellement aucune religion, n'est paa tenu do n.cliorclior 
quelle eat la aeule vraie entre toutes, ou d'en pr,;f,;.rer une 
aux autres, ou d'en favoriser uno principalement ". 

Ce droit nouveau, messieurs, ai bien diiorit jar L'ou XIII 
ot ai hautement prtnj par les louangeuia entbouaiastca da la' 
«xiili moderne, n'a paa toiijoura rovêtu la même forme ni 
IWU! le même nom; il ne s'est pas toujours pràientê sous la 
même Aiquette. Plus ancien que la nSvolulion, c'est «urtout 
avec elle et par elle qu'il a pris ces airs d'.itl.^îîsme .ooial 
et de radicalisme diimagogique sigiialLi» par lo Souver-lu 
l'ontife. 

J'ai cru utile de reclicrcher, (Mur les gmupcr dans un cadre 
l'gii.ue, les principale» erreurs, distinctes dans leur i-liysio- 
nomie. mais (idcses sous le même soulHo, qui dopuia plus de 
trois siènlea ont tour à tour agit^ l'opinion ot battu en bi-èche 
les ventes traditionnelles du droit chrétien. 

Ces erreurs sont nombreuses, mais deux chefs do doctrine, 
lieux systèmes fondamentaux semblent, à notre avis, les 
rçsnnier toutes et lea réunir dans une double synthèse. C'est 
J un côfei le r/galUme, ot de l'aut.t) le libénUiame : le tign. 
lisme, fruit malsain d'une ambition etfténfe, lo libéralisme 
né d'une soif immodérée de liberté ; le légalisme, pétri d'oigueii 
|)t de despoUsme, le libéralisme fait de licence et d'anarchie ; 
le régalisme travaillant à l'asservissement de l'Eglise, le libéra- 



i 



il' 



■.i 






vl*-' 



— 304 — 

Uame aboutissant à sa négation ou à s» dissolution. Uu 
teste, ces doux erreurs, sorties des mêmes sources du libre 
examen, ne sont pas tellement distantes l'une de 1 autre 
qu'elles ne puissent se rencontrer sur un terrain commun 

Au r^flaÎMme se rattachent spécialement les doctrine» do 
Rioher, de Febtonius et du gallicanisme d'Etat. 

Edmond Richer, jurisconsulte de l'Université de Paris 
(1560-1631), se faisant l'écho de Marsile de Padoueetdes 
novateurs dont la parole remuante avait bouleversé l'Europe 
tenta dans un livre célèbre de séculariser le pouvoir spirituel 
en le plaçant originairement non dans la hiérarchie religieuse, 
lis daX le corps des Bdèles; selon Un. le Pape et le, 
évêques ne seraient que les mandataires du peuple ou de 
l'Eglise universelle. Et comme tout système qui désagrège 
VMse, émiette ses forces, ébranle son pouvoir et son centre 
dWé. la livre par cela même, humiliée et impuissante aux 
mains d'un autre pouvoir plus solidement constitué, les 
théories démocratiques de Richer finissaient, eu effet, p.r 
abandonner aux souverains temporels la sanction des lois 
ecclésiastiques, le soin de prononcer dans les appels comme 

d'abus, etc., etc. . ™i > 

Nicolas de Hontlieira, coadjuteur de l'archevêque de Trêves, 
publia en 1763, sous le pseudonyme de Febronius. un ouvn^ 
Très élaboré sur la constitution de l'Eglise et le pouvoir légi- 
time du Pape, ouvrage non moin» pernicieux que le précé- 
dent L'auteur, désireux, comme il le disait lui-même, de 
ménager un accord entre catholiques et protestants faisait à 
la fa^n des éclectiques etdes conciliateurs de tous les siècles, 
de laVges concessions aux hérétique» ; il portait atteinte à la 
primauté du Saint-Siège, et mettait l'autorité du P»pe »ous 
la double dépendance des conciles généraux et de k puis- 
sance civile. Ces doctrines, tout imprégnées d esprit régahei. 
et hautement flatteuses pour l'orgueil de» princes, ne pouvaient 



— 306 — 

manquer de recevoir dans le, cours d'Europe, déjà gangre- 
na,, par le ph,lo,ophis,ne voltairien, un .ympîuhique a^uei 
Elle, inspirèrent particulièrement la politique usurpatrice de 
tZ^ "■''°'P<',«'""l'AIlemague.et eurent un funeste reten- 

«était déjà fait lapôtre de l'omnipotence royale, et Tanucci 
lexécufîur de ses hautes œuvres. 

la Fmnoe, notre ancienne mère-patrie. n'était pa, non plu, 
.1 >en faut bien, à l'abri de ce dogmatisme courti«me«iue et 
de cette poUtique envahissante qui. ver, la même époque 
venaient d emporter dans une crise violente l'illustre compa^ 
gn.e de Jésus—Oublieuse des nobles tradition, de se, pZ 

C^rvir ; ^ ' ""^ P" !" P^g-o'Wue «notion de 
. i'^. .i * ""' P*""^ ""« """" ^""'èg» S" 'e« droit, 
et 1 indépendance du pouvoir ecclésiastique. Richer et le, 
légiste, aidant, elle était ain,i entrée peu à peu dan, un cou- 
ran d opinion, qui. rabaiswnt l'autorité de. Pontifes romains 
exaltait celle de, peuples ou de, princes, et autorisait ce, 
dernier, à „mmi,cer dan, les affaire, religieuses, au grand 
détr ment du droit chrétien. Ce courant malheureux redoubla 
dintensité «,us Loui, XIV, dont les idées de grandeur et 
d absolutisme étaient bien propre, à pous«,r le puissant 
monarque dans les voie, de l'usurpation. 

•• Louis XIV, écrit le chanoine Audisio », eut le talent 
qu ont peu de rois, de susciter des homites de génie et de le^ 
enchaîner comme Auguste, à la gloire de Mn trône. Lui- 
même brille au milieu d'eux comme un astre au sein de la 
plu, ,plendide des constellations. Il fut, à la vérité, catho- 
lique sincère, mais, enivré d'enthoiisiaame et de gloire il 
prétendit que les pouvoir, de l'Eglise, comme ceux de l'Etat 
pliaMent ,ou, u volonté ". ' 

l-Brot,pMic * VEgliu ,t it. nation, ,h,4,Unn.,, t. Il, tit. 3a 



- v{) : 

- --A 



_ 300 — 

Ce césarisme orgueilleux éoUta surtout i l'occasion de la 
régale. c'e.l.i.-dire du droit, abandonné par le souverain 
Pontife aux rois de France, de i«rcevoir les revenus de 
quelques évécbé, vacants, et do disposer des bénéfices sans 
Lr^ d-âmes. jusqu'à la nomination de -"V-nx Utu^ 
laires '. Contrairement aux prescriptions des <»'>°''» • ^"^ 
XIV voulut étendre la régale à tous les archevêché, et 
évècbés de son royaume, et. chose étonnante il put trouver 
dans l'épiscopat français nne majorité de prélats assez pusil- 
lanimes pour agréer et chercher à légitimer auprès du Saint- 
Siège ceuo servitude de l'Eglise, servitude appelée on 
ne sait par quelle ironie liberté g..lli<ane. I""»»*"' ]" 
résista énergiquement aux prétentions royales ; et cette hère 
attitude du courageux poutife provoqua de la part d une 
partie du clergé assemblé par le roi la fameuse décUration 
Z 1682. déclaration qui est restée dans l'histoire comme 
la formule officielle du galUcanisme. C'était plutôt, selon a 
pittoresque expression du chanoine Audisio ("^'i- ,"^^1' 
"l'anglicanisme enchâssé dans la couronne du roi très 
chrétien"; car cette déclaration consacrait, on termes plus 
ou moins formeU. d'un côté l'indépendance absolue et sans 
limites du pouvoir royal, de l'autre l'assujettissement du 
pouvoir pontifical au sentiment commun de 1 Eglise et aux 
coutumes natïoDales. 

On éprouve. Messieurs, une douloureuse émotion en voyant 
le génie du grand Bossuet, d'ordinaire si noble, si droit, s. 
élevé, conduire la file des adulateurs de la puissance civile, et 
B'épuUer en vains efforts, se violenter, se contredire lui-même 
«ourJBstifiernne position injusUfiable. 11 réussit, dit-on. par 
„n beau discours sur l'unité de l'Eg«»e, à pr^vemr nn 
schisme; par «i présence à l'assemblée de 1682, .1 se prêt» 



I_Voir Duballat, L'Eglise et VEtai, t. 
2— Conc. général de lijan, 1274. 



, tit. l.oh. 4. 






— 307 — 

sûrement à une œuvre ddplorable. - D'autre p«rt, diaons-Ie 
toen haut, pour nous, Canadiens-français, c'est une vive et 
légitime satisfaction de penser que, pendant qu'un trop grand 
nombre de prélaU courtisans, trahissant leur devoir le plus 
essenUel, humiliaient l'Kglise de France aux pieds d'un trône 
un descendant de Montmorency-Laval, mettant au service de 
Dieu la fièretû native de sa race, venait fonder l'Eglise du 
Canada sur dfs bases nettement définies d'indépendance vis- 
a-vis des pouvoirs politiques et de parfaite soumission i 
1 autorité du Saint-Siège, et inaugurait ainsi ces glorieuses 
traditions de dévouement à la religion, d'attachement à la 
doctrine, de zèle et de courage intrépide pour la défense des 
droits ecclésiastiques, qui, dans la personne de tant d'évêques 
disUngués, se sont perpétuées jusqu'à nos jours. 

Bu gallicanisme, sous les chaudes effluves de l'efferves- 
cence révolutionnaire, est sortie en 1790 la ComtUution 
e^v^le du clergé, mesure funeste qui créait en France comme 
une sorte d'Eglise schismalique, mais contre laquelle il est 
juste de l'ajouter, la plupart des évêques, on uni. avec la 
masse d« clergé, protestèrent dans une déclaration mémora- 
ble. De cette même source sont issues eu 1802 les Articles 
organiques subrepticement innexés au Concordat par Por 
talis, alora directeur des a es ecclésiastiques, articles qui 
liaient, pour ainsi dire, par tous les côtés la liberté de l'Eglise 
et que Kome, comme c'était son devoir, refusa toujoura de 
reconnaître. 

Enfin, presque tous les assauts, successifa ou simultanés 
livrés à l'Eghse par les gouvernements du dix-neuvièœe' 
siècle, l'usurpation du pouvoir temporel par le Piémont, le 
système d'oppression religieuse organisé par Itismark dans 
tout 1 empire d'Allemagne, les empiétements de toul«s sortes 
delà France, de l'Autriche, de la Kussie, ingérence dans 
1 administration des fabriques, violation des droiU les plus 



■■1 






— 308 — 

ucrés en matière de mariage et d'éducation, assujettissement 
des clercs au service militaire, persécution tantôt bruta e 
tantêt machiavélique des congrégations religieuses, tout cela 
n'a étéque le développement pratique et l'application, cal- 
culée ou éventuelle, des principes régaliens concernant la 
constitution de la société ecclésiastique et ses rapports avec 
la société civile. 

D'ailleurs, le régalisme- et c'est là- aujourd'hui sa force 
_ a pour allié le IMralUme; car ces deux erreurs, dont 
l'une est la perversion de l'autorité, l'autre la perversion de 
la liberté, mènent toutes deux par des voies en apparence 
dissemblables à la négation des droits de l'Eglise et de 
l'influence sooialt du catholicisme. 

' En commençant l'exposition de l'erreur libérale, je crois 
opportun de faire une distinction que tous, du reste, ont 
sans doute présente à l'esprit. Il y a assurément une affinité 
très étroite, il existe des points de contact nécessaires entre 
la politique et la religion ; mais il ne faudrait cependant pas 
confondre un parti ou un système libéral quelconque, en ce 
qu'il a de purement politique, avec le libéralismu politico- 
religieux. Veut-on, en effet, par ce mot " libéralisme 
désigner et préconiser une manière spéciale d'envisager le 
progrès économique d'un pays, ou encore une action poli- 
tique tendant à favoriser davantage l'initiative du citoyen et à 

lui assurer une plus grande parUcipation aux affaires pubU- 
ques, rien, en soi. dans U religion ne s'y oppose, p|* plus 
nue notre foi ne défend le désir de changements et de réformes, 
qui tout en étant choses discutables, n'ont rien de contraire 
aux intérêto des âmes, pa» "lus qu'elle n'interdit le culte et 
l'amour d'une saine et honnête liberté. C'est cet amour d une 
liberté équitable qui, par l'énergique persévérance dOCon- 
Dell, a forcé en Angleterre les portes du Parlement et 
finalement conquis l'émancipation sociale des catholiques; 



■' '(; 



— 309 — 

c'est ce même «mour. cette même aspiration giimîrense qui, 
par l'influence do patriotes comme Loiiis-Hippolyte Lafoii- 
taine, a fait sortir des anciennes luttes politiques de ce 
pays nos Iibert(!s nationales lus plus chères. Ce libéralisme 
purement politique se distingue cividemmont du libéralisme 
politico-religieux, lequel, comme son nom l'indique, a pour 
objet des questions concernant tout à la fois la religion et la 
politique, l'Eglise et l'Etat. — Cotte distinction, formulée dès 
1866 par la grande revue italienne la CiviUà Cattolica et 
établie plus récemment par le Saint-Siège lui-même ', doit 
dtre universellement admise ; et, si nous la rappelons ici, 
c'est qu'il est impo-tant, en une matière aussi grave, de 
dissiper à l'avance toutes les équivoques. 

Ayant à parler de libéralisme au point de vue du droit 
chréUen, il va sans dire que nous prendrons ce mot, non 
dans un sens étranger à cette matière, mais dans le sens 
théologique que l'Eglise y attache. — Or, dans le vocabu- 
laire de l'Eglise, le libéralisme est une erreur, erreur parfois 
subtile, toujours périlleuse, erreur aux formes mouvantes, 
spécieuses et chatoyantes, dont le reflet a séduit les esprits 
les plus élevés. 

Pour donner de cette erreur, successivement condamnée 
par Pie IX et Léon XIII, une analyse succincte mais fidèle, 
nous reproduirons autant que possible les enseignements du 
docte Pontife qui, par sa parole claire et pénétrante, a él-ioidé 
tant de questions, en particulier l'important problème de la 
liberté humaine (Encycl. lAberta»), 

En philosophe qui approfondit tout ce qu'il traite, Léon 

XIII nous découvre d'abord la racine même du libéralisme. 

" Ce oue sont, dit-il, les partisans du Naturalisme et du 

RaMonaXwme en philosophie, les fauteurs du UbéralUme le 



•m 






-in 

i 



l—Voir." 
p. 270 et ii; 



'emenli ia Evljtta de Qnéaee, nouy. série, vol. II, 



— 310 — 

aoDt dans l'ordre moral et civil, puisqu'il» introduisent dans 
les mœurs et la pratique de la vie les principes posds par les 
partisans du naturalisme. Or. le principe de tout raticnalisme, 
c'est la domination souveraine de. U raison humaine, qui, 
refusant l'obéissance due h la raison divine et éternelle, et 
prétendant ne relever que d'elle-même, ne se reconnaît 
qu'elle seule pour principe suprême, source et juge de la 
vérité Telle est la prétention des sectaiaurs du Lihiralwme 
dont nous avons parlé ; selon eux, il n'y a dans la pratique de 
la vie aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d obéir, 
mais chacun est il soi-même sa propre loi ". 

Voilà, d'après les enseignements si autorisés du Vicaire de 
Jésus-Christ, la source vériuble des idées libérales; et, selon 
que le flot qui s'en échappe coule plus ou moins pressé, plus 
ou moins chargé, plus ou moins contaminé, dans l'intelligence 
humaine, on peut distinguer, toujours avec Léon XIII, cinq 
degrés différents de libéralisme, basés non sur des abstrac- 
tions, mais sur les opinions courantes dont le Saint-Père 
dénonce le péril. 

U degré le plus absolu consiste à s'insurger entièrement 
contre l'empire suprême de Dieu et à lui refuser toute obéis- 
sance, soit dans la vie publique soit dans la vie privée soit 
dans l'ordre surnaturel soit dans l'ordre naturel. C est 1 école 
radicaU. celle des matérialistes et des athées qui s'écnent 
cyniquement avec le maire d'une des plus grandes villes de 
France- " Pour que l'humanité s'affranchisse, il faut quelle 
renverse Dieu >"; qui n'ont d'autre loi que l'intérêt, d'autre 
dogme que U souveraineté inaliénable du peuple, d'autre 
objectif qu'une liberté sans frein, mère féconde de tous les 
désordres, de toutes les anarchies, de toutes les révolutions. 
Le second degré du libéralisme marque un peu plus de 

l_P«rolei oiftei par M. Kou, député de l«Haut»-aaronn», dan. 
un discours prononcé k Ulle, la 17 novembre 1901. 



— 311 _ 

réserve. Los liWraux de cette ci..<<3ori. oont des Ar.V»,: 
ils admettent volontiers que la libortci, pour no pas dtîgëndror 
ouvertement en licence, doit être soumise A nue règle, c'est- 
à-dire aux pnScoptes du <lroit naturel, aux principes d'ordre 
et de moralit,: gravds par l'Auteur de la nature dans le cœur 
de tous les hommes. Mais lii s'arrête leur religion : cantonnés 
dans eo qu'ils appellent l'autonomie do la raison, ils rupous- 
sent avec dédain, ou ne regardent qu'avec indifférence toute 
loi positive, toute règle de foi et de morale qu'il plairait & 
Dieu de nous imposer par une voie supérieure à nos oanais- 
sances naturelles. Ce système fait donc abjtraction complète 
de tout le christianisme, de l'Eglise, de ses institutions, de 
ses driits, et il soustrait à sa divine influence non seulement 
l'Etat, mais la famille et l'individu lui-même. — Nou» 
sommes encore en pleine infidélité. 

Au troisième degré apparaît le libéralisme téparatisU, 
c'est-à-dire, le système hybride de ceux qui, séparant l'homme 
privé de l'homme public, assujettissent l'un aux directions 
de î'Eglise, maU prennent bien soin d'émanciper l'autre. 
D'après oes doctrinaires à double figure, " les lois divines, dit 
Léon Xlir (Encycl. dUe), doivent régler la vie et la conduite 
des particuliers, mais non celle des Etats ; il est permis dans 
les choses publiques de s'écarter des ordres de Dieu et de 
légiférer sans en tenir compte ; d'où uatt cette conséquence 
pernicieuse de la séparation de l'Eglise et de l'Etat ".— Sous 
cette troisième forme de libéralisme, le Saint-Père, avec sa 
précision et sa pénétration habituelles, reconnaît trois espèces 
ou variétés particulières qui s'y rattachent comme à un 
genre. 

" Plusieurs, en effet, veulent entre l'Eglise et l'Etat une 
aiparatwn i-adicale et totale ; ils estiment que, dans tout œ 
qui concerne le gouvernement de la société humaine, dans les 
institutions, les mœurs, les lois, les fonctions publiques, 
l'instruction de la jeunesse, on ne doit pas plus faire attention 



I 



, •'■(■ 



j. 4a 



y -Il 



— 312 — 

à l'Eglise que ai elle n'eiistait pas. Tout au plus laisaenU 
ils aux membres individuels de la société la faculté de raquer 
eu particulier, si cela lenr plaît, aux devoirs de la religion ". 
(Enoycl. Liberlcu). 

De là toutes ces liberté» que l'on qtialiHe de conquête» 
modernes et qui sont comme le corollaire obligé du principe 
de la neutralité religieuse de l'Etat : libsrté complète des 
culte», liberté de conscience, liberté 'de la presse, liberté de 
l'enseignement. C'est à cet état social qu'il convient de 
rapporter la célèbre formule " l'Eglise libre dans l'Etat libre ", 
formule ambiguë, captieuse, interprétée et mise eu œuvre 
par Cavour " et au nom de laquelle s'est consommée la 
grande iniq' .S du dernier siècle, l'invasion sacrilège des 
états du ?ape. Le système de la séparation a été préconisé 
par plusieurs publiciste», notamment par M. Em. OUivier, 
qui n'a pas reculé devant cette étrange awertion eu harmonie 
du reste avec se» principes : " Le droit inconteetable de 
l'Eglise et de .''Etat de statuer à part, et par conséquent 
d'une manière contradictoire sur les mêmes matières, n'a pas 
d'inconvénients au point de vue pratique ' ". 

M. Guizot, protestant modéré, à qui nous devons de pré- 
cieux témoignages en faveur du catholicisme, dans son 
ouvrage intitulé L'Eglise et la woieU chréliennei, repousse 
la thèse de la séparation absolue (ch. 8). Il voit dan» l'al- 
liance de l'Eglise et de l'Etat l'attitude normale de ces deux 
sociétés, mais il pose à cette alliance une londition (ch. 10) : 
c'est que " l'Eglise accepte pleinement, hautement, le principe 
de la liberté religieuse; non pas le principe de l'indifférence 
de l'esprit, mai» celui de l'incompétence et de l'illégitimité 
absolue de la force en matière de foi ". C'est " qu'elle recon- 
naisse l'autorité de l'esprit seul sur l'esprit, et le droit de la 

1 — Let prineipa gintralmn du liUralUme, par le R. P. At, 1. 
III, oh. 3. 
2_ VEgliu et ÏEtat au eonefft *« Vatiem, 1. 1, p. 86 (3* M.). 



— 313 — 
oon.c,e„ce h«m.i„e à n'^tro pa. gouvernée, d,.„.e, rapport, 

nom de lM,me juridique'; et U^on XUI l'a cric 
£j"'r ; '"""''*' * '■'='"'• "■'»"«"' ainsi l'influen» 

uom de la l.berté. „ «„„„trent d.„, „„e „8„e '".^ 

don:" f""""'— 1-'-"e-da„d™,6 «nmTet; 
donnd m touchent et se confondent "oment 

Enfin, ajoute Léon XIII. beaucoup, sans approuver cea 
pnncpe, trop ab»Iu,. « estiment qu'il faut ameLr I'eZ 
à céder aux circonstanoc», obtenir qu'elle m prête et »'!? 
commode à ce que nSclame la prudence "u'ot ^^rj 

ph™éoIog,e élasfque et i„déci«,. qui („„u, le verronaï 
ta«l) recouvre un een, accept.ble et accepta par VfIZ 
ele-m^ême» cache aussi ce que l'on est convenu d' ïïe^ 

C'e^rJ^r"'"'*"'^"'' **"'"''""■ ^'°«"<"'PP<"'''«<'""'i'=te? 

sv ir H '"'"' " '"■'' ' '* '"'""'■°-- "« M" Cavagni, ». le 
système de ceux qu, ,„ droU et d'une manière abstmite 
veu ent bien reconnaître la supériorité de l'Eglirsur rC 

: i „T„r" "'""? *"'■'"'"' -'"-«^--^iéTs. ma, 
q... en /au ou ouns la pratique, surtout pour le présent et 
avenir, se font de l'orfro social une conception hasSus 
yement sur I. séparation de la politique ef de laTJo„ "«; 
lespnt de concession, de «.nciliation, de tolérance dThC 

f'"'"'Mérali,m,jurtdtqut,trtLd.pul)ubti]et. 
— In,til.juri,publM «auicutM, Vol. I, n. 524. 



^'^ 



!-♦*■' 






_3U — 

L tétant 1 libémlismo catholique, ..n, rogreU pou 

règne de la OUie renversé, =' '« «8"" "f, ,,»^. ,„, Euts- 
ter'- et ils souscrivent vulontiers et sans réserve 

,-::^:::rrî^'S;t:-™^ Pr..aeM»:r..... 

et de l'abM Klein. i rirr.i..!M 17 ma» 1898. 

4_B. P. Maumui, Lettre à i' Fi"»»*, i' m. 



— 315 — 

<in rrieiin relalive. .u Droit publie ccoM.i8«tiq,ie, je tien., 
Mewieur», & faire une remaniuo: c'eut que lo cour, que j'ai 
nionneur d'inaugurer devant vous ce «oir n'est pas une 
œuvre de fioWniique, mais une œuvre d'enseiKiiement et d'ex- 
position doclrhialo. Dans le d.!v«K,p,«n.ent dos thèse, ou 
la r,<futation des systèmes qui attireront tour i tour notre 
attention, je no veux faire d'autre, allusions, d'autres appli- 
calions, que celles qui se d^pigent d'elles.m«n.e« de l'exposi 
calioe, consciencieux et impartial de la vdritd. 

Ces leçons de Droi» publie pourront paraître à plusieurs 
trop sèches, trop informes, ou encore trop peu affranchies des 
fonnulej abstraites dont s'enveloppe lo lanRage philoso- 
phiqne; on y regrettera sans doute l'absence de ce charme 
lilt.ir.ire dont les esprits d«ieaU sont si friands, de ce. orne- 
ment, de style qui ne déparent jamais, nous aimons à le 
reconnattre, même les plus hautes et les plus austères vdrités. 
Si nous nous atUchons de pn'férence et autant que ptwsible 
au genre didactique, c'est que d'une part cette miSthode, si 
favorable à la clarté de la pens(!e et de l'expression, convient 
mieux aux sciences théo/ogiques et rationelles, et que de 
1 autre no. maimi, habitu.ie. depuis longtemps aux rudes 
travaux de la glèbe, ne se sentent que peu d'aptitude à 
manier le pinceau. 

Il ne non. reste plus qu'à indiquer en peu de mots les 
autontés sur lesquelles nous nous proposons, en des matières 
parfois très complexes et très délicates, d'appuyer nos avancés 
rt nos conclusions. Nous suivrons pas à pas les meilleurs 
auteurs. Parmi les anciens, S. Thomas d'Aquin, surtout 
dans wn beau traité sur U gouvernement des princes, nous 
fournim la clef de solides démonstrations. Les modernes, 
qui ont ab>.. ^ ces sortes de questions, sont beaucoup plus 
nombreux : nous consulterons spécialement BtoncAt, Tapa. 
nUt. Audirio, Tarquini, Liberatore, Satolli, Cavagnis. 
en U". mot les représentanta les plus autorisés de cette éoolê 



m 



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!'" .;W 



— 816 — 

lomiine à Uquello nous »vom von< une .dmintion gr.n- 
diuanto ot qui w dirtinguo entra toutei j«r uno li ooniUnle 
et li remarquablo «ftreUS de doctrine. P»r.ui le» tuteur. 
tnn^i», Moulard, Dvballd et quclqucâ autre, nou» teronl 

d'un grand Hcoura. 

Ce n'eet r" tout. Au-deMU. de. théologien., quelque 
ëniinent. qu'il, loient, plane le Docteur .«préme dont la 
parole incisive comme le glaive et brillante comme le diamant 
dirime tonte, le. querelle, et illumine toute, le. queelions. 
Deux Vontifes out .urtout jelé une édaUnte lumi*t« .ur le* 
controver». de Droit public. Pie IX et USon XIII, dan. leur, 
nombreuse, et «dmitablo. eneycliquei- Mai. de tous cei 
documenU ponliflcaux. celui qui touche le plus directement 
et de la façon la plu. actuelle aux question. jundiqnM et 
«Miale., c'ct «ns contredit l'encyclique ImmortaU Dn 
véritable code de Droit chrétien, écrit par le Docteur infail- 
lible avec tout l'atticisme d'une dissertât; ;. de Oic-r.m et 
toute la précision d'un traité de 8. Thomas. D n journal catbo- 
«que ', au lendemain de son appariUon, l'appeUit U " charte 
d'alliance des grande, chose, divine, et humaine. ". 

C'est à ce. sources, Messieur.. que je voudrai. puiMt la 
doctrine qu'il me sera donné d'exposer cette année, et. s il 
platt à Dieu, le. années qui suivront, du haut de cette chaire. 
En tirer de. enwignements conforme, à la foi et aux tradi- 
tion, catholiques, en faire jaillir le. tré«.r. de lumière et de 
fécondité qu'elle, renferment, mettre ces richesse^ inconnues 
d'un trop grand nombre, à la portée de tous le. espnto, faire 
aimer l'Fglise, faire admirer sa grandeur, faire désirer son 
triomphe, exciter et raffermir chez tous ceux qui m'écoute- 
ront l'inébranlable conviction de m supériorité et de ses 
droite, tel sera mon premier souci; et. laisMZ-moi l'iyouter, 
c'est par là que j'aspire à mériter vos suffrage.. 



1 _ U Jfo»<(nir dt Bomi. 



DIXIÈME CONFÉRENCE 

KoDilcur l'abW I..A. Piiivn 

fntwmnt da nMoil. à l'l«lv.r.ll« u».l 

DROIT PUBLIC DE L'ÉGLISE 



Heuieura, 

Kn .bordant dan. u„o ,,romiiro lcç„n le. gruvc» problème. 
l»e no«. „ou. .„m„„ p„p<«,^ d'dtu.Iier en.emble. nZ, 

limportance do pl„, on plu. g„,„d,. i.i„^^j j^ , '" 

Le droit obrdt.en. «vons-nou. vu. mérite de no. jonr. une 
auenfon toute .péciale. .oit à r.i«.„ de. oircon.t^^o^ dif 
ficde, ,„e traver» pr&entement 1. «.dété. «,it enrre et 

1m """'''°" J»"''"!'"'' '>'" »"' P"» -«»« d»»» un trop 
«nind nombre d'cprit.. Ces erreur., qui. «,„. rinflnence du 

r„Ti T "P"^" ""*»" •»"« "»"' en avon. tracé 

t°il Tht!"""'"! * "'"'"" -"'^l-nce. dé...t™u«>. dt 
telle, théone. conduuent. En terminant, nous avon, indiqué 






4=: 



— 318 — 

la méthode que nous entendons suivre, les autorités su. les- 
quelles nous nous appuierons pour exposer le plus fidèlement 
possible, devant l'auditoire intelligent qui voudra bien nous 
honorer de sa présence, les précieux enseignements que com- 
porte la nature même de notre sujet. 

Ce sujet étant le droit public ecclésiastique, nous devrions 
peut-être, à l'exemple de la plupart des auteurs, entrer 
immédiatement dans l'étude de l'Eglise, de ses éléments 
essentiels, et des caractères qui en font une société juridi- 
quement parfaite ; mais il m'a semblé que quelques notions 
préalables sur la société civile, sa genèse, sa constitution, sa 
fin propre ot immédiate, no seraient pas hors de propos. 
Puisque, en effet, il s'ngit dans ces leçons de bien définir la 
situaUon juridique de l'Eglise vis-à-vis de l'Etat et les rela- 
tions nécessaires qui la mettent si souvent en contact avec 
Ini, une idée juste, nettement conçue, du rôle et des attribu- 
tions de la puissance séculière nous aidera singulièrement à 
comprendre et h déterminer dans quelle sphère d'action la 
société religieuse peut et doit se mouvoir. Nous parlerons 
donc aujourd'hui de la société civile, pour en considérer sur- 
tout ce qui touche de plus près aux quesUona de droit 

chrétien. . 

L'homme, Messieurs, est un être naturelUment sociable. 
Ce n'est donc pas, comme le dit Laoordaire » dans son kn- 
gage original et saisissant, " un être solitaire ; il n'est pai 
semé au hasard pour vivre et mourir à l'ombre ignorée d'un 
rocher ou d'une forêt; il naît au milieu de la société qm le 
reçoit le nourrit, qui l'élève, qui lui communique ses idées, ses 
passions, ses vices, ses vertus, et à laquelle il laisse, avec ses 
cendres et sa mémoire, l'influence de sa vie ".—Cette socia- 
bilité de l'homme prend sa source dans les instincts les plus 
nobles et les plu» puissants de notre nature ; et, si l'on veut 



l—Ptima elkoUitt, t. II, p. l«l-9a 



— 319 — 

regarder plua haut, di.i Ses sages dispositions de la Provi- 
dence divine elle 'me. '■ Là "ni ;-e, écrit Léon XIII (En- 
cycl. Diuturnum , 11 plu.i kxm i ,inent Dieu, l'auteur de la 
nature, veut que !i ï huranins viv ait en société : c'est ce que 
prouvent avec évid.uoe ei .0 Jou du langage, instrument 
principal des relations sociales, et fcint de désirs qui naissent 
avec nous, et tant de besoins de premier ordre qu'on ne sau- 
rait satiaiaire dans l'état d'isolement, mais qui trouvent leur 
satisfaction dès que les hommes se rapprochent et s'associent 
entre eux • ". Ces paroles, substantielles dans leur concision 
et pleinement justifiées par l'expcrienco de tons les hommes 
et de tous les siècles, montrent assez quelle est la vraie cause, 
l'origine et la raison d'être de la société civile. 

Hâtons-nous de signaler les corollaires fondamentaux qui 
découlent de cette doctrine et qu'une saine philosophie ne 
peut s'empêcher d'admettre :— la société civile est une société 
nécessaire, une société juridique et parfaite, une société 
organique et inégale. 

Elle est une société niceaHaire, non pas sans doute à tel 
ou tel homme, ni à telle ou telle famille en particulier, mais 
à l'espèce humaine prise dans son ensemble. Ce caractère 
essentiel et primordial la distingue des associations libres ou 
facultatives, sociétés littéraires, commerciales ou autres, qui 
se forment fréquemment dans son sein, et qui peuvent cesser 
d'eiister sans que leur disparition porte une grave atteinte 
aux intérêto généraux de l'humanité. Elle n'est donc pas, 
comme le prétend Bousseau, ce trop fameux législateur de la 
révolution, elle n'est pas le résultat de causes éventuelles, la 
conséquence d'un pacte arbitraire et fortuit ; elle n'est pas 
une institution née du seul concours des vokintéa libres et 



:'m 



I - Voir k ce sujet une belle page du même Pontife, encore 
archevêque de Fêrouse, dan> sa lettre pastorale de 1877 : L'Egliu 
et la eipUUalion, !*• partie. 



— 320 — 

pouvant mourir par le caprice de ces mêmes volontés ; mais 
elle est issue de penchants communs, de besoins impérieui, 
universeU, antérieurs aux discussions des assemblées délibé- 
rantes, et eUe doit reconnaître au-dessus d'elle-m6ine, par 
delà les contingences du monde créé, une raison supérieure et 
souveraine dont il n'est loisible à personne de secouer l'auto- 
rité et de mépriser les lois. 

La société civile est en second lieu une société juridique, 
c'est>à-dire non pas une association fondée simplement sur 
des liens d'amitié, de sympathie, de bonne entente, de con- 
venance morale, mais une multitude d'hommes Ués entre eux 
et envers le corps social par des devoirs qu'une autorité 
publique impose et dont une sanction extérieure assure 
l'accomplissement. Il n'en sautait être autrement. Si, en 
effet, les citoyens d'un Etot quelconque n'étaient soumis à 
aucune contrainte légale, à aucune obliKation juridique, la 
société serait impuissante à atteindre sa fin ; elle ne pourrait 
ni prendre un soin suffisant des intérêts matériels du peuple, 
ni aider convenablement au progrès intellectuel et moral de 
ses membres, ni surtout maintenir d'une manière sérieuse et 
efficace l'ordre et la paix générale. Un Etat sans tribunaux, 
sans police, sans force armée, ne serait bieutôt plus qu'une 
vaste école de désordres et un foyer permanent d'anarchie. 

La société civile est encore une société parfaite. Ce mot 
désigne, dans le langage juridique, une société capable de se 
suffire à elle-même, c'est-à-dire assez complète pour embrasser 
dans le cadre de son action, dans le rayon de sa finalité, tous 
les biens de même nature, et asseï indépendante pour n avoir 
pas besoin d'emprunter à des forces supérieures les moyens 
de poursuivre et de se procurer ces biens. Or, la société 
civile réalise parfaitement ces conditions: suprême dans son 
domaine, elle se suffit manifestement à elle-même; elle a 
pour objet, non pas seulement tel ou tel bien particulier, 
mai, tous les biens dont l'ensemble constitue U féUaté au 



ji :'h 



— 321 _ 

moin, extérieure de cette vie; elle possède dans son aein 
d.n, ses ressources natives, dans l'ampleur de sa juridiction; 

felicite temporelle; en deux mots, sans avoir à mendier prè, 
dune autre puissance son complément naturel, elle tient 
sous w dépendance les sociétés inférieures, et elle a en 
.na.ns tous les pouvoirs nécessaires à «, conservation et à 
son développement. 

J'ajoute, Messieurs, que la société civile est une société 
orgamgue '. Cette expression, dont il importe de bien 
».s.r le sens, est empruntée aux corps vivants, aux êtres 
doués d organes, de parties fonctionnelles, lesquelles, tout en 
étant soumises à l'inBucnce d'un même principe, jouissent 
cependant chacune d'un caractère distinct et comme d'une 
vie propre. A l'exemple de ces corps vivants, la société 
politique, en tant que personne morale, se compose elle aussi 
de parties organiques dont la constitution et la vie sont dis 
tinctes et spéciale- tout en lui restant suborfonuées Ces 
organes, ces é . . , vitaux du cor,» social, qui eu forment 
les membres r >,, ce sont les familles, les communes 

ou munic.pes, e. ,es provinces. Car, remarquons-le bien, la 
société civle ne résulte pas immédiatement des individus qui 
en font partie, mais elle émerge, pour ainsi dire, des groupe- 
ments progressifs d'associations moindres, antérieures par 
leur nature plus strictement nécessaires et plu, directement 
ins. tuées de Dieu. C'est ce qui ressort de la genèse de 
cette société, telle que décrite, d'après la philowphie et 
Ihistoire, par l'angélique docteur saint Thomas d'Aquin 
dans un de ses commentaires sur Aristote (1. I Polit ch 1) ■ 
" Chaque maison, écrit-il, était gouvernée par le plus' ancien 
selon les lois du régime familial. Et comme la contrée 
voisine se peuplait peu à peu de parents, le premier ou le 

1 — Dubmllet, L'Eglise et t'Elal, t. II, d 17 
21 *^ 



— 322 — 

Jos puissant d'entre eux en venait i exercer sur les autres 
L sorte de royauté. C'est ainsi que des roaisons et des 
bourgs eeprincip..t linit par s'étendre lUX cités, lesquelles, 
dans le principe, n'étaient pas comme aujourd'hui des agglo- 
mérations compactes, mais formaient plutôt des agrégats de 
divers villages ou localités adjacentes. L'autonté royale sur 
les cités ou les nations n'a donc été tout d'abord que le déve- 
loppement naturel du pouvoir des cheft de famille, de vilUges 
ou de tribus ".-Cette notion de l'Etat est fondamentale: 
elle en fait, non pas, comme le veulent les centralisateurs à 
outrance, une simple juxtaposition de^ibertés -dividudtes 
comprimées à volonté par les ressorts d'une bureaucratie 
centrale, ni un assemblage confus de pièces disjointes réunies 
entre elle ™r des liens purement mécaniques, mais bien un 
corps moral embrassant dans une plus haute et plus puis- 
sante organisation des organismes inférieurs, moins parfaits, 
:noins complexes, joints ensemble par des affinités naturelles 
«,U8 la direction d'un principe commun. Nous verrons bien- 
tôt les conséquences pratiques de cett« doctrine. 

Enfin, Me8sieurs,-et ceci découle directement de ce que 
nona venons de dire. -la société civile est une société »»^- 
aak. Dès lors, en effet, que cette société doit être considérée 
comme le résultat immédiat, ou mieux comme le terme 
d'union de famiUes hiérarchiquement oonstituées.on comprend 
aisément que les chefs de ces familles, en entrant dans le 
, corps social, apportent avec eux des droits et des P^"vo.rsqu. 
ne juraient être le partage de tous. C'est ainsi q« U se orme 
une réuni.:.n de personnes juridiquement inégales, placées 
dans des rapporU naturels de 9upér=orité et de dépendance.- 
Depuis quelques années, il est vrai, nous assistons à un 
phénomène étrange, aux tentatives fréquemment et diverse- 
Lnt «nouvelées d'une sorte d'égalisation et de mvellement 
général On ne se contente pas de favoriser l'émancipation 



■.tr"' 



— 323 — 

prématurée de l'enfance déjà trop portée par elle-même à 
rejeter par une fune.te indépendance toute tutelle directrice 
Les .«.Uateur, de cette poupée égalitaire, faiaant fi de toutes 
le, convenances, des traditions les plus fortement ancrée» 
dan, 1 esprit des peuples, et de, lignes de démarcation tracées 
d une ma.D s. délicate parla nature elle-même, voudraient 
enlever la femme aux discrète, intimités du sanctuaire 
domestique pour la faire monter et l'eihiber en quelque sorte 
sur tou, le, tréteaux Je la vie publique. C'est là un contre- 
sens «cial. « Il serait contre la nature, dit M" Cavaenis ' 
de vouloir établir une égalité parfaite entre la femme et 
1 homme dan, l'ordre de la vie extérieure, et ,pécialement de 
a vie publique et politique » ". Espérons que l'e,prit chré- 
tien, et à son défaut, le bon sens lui-même, tout en fallut 
la part des exigence, de notre époque, finira par avoir raison 
de ce, hardiesses téméraire, dont quelques pays n'offrent que 
cropdexemples. -Du reste, Messieurs, je ne prétends pas 
contester ici le principe d'une certaine égalité parmi k, 
citoyens, de cette égalité qui veut qu'une loi «,it applicable 
à tous ceux qu elle régit, sans distinction de personne, • ce 
principe e,t équitable. Mais cela ne veut pas dire qu'il ne 
puis» et qu'il ne doive exister diverse, claMe, sociale, 
ayant des droits spéciaux, des privilège, même fondé, sur 
1 intérêt commun, et une législation appropriée à leurs besoin,. 
Selon le mot pr>,foud de M" Freppel \ '■ l'égalite ,.n, la hië- 
rarchie. c e,t le chao": ". 
Pénétron, maintenaLi plu, avant dan, l'étude de notre 

i-f°J!'. ^'>">it public r,a:. et ceci., p. M. 
_ Z~8. Thjmw . écrit également (* R\gi„. Princ, 1. IV. c. 6) 

v,7Î. 'T'T ! '" '"°°" ""■ '° '"'•' d» l»f»mill., comme d'éle. 
ver le. enfant., de surveiller le» mœur,, et de û. «ioucr de 
pourvoir aux besoins du ménage ", «aouoir, de 

ch! Vlf^*""'"""" ■'''■""""" * P"P<» «l" oentenair. de 1789, 









— 324 — 

.„jet, et considérons à la lumière de l'analyse les élém^nU 
!«««/. de la société civile. Cette -f ■ -"» .^'^,^'; 
lenrs toute association dûment "'f "" f ' f " '^^^^ "J ;. 
intime de deux éléments, Vnn matériel. Vautre formel. Lé é- 
m nt maUriel. ce sont les parties dont elle se comp s 
Tmilles. villages, cité., provinces; l'^^^-"' Z'^'"/,^. ^'^^ 
principe constituant, qui donne à ces part.es 1« «^é'.^f ^^ 
Lee la stabilité et la vie. Semblable à ces édifices dont es 
^mens ont énormes étalent sous nos yeux les matériaux les 
pr'ivers, mais qui par leurs proportions, la combina.^ 
de leurs lignes, la symétrie de leurs colonnes, 1 empreinte 
Îuiinto e^Trgulatrice de l'art, forment "^an""»- - 
Sre harmonieux, toute société sagement coustuuée doit 
aûrlalgré la multitude de «>s membres et la divers.^ de 
rparties! présenter anx regards le spectacle dune parfaite 
Tnité Seulement, nous l'avons dit. au lieu de matériaux 
informes et d'élémenU inertes, sans rapports natn«ils. ce sont 
des organismes, des forces vivantes, des associations auto- 
„ome.'etagissartes qui entrent dans sa «'■"P-^--^ 
principe formel qui agit sur ces orgamsmes e l^s re e eut^ 
eux dans un groupement social plus ample et plus élevé est 
de deux sortes, l'un extérieur, l'autre intérieur. 

J'aDoelle principe txUrimr l'ant«rité chargée de présider 
,„x deSefde l'Etat. Que l'autorité sociale -it néces^rre 
'q„^ faille une puissance, une force politique P«bH«-e^ 
Lstituée et munie de tous les pouvoirs vouh^ pour faue 
ooncourit vers un même but toutes les pensées, tontes les 
Tntés. tous lesefforts. c'est là une véritéteilem^ntévj^^^^ 
nn'aucun homme sérieux n'a amais osé la révoquer en 
Lte » Comme nulle société, dit Léon XIII (Encycl. M- 
Wol. m, ne saurait exister sans un chef suprême qu 
^prime à chacun une même impulsion efficace vers un but 

commun, il en résulte qu'une --^<'^' ^^' ^^'T^^ Zi 
hommes établis en société pour les régir; autorité qui. aussi 



— 325 — 

bien que la sociét.!, procède de la nature, et par suite a Dieu 
pour auteur". 

Ces dernières parolos touchent i l'importante question do 
I origine du pouvoir. L'une dei fautes les plus graves, les plus 
pr(i.|udiciablc8,du Mbc^ralismo moderne, a M de miner par des 
th&ries subversives, les bases mêmes de l'autoriKS.de renverser 
de leur pic^destal, ou au moins d'ébranler et de découronner les 
pouvoirs publics. •• A défaut, dit encore Léon XIU (Eooyel 
Dmturnum), d'une destruction totale de l'autorité politique 
dans les Etats, destruction qui eût été impossible, on s'est 
appliqué du moins par tous les moyens à en énerver la vigueur 
à en amoindrir la majesté. C'est ce qui s'est fuit surtout au' 
IC siècle, alors que tant d'esprits se laissèrent égarer par 
un funeste courant d'idées nouvelles. Depuis lors, on vit la 
mulutude, non seulement revendiquer une part excessive de 
liberté, mais entreprendre de donner à la société humaine, 
avec des origines fictives, une constitution arbitraire. Au- 
jourd'hui, on va plus loin ; bon nombre de nos contemporains 
marchant sur les traces de ceux qui, au siècle dernier se 
sont décerné le titre de philosophes, prétendent que tijut 
pouvoir vient du peuple ; que, par suite, l'autorité n'appar- 
tient pas m propre à ceux qui l'exercent, mais à titre do 
mandat populaire, et sous cette réserve que la volonté du 
peuple peut toujours la retirer à ses mandataires". Le 
Souverain Pontife démontre ensuite par lej témoignages des 
Ecritures, par le sentiment des Pères, et par les simples 
données de la raison, que le pouvoir considéré en général et 
abstraction faite do telle ou telle forme particulière, est 'de 
droit naturel et divin. Combattant l'hypothèse du Contrat 
social, il fait voir combien ce prétendu pacte, dont l'histoire 
du reste n'a conservé aucune trace, est en contradiction av;o 
la nature humaine, puisque les homm-:, avant toute déter- 
mination do leurs libres volontés, sont appelés à vivre en 
société, et que Dieu n'a pu vouloir les réunir ainsi ea 



■4^;i. 



_ 326 — 

po»pe, .oci.ux .a.» vouloir du ménio coup leur impo^r 
une autorité nécessaire à leur gouvernement. U Saint-Père 
aibute : " Cette doctrine n'est pas seulement la plus vraie, 
elle est aussi la plus salutaire qui se pui«ie concevoir. S., 
en effet, l'autorité de ceux qui gouvernent est une dénvaUon 
du pouvoir de Dieu, aussitôt et par cela même elle acquiert 
une dignité plus qu'humaine ;... les citoyens. »« "»î»>" P^é 
sés par le devoir, devront nécessairement s'interdire 1 indocil té 
et iTrévolte, persuadés d'après les vrais principes que résister 
au pouvoir dri'Etat. c'est s'opposer à 1. volonté divine, que 
refuser l'honneur aux souverains, c'est le refuser à Dieu 

On a longtemps agité la question de savoir comment le 
dépositaire du pouvoir civil en est investi, s'il reçoit ce pou- 
voir immédiatement des nains de Dieu, ou si cest e peuple 
oui le lui confère. Bellarmiuet certains docteurs scolastiques. 
tout en proclamant l'origine divine de l'autorité sociale, ont 
soutenu que cette autorité réside d'aborf dans le peuple 
comme dan, sou sujet, mais que le peuple, ne pouvant 
l'exercer par lui-même, est obligé par droit de nature de U 
transférer à un ou plusieurs, capables d'en faire «sage. Ce 
sentiment est encore partagé par un grand nombre de catho- 
liques, et quelques-uns. plusieurs même, sou, 1 influence^ des 
idées libérales, l'interprètent et l'exagèrent dans le sens d une 
véritable souveraineté populaire '. - Mon intention n est pas 
de renouveler aujourd'hui la démonstration faite ic. même. .1 
y a quelques années >. pour prouver combien cette théorie de 

1 Témoin cette phr«.e caracMri.tique. tombée de lèvre, épi.- 
coirier.Tplelne cathédrale «néric«ne : " C'e.t 1. ..ècle de la 
a Lt.«ê,oùle. peuple, fatigué, du pouvoir ""-îf" "»-- 
r.L deviennent .ouverain. à leur tour et exercent plu. ou moin. 
ZwmTnt le pouvoir ,ui 'eur . toujour. appartenu en pnncpc 
J 1 .,„!.,„« a« Dieu ". M" Ireland, UEgltu et le Siiele, p. *i. 
^^rèf UC»l/"«pa^ .nnéel8^,-««- Jr///.«i«»«- 

raineU pofuM"- 



— 327 — 



la «ouveniineUS du peui.lo contredit les principes philomphi. 
que» les mieux lîtablis. Je m» conteulerai d. rappeler le» 
enseignements si clair* et si précis du suprôme Docteur de 
1 Kghso (Encycl. Otutarnum)." II importe. ëcrit Uon XIII 
do remarquer que ceux qui président au gouvernement 
do la société p» iveiit en certains cas, sans que l'enieigne. 
ment catholique By oppose, être choisie de par la volonté 
et lejugement du peuple. Mais par ce choix on (Uiione le 
pnnce, on ne lui confère px, le droit de comm'Xnier: on 
ne déligue pas la muverainelé. mais on diUrmine^m devra 
1 exercer". Ailleurs (Encycl. Immortale Bel) le Saint-Père 
signale, pour le réprouver, le sentiment contraire : " L'opi 
nion prévaut, dit-il, que les chefs de gouvernement ne sont 
plus que dmd/UguA, chargés d'exécuter la volonté populaire; 
d'où cette conséquence nécessaire que tout peut également 
changer au gré du peuple et qu'il y a toujours à craindre des 
troubles". Pour moi, quoi qu'en disent quelques auteurs du 
reste fort reooramandables ', ce jugement pontifical cl«t défi- 
mtivementle débat; et si jadis certains théologiens, préoc- 
cupés qu'ils étaient de combattre l'opinion régalienne d'ail- 
leurs insoutenable, sur les monarchies de droit divin, ont 
outré le râle du peuple dans l'institution du pouvoir social et 
donné lieu à d'honnctos discussions, l'incertitude là-dessus ne 
me semble plus permise »._ Je résumerai cette controverse 
en trois mots : l'autorité est inséparable du concept de société 
Or, la société, tout en se formant par le concours de certains 
faits, de certaines éventualités historiques, procède néanmoins 
immédiatement de la nature et par conséquent de Dieu qui 
en est l'auteur. Donc l'autorité elle-même, tout en restant 
soumise aux diverses conditions qui en déterminent ou en 






y: 



'M 

'■■I -•it 
r ^ ' ^3 ; ': 

M' 

m- 



1 — M"- Sauvé, le Ch«n. Duballet et autres. 
2— Voir Taparelli, Huai théorique de Droit naturel i — ii' 
Imlitulei dt Dreil naturel priet et public. 



— 328 — 
„c„lifientVact«»l«»tion, tient >e> droiU. non de la volonté 
TOUiilairc, mai» de la nature et de Die.i. 

U question en véritd n'est pa,oiseu«,; ear Me«.eur,, 
c-eat au nom de la «.uveminet/. du peuple .,ue e, meneun 
rf.volutionnaire8 de ton, le» temp. et do ton» le. pay» ont 
chercW à KnUimor leurs plus ■ -minels attentats Ça été le 
; nipe menteur invoqué par C.vour et Victor En.ma„ue 
Lns Tur guerre sacrilège contre le l'ai^-Ro.; oest encon, le 
^cicux prétexte de tous les sen.e«™ de désordres, de tous 
le, apologistes de s^<litlons, de tous les -TP^'eurs du droU 
par 1. force brutale du nombre. Aux yeux de ces amb.t.eux, 
l ces affamés de pouvoir, le dernier mot de >« J-^» »- 
pas la loi de Dieu ; il repose au fond de Vurne -^^le» <>»» • 
îont. .,. grandeur, toute la sagesse pol.t.que eons.ste à fa.re 
^rt ■ .ie cette urne, par ce qu'on appelle de. moyen, hab.les, 
l'oracle vainqueur d'une majorité aveugle et >ncon.c.ente^ 
C'est, en réalité, la négation mÊme et la rume du droit et 

de la morale sociale. .,u„ii„„B 

Non. l'avons d'ailleurs déjà insinué, la thèse catholique 
sur l'origine du pouvoir est indépendante d« formé» degou. 
Znemlt ou du mode d'organisation de l'autonté cv.le. 
!^ souveraineté, dit encore Léon XIII (Eneycl. Imrnor. 
taie Del), n'est en soi nécessairement liée à ''"«""«Jj™^ 
politique ; elle peut fort bien s'adapter à celle-ciouà celle-là, 
>vu qu'elle Voit de fait apte à l'utilité et au bien com- 
mun». Et ailleurs (Eneycl. Wutur.um; .• " R.en nemi^che 
que l'Eglise n'approuve le gouvernement d'- «"l «» «'"' 
lëp u^e rs. pourvu que ce gouvernement •";' J»f .f «<""- 
Ifau bien commun. Aussi, réserve faite de. dro.t, de U 
tâto il n'est point interdit aux peuples de se donner telle 
r^politiq-e 'qui .'adaptera mieux ou à leur _gén.e P^pre 
ou à leurs traditions et à leurs coutumes Cest en 
"•appuyant sur ces principe, que le Chef de l'Egl.«. dans sa 



— 329 — 

•uprtroe aagerw, demandait naguère aut catholique» de 
France ' de mettre do cet.*, pour le i>ri5.ent du racine leur» 
préférence» politiques et de »o rallier unanit.ieinnnt autour 
du drapeau riSpublioain j^ur »'on emparer et en faire le sym- 
bole d'un piiivernenient honnête et chrétien. Non» n'irons 
pas jusqu'à dire, avec un haut personnage ecclésiastique, que 
Léon XIH, en donnant cette direction [wlitico-religieuse, a 
canonisé la Képubliquo ' ; le procèi des vertus et de» miracle» 
cftt peut-être été long à instruire. Mais aucun Pape n'a plus 
souvent mis en lumière cette vérité professée par tous ses 
prédécesseurs, et nue les circonstances rendent de plus on 
plus opportune, à savoir que l'Eglise, faite pour tous Irs âges 
et tous les peuple», n'est par elle-même inféodée l'i aucune 
forme et à aucune organiaotion politique. 

Vous ne vous attendez pas sans doute. Messieurs, à ce que 
je iBcherche ici avec vous quelle est, aux yeux de la philo- 
sophie catholique, la meilUure forme de gouvernement. 
Outre que ce problème n'entre pas diieotement dans le plan 
que nous nous sommes tracé, sa solution entraînerait de trop 
longue» et de trop subtiles considérations. Je me bornerai à 
rappeler, »ur ce point très controversé et abandonné par 
l'Eglise à la libre discussion des homme» ', l'opinion d'un 
penseur chrétien dont les enseignements, même quand ils 
n'ont pas reçu l'infaillible sanction du Saint-Siège, jouissent 
partout d'uue incontestable autorité : je veux parler de saint 
Thomas d'Aquin. L'angélique docteur, dans son beau traité 
du, gouvernement de» l'rincee (1. I, ch. 2-5), apporte plu- 
sieurs aiKuments pour démontrer la supériorité de la forme 
monarchique, qu'il croit plu» propre & maintenir l'unité 
et la paix dans la aociété, plus conforme aux lois du monde 

1 _ Voir Ultre tncycl. de Léon XIII aux Franpaù, 16 fév. 1892. 
2_Mi'Ireland, VEglUe et le siècle, p. 149. 
3 — lettre aux trmçaii déjà citée. 



m 



m 



— 330 — 

,,hy,io.ie leq.iel iiV^itt p». ..."« »»«l''«ie »ve.- le nmnJe 
moral, moin. «"j«tt« .»■«• «"» »1'>" '"» l"»'™"' «' ""] 
reprt!.«in«» .1" l»»te. sorte» .lo.it »o rendent >• (travonient 
coupable, le, de,,K,te, i..u, -lo mnjorif., d«m<«mt.q«e,. 
Mai» cette monarchie ,»>nr la-v-eHe il opine, ,amt Thoma» 
1» veut entourée de ,»Ke, temp.!ra.nent, : " U meilleur» 
combiuai«3n, écrit-il d«n, ^ Somm. lyologique \ .ern.t 
celle nui placerait à la tête de la nation un pnnce ver- 
tueux, qui grouperait «.«s ,a direction un certain m,mb« de 
orand, chargé, de gouverner selon le, règle, de Wqu.té, et 
r,„i, choi,i,«int ce, tCte, dirigeante, d.n, tonte, le. cla«e, 
L VentreraiM du ,uffmge populaire, aMocierait a.n,. la 
.ocidté entière anx responsabilité, ùu gouvernement. Une 
,«reille organi«.tion .erait tout a la foi. «ne monarch.e par le 
chef .uprême, une aristocratie par le conoour, «dm.m.trat. 
de, meilleur, citoyens, une démocratie par le d™.t électoral 
et la faculuS qu'aurait le peuple de choisir ces gouvernant, 
dans se, rangs ". Ce. paroles remarquables renferment comme 
une formule d'équilibre entre deux grande, forces trop sou- 
vent en conflit, l'autorité et la liberté ; et elle, prouvent en 
„6me t*mp, que si la pondération démocratique de, pou- 
voi« dégagée de tout faux principe et sagement m..e en 
,,ratique.^ut offrir des avantages réel., ces avantages, qu , 
ne faut ni contester sans raison, ni exalter ,an, mesure, n ont 
™, échappé au regard pénétrant de l'Ange de 1 Ecole. 

L'autorW. avon,-nou, dit, e,t comme le prmc.pe extérieur 
nui préside à la formation et au fonctionnement de lorga- 
^i,ue social. Mais, dans u,ute sœiété fortement constituée 
.ou, le réseau organique des lois c. de, pouvoirs publics U 
y a quelque chose de plu, intime et de plu, profond doù 
dépend la puissance nationale, un lien «cret de. âmes, une 
union étroit* de, citoyen, dan, une même pensée, une même 

1_MI", (J. CV, art. 1. 



— 331 — 






Mpiriition, un Difme «ouoi du liieii oniinun, union que le« 
anoigns appelaient du lioau nom d'iiruitii! oiviiiuo ' et i|Uo 
nous d<<aignons, nous, par un terme non rnoinn «i((nific«tif : 
[ntriotiaine. 

Ce principe inltritUT, c'est la ai'vo tjui circule n travem 
toute» les artère» du corps «ooial, lu ■ouille fiSconilant c|ui 
anime toute» les volontiS», c'est l'âme et la vie d'une nation. 
San» ce lien puissant des cn-urs, cette sympathie naturelle, 
sans un amour ëolairé et effectif de la patrie, le» empires en 
apparence le» mieux affermis ne sont que do vastes méca- 
nismes, des rouBges artifiriels plus ou moins compliqués 
«ou» lesquels se dissimulent des divisions et des haines, 
menace d'une ruine prochaine. Le patriotisme, au contrairf, 
rend forts et redouuble» le» plus petiu états et leur inspire, 
avec le souci de leur honneur et l'intuition de leur avenir, 
cette confiance en eux-mêmes, cette ardeur généreuse, cet 
e»prit de sacrifice, ces dévouements et ces audace» qui exci- 
tent l'admiration quand ils ne peuvent tenir en écheo les 
invasions de la force et du nombre. Or, Messieurs, la religion, 
loin d'amoindrir l'attachement à la patrie ou de le noyer 
dans le Hot vague d'une philanthropie universelle, »« plait à 
consacrer ce sentiment par l'exemple de peuples choisis. 
Il 1 lei à leurs traditions, fermé» au cosmopolitisme, dan» la 
■ i' desquels éclate la protection divine; elle le cultive, 
l'élève, le fortifie, en faisant du patriotisme et de la loyauté 
non pas seulement un devoir d'honneur, mais encore et sur- 
tout un devoir de conscience. Elle peut mâme porter cette 
loyauté patriotique jusqu'à l'héroïsme. Nous en avons une 
preuve saisissante dans la conduite de» premiers chrétiens, 
lesquels, dit Léon XIII (Encycl. Diuturnum), " nous ont 
donné à cet égard d'admirables leçons: tourmentés avec 
autant de cruauté que d'injustiei; par les empereurs païens, 



1 — Cf. S. Thom., De regimine Prineipum, 1. IV, ch, 4. 



— 332 — 

il» n'ont jamais failli au devoir de l'oMissance et du respect, 
à ce point qu'une lutte semblait engagée entre la barbarie 
des uns et la soumission des autres ". 

C'est maintenant le lieu d'aborder et d'exposer avec toute 
la clarté possible un iwint de doctrine que nous n'avons fait 
qu'effleurer au début et qui se apporte plus immédiatement 
à la matière principale de ces le(;oni : il s'agit de la fin de U 
BocUté civUe. Cette question de fin, d^ns l'étude que nous 
poursuivons, est capitale ; et, selon qu'elle sera bien ou mal 
comprise, l'esprit s'orientera ou s'égarera en ce qui concerne 
les rapports de l'Eglise et de l'Etat. Evidemment, Messieurs, 
nous ne parlons pas ici de la fin dernière de la société, de 
cette fin éloignée qui se confond avec la fin de tout être, de 
tout individu et de toute association, et qui consiste à procurer 
la plus grande gloire de Dieu; mais nous voulons parler de 
la fin prochaine, immédiate et spéciale, de catte fin qui carac- 
térise toute association et la distingue essentiellement des 

autres sociétés. 

U question à débattre nous met en présence de deux 
théories diamétralement opposées. Les uns, étendant la fin 
de l'Etat au delà de ses justes limites, confèrent à l'autorité 
civile des pouvoirs excessifs qui vont jusqu'à l'empiétement 
sur les droits de la conscience, de l'individu et de U famille : 
c'est le concept régaliste et socialiste. D'autres, restreignant 
outre mesure l'activité du pouvoir social, la réduisent à un 
rôle négatif ou du moins insuffisant; ils font de l'Etat une 
sorte de gendarme dépourvu d'initiative, ou un simple pour- 
voyeur tout entier aux soins des intérêts matériels : c'est le 
concept mécanique et naturaliste. Entre ces deux systèmes 
il y a place pour une notion plus vraie de la fin et du rôle 
de toute société politique, et cette notion nous est fournie 
pat la philosophie chrétienne. 

Léon XIII, dans son encyclique ImnwrtaU Dn, pour 



— 333 — 

démontrer que la socicSté est uéceasaire, fait appel aux avan- 
tages qu'on y trouve et à la fin qu'il lui assigne en ces 
termes : " L'homme, dit-Il, est ué pour vivre en société ; car 
ne pouvant dans l'isolement ni se procurer ce qui est néces- 
saire et utile à la vie, ni acquérir le perfectionnement de 
l'espnt et du cœur, la Providence l'a f ,it pour s'unir à ses 
semblables en une société domestique d'abord et aussi en 
une société civile seule capable de fournir ce qu'il faut i la 
perfection de l'existence, quœ auppeditare vilœ mfflcientiam 
perfectam aola potegt ". 

Cette terminologie est empruntée h saint Thomas. L'an- 
gélique docteur, en effet; dans divers endroits de ses écrits ', 
enseigne que l'Etat, tout en maintenant la paix, a pour 
mission d'assurer aux hommes la suffimnce des tiens carpo. 
rtU et de leur faciUter les ;oai«8ance« d'une vie éclaira et 
vertueuse, en d'autres termes de conserver et de multiplier 
les avantages matériels et spirituels qui constituent le bon- 
heur de la vie présente. A nalysons et développons la pensée 
du Mattrc. 

C'est l'impuissance des individus et l'insuffisance des 
familles à subvenir aux besoins si multiples do la vie qui a 
fait naître et grandir la société civile. — Or, le premier 
besoin qui pousse l'homme vers cet état social, est «» bemin 
de eéeurité: " A quoi lui servirait, écrit à ce sujet le R. P. 
Sortais ». d'être propriétaire d'immenses domaines, si ces biens 
sont à la merci d'un coup de m-in ? A quoi lui servirait 
dêtre doué de facultés intellectueUes brillautes. voire même 
de génie, s'il vit au milieu du trouble, sans cesse inquiet du 
côté de l'avenir, n'ayant de sa fortune qu'un usage précaire, 



I 



.-^r.?'"'*"' ^•""«'P'"". '• J.<:- 15i_of. Burri, U UorUpoli- 
tiehe a «n Tommato t il modemo diriUo pubhlico, c. 2. 

■*vjujn l9«7» 



— 334 — 



traînant une existence toujours plus ou moins menacée ? On 
ne songe à se perfectionner, on ne peut déployer une activité 
puissante et ordonnée, on ne saurait vaquer aux travaux de 
la haute culture intellectuelle que si l'on est sûr du lende- 
main : c'est la condition préalable de tout progrès et de toute 
civilisation. Autrement toutes les forces vives seront dépen- 
sées i. sauvegarder le moment présent. C'est pourquoi le 
devoir primaire, indispensable de l'Etat, c'est de procurer à 
ses sujets la possession tranquille et le libre exercice de 
leurs droits. Comment remplira-t-il efficacement ce devoir 
de protection ? En garantissant la sécurité tant à l'intérieur 
qu'à l'extérieur ". 

I,a sécurité extérieure s'obtient par trois grands moyens, 
la diplomatie, l'armée et la marine. Quant à la sécurité 
inUrieure, elle peut être menacée soit p.w des causes de 
l'onJre maUriel, soit par des causes de l'ordre ruoral. C'est 
donc une des fonctions de l'Etat de protéger les citoyens 
contre l'assassinat et le brigandage, de les prémunir contre 
divers fléaux, épidémies, inondations, incendies, qui peuvent 
compromettre la santé publique et le bien-être général. C'est 
encore et bien plus le devoir de l'Etat de garantir l'ordre et 
la sécurité morale, en précisant, lorsqu'il le faut, lus droits de 
chacun par une sage législation, en maintenant par ses actes 
judiciaires et exécutifs le respect mutuel de ces droits, enfin 
en réprimant por une active vigilance les atteintes portées à 
la morale publique '. 

Tel est le but primaire de la société civile et le rôle fon- 
damental de l'Etat : c'est une mission de justice. Mais, outre 
ce rôle défensif et tutélaire, l'Etot a encore une autre mission 
à remplir : il lui faut, pour répondre au besoin d» progris et 
de perfectionnement qu'éprouvent tous les peuples, travailler 
efficacement à la prospérité générale. Une nation est pros- 

1-Ibiâ. 



— 335 — 

père. Messieurs, quand elle jouit de l'atHuence des biens 
exténeurs dont l'ensemble constitue un état de perfection 
pour la vie et l'activité humaine. Ces biens sont de diverses 
sortes: au point de vue matériel, les produits de l'agricul 
ture, du commerce, de l'industrie dont se compose la richesse 
commune, et les moyens si nombreux d'en procurer l'accrois- 
sement; au point de vue intellectuel. les institutions et les 
œuvres d enseignement, les progrès des sciences et des arts 
la httérature nationale; au point de vue moral, l'esprit de' 
religion, la pureté des mœurs publiques, les maisons de bien- 
faisance, les asiles de charité. Or, c..s biens précieux, nui 
contribuent si puissamment k la prospérité, au bien-être àla 
civilisation d'un peuple, ne peuvent ordinairen nt s'obtenir 
au moins dans leur plénitude, sans l'aide et le concours de la 
puissance civile. Que d'entreprises, nécessaires an dévelop. 
pement matériel d'un pays, ne verraient jamais le jour si 
lEtot n y mettait la main! Que d'œuvres intellectuelles 
demeureraient éternellement en germe, sans ses encourage- 
menta et son secoure ! Saint Thomas a écrit > qu'il faut dans 
la société des lois répressives pour sauvegarder la morale et 
porter les hommes, sinon par inclination naturelle, au moins 
par motif de crainte, à pratiquer la vertu. Aristote lui-même 
avec ce bon sens qui le place bien au-dessus de nos réfor- 
mateurs modernes, disait (Polit. 1. III, c. 7 ») ■ " La vertu 
doit être le premier souci d'un Etat qui mérite vraiment ce 
nom . 

Néanmoins, hâtons-nous d'en faire la remarque, le rôle de 
lJi.tat en ce qui regarde l'avancement national n'est que 
secondaire et «.ppi^ti/ Us biens et les travaux, d'où ce 
propès résulte, étant du ressort immédiat des particuliers et 
des familles, 1 action sociale, no peut être légitime que là où 

1 — Sm». Ihiolog., !■ 2", Q. XCV, a. I. 

2— Paroles citée» d'»prèi S. ThoniM, 0,«iM„(. 



ïi!, 




_ 336 — 

l'sction privée, individuelle ou collective, devient insuffi. 

«ante. 

Ceci, Messieurs, nous amène à considérer les diverses 
Umites imposées à l'autorité civile dans l'exercice do ses 
fonctions. Car il est des bornes qu'aucune puissance poli- 
tique ne peut légitimement franchir, et Pie IX a justement 
condamné la proposition suivante': "L'Etat étant l'origine 
et la source de tous les droits, jonit d'un droit qui n'est cir- 
conscrit par aucune limite ".-Pour bien déterminer la 
nature de ces limites, il convient d'envisager l'Etat dans ses 
rappoi-ts avec Dieu, avec l'individu, avec la famille, avec les 
associations libres qui vivent dans son sein, enBn avec 
l'Eglise, divinement constituée. 

L'Etat, par le fait même qu'il est une réunion d'hommes 
essentiellement soumis à Dieu se trouve lui aussi assujetti 
par les mêmes liens nécessaires de soumission et de dépen- 
dance. Or, Messieurs, la suprématie divine à l'égard des 
créatures raisonnables se manifeste et s'exerce par la loi 
natureUe d'abord, laquelle n'est qu'une émanation de U loi 
éterneUe, puis par les lois positives qu'il a plu à Dieu d'édic- 
ter dans le cours des âges. Conséquemmeiit l'autorité civ.'î. 
loin de pouvoir prétendre à une puissance absolue et indé- 
pendant» de tout frein moral, est subordonnée au droit 
naturel et divin : elle ne peut, sans prévariquer. fouler aux 
pieds ces lois essentielles qu'un écrivain a justement appelées 
•' les fondements augustes des choses", qui doivent être à 
la base de toutes les légUlaUons. comme elles sont au fond 
de toutes les consciences, et qui forment le code immuable 
des droits et des devoirs sociaux. Sur sa tête plane sans 
cesse cette redoutable menace, dont Lacordaire » a si bien 
rendu toute la vérité : " De même qu'une maison croule 



l_Syll»l>u», prop. 39. 

2— Peniéa choiiiet (5' éd.), t. II, p. 19«. 



— 337 — 

quand l'architecte y a violé la loi mathématique, de même 
tomtont le» empires quand la loi éternelle de justice s'est 
retirée d eux . 

En second lieu, la puissance -de l'Etat est limité par fa, 
drmtB et fa, hberU» de l'individu. Ce fut l'erreur capitale 
de, sociétés païennes do méconnaître ou de mépriser ces droit, 
et ces liberté,, d'absorber l'individu dans le grand tout social, 
de 1 immoler en quelque sorte sur l'autel idolâtrique et par- 
fois sanglant de l'Etat. Nous savons tous, par exemple, qu'en 
Grèce le célèbre législateur de Sparte. Lycurgue. poussait le 
cynisme légal jusqu'à ordonner un choix entre les enfants 
mal faits et les enfants bien formés, et n'hésitait pas à auto- 
riser la mise à mort des premiers, remettant les seconds aux 
mains de la patrie. Le christianisme, dès l'origine, s'est dressé 
comme un rempart en face de ce honteux despotisme : fière- 
ment énergiquement. il a revendiqué les droits imprescripti- 
bles de la pe«onnalité humaine, et en relevant la dignité' et 
la grandeur de l'homme, il a restauré la liberté et l'indé- 
pendance d« citoyen. _ De fait. Messieura. quoique dans 
1 ordre social 1 intérêt public prime avec raison l'intérêt privé 
cependant, d'une manière absolue et en dernière analyse le" 
bien et les droits de l'individu l'emportent sur le bien et les 
droits de lEtat. Pourquoi cela? le raisonnement suivant 
emprunté au Docteur angélique ■. va répondre à cette ques- 
tion : la supériorité relative de l'individu ou de l'Etat doit se 
juger d'après la fin que l'un et l'autre poursuivent. Or 1» fin 
propre, directe et adéquate assignée à l'activité individuelle 
c est le bonheur céleste insultant de la possession immédiate' 
de Dieu; d autre part, la fin propre, directe et spéciale do 
lEtat nés q„ un bonheur purement temporel, une condition 
de vie dont 1 homme peut et doit se servir comme d'un moyen 
pour atteindre aux choses étemelles. Il s'en suit donc que la 
1 — Cf. Burri, op. cit. 






•1 



■I!' 



— 338 — 

fin de l'Etat est BuborJonniSe à la fin de l'Individu, que l'Etat 
lui-même n'a d'autre mission que de nous aider dans l'usage 
personnel de nos facultés et de nos ressources, que l'ordre 
moral et social tout entier lest comme un système de forces 
dont la personne humaine est le centre ot où tout gravite 
autour de ce foyer d'attraction. C'est pourquoi la puissance 
civile ne doit ni porter atteinte aux droits sacrés do la vie et 
de la conscience, ni absorber ou annihiler l'initiative indivi- 
duelle, ni l'entraver et la limiter sans motifs, ni exiger des 
individus quoi que ce soit que ne réclame l'intérêt public et le 
bien véritable de la société '. 

Une troisième limite est imposée à l'action de l'Etat par 
la droits de lafamiUe. Léon XIII, dans son encyclique 
sur la condition des ouvriers, le déclare en ces termes : " Li 
société domestique a sur la société civile une priorité logique 
et une priorité réelle, auxquelles participent nécessairement 
ses droits et ses devoirs. Que si les individus, et les familles 
entrant dans la société y trouvaient, au lieu d'un soutien, un 
obstacle, au lieu d'une protection, une diminution de leurs 
droits, la société serait bientôt plus à fuir qu'à rechercher. 
Vouloir donc que le pouvoir civil envahisse arbitrairement 
jusqu'au sanctuaire de la famille, c'est une erreur grave et 
funeste ". — Nous avons vu. Messieurs, que l'Etat se com- 
pose de ditférentes familles associées entre elles, et que ces 
familles sont autant d'organism..3 spéciaux, doués d'énergie 
propre, et ordonnés par la nature elle-même à un but pro- 
chain en rapport avec leur constitution. Eh ! bien, s'il est 
essentiel à la perfection et au bien-être d'un corps vivant 
quelconque que les organes dont il est formé jouissent de 
leur intégrité et fonctionnent librement, il n'importe pas 

1 _ " L'organUatlon de la lociëté e»t parfaite, lorsque chacun 
jouit de aa liberté et de son rang, selon sa condition ". (8. Thom., De 
rifim. PHnc. 1. IV, o. 23). 



— 389 — 

moin, ,u bonheur et à la pro.p^rité du corp, „cial que le, 

organique, con^rvent leur autonomie, leur liberté naturelle 
e .e njeuvent .an, obetacle dan, la ,phè« propre de leu« 
attnbuuon,. En oon«!quence, devons-nou, conclure ave" 
le, jun,te, chrétien, ■. le pouvoir civil ne peut ni fie n 
d .poee^ m exiger rien qui ,oit contraire aux fin,, propri M, 
et ca^rtère, de la «.ciété conjugale ; il ne peut pareillemen 

la «x,.éW filiale. Son devoir, au contraire, e,t de protéger 
»a «.cété, et de n'intervenir que pour affermir leu™ S 
con«>I,der leur ex.,te„oe, garantir le libre jeu de leur „C 
même et de leur action. U e,t la clef de tant de q„e,tZ, 
,ouve«.nement .mportante. et de plu, en plu, actuell, 
surtout en ce qui concerne l'éducation. 

En vertu de, princpe, déjà établi8.'le pouvoir de l'Etat ,e 

™uve encore hmité par divers asseoirions «pontanéme't 

édo«.«.„, le,o«medela liberté. Telle, , ont le, « 

humanitaire,, ecentiiiquea, induetrieUe,. le, compagnie 

financière,, le, corporation, ouvrière, et autre,. " De Voue 

vée.n t d existence qu'au sein delà société civile, dont 
elles «,nt coname autant de parties, il ne suit pas, à ne parler 
quen général et à ne considérer que leur nat»;. q^'.T 
au pouvoir de l'Etat de leur dénier l'«i,tence. Le dro t à 
lexiatenceleura été octroyé par la nature elle-même et la 
.«.étécviU, aétéiu,tituée pour protéger le droit I ref 
non pour ranéantir. C'est pourquoi un Etat qui interd^i^ 
es a,«,ciatio„, privée, s'attaquerait lui-même, puisque toute, 
les sociétés, publique, et privées, tirent leur' oriline d'^„ 
même p„„cipe. U naturelle sociabilité de l'homme... Q„ê 
lEtat protège ce. «iciété, fondée, selon le droit; que t»utefoi, 

1 — Duballet, t. II, p. 41. 






-.340 — 

il ne s'immiaoe point dan» leur gouvernement intérieur, et ne 
touche point auxresaorts intimes qui lui donnent U vie : car 
le mouvement vital procède eesentiellement d'un principe 
intérieur et s'éteint très facilement sous l'action d'une cause 
externe ". On le voit, quand il s'agit d'associations privées, 
le rôle de l'Etat consiste à protéger, à favoriser, ou encore,— 
ce que le l'ape reconnaît volontiers, — à prévenir et à répri- 
mer 1 1 abus qui seraient un obstacle au bien commun ; mais 
ce rôle doit s'arrêter U. 

Enfin, s'il y a une société — et nous savons que semblable 
société existe — chargée par Dieu de gouverner les âmes, de 
leur tracer le chemin de la vertu, de les éclairer et de les 
conduire directement au bonheur du ciel, cette société reli- 
gieuse, bien supérieure par son but aux associations pure- 
ment humaines, aura des droits ' intangibles que celles-ci ne 
pourront violer et qui seront une nouvelle barrière élevée 
en regard de l'autorité civile. 

Ici, Messieurs, se présente une équivoque qui a été l'occa- 
sion de bien des conflita, le prétexte de bien des ompiète- 
menta, et que nous tenons h dissiper dès maintenant. Le 
pouvoir civil, avons-uous vu, en travaillant à la prospérité 
publique, ne doit pas seulement se préoccuper des biens 
matériels, mais aussi des intérêto intellectuels et moraux de 
la nation ; il doit, comme le veut saint Thomas, faire en 
sorte que les hommes s'exercent dans la pratique de la vertu. 
N'estrce pas là une mission semblable à celle de la société 
religieuse et qui autorise l'intervention du pouvoir civil dans 
le domaine spirituel ? 

Une remarque suffira pour faire disparaître ce doute et 
maintenir entre deux ordres de choses tout à, fait distincta, 
entre le domaine religieux et le domaine civil, leurs fron- 
tières naturelles. Le bien moral. Messieurs, l'honnêteté ou 
la vertu, peuvent être considérés de deux manières, dans un 
sens relatif et dans un sens absolu : dans un sens reUUif, 



— 3«_ 
o'eat-à-dire quant >ux devoir» civique! aux nr»«„„«. .. 

™.. sentiments religieux qui seuls font le bon chrétier 

yeux d^ s!! ? """^ ""rinsèque qui les rehausse aux 

à ?Êt!t 1. 17""" ;^- °'' """""^ »'"' ^'">"'" "«"bue 
* lEtat 1. mission de moraliser le peuple et de rendre k. 
homme, vertueux, la vertu dont il ^rle ne doit pas" „ 
pnse dan, son sens absolu, mais bien dans un sens "ht f 

et ilT, '*"""• '" •""""' "^ "^ '»' <=-'•«- '0 Tut dir t 
e^ immédiat en cette matière, c'est de p^scrire le vice e de 
»mm.nder U. vertu, non dan, leur connexité aver Di u e 

et.elon que la p.,x, l'ordre, l'harmonie des citoyens l'hon 
nJ^U «ciale en dépendent. Tel est le sens Sb, dL" 
pa«>le. du «.mt docteur; et pour mieux nous en Zva „cÏ 

=.rrs:r,ur:rrrrri;r= 

reue de 1 Etat ; et le législateur atteint cette fin en réprimant 

s»;re^r """-'.- -'«---" ^ 

exténeure, qui sont à la fois un scandale et un d n ' ;*: 
U société, e pouvoir civil, comme c'est son devoir, cou LZ 
dunemamère indirecte au soutien et à l'avancemrnt de "a 
cause religieuse; i, y contribue encore (d'après une docle 

I— Cf. Burri, op. eu., pp. 36-37. 
2-HI- Q.XCVni.ll. 






':*f:'i 

. -Jt,'; : 



— 843 — 

aue nou. «urom, j'eipire. l'ooauion d'éublir plui Urd) en 
couvr.iit de l'égide de ms loi. et de eon autorité la viaie foi 
et la vraie Eglise, oetU Efiliee sainte et auguste à qui Dieu 
a confié le gouvernement des choses spiritueUes et de U 
conscience humaine. Voilà pourquoi saint Thomas dit parfois 
d'une manière générale que " U vie vertueuse est la fin de 
la société humaine ' ". 

Ces considérations nous font voir queUo haute et noble 
mission est dévolue aux dépositaires de U puissance civile: 
mission de justice et de liberté, d'ordre et d'amélioration, de 
conservation et de progrès, de tutelle de. droits préexistant. 
et d'acoroisMment de. reMOuroe. le. plus nécessaires comme 
aussi de. bien. le. plu. Moré. de toute une nation.— Sou. 
l'influence de. idée, païennes, là société, déchue de sa gran- 
deur naturelle et n'ayant en vue que U riohewe et U jou* 
MEce. subordonnait à ce double but toute, se. ambitions et 
toute, ses lois. 11 fallait une réforme ; et l'évangile, prêché 
par Jésus-Chrlst, en propownt pour fin .ociale le perfection- 
nement de l'homme tout entier, donna au monde politique une 
orientation nouvelle inaiment digne de. deatir s humaines. 
Aujourd'hui, Messieurs, en oerhiins pay. il Jble que le. 
gouvernement., refouUnt ver. le pawé tou' s le. tradition, 
chrétiennes aient entrepri. de faire revivre le. théorie, 
sociale, les plu. méprisées du paganisme et de modeler sur 
ce. théories leur législation et leur conduite. 

QueUe amère dérision 1 II. ont proclamé la Uberté, et la 
liberté n'est qu'"U vain mot dont iU masquent l'intolérable 
tyrannie «ou. laquelle géraiMentle. individu, et le. familles 
fra; « dan. leurs intérêU le. plu. chen. IU ont prodamé 
l'égauté et par des loi. d'exception auasi hypocrites qu'odieuM. 
il. violent le droit commun d'assocUtion ; ils nient aux com- 
munauté, d'hommes et de femmes, où Dieu est adoré, le 

l — J}e regim- Prineifuoi, '• I, c. 1*. 



d) an 
lie foi 
Dieu 
da la 
«rfoii 
fin de 

noble 
sivile : 
>n, de 
latants 
lomme 
—Sous 
, gran- 
jouia- 
ions et 
ptiché 
'ection- 
ueune 
naines, 
que les 
iditions 
héories 
slei SUT 



— 343 — 

premier des droit, ««iau,. oe droit à l'e.istenoe qu'il. 
oolro..nt s, IiWraIen.anl aux oonvents ma-jonnique. où 
UmpiU conspire et triomphe à l'ombre du .«.ptre de Satan 
II. ont procUmé 1. f«temiu<, et de leur, haine, «otain» il, 
pour,uive„t, >1. pouroh«»eut comme de vil. malfaiteur, ceux 
de !•»« frèn» qui leur p,«lig„ent le plu, d'amour, le plu. 
de .èle. le plu. de dévouement. Voilà où mènent l«i p...lon. 
humaines tor«,ue dan. une société on tente d'eBacer le. 
droiU de Dieu pour y substituer les droit, de l'homme 

Fuse le ciel que bientôt le. peuple. écUin!., sinon par le. 
umière. .urmiturelle. de la foi auxquelle. il, persistent à 
fermer les yeux, au moins pour les lueur, .i„i,tre, qui 
, échappent de. ruine, fumantes de tant d'institutions con- 
«crée. par 1. religion, parla science, par U charité, par 
1 abnégation, par le patriotiame le plus pur. (^ le ciel dis- 
je, que les peuples, comprenant le danger qu'il, courent. «,r. 
tent enfin de 1 indifférence où ils dorment depuis trop long, 
temps, et chaMent sans pitié du pouvoir les homme, néfastes 
qui ont p,., à tâche de déchristianiser le monde, de boule- 
verser la société, d'avilir l'humanité elle-même I 



X|:,| 



té. et la 
olérable 
familles 
troclamé 
odienses 
ux com- 
ttdoré, le 






i 



ONZIÈME CONFÉRENCE 

doante par 

Uouitur l'ibU I«-A. Piijiin 

rnbamr da Thfcloila à l'CaU tnIK Ural 

DROIT PUBLIC DE L'ÉGLISE 



TKOuitm Liçoir 

L'BgliH: tu principaux earaeOra loeiaux. 

UeMÏeurt, 

Avant de commencer Wtude de» questions qui relèvent 
directement du Droit pubUc de l'Eglise, nous avons jugé à 
propos de jeter un coup d'œil sur la sooidtd civile pour en 
rappeler la raison d'être, les propriété^ les éléments constitu- 
tifs, par-dessus tout, pour en définir le rôle ot la fin. 

L-homme, appelé par un instinct de U nature à la vie 
sociale, fait d'aboid partie de la société domestique où il 
trouve, avec les condiUons les plus essentielles de l'existence 
son premier perfectionnement inteUectuel et moral Mais 
l'insuffisance de cet état primordial le force bientôt à s'établir 
dans une sphère sociale plus étendue, qui n'est, à bien dire 
que 1 épanouissement régulier et une transformation naturelle 
de U société domestique: c'est U société civile, née du grou- 
pement de diverses familles, tribas on cité», se donnant la 
main pour faire fece, par les ressources d'une assocUtion plus 
ample, anx nécessités multiples et croissantes qui sont l'iné- 
vitable conséquence de l'évolution du genre hnmain. 



r^ll 



— 346 — 

La société civile ou l'Etat est donc une société nécessaire ; 
c'est en même temps une société juridique, parfaite, organique 
et inégale, où l'autorité joue le rôle de principe formel, impri- 
mant aux divers éléments sociaux l'unité de vues et d'action 
d'où résulte la paix des citoyens, le bonheur et la prospérité 
des EtaU. Paix fondée sur la justice, prospérité non seule- 
ment matérielle, mais encore intellectuelle et morale, voilà 
le double but que doivent poursuivre les sociétés humaines. 
C'est, assurément, une belle et haute mission, mais qui ne 
saurait produire tout le bien dont elle est capable qu'en s'en- 
fermant dans certaines limites tracées par la nature elle- 
même. Ces limites, dérivées do la loi naturelle et divine, 
lui sont imposées par les droits de l'iudividu et de la famille, 
les droits de certaines associatiitns libres, les droits surtout 
de la vraie Eglise ordonnée à la conquête des biens éternels 
et que cette fin supérieure place manifestement au-dessus de 

l'Etat. 

J'ai nommé l'Eglise : c'est d'elle maintenant que nous 
devons nous entretenir. Et pour en parler pertinemment et 
démasquer les erreurs qui lui disputent sa situation juridi- 
que, il importo de remonter jusqu'aux principes eux-jnêmes 
et d'explorer les fondemento sur lesquels repose l'édifice social 
du christianisme : ce sera l'objet de cette troisième conférence. 

Si nous considérons 1» société religieuse dans ses traits les 
plus généraux et abstraction faite des déterminations du 
droit positif, il est facile de prouver contre l'indifférentisme 
moderne que le droit naturel lui-même la requiert et l'im- 
pose. En effet, comme nous l'avons suffisamment établi, 
la vie sociale est rendue nécessaire par l'impuissance de 
l'homme isolé à réaliser par lui-même toutes les conditions 
de félicité et de progrès que sa nature exige. Or, de même 
que la société procure à l'individu cette part de prospérité et 
cette abondance de biens temporels qu'il rechercherait vaine- 
ment par sa seule initiative personnelle, de même aussi elle 



— 347 — 

lui awnre des moyens plus efficaces de rendre à Dieu le 
culte qui lui est dft, d'en obtenir les secours qu'il espèt», de 
travailler à l'amendement de ses mœurs et de sa vie de 
mériter enfin une félicité éternelle. Conséquemment la société 
religieuse n'est pas moins postulée par la loi naturelle que la 
société politique elle-même.-J'^outerai qu'elle est antérieure 
à toute communauté civile, et que, contemporaine de la 
société domestique, elle a dressé ses autels vers le ciel avant 
que les rois aient pris place sur leurs trônes. C'est ce qui 
faisait dire à Hutarque i : •■ Vous pourrez trouver des cités 
privées de murailles, de maisons, de gvmuases, de lois, de 
monnaies, de lettres ; mais un peuple sans dieu, sans prières, 
sans serments, sans rites religieux, sans sacrifices, nul n'en 
vit jamais " 

On discute parmi les auteurs la question de savoir si la 
société religieuse, qui n'au At d'autre base que le droit naturel, 
devrait être, malgré la diversité des temps et des pays, non 
seulement de même espèce, mais encore numériquement une, 
ou bien si elle pourrait, à l'instar de la société civile, se frac^ 
tionner en différentes associations indépendantes les unes des 
autres, quoique tendant vers un même but. Les uns, avec 
Cavaguis \ estiment que l'identité numérique, tout en étant 
plus parfaite, parce qu'elle répond mieux à l'unité de Dieu et 
aux rapporta fraternels que la religion doit entretenir parmi 
les humains, n'est cependant pas de droit rigoureux ; d'autres, 
comme SatolU », sont d'opinion que le droit naturel exige' 
tout à la fois l'unité d'espèce et l'unité de nombre.— Evidem- 
ment, Messieurs, la société religieuse même natureUe doit 
être partout spécifiquement identique, parce que partout il 






m 



1 — Cité par Aug. Nicolas, Eluda pM. mr h chriiliaiUme. 1. I 
cb. 4. ' 

S—InttitttlimajurU publiei eceltiiatliei, Vol. I, p. 37. 
3— Prima prùutpiajwitjiubl. eecl., de OoiuordalU, 1. V. 



i; 



— 848 — 

lui fiiut accomplit U même miesion Biiirituelle, réglementer 
le culte divin, favoriser la moralité et la vertu, diriger en un 
mot lea rapports de la conscience avec son Auteur, toutes 
choses qui ne sauraient varier de nation à nation mais parti- 
cipent à l'immutabilité de la nature de l'homme et de la 
nature de Dieu. 

Quant à l'identité numérique que d'illustres théologiens 
préconisent, on admet sans doute volontiers qu'il ne fendrait 
pas la demander aux époques reculées de l'histoire, alors que 
les sociétés humaines étaient encore au berceau ou à l'état 
d'enfence. En outre. Dieu a pu pour des raisons spéciales et 
provisoires (c'est le cas de la nation juive) fonder dans les 
limites d'un seul pays une société religieuse destinée, sans 
toutefois exclure les autres natibns, à exercer son iniluence 
plus particulièrement sur un peuple choisi. Mais il n'est pas 
moins vrai que, si l'on se place à un point de vue plus géné- 
ral et plu» absolu, l'idée d'une société embrassant dans la 
sphère spirituelle de son action, de ses lois essentielles et de 
son gouvernement, l'humanité tout entière, sans distinction 
de races, découle logiquement des principes philosophiques 
par lesquels on établit l'identité de la fin suprême de tous 
les hommes, l'unité de leur espèce et l'inviolable uniformité 
de l'ordre moral. — C'est donc, pour le remarquer en passant, 
non seulement contre le droit positif, mais même contre le 
droit naturel que s'insurgent ceux qui par de schismatiques 
desseins sèment des germes de discorde dans le sein de l'Eglise 
du Christ, ou coopèrent à la création et au maintien d'Eglises 
séparées et nationales. En affaiblissant ainsi le lien religieux 
d'où dépend la stabilité des Etats, ils entament le lien social 
lui-même et préparent les voies à la révolution. 

De ce que nous avons dit sur la nécessité d'une société 
religieuse, il résulte que dans l'état de nature pure les hommes, 
par l'instinct supérieur de leur raison, seraient inclinés à ren- 
dre il Dieu un cuit» public et à s'associer entre eux pour des 



— 349 — 

fins religieuses : la conscience ichhée leur en ferait m«nie 
un devoir. QueUes seraient dans cette hypothèse (car l'état 
de nature pure n'a jamais été qu'une hypothèse) la condition 
normale du sacerdoce et ses relations juridiques avec la puis- 
sance civile, c'est là une question peu facile à résoudre et sur 
laquelle les opinions sont très partagées '. Ce qui paraît 
néanmoins hors de doute-et l'histoire du sacerdoce païen 
nous confirme dans ce sentiment '-c'est que, dans cet cidre 
de choses, U société religieuse serait formellement distincte 
do la société civile, que le rôle des pontifes serait autre que 
le rôle des princes, et que ceux-ci, régulièrement parlant, ne 
pourraient s'occuper des intérêts religieux que pour les sou- 
tenir et les défendre contre l'impiété, la superstition et la 
coiTuption sociale. Je dis "régulièrement parlant"- car 
d après de graves autorités théologiques », à défaut de sacer-' 
doce légitimement institué par Dieu ou par les hommes pour 
gérer les affaires spirituelles, la puissance civile, par une sorte 
de substitution et de droit d'emprunt, pourrait légiférer sur 
les choses de la religion, non pas certes, d'une manière absolue, 
mais dans la mesure déterminée par l'influence de l'esprit 
religieux et de la moralité des citoyens sur le bien et la 
sécurité des Etats. 

Quoi qu'il en soit du reste de ce problème purement hypo- 
thétique, nous devons nous placer sur le terrain de la réalité 
Or, dès l'origine, il a plu à la divine Providence d'élever toute 
la famille humaine à l'ordre surnaturel, c'est-à-dire à un 
ordre de choses qui dépasse essentiellement les forces et les 
exigences de la nature, et de l'établir dans des conditions où 
les droits et les devoirs dépendent immédiatement de l'action 

1 — Cavagnis, op. cit., p. 299. 

Ji— Ctattolli, De jure publieo Kcl. ditceptatimui hUtorteo-JuH- 
aiea, Diaoept. I. 

3— Cavagni», ojj. (!«., p. 304. 



^-i 






nm 



— 350 — 

poeitivo de Dieu. C'est ainsi, Messieurs, que nous sommes 
amenas à considérer dans ces études l'Eglise que Jésus-Christ 
a lui-même fondée sur la terre et à qui est échu le rôle de 
faire prévaloir parmi les hommes la religion révélée. 

Existe-t-il une Eglise directement instituée par Dieu î — 
Cette question serait superflue, je pourrais même dire inju- 
rieuse à l'assemblée chrétienne qui m'écoute, s'il ne s'était 
trouvé, s'il ne se trouvait encore des hommes soi-disant phi- 
losophes, guidés, à les entendre, par les plus pures lumières 
de la raison, et pourtant ab.oi aveugles pour révoquer en 
doute ce fait indéniable. D'après les tenante du rationalisme 
moderne, il i ladrait renoncer à voir dans l'établissement de 
l'Eglise l'intervention directe de Dieu ou d'une puissance 
supérieure '. Cette société, à l'instar de tant de sectes et de 
tant d'écoles philosophiques et religieuses, serait issue, par une 
sorte de génération spontanée, des aspirations et des besoins 
d'un groupe quelconque de spiritualistes et de rêveurs, ou 
encore ne serait que l'éclosion tardive, le terme d'évolution 
d'un germe demeuré longtemps stérile dans les entrailles de 

l'humanité. ' 

Or, Messieurs, non seulement nos Sainte Livres, pour le 
moins aussi dignes de foi que les plus authentiques monu- 
mente de l'antiquité, redisent en termes précis comment Notre- 
Seigneur, après avoir choisi ses Aiiôtres, prit l'un d'entre eux 
pour en faire le Chef reconnu d'une société nouvelle, investie 
d'une mission spéciale, mais l'histoire tout entière n'a qu'une 
voix pour confirmer le tait éclatant de cette divine institution. 
—Bien plus, si on écarte des origines de l'Eglise la main créa- 
trice de Dieu, l'existence ininterrompue de cette société 
devient le plus étrange des phénomènes et le plus impéné- 
trable des mystères. L'abbé Duballet « développe dans toute 

l_Voir Fortinani, La dhiniléde JituM-Chritl, p. 318. 
2— L'EgliK et VEIal, 1. 1, p. I87-8S. 



— 351 _ 

sa force cet argument victorieux : " C'est, dit-il, par l'assis- 
tance du Saint-Esprit, et non en vertu des causes naturelles, 
le plus souvent hostiles, que l'Eglise apparaît, grandit et 
subsiste à travers les siècles. Elle débute dans le monde, 
sans aucune force du monde. Pierre son fondateur et les 
premiers apétres n'ont aucune influence, aucune science, 
aucune richesse, aucune puissance qui aient cours et succès 
dans le monde. S'ils sont de simples philosophes, pourquoi 
obtiennent-ils un succès que jamais, ni avant ni après eux, 
la philosophie n'a pu obtenir ni même ambitionner raisonna- 
blement 1 S'ils sont de simples politiques, pourquoi domptent- 
ils et subjuguent-ils toute la diplon^tie antique et moderne, 
sans que jamais œlle-ci ait pu les entamer dans leur con- 
science ou les enchaîner dans l'indomptable autonomie de 
leur foi et de leurs espérances immortelles î S'ils n'ont que 
la force de l'or et du glaive, comment parviennent-ils à con- 
quérir la terre en mendiant et à convertir le monde en mou- 
rant comme des agneaux muets ? S'ils ne sont que des mys- 
tiques, de doux rêveurs, des gens honnêtes et vertueux, 
comment l'attrait de leur caractère opère-t-il ce que la mor- 
gue des stoïciens et l'austérité des pythagoriciens n'ont pu 
même entreprendre ? Et quand, après un effroyable duel de 
quatre siècles entre elle et le monde, l'Eglise se dresse triom- 
phante sur la terre détrempée de son sang ot y ressuscite, en 
le transfigurant, ce même genre humain, ce même monde 
qu'elle a vaincu en se laissant égorger par lui, comment 
échappe-t-elle aux enivrements de la victoire et aux délices 
de Capoue î Comment se montre-t-elle aussi indépendante 
des Césars baptisés que des Césars persécuteurs, quand il y 
va de sa foi et de sa morale? Comment son union avec 
l'Etat ne la corrompt-elle pas -"t ne la ruine-t-elle pas plus 
que sa lutt» avec lui ? Comment les hérésies et les schismes, 
comment le rationalisme et la science moderne ne l'ébranlent- 
ils pas et ne la jettent-ils pas à terre malgré leurs désirs et 



•i'^i;- 



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1- 



fe^il 



— 362 — 

leurs prophétie» î Evidemment, pour qui sait comprendre 
l'histoire, ce n'est pas ainsi que se fondent et que vivent les 
socidtés purement humaines ". 

Certains historiens, comme Guizot et Matter ', tout en 
laissant planer sur le berceau de l'Eglise l'adorable figure du 
Sauveur, se refusent cependant à reconnaître que le divin 
législateur ait imprimé à son œuvre le cachet d'une véritable 
tocUtt. L'Eglise n'aurait d'abord été qu'une association mal 
définie de croyances et de sentiments communs, sans organi- 
sation systématique, sans lien gouvernemental, et ce n'est 
que plus tard, après quelques siècles d'une existence indécise 
et confuse, qu'elle auraifcrevêtn une forme sociale nettement 
accentuée. 

Celte hypothèse, Messieure, oe vaut guère mieux que la 
précédente, et, si elle était admise, ruinerait par sa base le 
principe et l'autorité de la hiérarchie catholique.— Non, 
l'Eglise n'a reçu ni de la main des hommes, ni du hasard 
des vicissitudes historiques, les lois constituantes qui en ont 
fait l'admirable et incomparable société que nous savons. 
Notre-Seigneur était trop sage pour l'abandonner, sans la 
parfaire au moins dans ses traits essentiels, aux luttes et aux 
éventualités de l'avenir; il était trop soucieux du bien éter- 
nel des âmes pour lancer sur les floto agités des passions 
humaines cette arche du salut saus lui assurer d'abord par 
une constitution stable, par un caractère social définitif, 
toutes les garanties nécessaires de solidité et de pérennité. 

Qu'est-ce qu'une société ? La philosophie nous répond : 
l'union de plusieurs hommes tendant à une même fin, par 
des moyens communs, et sous l'influence d'une même auto- 
rité. Il faut en premier lieu Vunion de piitsMwr» hommea : 

car qui dit société, dit pluralité d'êtres capables de s'associer ; 

et l'association ne saurait convenir qu'aux créatures raison- 

1 _ Citii pu Dttballet, 1. 1, p. 190. 



— 363 — 

nables, parjo que seulea elles ont U faoulM de percevoir une 
fin et d'y adapter par un calcul intelligent des moyen, pro- 
portionné»._En second lieu, quand plusieurs personne, 
forment entre elles un corps social, c'est pour y poursuivre 
un but commun! sans cela, leur union purement fortuite, 
manquerait do lien. C'est ainsi que des savants s'unissent 
pour cultiver ensemble le champ de la science, des hommes 
daffaires pour exploiter les ressources d'une même industrie 
hn commune, communs avantagea entrevus et convoitiis, 
voilà la raison d'être, le principe générateur de toute société — 
Cette Identité de fin entraîne par une conséquence naturelle 
ta convergence des moyens et l'unité d'action ; c'est en fai- 
sant usage de procédés similaires, c'est en associant leurs 
forces, leurs intelligences, leurs volontés, leurs énergies par- 
tielles. que les membres d'une communauté quelconque par- 
viennent à atteindre le but qu'ils ont en vue et à réaliser le 
bien qu'ils espèrent. — Mais comment souder entre elles c»« 
forces parfois rivales et souvent disparates, comment les 
harmoniser dans un même effort, les faire converger vera un 
même but, sans un principe supérieur qui les régisse ? Ce 
principe, c'est l'autorité, nécessaire à l'existence et au fonc- 
tionnement de toute org.ini3ation sociale. Son nom pourra 
changer, sa mission d'ordre et de progrès ne change pas. 

Eh! bien. Messieurs, si nous considérons l'Eglise telle 
qu elle était au jour de sa fondation, il est aisé d'y reconnaître 
tous les traits caractéristiques d'une société proprement dite ■ 
multitude réunie, fin commune, moyens communs, autorité 
hiérarchique, rien n'y manque. -Ses membres, il est vrai ne 
forment encore qu'un petit groupe; mais ce groupe initial 
cette poignée de disciples, dans la pensée du Maître et sous 
sa forte impulsion, doit s'étendre, se développer, s'épanouir 
rapidement en une vaste et puissante association qui n'aura 
bientôt d'autres limites que les extrêmes frontières du globe '. 

1 — Matth. XXVIII, 19-20 ; etc. « 



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-■n 



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'aT}i 



— 364 — 

_ Et que veulent ce. premiers ohrétious ? Quel idéal les a 
séduite? A quel mobile obéiswnt-iU en prenant place parmi 
les initiés qui, groupés d'abord autour de la personne du Sau- 
veur puis plus tard autour de ses Apôtres, prétendent inaugu- 
rer un nouvel ordre de choses et orienter le monde vers de 
nouvelles destinée» î Leur but n'a rien de secret, et il est le 
même pour tous ; le Seigneur Va assigné c^.mme le terme do 
leurs efforts, la raison première et essentielle de leur exu- 
tence- c'est, d'une manière prochaine, la sanctification de 
leurs âmes, puis, comme fin dernière, le bonheur dans la vie 
éternelle •.—Pour conquérir cette commune félicité, tous ont 
un égal usage des moyens de salut que le Christ a institués : 
foi aux dogmes révélés, pratiqu,e des vertus chrétienne», par- 
ticipation aux mêmes sacrements », i ces source» fécondes et 
inépuisable» d'où jaillissent en flots pressés la gr&oa, la 
lumière et la vie.-Enfin, dès l'origine, noua voyons lassem- 
blée des fidèles soumise dans les choses religieuses aux direc- 
tions d'une autorité régulièrement constituée et chargée par 
Jésus-Christ lui-même de pattre son troupeau, de gouverner 
«ou royaume, de régir cette cité nouvelle qu'il a b&Ue sur 
une montagne et dont il veut que le» drapeaux flottent et »e 
déploient comme le symbole d'une pui»9anoe souveraine. 
Pierre est le Chef suprême; mais des évêques, dos prêtres, 
des diacres », de par la volonté divine, coopèrent à son œuvre 
sainte et composent de» lors cette merveilleuse organisation 
hiérarchique qui est la clef de voûte de la société religieuse 
et dont la forme essentielle n'a jamais varié depuis. 

Si M. Guiïot, dont nous ne voulons du reste inspecter la 
bonne foi, eût fait cette rapide analyse que voui. ez d'en- 
ten -.ce et que le» texte» scripturaires (sans parler 5 témoi- 



1 _Tit II, U-14. 

2_Maro, XVI, 15-16. _„ „ , ~ rua. 

S_M.tth.Xvi,18.19i rtii. XVIII, 18) Aot. XV,2i ITim. IH. 8, 



— sss — 

gnage. patrUtiques) ja,tifient si pleinement, il n'eût jamaie 
éon qu avant 1. quatrième .ièole le chriatUnisme était «in. 
doute une religion, maia n'était paa encore une EgUao ' 

L'éminent hiatorien n'a pa. au diaoerner les élément, 
conatitutifa d une «.oiété de ce qui n'en eat que le dévelor- 
pement hutorique et l'adaptation progressive aux besoin, de* 
«gea. A .on berceau m«n>e le catholicisme prit le. dehor, 
dnne insUtution sociale; de, les temps apostoliques, ». 
chef, promulguaient de, en^ignoments, prononçaient de, sen- 
tence, «dictaient de, règlement, », fai«.ient, en un mot. acte 
aautonté et de gouvernement véritable. Toutefois, l'Eglii. 
étant une œuvre divino-humaine, oompoeée d'homme,, dirigi-e 
par de, hommes, instituée pour le, homme, de tous le, pavs 
et de tous le, ,cièoles, est-il étonnant que son organi^iTon, 
selon le, circonstances, la condition des temps, le mouvement 
des Idées et de, peuple,, ait ,uivi, elle aussi, un mouvement 
de progrès et pa„é par différente, pha»s propres, non pa, 
à modifier ,a constitution intime, mai, à assouplir le, ressort, 
de Mn mécanisme et à diversifier le jeu de wn action 1 

Nous avons vu plus haut, que, d'après le droit naturel lui- 
même, la société religieuse doit jouir partout d'une certaine 
uniformité Notre-Seigneur, en venant ici-ba, restaurer 
1 ordre troublé de la nature, le transformer et le diviniser en 
quelque soTte par le, perfection, mystérieuMs de la grâce 
ne pouvait manquer de donner à son Eglise h communauté 
de dootnne et l'unité de gouvernement. Cette uniU ,i bien 
faite pour symboliser et reproduire dan, U sphère des choses 
spirituelle, l'empire indivisible de l'éternel Monarque sur la 
création entière, les Livres Saint, la procUmeut en terme. 
,1 formels * que de tout temps elle a paru aux esprita non 

1 — Owr. fhiêtoirt moieme; voir Suballet, op. cil., p. 19a 

3 — iJJdX, 20. 

4 — Jean, X, !«. 



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— 3J6 — 

pnWenua la marque distinotire la plus frappante de la reli- 
gion rév^lde. Elle a été l'étoile polaire du monde moral; 
par tea clarté* sereines, set irradiations projeti'es de tous les 
pointa de l'histoire, elle a révdlé aux intelligenoea avides da 
lumières, aux Nowman, aux Maniiiug et à tant d'autres, le 
«hemin perdu de l'Eglise véritable. 

Quoi de plus beau, Messieurs, quoi de plus admirable que 
le spectade de cette société résistant à tous les assauts de 
l'hérésie et du schisme, à toutes les coalitions de l'orgueil, de 
l'erreur et du vice, et conservaut intacte à travers toutes les 
ruines, à travers toutes les apostasies, la suprématie de son 
autorité et la plénitude de son symbole I Sembable au chêne 
de la forSt, on dirait qu'elle puise dans les tempêtes elles- 
mêmes de nouveaux éléments de stabilité et do force. 

Jamais peut-être l'unité de l'Eglise n'a resplendi d'un pins vif 
éclat que depuis le jour, non encore éloigné, où cinq cent qua- 
rante-six évêques, assemblés dans l'immense basilique de Saint- 
Pierre de Rome, acclamaient en la personne du vicaire de 
Jésus-Christ le Docteur infaillible de l'univers chrétien. Pie IX, 
répondant à ce solennel hommage, s'écriait : " L'autorité 
du Fnpe est grande, mais elle ne détruit pas, elle édifie ; elle 
n'opprime pas, elle soutient ; elle confirme dans la dignité, 
elle unit dans la charité ", etc. Que d'efforts combinés, que 
de complots ourdis, pour faire mentir cette parole pontificale et 
briser la chaîne sacrée de l'unité catholique ! La politique s'est 
alliée à la révolution, la science au rationalisme et au protes- 
tantisme ; les arts et les lettres, aux mains d'inf&mes malfai- 
teurs, sont allés jusqu'à flatter les plus vils instincts, pour 
détacher les âmes de l'Eglise, pour affaiblir le lien de son auto- 
rité, pour entamer le roc de sa doctrine. Mais malgré tout 
cela, malgré les productions malsaines de l'art, malgré la pro- 
pagande protestante, malgré la critique rationaliste, malgré les 
savants, malgré les politiques, malgré les champions de toute 
nuance de la libre pensée, voici qu'à cette heure même 



— 837 — 

no«.M.i.ton.41'une de. manifeatation, le, plu, ,„blia,e. 
et le. plu, gr«Dd.o,o, ,1a l'unité de TEglUo '. De toute, le, 
partie, du monde, de rAmérique comme de rEurope. du 
fond m_«me de rA,ie où le mi..i„nnaire et 1. „„ur f™„oi,. 
«une . uni„ent dan, les f.tigue. de l'apo.tolat et du dcivouc- 
ment^de. contrëe. .auvage, do l'Afrique où le Père blanc 
apporte aux de.e.nd.ut, de Cham, dan, le, 1»,^, pii, je 

, ^, :, , "" "'^'"'' •*"' "'" '°'''"''°»' •l" l'Oo&nie où 
le. fil, de la France viennent d'arborer le drapeau b«ni du 
auinSXœur. de partout le. e,prita et le, cœur, .e tournent 
ver, Rome; le, foule, y affluent; nombre d'évéqne. et de 
pr tre. y aooonrent pour wluer le Chef angu,te de la oatho- 
licté pour le féhcter et l'acclame, da„„a vicille«e ftonde. 
pour dépo«r à «, pied, l'eetime et le respect. l'oU!i,.ance et 
1 amour de deux cent, million, de fidèle,. 

U>nXlll „u, l'aurfole jubilaire qui de son front rayonne 
.ur 1 nmver, entier, c'est à U foi, le tableau vivant, la ddmon- 
straUon et le triomphe de l'unité catholique. 

L'Egli,e et une: elle est de plu, nictfsaire. Et cette 
nécessité ne,t. 4 bien dire. q„'„„. conséquence logiqu.de 
«n unité qui en fait le «ni asile des ftmos, le seul royaume 
fondé et façonné de, main, de Dieu pour conduire l'homme à 
« ""• 0» ne peut donc pas. comme le voudraient les parti, 
«n. de l.nd,fliirenti,me, la ranger parmi les société, volon- 
taires ou facultatives '. nées d'intérêt, passager, et auxquelles 
Il UHporte peu d'appartenir ou de rester étranger. Elle est la 
dépositaire de. volontés du Sauveur, la continuatrice de s« 
mission, h d..penwtrice de ses grâces, et il n'est pas plu. 
pcible de .e «uver en dehors d'elle, en dehors du inoin, de 
son influence, qu'il ne l'est de retourner à Dieu, notre pre 



1 — Allusion au jubilé pontiBcal de Léon Xltl. 

2 — Voir les prop. 15, 16, 17, 18, du Syllabu,, 



mier prinoip*. «m pa«m P« J<«n>-Chriit, la HédomptoM 
du inonde. 

De m qui prfoJde none ponvonf, eu outre, inWrer que 
VEgUee est une lociét* «pirituelle et wnwtureUe. Sem 
doute, comme toute eooiét< établie parmi lee hommes, ello 
s'offre à nos regard, sous de. formes sensible. ; «os livrées 
lout hiimeines; ses pied» portent sur U terre. Mei., sans 
être une association de purs espriU «Ués entre eux par un 
commerce invisible, elle a pour but essentiel d'éolairer et de 
sancUfier les âmes, et voilà pourquoi nous l'appelons «pin- 
tutUe. En wnctiflant les »me», elle les élève, elle les enno- 
blit elle les ordonne par des moyens qui ne tiennent guère 
de la nature il une fin suprême qui elle-même dépasse toute 
proportion naturelle, puisqu'elle oopuste dans U vision intime 
de Dieu ; et voilà pourquoi nous l'appelons lurnaturdU . 
Ce méUnge harmonieux d'humain et de divin convient 
merveiUeuiement à l'Egliw ; il la rend sembUble au Verbe 
bit chair, dont elle est comme une seconde incarnation, 
qu'elle a pour mission de porter à U oonmiissanœ de tous 
les hommes, de proposer à leur adoration et à leur culte. 

Nous avions besoin. Messieurs, de ces notions et de ces 
principes, pour bien établir comment la société religieuse e.t 
anentieUement diaineU de la société civile. 

Cette question de la distinction de l'Eglise et de l'Etot est 
un des points fondamentaux du Droit pubUo. Pour ne 
l'avoir pas comprise ou pour l'avoir délibérément mise en 
oubli que d'hommes politiques, voyant dans l'Eglise un 
simple rouage de l'Etat, une sorte de pièce additionnelle d un 
même mécanisme social mû par l'autorité civile, ont posé sur 

1 _ " Bien qoe oomporfe d'homme., comme 1» .oci*t* civil., o.tt« 
Moitti do l'Egli.., «lit i o»u.e de U Sn qui lui ..t «..gnée, Mit à 
^.o„ de. moyeni qui lui .errent à r.ttoindre, ..t .urn.tar.ll. et 
«pirituell. ". (Uon XIII, Enojrol. Inmortalc DH). 



— 366 — 



ana seula tête la couronne et U tiare et Inniférii le eceptre 
dee pontifei anx mains do la puiuanoe edisulièrr ' 'I y ajuste 
un lièole (1802), un partiian extrtme du nSga.' i'>i' gallican, 
Portali^ écrirait dane ion rapport lur lea articles oiganiquea 
du Concordat conclu entre Pie Vil et Napoléon : " C'est la 
raison d'Rtat qui, dans os momoiil, "ominandn plus que 
jamais lea mesures qui ont été coiu'rt'es pour placer non 
l'Etat dans l'Egliae, maia l'Eglise dans l'Etat; pour faire 
reconnaître dans le gouvernement h Iroit essenliel de nom- 
mer les ministres du culte et li'- ft'uuumi ainsi de leur fidélité 
et de leur aoumission aux luis du h luirie. " Ceiit formule 
inaidieuse " l'Egliae dana l'Kui ", qui .\ sn.vi .:, bim, légale 
à tontes lea tentatives d'as-rjrvijscmciu uirigém contre le 
pouvoir eccléaiaatiqne, n'est pas !oiii dj jnf./i dre ut d'on- 
glober dans un même tout la aoiùét,. ci Ile et !i sioiété 
leligieuae. 

Et pourtant, Meaaieura, quoi de plus certain, quoi de mieux 
démontré, quoi de plua en harmonie, je nu dis paa nveu le 
sena chrétien, mais avec le sens populaire lui-même, qof la 
distinction eaaontielle de ces deux sociétés I Les Souverains 
Pontifes depnis Oélase I jusqu'à Léon XIII n'ont cessé 
d'affirmer cette distinction, de l'inculquer, de la revendiquer '. 
Quizot, avec une franchise qui l'honore, en fait volontiera 
l'aveu: "La Papanté, dit-il', a proclamé et soutnnu en 
Europe la différence essentielle- de l'Eglise et ilu l'Etut, la 
distinction des deux sociétés, des deux pouvoirs, de leura 
domainea et de leurs droits naturels ", 

Pouvait-il en être autrement ? Un simple coup d'oeil suffit 
ponr saisir les différencea profondes qui marquent la nature 
propre de ces deux sociétés. Elles diffirent et par leur ori. 
gine, et par leur fin, et par les moyens qu'ollea mettent en 
œuvre, et par les membres dont elles se composent. 

1 — Audiiio, Brotl public etc., 1. lit, tit, 22-23. 

2 — L'Egliu II la kHM eUHlimnu, oh. XIX. 



■ÛÏ 






r-n il 



— 860 — 

L'une est l«Bée sur le droit pontif divin ; l'autre a pour 
fondement le droU nofurri. L'une est l'œuvre spéciale et 
immédiate de Dieu ; l'autre, tout an prenant sa source dans 
les exigences de U nature, relève cependant quant à sa vie 
concrète des événementa les plus imprévus, des conditions 
ethnographiques les plus diverses. La première porto l'em- 
preinte d'un suprême législateur qui, dans sa haute sagesse, 
a pour jamais fixé sa constitution et ses droits; la seconde, 
plus dépendante des volontés humaines et des contingences 
historiques, varie selon le génie des races et le caractère indi- 
viduel de chaque pays. 

Un élément de distinction encore plus marqué, c'est la fin 
respective des deux sociétés j onr, nous ne l'ignorons pas, 
toute société est spécifiée, caractérisée par sa fin. " Dieu, dit 
Léon XIII ^ a divisé le gouvernement du genre humain 
entre deux puissances, la puissance ecclésiastique et la puis- 
sance civile; celle-là préposée -x choses divines, celle-ci 
aux choses humaines. Chacu. •■ d'elles en son genre est 
souveraine ; chacune est renfermée dans des limites parfaite- 
ment déterminées et tracées conformément à sa nature et à 
son but spécial. Il y a donc comme une sphère bien définie, 
dans laquelle chacune exerce son action jure proprio ". Telle 
est la doctrine de l'Eglise, et nos théologiens catholiques 
les plus en renom, par les développemeoU qu'ils y apportent, 
ne font qu'en préciser le sens et U mettre en plus vive 
lumière. M" Cavagnis, dans ses " Notions de Droit public 
naturel et ecclésisitique », trace ainsi la ligne de démarcation 
nui sépare la fin de l'Eglise et la fin de l'Etat: " La fin 
prochaine et dernière de l'Eglise est strictement spirituelle 
et surnaturelle ; quant à l'Etat, sa fin prochaine est naturelle 
et temporeUe. Le but éloigné de toute chose est le même ; 



1 _ Enoyol. 7niiii»r(a/« Dei. 
2— Ch. m, art. 2. 



— 361 — 

et dans l'ordre présent de la Providenoe, même pour l'Etat, 
c'est la fin surnaturelle de l'homme. Cependant la relation 
des deux sociWa à cette fin dernière est diverse, parce que 
le mode, par lequel elles se rapportent à la fin dernière de 
l'homme, dépend de la nature de leur fin prochaine. Or, 
cette fin prochaine est, pour l'Eglise, la sanctification des' 
âmes, dont la relation est directe; c'est-à-dire que par sa 
nature, l'Eglise tend à l'acquisition de la fin dernière. Elle 
est, de plus, une condition indispensable et un moyen suffi, 
sant pour l'ohienir. Au contraire, le bien temporel, qui est 
la fin prochaine delà société civile, n'e,t ni suffisant pour 
arriver à la fin dernière, ni une condition nécessaire. U fin 
civile se rapporte à la fin dernière de l'homme dans ce sens 
seulement: qu'elle ne doit jiimais être en oppoaition avec 
cette même fin, et c'est là le rapport négatif; qu'elle doit 
être organisée de manière à fournir à la société spirituelle au 
moins les moyens de l'ordre temporel absolument requis, et 
c'est le rapport affirmatif qu'on peut aussi appeler indirect". 
Je n'ai guère besoin d'ajouter, Messieurs, que l'Eglise se 
distingue également de l'Etat par les moyens dont elle se 
sert pour atteindre sa fia ; car la diversité de fin entraîne 
nécessairement la diversité de moyens. Aussi, pendant que 
la société civile se meut dans le domaine de l'activité natu- 
relle, qu'elle cherche le secret de sa prospérité dans les res- 
sources que la nature, l'art, la science, le génie, peuvent lui 
fournir, la société religieuse, vivant dans une sphère supé- 
rieure, fait appel à des moyens d'un caractère plus élevé; 
et, si on la voit en même temps faire servir à ses desseins 
des choses de l'ordre temporel, certains biens dont elle 
dispose, les matières qui entrent dans la confection de ses 
sacrements, c'est que ces choses, sous sa main, se spirituali- 
sent et so transforment en instruments de la foi, de la charité 
de la justice, de la glorification de Dieu et du bonheur éternel 
de l'humanité. 



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— 882 — 



Une dernière difKrence entre l'Eglise et l'Etat se inaDifeste 
clairement dans l'iiendue et le champ d'action de l'une et 
l'autre société. D'un c8té, quelle ampleur, quelle univer- 
salité I L'Kglise n'est circonscrite ni par le temps, ni par 
l'espace, ni ]wr le calcul des hommeS) ni par les hasards de 
la fortune. Elle embrasse dans un mSme rayon d'incessante 
activité et d'irrésistible influence vingt siècles de durée, et 
les républiques qui naissent, et les empires qui s'écroulent, 
les hoaimes de toute couleur, de toute langue, de toute 
latitude. D'un autre côté, quelles «ivisions et quel morcelle- 
ment! Tarticipant à la nature des membres dont il se com- 
pose, l'Etat est sujet aux mille fluctuations do caractère, de 
mœurs, de vitalité, qui diversifient les penples, qui les parta- 
gent en groupes distincts et trop sou nt hostiles, qui les 
éparpillent comme des pions sur l'échiquier du monde, et 
tantôt les élèvent aux aoiiwnett de la puisttnce et de la 
gloire, tantôt les préeipitcat sur le* pentes de la décadence 
et de la ruine aainn é r . 

On ne peut doM *»«ter qu'il n'y ait, entre l'Eglise et 
l'Etat, une distinction assec tranchée pour rendre suspecte, 
ainon tout à fait injusUBable, la formule employée si volon- 
tiers par les gallicans, « particulier par Portalis : " L'Eglise 
dans l'Eut ' ". 

Ce Btme politique fiançais, dans le rapport que noua 
avons déjà cité sur les articles organiques du Concordat, 
écrivait : " On doit tenir pour incontestable que le pouvoir 
des clefs est plutôt un simple ministère qu'une juridiction 
proprement dite ". Ces paroles, auxquelles fait écho le libé- 
ralisme de Guizot et de Cadorna, tout en laissant subsister 
une différence de nature entre l'Eglise et l'Etat, nient cepen- 
dant que l'Eglise soit par elle-même une sociiU juridique. 



1 Voir, touchant cette formule et le sens dans loquet S. Optât 

•'en est servi, Dubsllet, op. cit., t. II, p. 108-111. 



— 8«$ — 

Dan» l'opinion de ces légistes, si la société religieuse exerce 
quelque juridiction extérieure, c'est par une c, cession de 
l'Etat, principe et source de tous les droits sociaux. 

Voilà. Messieurs, une prétention grave qui, si elle était 
fondée, donnerait raison aux oppresseurs les plus perfides et 
les plus ledoutables de l'Egliio catholique, à ceux qui 
s'arment pour la combattre de ce qu'on appelle la légalité. 
Heureusement que cette prétention est fausse et absolument 
opposée aux principes du droit sur la constitution et les 
pouvoirs de la vraie Eglise. 

Eappelons ici, en quelques mota, la différence déjà signalée 
dans notre deuxième leçon entre une société purement 
morale et une société Judidique. Uue société est purement 
morale, quand elle repose sur des liens d'amitié, d'intérêt, de 
bienfaisance, sans autres devoirs que ceux qui relèvent du 
for intime de la conscience, indépendamment de toute juri- 
.liction extérieure; une société juridique, au contraire, est 
celle dont les membres sont liés par des obligations que les 
pouvoirs humains ont la faculté d'imposer et qu'ils ont le 
droit de contraindre extérieurement à accomplir. Selon nos 
adversaires, il n'y aurait dans l'Eglise ni droits ni devoirs 
jundiques ; le pouvoir religieux qu'on y exerce serait par 
lui-même un simple ministère spirituel, et l'Etat seul pour- 
rait conférer à ce minUtère les titres et l'efficacité d'une 
autorité publique. 

Cette erreur. Messieurs, condamnée par Pie IX dans le 
Syllabus ', l'a été de nouveau par Léon XIII dans l'ency- 
chque LibeHae. là où parlant des défenseurs de cette théorie, 
le Pontife s'écrie : " lU enlèvent à l'Eglise du Christ le' 
caractère et les droits propres d'une société parfaite et veu- 
lent que son pouvoir, privé de toute autorité législative, 
judiciaire, coercitive, se boine à diriger par l'exhortation, là 

J — Prop. 39 et suit. 



— 364 — 

persuasion, ceux qui se soumetten'. Ji elle de leur plein gn' 
et psr leur propre volonl^. C'est ainsi que le oar»ctère lie 
cette divine société est dans cette théorie complètement 
dénaturé, que son autorité, son magistère, toute son action 
se trouve amoindrie et nstreinte, tandis que l'action et l'au- 
torité du pouvoir civil est par eux exagérée jusqu'à vouloir 
que l'Eglise de Dieu, comme toute autre association libre, 
soit mise sous la dépendance et la domination de l'Etat ". 

Rien de plus contraire aux principes qui ont présidé '.i 
l'institution de l'Fglise. Cette société, nous l'avons dit, doit 
être dans le plan divin comme une siconde incarnation du 
Fils de Dieu sur la terre ; elle est son corps mystique, 
l'héritière de ses pouvoirs, l'exi^cntrice autorisée de sa mission. 
Comme mon Pire m'a envoyé, disait Notre-Seigneur à vs 
apôtres ', de m<m« je voue envoie. Or, Jésus-Christ, l'envoyé 
de son Père céleste, ne jouissait-il pas de toute autorité juri- 
dique ! Divin plénipotentiaire, ne s'écriait-il pas en produisant 
en face d'un monde sceptique ses Uttres de créance : Il m'a 
été donné tout pouvoir au ciel et mr la terre ? ' Lui qui 
tenait la nature entière assujettie à ses ordres, avait-il besoin 
de l'autorisation des gouvernements pour établir ici-bas son 
Eglise î Pourquoi donc cette Eglise, où il se perpétue lui- 
même, qu'il anime de son esprit, qu'il soutient par sa puis- 
sance, ne pourrait-elle pas à son tour revendiquer tous les 
titres, toute la capacité d'une personne juridique ? 

Cette capacité. Messieurs, l'Etat la possède dans la aphèii! 
de ses attributions. Et de qui, en définitive, la tient-il, si ce 
n'est de Dieu lui-même, l'auteur de la nature, le fondateur 
des sociétés, la source première de tous les droits comme 
aussi de tous les devoirs î Eh ! bien, ce que Dieu a fait pour 
l'Etat, il devait à plus forte raison le faire pour l'Eglise 



1— Jean, XX, 21. 

2 — M«tth. XXVIII, 18. 



— 365 — 

S'il a rev«tu la puianace civile des pouvoin juridiques india- 
penmble» à b Tie et à la prospérité dae nationa, il u'a pu ne 
pa» investir la société religieuse de pouvoirs analogues, pou- 
voirs non moins nécessaires à l'existence et à h propagmtion 
du clwiatianisuie ', pouvoirs que réclame la vie pablique de 
l'Eglise, comme aussi et surtout sa qualité de so^b-té [larfaite, 
suprême et indépendante. 

Car, Messieurs, l'Eglise, fondée par Jésus-Clirist, est vrai- 
ment une mciiti parfaite. Et en énonçant cette proposition, 
nous pénétrons plus avant et au cœur même de la thèse que 
noue avons entrepris de démontrer. Ce nouvel as|)eot de la 
question nous met en présence de toute l'école régali.ste, qui, 
sous des n'HBs divers, ici luthérienne et anglicane, là galli- 
cane et fébronienne, a joué un si triste rôle dans l'histoire 
ieligieuse du monde, et que nous voyons encore, même plus 
que jamais peut-être, inspirer la politique dos gouvernements. 
Que faut-il entendre par société parfaite ? C'est, nous dit 
Taniuini \ s'appuyant on cela sur saint Thomas, une société 
complète par elle-même et qui trouve en ses proiires res- 
sources les moyens suffisants [rour obtenir sa fin. Cette défi- 
nition convient assurémuiit à la société civile, mais, selon 
nos adversaires, elle ne saurtiit convenir i l'Eglise, parce que; 
(lisent-ils, celle-ci dans sa vie extérieure, la pro-iulgation de 
ses lois, le déploiement de son culte. l'administration de ses 
liiens, le jeu et le fonctionnement *r ses instàotion», dépend 
nécessairement du contrôle et de ^intervention de l'Etat Ce» 
prétentions du régalisme ne se distiuguiïnt guère, im le voit, 
de colles du libéralisme juridique ; et, s'il est une différence, 
il faut surtout la chercher dans le but poursuivi par les deux 



1 — Voir l'opuscule écrit par Mf CavagMs on réponse à Cadorna 
' l intitulé : Nature ie Vantoriu }tridiq»t tf publique de l'Efliie et 
If Uli^alUme Juridique. 

2 — Jurii eccl. publici imHlutiaaa, éd. 4, p. 34. 



— 86C — 

«ystèmes, l'an ttavaillant à l'acoroisseraent d» prérogative» 
du pouvoir civil, l'autre à une prétendue émancipation di la 
conacienoe humaine mise sous le m.inteau proteotear de 
l'Etat. _ 

Ces principes, avons-nous dit, inspirent aujourd'hui 1 ac- 
tion des pouvoirs hostiles à l'Eglise et des gouvernoments 
persécuteurs. Mais si la persécutioa peut enfoncer les portes 
des couvents, elle ne saurait ravir à la vérité se» droits. 
Léon XIII, dans son encyclique Immoriu,le D'i, a cbiire- 
ment formulé l'enseignement oitholique en cetia matière. 
Après avoir affirmé la distinction des deux sociMs, reli- 
gieuse et civile, il ajoute : " En outre, (et ceci est da la plus 
haute importance), l'Eglise constitue une société juridique- 
ment parfaite dans son genre, parce que, de l'expresse volonté 
et par la grâce de son fondateur, elle possède en soi et 
par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à 
son existence et à son action ". 

Au fond, il s'agit d'un fait. Jésus-Christ, en jetant les 
bases de son Eglise, a-t-il, oui ou non, voulu fonder une 
société parfaite, indépendante dans sa sphère de tant pouvoir 
étranger? Ouvrons l'Evangile», la réponse ne peut paraître 
douteuse. Notre-Seigneur, s'adressant au Prince des Apôtros, 
l'établit la pierre angulaire, le fondateur de l'Eglise : Ta es 
Pierre, et «ir celte pierre je bâtirai mon Eglise : il lui con- 
fère les clefs du royaume des deux, et avec elles le pouvoir 
illimité de lier et de délier ; il l'institue le Pasteur suprême 
et universel de ««s agneaux et de ses brebis. Or, Messieurs, 
je vous le demande, Pierre serait-il en toute vérité le fonde- 
ment de l'Eglise, ai ses lois et ses directions étaient sujettes 
eu visa d'un César ou d'un autocrate quelconque? Tiendrait- 
il entre ses mains les clefe du royaume des cieux, pourrait-il 
à son gré ouvrir et fermer, lier et délier, avec cette liberté, 



1 -Matth. XVI, XVni, XXVIII ; Jean, XXI. 



MÉÉH.^.'ia^.i^tf^r 



— 367 — 



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m 



cette indépendance que les clefs symbolisent, si ses décrets 
et ses actes ressortissaient sur cette terre d'un autnS tribunal ? 
Serait-il enfin le piumier pasteur, le chef suprême et autorisé 
do troupeau de Jésus-Christ, s'il ne lui était loisible de 
diriger lui-même ce troupeau, do le grosiir de nouvelles 
recrues, de le défendre et do lui assurer les pâturages les 
plus salutaires? -Le langage tenu par Notre-Seigneur au 
collège des Apôtres n'est pas moins décisif: le Maître leur 
donne juriaielion pleine et entière, dos pouvoirs qui a'éten- 
dont a<a toute créature ', qui ombrassent tous les intérêts 
de» âmes ', et dont l'exercice sera ratifié dans le ciel '. Que 
faut-il de plus pour constituer une autorité indépendante 
daai une société parfaite 7 

Do reste. Messieurs, nous n'avons pas que le témoignage 
des Ecritures, déjà m dair et si péremptoire, pour étayer notre 
thèse, La raison elle-même, que nos adversaires se plaisent 
à ériger en arbitre de toutes les controverses, nous apporte la 
plus précise et la plus convaincante des démonstrations. 

LaisseiS-moi vous présenter cette preuve sous la forme d'un 
austère et classique sylLigisme ; le raisonnement y gagnera 
en force et en lumière: — Une société qui par sa nature domine 
toutes les autres, ne saurait dépendre dans l'exercice de ses 
droits et le mouvement de sa vie sociale d'une puissance 
extérieure quelconque ; car dominer et servir sont deux termes 
absolument opposés. Or, l'Eglise, fondée par Jésus-Christ, 
domine par sa nature même toutes les autres sociétés. Donc 
elle ne saurait dépendre de la puissance civile, mais elle doit 
être juridiquement j)arfaite, autonome et indépendante. J'ai 
dit que l'Eglise, qui est rmuTre de Jésus-Christ, domine par 
sa nature même toutes les autres sociétés ; c'est ce qu'il est 



l_M»tlh. XVIII, 19-20. 
2_/6W. XXVIII, 18. 

3_rttu xvin. 



— 308 — 

aiaé d'établir, La fia qu'on a en rue étant la raiaon d'ttra de 
toute kiDOoiation, le rang et la hiérarobie des sooiétiSa se mesu- 
rent d'après la cootdination de leurs fins respectives ; o'est 
ainsi que, dans l'ordre civil, un corps militaire, destiné à 
défendre les frontières d'un royaume, ne peut avoir l'impor- 
tance tU' oij royaume lui-même, puisque le but immédiat 
d'unr IV loée se trouve subordonné à Ui< bitt supérieur.la sûreté 
et 1! <ine<ir de la patrie. Mais la fin de la société religieuse 
l'emporte essentiellement sur la fin dus sociétés civiles et poli- 
tiques, si bien que le but poursuivi par ojUes-ci ne doit être, 
en définitive, qu'un moyen d'aider la pre nière dans l'aocoin- 
plissement de son œuvre et de sa miisiou. Ce''- ce que 
Bossuet dans son célèbre Diaco'ura sur l'kMc univer- 
tdle a pleinement mis en lumière ; et, si nous avions le temps 
de faire cette revue historique, nous pourrions constiter par 
nous-mêmes que tout dans le mouvemont des jwuplas et dos 
empires, leurs succès et leurs revers, leurs progrès et leur 
dérâdence, même leur politique antireligieuse, contribue effec- 
tivement, sous une forme ou sous une autre, à la plus grande 
gloire de Dieu et au bien de la religion. 

Nous devons donc, Messieurs, reconnaître il l'Eglise une 
pleine indépendance vis-à-vis du pouvoir civil. Et autant 
cette doctrine assure la dignité de la société religieuse et 
répond à la grandeur de sa mission, autant la théorie con- 
traire, si elle était vraie, porterait atteinte à ses plus graves 
intérêts. Placée dans cette hypothèse sous la dépendance de 
l'Etat, l'Eglise se trouverait à la merci de toutes les faible33e3, 
de tous les caprices, de toutes les ambitions, dt < uitea les 
tyrannies des gouvernements humains. Son état serait pré- 
caire, son unité compromise par la multiplicité de ces gou- 
vernements. On la verrait, honteuse et humiliée, ramper 
aux pieds des pouvoirs publics comme ces Eglises déchues 
que le schisme ou l'hérésie enchaîne à la fortune variable des 
peuples ou à la puissance orgueilleuse des potentats. 



— 8«9 — 

Non, ce n'eat pu là l'Egliw qua réteroolb iagetse a voulu 
fonder parmi lea homme*. Ce n'o«t pas non plua l'Egliie 
que noui voyoni, i son berceau, sortir courageuse du Cénacle, 
appMattre, lutter et grandir sur la scène moarementée dâ 
l'histoire. Depuis le jour où Notre-Seigneur disait k ses 
Apétree ' : Kou» ssru traduU$ à oaUM dt moi devant la 
ffouwmmrs et Ut roi»; ... ru le» eraignezpa»; depuis le 
jour où Pierre et les autres dUciples, fidèles à la direction de 
leur Mala-e, lançaient aux magistraU juifs ligués contre eux 
cette fiera réponse " : // vaut mieux obiir à Dieu, qu'aia 
homme», l'indépendance souveraine du pouvoir religieux est 
entrée, pour n'en jamais sortir, dans le domaine des tiadi- 
Uons catholiques. M" Cavagnis « a condensé en une page 
de haute synthèse cet argument historique, qu'il serait évidem. 
ment trop long de développer en détail. 

L'Eglise, dit-il, s'est constituée et organisée dans les trois 
premiers siècles malgré l'hostilité des puissances juives et 
païennes. Quand les persécutions eurent pris fin, les empe- 
reura romains reconnurent ouvertement la parfaite indépen- 
dance de l'Eglise. Noua pourrions citer ici » Constantin, 
Valentinien I, Théodose le Grand, Honorius, Jiistinien, ainl 
que l'empereur Basile, présent au VIJI' concile œcuméâique, 
dont le témoignage renferme sur cette question comme un 
solennel hommage de l'Orient avant sa séparation de l'unité 
catholique. Bien souvent, il est vrai, l'ingérence des ompe- 
reuis byzantins dans les aSTaires ecclésiastiques vint démentir 
en fait celte reconnaissance théorique des droits de l'Eglise. 
Mais, chose digne de remarque, jamais leurs prétentions, si 
énergiquement combattues par les Pères et les évêques 

1 — Hat th. X, 18, 26. 
2— Aot. V, 29. 

3 — lfoUoni ât Droit publie etc., p. 216-217. 

4 _ Voir Cavagnii, IntHMiona jurU puiUet «rf., Vol. I. n. 298 

21 



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— 370 — 

catholiques ne .•élevèrent à U hauteur de réoUm..ion. 
doctrinales. 

Au moyen-ige également plusienr. pnnoee chrétiene pro- 
fewérent la même doctrine de Vin.lépendanoe de l'EgUse 
vi^à-vis de l'Etat. Et chaque foi. que quelque^un. d entre 
eux théoriquement ou pratiquement, méconnurent cette indt-- 
pendanœ, l'Eglùe n'hé.ita pu. à .tigmati^r leurs empiéte- 
ment. Qui ne le rappelle la fameuM question de. mvMti- 
ture. et le. lutte, mémorables soutenue, par l'intrépide Pon- 
tife Grégoire VII contre l'empereur d'Allemagne Henri IV î 
Dan. de. temp. fin. rapproché, de non., que voit-on î 
D'ambitieux monarques, de. gouvememenU mal avisé», ont 
cherché à enchaîner U liberté da l'Egliw de bien de» manière., 
noUmment par le plaeet royal sans lequel, disent-il., les 
décret, eoolésittstique. n'ont aucune valeur au for extérieur. 
Mais l'Kglise a condamné de Ulles prétentions comme con- 
traires a U loi diviro ; et. n parfoi.. .ur ce point comme sur 
tant d'autres, elle a de f.it toléré, pour éoh^tper à de plus 
grands maux, certaine. me.ure. inju.te. et vexatoire.. elle 
n'en a pa. moins toujours réprouvé le principe. Le. encycli- 
quem le. allocution, de. Papes, surtout de Pie IX et de 
Léon XIII. sont pleines de protestation.. 

Ce. raisonnements et ce. considérations devraient, oe nous 
.emble porter U oonvicUon dans tous le. e.prit.. ïlaU nos 
adversaires, peu pressés de s'avouer vaincus, aiment à .e 
retrancher derrière de. objeotiomi qu'il, croient nn. réplique. 
C'est ainsi que. d'après eux, l'Egli«> ne peut prétendre au 
titre de société parfaite, parce que, mise en fiice_ dune 
résisunce matérielle quelconque, elle est incapable dawurer 
par elle-même l'exécution de ses décrets, et qu'elle M trouve 
alors dan. la nécessité d'emprunter Ms moyens d'aeUon à U 
pnis«nce séculière.-La réponse à cette objection est facile. 
En effet, comme le remarque si justement Cavagnu , U y a 

J _ MiMoM do i)ro« puHfc etc., p. M». 



— 871 — 

deux lortea de moysiu à U diipotition de l'Eglite, lea uns 
Jormtl», et \m autres vitiuelt. Ceux-là ippartienoent au 
pouvoir religieux nni aucun i.oour» iatermjdiaire ; tellei 
•ont let loii, les prohibitions, les censures, déerétiies immcS- 
diatement par l'Eglise elle-memo. Coux-oi lui appartiennent 
aussi, mais d'une façon médiate et en ce sens qu'ils sont mis 
on œuvre par une puissance amie ; tel est l'appui mariSriel 
que l'Eglise se croit en droit de demander à l'Etat. Sans 
doute, si l'Eglise devait solliciter cet appui comme on sollicite 
une &veur ou une anmAne, elle ne serait plus ce que nous 
prétendons qu'elle est, une société parfate et indépendante. 
Hais l'appui qu'elle riîulame des puissiK x» temporelles lui 
est d& ; elle fait plus que le demander, elle l'exige, et elle 
|)eut encore frapper 'io ses anathèmcs le prince réfraotaire 
qui le lui refuse. Ce recours au bras séculier n'a donc rien, 
du moins en Irait, qui amoindrisse sa perfection juridique 
et son indépendance sociale. Tout au plus y a-t-il là une 
simple imperfection do fait dont l'jutorité civile elle-même, 
obligû; de compter pour l'exécution de ses ordonnance! sur 
le bon voul' .ir de ministres et d'officiers subalternes, n'est pas 
exempte. 

On dit encore, poiu justifier la thèse régalienne de la ^ i|«5- 
riorité juridique de l'Etat sur l'Eglise, que deux 3011vor.11 
netés, s'exorijant dans les limites d'un même territoire et sur 
les mêmes sujets, sont incompatibles; que là oi l'Etat est 
souverain, il répugne de roconnatire une position indépen- 
dante à l'Eglise. — Cet argument, cher à nos adversaires, 
repose sur une déplorable confusion d'idéos. Assurément, 
Messieurs, deux souverjineté'i do même genre, par exemple 
deux royautés politiques, ne sauraient coexister dans un 
même pays sans engendrer lo schisme et l'anarchie. Il en 
serait de même de deux souverainetés religieuses. Mais pour- 
quoi deux souverainetés de genres différents, l'une religieuse, 
l'autre civile ou politique, ne pourraient-elles pas s'exercer 



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(716) 288 - 5989 -Ta- 



— 372 — 

simultanéinentet tans entraves, chacune dans la sphère d'ac- 
tion qui lui est propre f Dans l'ordre physique, ne voit-on 
pas le soleil, cet astre vraiment royal, rayonner en tous sens 
et vivifier toute la nature de sa p(Sni5trante influence ? Et cette 
suprématie de l'astre-roi empéche-t-elle l'homme, souverain 
lui aussi de la -îréation, de régner dans un ordre plus élevé 
par l'intelligence et le génie, et d'exercer jusque dans le monde 
des corps cette action merveilleuse qui complète et surélève 
en quelque sorte les forces de la matière ? De mdmc, dans le 
domaine social, l'Etat est souverain; souveraine aussi est 
l'Eglise ; et ces deux souverainetés d'un caractère juridique, 
bien loin de se combattre et de s'exclure, sont faites pour vivre 
côte à côte, pour se comprendre, s'aider, se fortifier mutuel- 
lement, pour se développer dans une constante et bienfaisante 
harmonie. 

Les défenseurs du régalisme formulent encore diverses 
objections plus ou moins sérieuses, plus ou moins spécieuses. 
Nous aurons plus tard l'occasion d'y répondre, si, comme je 
l'espère, les circonstances me permettent de poursuivre 
l'œuvre commencée et de descendre dans l'application aussi 
intéressante que variée des principes généraux qui ont fait 
l'objet de ces premières leçons. 



lA RENAISSANCE LinÉRAIRE EN FRANCE 



Les deux leçon, que nous avons faites à l'Univorsitë Laval 

sur la Eenaissance littéraire en Franee. et que nous publions 

ICI ne sont guère que l'expose rapide et aussi clair que pos- 

sible de quelques idées générale, et dii.otrioes qu'il importe 

de connaître avant d'aborder l'étude des auteurs du seizième 

sitde, et q;^e l'on peut voir plus longuement développées daus 

^s ouvrages nombreux qui ont été écrits sur la Renaissance 

Notre but. en préparant ces leçon», n'a été que de «ire 

œuvre de vulgarisation; nous avons voulu seulement tracer 

à ceux de nos jeunes auditeurs qui voudraient pourauivre 

ces études, quelques grandes lignes du cadre qui convient à 

un pareil sujet. Il nous a été impossible de donner, cette 

année, plus détendue à ces considérations préliminaires C'est 

pourquoi nous avons pensé qu'il pouvait être utile de publier 

ICI la bibliographie de. principaux ouvrages que nous avons 

consultés et auxqueU nous renvoyons le lecteur studieux. 

E. Egger. L'HaUnUmi m France. 

8a.nte.Beu»e, TabUau dt la vé'Uj'JiaùèlTxYI' .IM. 
O. ^«m HUtoirt â, la WUralurt franfaiu. 
H. Chanurd, Joaehim du Beltau. 
■B«Mie dt la Rmaiuanee, année 1901. 

J.-Cauilli Eor. 



■û 






DOUZIÈME CONFÉRENCE 

donnât pftr 

Moniieur l'abbé C. Rot 

U««lol4 «■ lattra, profonur à h PneulK du Arti 



LA RENAISSANCE LITTÉRAIRE EN FRANOT 
AU XVI« SIÈCLE 



LaOTigina i* la SmaUme, à Inoer, U moym tge. Le, 
cauuê immtHaUi 



Monsieur le gouvernenr ^, 

Messieurs, 

Je dois vous entretenir ce soir de la Renaissance littéraire 
en France. Si j'ai choisi ce sujet pour le traiter ici, c'est 
que, vous le pensez bien, il me paraît offrir quelque intérêt • 
c'est que, en vérité, cette question de la Renaissance est dans' 
1 histoire de la littërature. non pas certes une des plus faciles 
mais une des plus importantes à étudier; c'est que, aussi, 
elle contient tout le programme et comme tout l'esprit d'ane 
école; c'est que, enfin et surtout, aucun autre mouvement 
d'idées n'eut plus que celui-ci une influent profonde et 
décisive sur les destinées de k littérature fr;,nçaise. L'esprit 
français porte encore bien U trace de cette culture gréco- 
latine que le seizième siècle le premier mit en honneur; et 

1— Sir L.-A. Jette. 



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— 376 — 

si ses meilleures habitudes lui viennent sans doute de ce que 
aujouidliui encore il se forme d'après les mêmes modèles 
grecs et latins, on sait aussi que ce qu'il y a de plus délicat, 
de plus exquis, de plus artistique dans l'âme française est 
précisément hérité des générations de classiques qui ont 
précédé. 

Mais ce sujet que nous abordons est vaste, et difficile à 
bien définir. Tant d'influences diverses ont provoqué ce 
mouvement de la Renaissance ; tant de courants se sont 
trouvés mêlés dans ce Sot qui submergea pour un temps le 
moyen âge et féconda à nouveau l'esprit français ! 

Il semble toutefois qu'on définit assez justement la Renais- 
sance quand on dit qu'elle futle retour aux idées, aux for- 
mes, à l'art antique. Et cette définition est assez générale 
pour englober toutes les parties du travail humain, littérature, 
architecture, peinture, philosophie, sciences, qui ont subi 
l'actiou de la Renaissance. Ajoutons seulement, pour mieux 
caractériser encore ce mouvement, qu'il fut marqué par une 
avcsion profonde et souvent injuste pour le moyen ftge. 

Des historiens, ennemis du moyen ftge, et d'ailleurs inca- 
pables de le comprendre, comme furent Voltaire au dix- 
huitième siècle, et Michelet au dix-neuvième, n'ont pas man- 
qué d'exagérer d'une façon excessive l'opposition que l'on 
peut apercevoir et qu'il y a en effet entre la Renaissance et 
le moyen âge. Pour Michelet, par exemple, et pour Paul 
Albert aussi, en littérature comme en tout le reste, la Renais- 
sance succédant au moyen âge, c'est la vie, la vraie vie 
intellectuelle qui succède à la mort, à l'ignorance, c'est quel- 
que chose qui succède au néant. Or, on sait comme, en 
général, il faut se défier de ces divisions absolues que les 
historiens établissant trop facilement entre certaines périodes 
de la vie des peuples. Ces divisions soit sans doute com- 
modes pour leurs études, pour la netteté de leurs cadres, 
mais elles ne correspondent presque jamais bien exactement 



— 377 — 

à la nSalité. L'humanité évolue »au, cesse par des tran.for- 
mations qu, ue sont ui si brusques, ni si radicales. Et ceci 
est particulièrement vrai de œ fossé sans fond, dont aucun 
pont ne relierait les bords, que l'on a voulu creuser ou ima- 
gine entre la Renaissance et le moyen ftge 

Et s'il est bien établi, et la lecture des auteurs du seizième 
siècle est propre à nous en convaincre, qn.. l'esprit gaulois 
des conteurs du moyen â^e se retrouve dar.. un Rabelais 
quune part considérable de l'œuvre de Eo.^-.rd et de Joa- 
chim du Bellay est bien pénétrée du meilleur esprit français 
plus encore que de l'esprit des grecs et des latins, il serait 
dès lors intéressant de voir en quoi ces écrivains ont été les 
continuateurs ou le, héritiers de la tradition française, et 
donc de chercher d'abord à rétablir les communications qui 
doivent exister entre 1. Renaissance et le moyen &ge, et de 
découvrir ainsi les origines lointaines de celle-là à travers les 
siècles qui ont précédé son plein épanouissement 

tt de même, puisqu'il est entendu que la Renaissance est 
la résurrection de l'antiquité, il n'est pas tout à fait iuutile 
de savoir dans quelle mesure cette résurrection a été véri- 
table, et s. le moyen âge n'a pas lui-même accorié quelque 
attention, voué quelque culte aux écrivains de Rome et 
d Athènes : et ce serait une autre façon de mieux apercevoir 
ce que Ion pourrait appeler les préparations de ce grand 
mouvement littéraire qui fut la Renaissance. 

Nous ne nous attarderons pas ce soir à retracer la première 
de ces filiations, à faire voir la ressemblance et comme la 
parenté qui existe, si l'on considère du moins certaines parties 
de eurs œuvres, entre certains écrivains et des plus considé- 
rables de la Renaissance, et les poètes du moyen âge Ce 
travail, on le prévoit, nous entraînerait trop loin; aussi bien 
viendrait-il encore à son heure si quelque hasard nous faisait 
un jour étudier ici les œuvres du seixième siècle. Nous nous 



— 378 — 

bornerons plutôt ce loir à «uivre d'abord le développement 
progressif et aussi le» reculs de» études grecque» et latine» 
en France pendant le moyen âge ; à constater le» lacune» 
nianifistes, et à certains moments comme la banqueroute de 
cette culture intellectuelle ; et nous verrons ensuite se dessi- 
ner les causes immédiate» et efficaces qui ont assuré le relè- 
vement de ces même» études, et provoqué la renaissance de 
l'art antique. 



L'histoire des études grecques et latines au moyen &ge 
n'est pas bien compliquée j celle du grec n'est pas longue à 
faire ; elle est plutôt courte '. ' Et, puisqu'il le faut avouer 
une fois pour toutes, disons tout de suite que le moyen ftge 
n'a pas eu beaucoup, ni même assez de faiblesses pour le 
grec. Orœcum est, non legitur : je ne sais plus de qui est 
cet axiome, mais je ne serais 'jas étonné qu'on l'eût d'abord 
surpris un matin »ur les lèvres de quelque docteur du moyen 
âge. Aristote pourtant, le malti» et presque l'idole de» philo- 
sophes et des théologiens de ce temps, Aristote a été lu dan» 
le texte original par quelques-uns d'entre eux, assez rares 
d'ailleurs. Denys l'aréopagite eut ce même privilège qu'il 
di't sans doute à ce qu'on le confondait alors avec le premier 
apôtre des Gaules, et que le clergé de France eut pour lui 
un culte tout particulier ; on institua même de bonne heure 
une messe grecque qui fut dite tous les ans, le seize octobre, 
jusqu'à la Révolution française dans l'église de Saint-Denys. 

Mais Homère, mais Sophocle, mais Thucydide, mais Démos- 
thètes et les autre», on ne le» lut jamai» dans leur langue. 
On connaissait bien Homère sans doute, mais d'après une 
traduction latine que nos naïfs aïeux attribuaient à Pindare ! 

1 _ A oon»ulter sur celte question, E. Egger, L'htUitlfin m 
France* 



— 379 — 

Et le moyen d'apprendre le grec, puisque l'Universitii ne 
1 enseignait pas ? Il y eut bien à diffuîrentes (Spoques des ten- 
tatives pour l'introduiru dans les programmes, mais on no 
voit pas qu'elles aient donné des rdsultiits appréciables. 
Charlemagne, quand il organisa ses (ioolcs, fit venir des pro- 
fesseurs de grec de l'IrL.ide: cette tic reouK'e, et comme 
protiigde par son (îloigncmcnt même contre les ravages do la 
barbarie, avait ét6, dit-on, le suprême refuge de l'amour du 
grec. Mais là encore, les hellénistes vraiment dignes de ce 
nom étaient peu nombreux, et Scot Erigène est plutflt une 
exception. 

Quoi qu'il en soit de cette tentative de Charlemagne, et | 
aussi plus tard des traditions des dominicains, en vertu des- 
quelles on fit toujours du grec dans leur couvent, i! est 
certain que cette étude ne fut pas en honneur, et que en 
Boinme le moyen âge n'a connu que par dos traductions 
latines ce qu'il 5av1.it des auteurs grecs. Et encore quelles 
traductions! et les traducteurs comprenaient-ils bien, jwr 
exemple, la Poétique d'Ari»tote, puisque l'on voit dans un 
traité de métrique du quatorzième siècle, que les poèmes 
épiques de Lucain et de Stace sont donnés comme dos 
modèles de tragédie I 

Chose curieuse, les croisades qui établirent do si intimes 
relations entre l'Occident et l'Orient, qui installèrent même 
des princes français à Constantinople, n'eurent pas de résul- 
tats appréciables au point de vue de l'avancement des études 
du grec. Latins et giecs s'aimaient le moins possible à une 
époque où les querelles religieuses avivaient encore les anti- 
pathies nationales, et quand le schisme fut consommé, la 
séparation des dogmes amena une séparation plus complète 
encore des langues. 

Ce n'est que vers le milieu du quinzième siècle, en 1457, 
que l'Université de Paris établit une chaire de grec, laquelle 



perdit bientôt son titulaire, Orégoire Tiferuu, qn no fut pat 
remplai"'. 






Si le grec fut peu cultivé au moyen &|ie, il en va tout 
autrement des études de l'antiquité latine. Celles-ci y furent 
toujours pratiquées. La France n'était-elle pas une des héri- 
tiiies, et non pas la moins fidile, ni certes la moins gloriouae, 
de la civilisation romaine ? Et n'est-ce pas l'esprit latin qui a 
prénétré profondément l'ûme française, et l'a faijonnée dès les 
premiers siècles qui suivirent la conquête 1 N'est-ce pas en 
France que la poésii' Iftine a jeté son dernier éclat avec 
Ausone et Rutilius î Les .'rançais eurent donc toujours une 
inclination bien marquée pour la littérature de Rome ; et 
Cicéron, Virgile, Tite-Live, Horace, Ovide, Ma;i-obe, Clau- 
dien, tous les latins, grands et petits, fuient étudiés par les 
lettrés du moyen ftge. Les françaj se piquaient dès lors de 
connaître leurs anciens, prétendaient en comprendre tout 
l'art, si bien que l'humanisi.,"" ou'il ne faut pas confondre 
avec la Renaissance, et qui est plutAtle goût de l'art antique, 
a ex' ' le tout temps en France, et que si l'humanisme a 
reçu de la Renaissance un développement et comme une 
impulsion nouvelle et extraordinaire, celle-ci du moins ne l'a 
paii créé. 

Mais si le moyen âge a connu l'antiquité latine ; si par 
elle, et aussi par des traducteurs il a pu apercevoir qualqu j 
chtse de l'antiquité grecque, et regarder ainsi comme dans 
un miroir ou à travers un voile les chefe-d'œuvre d'Athènes, 
•t aussi sa civilisation ; s'il s'est même s. ivent efforcé de 
reprendre les vieux thèmes de la poésie antique, comme on 
voit dans les épopées n romans de Thèbes, de Troie, d'Enée, 
d'Alexandre et de Ct . qui furent écrits au douzième siècle, 
il faut bien reconnaître qu'il n'a pas toujours bien interpréta 
les anciens, que les clercs qui commirent ces romans compre- 



-sai- 
llaient bien imparfaitement leur» modèlci, et le rniwient une 
idi'e asaei incomplète de l'nrt grec et latin. Au re«te, il 
n'est pa> ai facile que cela, en géninl, de ae faire l'ime anti- 
que, et la choae ftnit beaucoup plua malaiaùe à une «Spoquo 
où lea dfidea hiatorique» n'étaient paa encore pratiqucSe», oii 
le» luiSlhodea aoientifiquo» iStaiont plutôt aimpliatea, et où 
l'eaprit françaia encore bien jeune, capable d'aimable naïvetcS 
beaucoup plue que do fiuoase, n'dtait paa en dut de bien 
aaiair le aena profond, ni les procédda de l'art clasaique. 

Et, par exemple, [«rce que le aena historique surtout faiaait 
défaut, on dénatura bien plus qu'on no reproduisit les gestes 
de l'antiquiti Ces romanciv s du moyen Age étaient aussi 
incapables que possible de con.jevoir des hiiros grecs ou lutins 
qui ne fussent paa des barons ou dea marquis, des hdroïnea 
qui no fussent pas 'es dames galantes et, courtoises, dea 
devins qui ne fussent pas des (Svéques : bref, les mœurs qui ue 
fussent pas celles de leur temps. C'est v<n pIcMue civilisation 
du moyen ftge qu'ils plongent leurs personnage: , et l'on ne 
peut ae défendre d'un malin sourire quind m mit se dérou- 
1er une si étrange parodie ; Priam tenir «on pari. Tient, 
Alixandre étudier les sept arta libéraux, «t „r fiiir „iiier 
chevalier, Troie ae couronner de toura crénelées, du ijona, 
de clochers d'église comme une ville féodale. 

De plus, à côté de ces invraisemblances qui accuse- ■ aur 
une bonne part, chez les lettrés du moyeu âge, i •' 

gence de l'antiquité, il y a la manie de no chercher j i, 

ce qui est plus grave, de ne trouver dalis les auteur» ,m 
que des prétextes à dissertations ingénieuses sur la b>i> Je. 
Lea cleroa de ce temps jont prêcheurs plus que de r»é ^ ; 
ils commenceront, par exemple, le roman de Jules César 
une longue théorie sur l'amour vrai. Et si prêcher est un 
qualité, une habitude dont il n'y a pas trop lieu de a'étonnt^ 
quand on la rencontre dans un clerc, peut-être que les clercs 
de ce temps ont trop subordonné à cette unique préoccupa- 



-382 — 

tion loura études de l'antiiiuité ; ila n'ont pas assez songé à 
te f.iire, au [loint de vue do l'art, lus disciples des anciens. Et 
les poètes laïcs out en cela trop fidèlement imité les cleroi. 
Sans doute que les chufi-d'œuvre grcc-t et lutins |ieuvunt dtro 
pour le moraliste une mine im'puisable ; s'il y a bien il' 
pages qui ue sont rien moins qu'édtfiuntc-s dans cutte litti^M- 
ture de Itome ut d'Athènes, il y en a beaucoup d'uutrcs, et 
c'est le grand nombre, où le génie païen a versé ses concep- 
tions les plus hautes et les plus fermes sur i ■ grands pro- 
blèmes de la vie morale ; mais encoro f.tut-il sa 'oir user de 
ces ressources, et ne pas étudier Ilm anciens avue l'idée fixe 
de n'y pas chercher autre chuiu, pour le soûl plaisir de les 
citer comme témoins, et dans le seul but d'y découvrir, bon 
gi^ mal gré, comme une sorte du christianisme avant la lettre. 
Cette méthode peut être utile, mais ii coup sûr elle n'est pas 
la seule façon, ni même la plus scioutifliiuo, ni la plus litté- 
raire d'étudier les œuvres. 

Et l'on con^prendrait mieux enoor» ce qu'il y out de pure- 
ment artificiel dans cette culture classique du moyen Ige, si 
on se donnait la peine do iiarcourir lus poèmes didactiques 
du douzième siècle, par exemple, qui fut bien avant le qua- 
torzième celui qui étudia le plus l'antiquité, ces lourdes et 
indigestes compilations où l'allégorie vient sans cosse i\ la 
rescousse do la morale, et qui s'appellent Lapidaires, Bes- 
tiairm. Image du monde, Miroir du monde, Lumière des 
laïc, etc., etc. L'ancien ot lo nouveau Toslameut, Aristoto, 
Pline, Tite- Livo, Virgile, Ovide et bien d'autres sont tour à 
tour mis il contribution. 

Pour varier leurs récits, pour agrémenter leurs sermons, 
les clercs du moyen Age ont recours souvent à ce procédé 
aussi froid que puéril qui consiste à personnifier, à faire so 
mouvoir des abstractions, et à mettre sur les lèvres de ces 
abstractions de copieux extraits des grecs et des latins. Que 



— 383 — 

•i l'on veut ae bien rendre oompto de cet artiflœ, il faut lire 
•urtout le Roman dt la Rou ' qui fut ifcrit au treiiième 
•iècle, et do pnifiSrenoe la deuiièmo parti», celle que oompoin 
l'érudit et piMontenque Jonn de Meung. On Mit que sur dix- 
huit mille vor» o- renferme cette dernière pur' , douze 
mille ont iH - -tii.i !• par la critique à leurs vcjritable» 
auteur». Sur ce, ' .m mille, Ovide wul avait une cr&iioe 
de deux mille. 

Ce poème est l'histoire d'un amant qui lAohc de rr joindre 
celle qu'il aime, et que le poète noua repnisente ■ ous l'em- 
blême d'une rose. Introduit par dame Oiaease dans les 
domaines du dieu d'amour o* s'est retirée la Roio, puis oon- 
duit par Bel-Accueil auprès do la Itose elle-mên.o, l'amant 
s'apprête & cueillir celle-ci quand il s'en voit emp«chd par 
toute une ariniSe de personnages qui montent la garde autour 
d'elle, et qui s'appellent Honte, Peur, IMnger, Jalousie. 
Haison, et qui tous font à l'amant force discours. La Raison 
surtout descend de sa tour et harangue longuement le pauvre 
homme, lui narlo de l'amour, do la fortune, de la justice, du 
oien, du mal, de tout un peu, et oite copieusement ses 
classiques. L'Ami vient ensuite, et décrit l'origine et l'âge 
d'or des sociétés ; puis Nature, dans une confession générale 
à son chapelain Genius, traite è fond de physique et (!e 
philosophie. Ce n'est qu'après avoir entendu tant et de si 
longues dissertations que l'amant cueille enfin la Rose qu'il 
a bien gagnée. 

Ainsi ce roman, qui est d'ailleurs une des oeuvres les plua 
considérable» de la littérature du moyen âge, dont les auteurs 
même trouveront grâce auprès de Joaohim du Bellay, fait-il 
voir quel dessein se proposaient les écrivains de ce temps 
quand ils étudiaient les auteurs inoiens, ce qu'ils cherchaient 

1 — Cf. Bmm dt ta «ok, édition Franoiique Michel, chai Didot, 
rarii. 



— 884 — 

dans ces textes, et qu'ils n'y apercevaient guirs qne d'inté- 
ressantes pages dont ils remplissaient leurs propres ouvrages. 
Et si j'ai insisté sur ce point, c'est qu'il est important de bien 
définir en quoi consistait ce goût que l'on avait alors pour 
les anciens, et de bien marquer que si déjà on était épris de 
l'art antique, que si même on l'admirait aussi vivement que 
possible, on ne savait pas bien l'étudier, ni se l'assimiler, on 
ne obercbait pas à lui dérober ses secrets. Touchés des 
beautés que présentent les œuvres des auteurs anciens, les 
écrivains du moyen âge sentent la supériorité de cette litté- 
rature oans pouvoir analyser leurs impressions, ni s'en rendre 
bien compte; ils aiment l'art , antique sans le bien com- 
prendre. Et définir ainsi les humanistes du moyen ige 
n'est peut-être pas exagéré, si l'on se rappelle surtout que 
l'ordre, la mesure, la sobriété sont les meilleurs attributs de 
l'art antique, et que précisément ce sont ces qualités que 
l'on n'aperçoit pas beaucoup dans la littérature des poètes du 
moyen ftge. 

Et ceci donc, nous permet de pressentir déjà quelle sera la 
nouveauté de la Renaissance, et, pour parler autrement, quelle 
chose elle fera renaître. Et nous voyons bien que si la Benais- 
sance ou l'étude passionnée de l'antiquité a ses commence- 
ments et comme ses racines dans le moyen âge lui-même, le 
seizième siècle aura mieux que le moyen âge l'intelligence 
de l'art ou de la beauté ancienne, et aussi qu'il comprendra 
mieux les idées antiques, qu'il les étudiera davantage pour 
elles-mêmes, qu'il en apercevra mieux la valeur objective. 



Ceat au quatorzième siècle que l'on faillit assister d'abord 
à ce renouvellement. Il y eut alors comme un deuxième 
essai de Renaissance, s'il est vrai que le douzième siècle, le 
siècle des épo^iées ou des romans et des longs poèmes didac- 



— 386 — 

tiques en fut le premier. Le treizième siècle, qui est plutôt 
le siècle de la th&logie et de la philosophie soholastiques. 
absorbe eu quelque façon par les travaux de l'Eojle, avait 
quelque peu négligé l'étude des chefs-d'œuvre de l'antiquité 
latine. Mais au quatorzième siècle ce sont les ValoU qui 
régnent sur la France, et l'on sait que ces princes furent ton- 
jours soucieux de provoquer dans leur royaume le dévelop- 
pement de tous les arts. Ils 8rent donc rechercher les manus- 
orito, donnèrent des commandes aux écrivains, et formèrent 
des bibliothèques. Charles V réunit dans la sienne, dans sa 
librairie, comme on disait alors, près de mille volumes. 

D'autre part, U papauté établie à Avignon donna lieu à un 
contact plus fréquent et plus intime de. français avec les clercs 
itoliens. et les latinistes devinrent plus nombreux. Un jour 
Jean de Montreuil, le secrétaire de Charles VI, dans une 
lettre au pape sur les maux de l'Eglise, ne trouvera à citar 
que des vers de Térenœ. On vit alors des traJucteura qu'en- 
couragèrent surtout Jean II et Charles V mettre en français 
avec une égale ardeur latins et italiens, Tite-Livo et Sénèque 
aussi bien que Pétrarque et Boccaœ. 

Pouiqnoi fallut-il que la guerre de cent ans vint entraver 
tant de louables efforts, et feire avorter de si beaux projets. 
U France, envahie par l'étranger, se couvrait partout de ses 
propres ruines, et les esprits inquiets, troublés, dUtraits par 
une si longue suite de malheurs ne purent sans doute se 
livrer avec assez de liberté, ni avec aswz d'abandon aux études 
des lettres, et tout ce beau zèle dont un moment on fit preuve 
n'aboutit à aucun résultat satisfaisant ; le souffle d'antiquité 
qui passa alors sur la France y rencontra trop d'inBuonces 
contraires; il n'y put faire fleurir les bonnes lettres. Et le 
quatorzième siècle et ensuite le quinzième sont la période la 
plus stérile du moyen âge français. Ou y rencontre à peine 
quelques noms isolés qui méritent une mention, ou qui repré- 






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— 386 — 

sentent une valeur réeUe, celui d'un Villon, par exemple, qui 
sut bien so chanter lui-même mais u'eut pas d'imitateurs ; 
d'un Froissait, d'un Philippe de Oommines qui se renfer- 
mèrent soigneusement dans la chronique. Les mystères et 
les farces pullulèrent sans doute à cette époque, et les tré- 
teaux furent jieuplés d'acteurs grossiers, mais les mystères et 
les farces, si l'on excepte Y Avocat Patkelin, méiitent-ils bien 
qu'on leur accorde tant d'attention dans l'histoire de la litté- 
rature î Quant aux anciens genres, ils sont épuisés. Plus do 
romans, ni de chansons de gestes. La poésie se meurt, et les 
rhétoriqueurs s'évertuent à remplacer l'inspiration qu'ils n'ont 
pas par de subtiles et artificieuses complications de rythmes. 
Il est donc de plus en plus tfianifeste qu'il manque à l'es- 
prit français qui s'épuise le sentiment de l'art ou du beau, 
sentiment nécessaire, le seul qui puisse soutenir les talents, 
et assurer la création des œuvres littéraires. L'esprit français 
laissé à lui-même, et nous le répétons une dernière fois par- 
ce qu'aussi bien une telle affirmation est ici capitale, n'a pas 
su exprimer de l'antiquité cette vie de l'esprit que pourtant 
elle recèle i-t dont il semble qu'elle déborde. Il lui fallait 
donc un maître pour le lui enseigner; il fallait que des 
leçons venues du dehors le lui apprissent. 



Et justement l'Italie était aux portes de la France, toute 
prête à se faire notre institutrice. 

L'Italie était, par sa civilisation, en avance de deux siècles 
sur la France. Marchande aussi bien qu'amie des arts, elle 
avait développé chez elle, gtioe à son commerce avec l'orient, 
l'industrie, la richesse, le goût du luxe, le besoin de mener 
une vie facile, la passion de l'agrément. Et les arts, et les 
statues, et les manuscrits pénétraient avec les marchandises 



— 387 — 

dans des villes comme Florence, Venise et Borne. Et quand 
les savante et les philosophes byzantins se dispersèrent pour 
échapper à la barbarie turque qui s'insUllait à Constanti. 
nople. ce fut en Italie qu'ils abordèrent surtout, ce fut à elle 
qu'ils confièrent leurs vieilles traditions, qu'iU transmirent le 
flambeau d'ailleurs à moitié éteint de la oiviUsation grecque. 
Mais de cette lumière l'Italie devait ranimer la flamme. 
N'ayant jamais perdu tout à fait le contact avec la civilisa, 
tion antique dont elle voyait partout sur son sol les ruines et 
les derniers vestiges, elle comprit mieux qu'on ne l'avait fait 
en France les œuvres littéraires qui expriment le plus par- 
faitement cette civilisation; elle les étudia pour elles-mêmes, 
et elle en aperçut plus clairement la vérité et la beauté. 
Aussi dès le quatorzième siècle, et surtout pendant le quin- 
zième l'Italie était-elle en pleine Renaissance, et se glorifiait- 
elle de noms illustres comme ceux de Pétrarque, de Boccaoe, 
de l'Arioste, tous écrivains formés à l'école de la meilleure 
antiquité, et que suivront bientôt le Tasse, Machiavel, Qui- 
Chardin. L'architecture et aussi la peinture s'y développaient 
parallèlement aux lettres ; dans toutes les régions, à Florence, 
Venise, Bologne, Sienne, Rome, Naples se formaient des 
écoles où l'on rivalisait de zèle pour l'art : si bien que l'Italie 
était devenue le centre de la vie intellectuelle, le pays où 
s'épanouissaient dans U lumière toutes les formes du beau, 
alors que la France offrait le spectacle d'une si lamentable 
décadence. 

Mais on sait comme en ce temps-là les peuples étaient 
éloignés les uns des autres, et les Alpes s'élevaient entre U 
France et l'Italie comme une barrière difficile à franchir. 

Un jour, pourtant, et ceci advint à la fin du quinzième 
siècle, les italiens Uvrésen proie à toutes les guerres civiles, 
appelèrent è leurs secours les français. A plusieurs reprises 
sous Charles VIII, sous Louis XII et sous François I" on 



■' '-if 

il" 



— 383 — 

traversa les Alpes, et par ambition politique autant et plus 
que par philanthropie on batailla avec et contre les italiens j 
•t ainsi plus d'une fois " le flot des armées francjoises s'étala 
sur la terre italienne et se retira ensuite sur le sol français ", 
y rapportant tous ces germes féconds qui allaient chez nous 
se développer, et produire oett» moisson d'œuvres et d'idéea 
qui fut la Renaissance. 

Les historiens n'ont pas manquiî de raconter l'étonnement 
des français quand ils descendirent l'autre versant des mon- 
tagnes, et qu'ils virent se dérouler sous leurs regards les 
plaines harmonieuses de la Lombardie, ces paysages nouveaux 
baignés d'une si pure et si chaude atmosphère, quand ils 
traversèrent ces provinces oi la vie était partout si gaie et si 
intense, quand ils visitèrent ces capitales oi régnait un luxe 
et une politesse qu'ils ne connaissaient pas, où s'élevaient des 
palais si élégants, entourés de jardins enchanteurs, et qui 
n'avaient rien de commun avec les sombres châteaux du 
pays, quand ils virent ces merveilles de la sculpture et de la 
peinture qui décoraient partout les temples et les maisons 
des princes. Ce fut un enivrement véritabln, et comme une 
soudaine révélation. Et l'on n'a pas marqué de dire que si 
longtemps les armées françaises eurent en Italie quelques 
succès, l'Italie à son tour, et comme autrefois la Grèce, 
Uijmpta ses rudes vainqueurs, et les conquit par ses arts et 
par sa civilisation. 

Les rois de France ramenèrent avec eux dans le royaume 
des artistes italiens qu'ils chargèrent de leur construire des 
châteaux, ot de les décorer. D'autre part on vit toute une 
troupe de poètiis français cheminer en Italie à la suite des 
armées. Clément Marot, blessé tout ouUre rtulement à la 
bataille de Pavie, séjourne plus d'un an à la cour de Ferraro. 
Rousaid voyage en Piémont ; Brantôme chevauche de ville 
en ville ; Montaigne assure qu'il vit à Padoue " des écoles 
où il y avait plus de cent gentilshommes français ". Kt il y 



— 389 — 

avait tellement de ses compatriotes à Rome qu'il ne trouvait 
dans les rues " à son déplaisir quasi personne qui ne le 
salu&t en sa langue ". 

Et l'on comprend que de ces relations fréquentes et pro- 
ongées, que de ces eicuraions au pays des arts ot des bonnes 
ettres, les français rapportèrent, avec un goût très vif pour 
1 étude, des méthodes de travail plus efficaces que celles dont 
en France on avait vécu jusque-là. 

On se mit donc à l'œuvre avec une ardeur nouvelle 
GraTimamens et littérateurs retournèrent aux manuscrits \ 
anciens, se jetèient avec volupté sur l'antiquité reconquise • 
on la relut avec un intérêt et des desseins tout nouveaux 

Les princes favorisèrent de tout leur pouvoir ces généreux 1 
efforts, et récompensèrent les bonnes volontés. Louis XII 
fit du grec Lasoaris un ambassadeur; il fit de Guillaume 
Budé, un des premiers ouvriers delà Renaissance, sbn secré- 
taire. François 1" s'entoura de poètes et d'érudits. Il fonda 
en 1639 la typographie royaU pour l'impression des textes ' 
grecs, et dans une lettre digne d'un humaniste il conféra à 
Conrad Néobar le privilège exclusif d'exécuter les impres- 
sions. " Des hommes distingués dans les lettres nous ont 
représenté que les arts, l'histoire, la morale, la philosophie 
et presque toutes les autres connaissances découlent des' 
écnvains grecs comme des ruUseaux de leur souree " Il 
veut que son royaun»! ne le cède à aucun autre "poir la 
solidité donnée aux .s, popr la faveur accordée aux gens 
de lettres, et pour la mété et l'étendue de l'instruction " 
Aussi Théodore de Bèze voulait-il que les protestants par-* 
donnassent à François 1" son orthodoxie pour avoir " chassé 
du monde la barbarie, et mis à la place les trois langues (le 
grec, le latin, l'hébreu) et les belles lettres ' ". 

I - Pour tou. ces renseignemento, voir Petit de JulloWlle, Eut 
^' la langue et dt la Ull.fTmi!aite, Tome lit. 






.»!J: 



— 890 — 

François I" voulut faire plus encore et fonder à Paria le | 
Collège de France. Ou sait la joie de Budë à cette nouvelle 
que le roi va " bastir dedans Paris les villes dfl Home, et 
d'Athènes, pour J planter à bon escient la langue latine et 
la grecque, et tout d'une main immortaliser sa mémoire 
dedans la postérité ", 

Le désastre de Pavie empêcha François I" de réaliser tout 
a fait son projet de fonder complètement une Université. Il 
ne put élever les murs du Collège de France. Cependant il 
nomma et protégea des professeurs qu'on appelait professeurs ' 
royaux qui enseignaient, eurent des élèves, mais auxquels le 
Collège de France n'offrait ni 16gement personnel, ni salle 
d'auditoire. Ce qui fit dire dans le langage énergique du 
temps que le Collège de France était tout ^'abord " basti en 
hommes". Et c'était sans doute une excellente façon de 
commencer une Université. 

Bemarquons encore, puisque tout à l'heure nous faisions 
allusion à la typographie royale, qu'à ce moment, à cette 
heure d'une évolution si considérable des esprits, la décou- 
verte de l'imprimerie venait, d'une façon merveilleuse, faci- ( 
liter tant d'efiorts, et permettre de multiplier les copies des 
chefs-d'œuvre grecs et latins. Parce que la faveur était 
alors aux études de l'antiquité, ce sont les ouvrages des 
anciens que l'on s'occupa uniquement d'imprimer et de 
répaqdrepaitDut ; on ne s'inquiéta pas de mettre au jour ces 
œuv'resdu moyen âge pour lesquels on n'avait plus guère 
que du mépris. Aussi est-il intéressant de remaïqner que 
l'imprimerie, " cette sœur des Muses, et dixième d'elles ", 
comme l'appelle Joachim du Bellay, a contribué pour une 
très large part à assurer le succès de la Benaiasance, et à 
rejeter dans l'ombre, dans l'oubli, tout le moyen âge, toutes 
ces œuvres littéraires qu'elle n'eftt pas manqué d'imprimer, 
de reproduire, de répandre, si elle avait été découverte deux 
siècles plus tôt. 



— 391 — 

Et o'e.t asns doute parce que de toutes part» on s'organiia 
soigneuiement pour le travail, c'est parce que tous les esprits 
ouneux de savoir ne négligèrent aucune des ressources qui 
leur étaient offertes, que le mouvement de la Renaissance se 
propagea si rapidement, et que philologues et traducteurs 
d abord secouèrent d'une main si ferme la poussière des 
manuscrits, que les poètes ensuite entonnèrent sans plus de 
retord des chanU qu'ils s'essayaient à accorder au ton de la 
'yre grecque ou romaine. 

Au reste, tout était stimulant pour les esprits à une 
époque où le monde se transformait rapidement et de tous 
côtés reculait ses horizons. Copernic révolutionnait l'astro- 
nomie, pendant que Colomb trouvait'l'Amérique, et que les " 
découvreurs siUonnaient tous les océans, abordaient toutes les 
P âges. Ces nouveautés modifièrent considérablement les 
Idée» scientifiques qui avaient régné jusque-là, dérangèrent 
bien certaines habitudes de penser, et donnèrent à l'esprit 
philosophique une curiosité inquiète qui devait aller toujours 
grandissant. Aussi bien, cette curiosité était-elle sans cesse 
alimentée par la Renaissance elle-même qui fit connaître 
mieux, avec les eux manuscrits, les systèmes de la philoso- 
phie ancienne, ^laton vint disputer à Aiistote le prestige 
que celni-ci avait exercé jusque-là, et l'on vit s'élever confu- 
sément contre la scholastique avec le platonisme, l'épiourisme, 
le stoïcisme, et le pyrrhonisme, et s'accumuler pêle-mêle 
dans une seule époque tous les systèmes que la Grèce avait 
pris de longs siècles à inventer. 

Ajoutons à cela que la Réforme vint à cette même date ' 
soulever bien des disputes, exciter vivement les esprits, et 
tour à tour favoriser et combattre la Renaissance. U Réforme ' 
est comme la Renaissance une violente inaction contre le 
moyen âge qu'elle accuse d'avoir déformé la véritable Eglise ; 
elle détermine donc, de ce chef, un mouvement d'étude; elle' 



— 392 — 

oblige les catholiques à fouiller plaa •oigneuaement leurs 
origines, et an remontant vers l'antiquité païenne, à s'arrêter 
aux monuments de la tradition et de la primitive Eglise pour 
les bien considérer, à lire d'un œil plus attentif l'Ecriture 
sainte et les Pères, pour en faire contre les protestants les 
témoins de la continuité, de la vérité historique de l'Eglise 
romaine. Mais on sait que si la Réforme sauvent stimule les 
esprits, s' nit & la Renaissance pour combattre avec elle la 
tradition du moyen &ge, les mêmes ennemis, souvent aussi 
elle s'en sépare et se scandalise de ce retour vers le paga- 
nisme que détermine l'étude, l'imitation de l'antiquité, et 
que protègent les papes. Et cette opposition apparaît mieux 
encore si l'on tn-t attention que la Renaissance s'est pins 
vite développée dans les pays où justement la Réforme ne 
léuasit pas à s'implanter, et que en Allemagne, par exomplei 
cù le protestantisme triompha, la Renaissance fut retardée 
jusqu'au X ■ III* siècle. 

Kous ne pouvons ce soir — pour ne pfts trop nous éloigner 
de notre sujet — qne marquer en passant cette divergence, 
dont plus tard peut-être, il sera intéressant de préciser davan- 
tage les résultats. Kous croyons d'ailleurs avoir suffisamment 
insisté sur ce qui devait être l'objet de cette leçon. Nous 
voudrions avoir nettement montré que si la Renaissance du 
XVI' siècle fut en Fiance une résun«clion de l'antiquité, 
cette résurrection n'a pas suivi une mort si longue et telle 
qne bien souvent on l'a voulu dire ; que l'antiquité au 
moyen âge n'était pas au tombeau ; que plus d'une fois, 
notamment au douzième et au quatorzième siècles, on l'a 
fait revivre ; que l'antiquité latine surtout n'a jamais cessé 
d'inspirer les écrivains de ce temps. Peut-être aussi avons- 
nous suffisamment compris que si le goût de la littérature 
classique, que si l'humanisme a toujours existé en France, la 
Renaissance n'est pas un vain mot pourtant, et qu'il était 
nécessaire que ce goût fût développé et réformé, et que juste- 



— 898 — 

ment ritalie apprit à no. père, comment il faut lire le. 
ancien., et comment en profiter. Elle vint à l'heure marqua 
non. do..ner ce. leçons et admirablement «oonJëe pa- !a 
hante et efficace protection de. rois de France, par la décou- 
verte de 1 imprimer», et par toute cette activité intellectuelle 
qne provoquaient le. révélation, de U .cience, et le. fau.ee, 
affirmation, de U Béforme; elle créa un mouvement d'idée, 
et d étude, qn. devait ren. .voler pour longtemps le. lettre. 
f«n.îai«.. Comment .e fit cette re.taumtion, queU travaux 
elleproduwtd-abord. quel, homme, prirent la direction dn 
mouvement, et quel programme il. tracèrent, c'est, si le, , 
recherche, nn peu aride, que nou. avon. faite, ca .oir ne 
vous ont r-, trop fatigué., ce qne nou. verrons en»mble 
dan. une prochaine conférence. 



.'M 



■1] 



I 



1' f^ 



TREIZIÈME CONFÉRENCB 

doDi)é« par 

Monilaur l'ubbé C. Rot 

UowcW i, Ultn», prarwMr à I. tmltl dw Jtrta 

LA RENAISSANCE LITTÉRAIRE EN FRANCE 

AU XVI' SIÈCLE 

II 

^' '""'*• •"•"•"- l»IMori..d,lamad., h,ruutui. 

Monsieur le gouverneur ', 

Mesaieura, 

et d™ '<»"f»"*«"^''^t-«fe de. préparation, loinuine, 

et de. oauM. ,u,mM.ate. de la Benai.«.noe. Et nou. nou, 

I.t^m re où le, guerre, que fait la France au delà de. Alpe, 
ont m , leepnt françai. bien en contact avec le. œuvre, de 
I«rtcla«ique à cette heure décisive où l'épée de France 
comme .exprime Michelet, ouvrit le. montset révéU l'Italie' 

laTlr' ""' •"'' "" "^"^ '"""='-''« l-^ -o»" o" venue 
a I m.ère que nou, avon. d'abord aperçu ce que l'antiquité 
renferme de vie et de beauté. 

DVntre. événement,, comme le, nouvelle, découverte, de 
la.c,enoe et la Réforme proteeUnte viennent à leur tour- 

1 — Sir h.-k. Jette. 



— S96 — 

^veiUer lei eipriti ot cr^r n mouvament intotlectuel que ' 
l'on voit prendre dei proportiona •! ooniidérablee dit U pre- 
mière moitié du Miiième iiiclo. Auui m direloppirent bien 
vite toua oei germea de renaiaaanoe que l'eaprlt franijaii di<jà 
portait en lui, et que un moment nous sviona vu poindre au 
quatoriième aièole. 

Noua verrou co joir quela hommea tr*vaill*rent lea pre- 
mière à oette œuvre de régénération littéraire, quela projet* 
de réforme* il* ont lancé* dan* te public lettré, quoi* furent 
lea réeultat* de •! coniidérablo* effort*. 

Comme il devait arriver aau* doute, comme il arrive géné- 
ralement à oe> époque* de découverte* et de curioiité fié- 
vreuae, le mouvement littéraire qui commence avec le 
■eiaiime aiècle fut d'abord plutftt acientiRque qu'artiatique. 
^ .iode de l'érudition devait précéder celle de* œuvre* 
lent littéraire*. Le groupe dea tr.>ducteur*, de* éditeur*, 
de ^mmairiena, dea commentateurs, dea faiaeur* de die- < 
tio, <aire* prépare le* voie* aux poète* de la Pléiade, à ; 
Bonaard, à du Bellay, à Jodelle, aux faiaeura d'ode*, d'épopée* 
et de tragédie*. 

Et donc, le* érudit*, o'mI leur habitude, ae livrèrent avec 
paaaion à leura travaux. Je n'en feni pa* ce aoir la liate qui 
aérait bien longue : je me contente de signaler le* plua illiia- 
tre*. Guillaume Budé mérite la première mention parmi toua 
oea ouvrier» de la première heure. A partir du «a vingt- 
quatrième année, il ne vécut que pour ses livres, que pour 
les ancien*, sans même ae laisser distraire par les plaisir» de 
la vie de famille, puisque que le jour même de son mariage 
il trouvait moyen de réserver trois heures pour aes très 
ohèrea études. Budé s'employa surtout à traduire un traité 
de Plntarque en latin, à annoter les Pandectes, à publier des 
travaux scientifiques. 

Lea Eetiennes ne furent ni moins actifs, ni moinâ con- 
stant». De père en fil», et tout le long du XVI' siècle, on se 



— 897 — 

t~niiD.it dan. ootto famille ,v,o U vie, h p„,i ,„ d, l-.„ti. 
qnlU cre,t an. vôritabla dyn..tie de «v.nt. q,,. «tto 
fcm. la de. E.tien„u,. et uno dyD,.tie q.ii ne oompto ...w de 
roi. faiDli.nt.. Henri Eotienuo I" vient k Pari, ver. ISOO 
•t y imprime de. livre;, latin,. Etienne Robert l" f ,it de m 
maiwn uno académie d'érudit,. !),,„, «,, «kn,, „„ «.um 
de gie(^ de latin, de français ; dan, ,» famille tout le monde 
même le, domestique,, parle latin. Il publie de, ouvtw. 
entre autre, le Thuaaru, lUguœ lalinm. et il rteapT» 
«nx qu. lu. signalent de, faute, dan, ,e. édition,. Henri 
&t.enne II, ,o„ (il,, le plu, odièbre de, Estienne,, ne «.,era 
de tnMlmre, de faire de la philologie, d'écrire de. pamphl-M 
où H mêlent 1. .atire et l'érudition, d'éditer de, ouvrage, 
«ne,en.; no,., lui devon, un trè, important dietionaaire 1. 

«nb,.,te pondant un «èole enoore, ,i fiJèlo toujoura à 1» 
i ilop.tal, yn 1674. 

A cdtë de, E,tienne, travaillent I^ Fevre d'EtapIe. qai 
«pbqae la grammaire grecque an collège de Coqaeret: 

iU publié à Par.,; d'autre, qui tradui.ent Homère. 'Thuoy. 
(l.de, ou font imprimer de, texte, ancien,. 

Et ce travail d'érudition auquel on aMiaU. au début de la ' 
Hena.„ance, ne comprend pa, eeuloment le, quction, 
doidre l.ttéra.r6, mai, il ,'étend à toute, le, science, que 
1 on pouvait alor, explorer. Le, homme, du seizième siècle 
ne orcent pouvoir puiser trop largement dan, le, livre, 
ancens; .1, prétendent tout y trouver. Le premier résultat 
de cette conflanoe parfoi, excessive et de cet empressement 
e.tquon multiplia le, livre,, on enrichit le, bibliothèques 
on procum à tous ceux qui voulaient s'instruiie le, plu, com- 
mode, instrument, de travail, ou faciUta de toute façon l'accès 



•'I 



— 398 — 

des sources antiques. Si bien qne Rabelais, qui en maints 
endroits de son roman entonne de véritables hymnes & la 
lienaissance, fait dire à Gorgantua dans une lettre que celui-ci 
écrit à son fils Pantagruel : " Maintenant toutes disciplines i 
sont restituées, les langues instaurées : grecque, sans laquelle 
c'est honte qu'une personne se die scavante ; hébraicque ; 
caldaique ; latine... Tout lo monde est plein de gens sa vans, 
de précepteurs très doctes, de librairies très amples; qu'il 
m'est advis que, ny au temps dt Platon, ny de Cicéron, ny 
de Papinian, n'estait telle commodité d'estude qu'on y veoit 
maintenant... je voy les brigans, les bourreaulx, les aventu- 
riers, les palefreniers de maintenant plus doctes que les doc- 
teurs et des prescheurs de mon temps ". Et Gargantua con- j 
fesse encore que lui-même, qui en son âge viril passait, non 
à tort, pour le plus savant de son siècle, ne pourrait aujour- 
d'hui Être reçu en la pi-emière classe des petits gnmaulz *. 
Au reste, &i on veut savoir comment dans les sources 
antiques les écoliers de ce temps-là se plongeaient aves 
volupté, c'est Rabelais qu'il faut enoorj consulter, et surtout 
le programme qu'il fait tracer par Gargantua à son fils Pan- 
tagruel. " J'entends et veux que tu apprennes les langues 
parfaitement. Premièrement la grecque, comme le veut 
Quintilien ; secondement la latine ; et puis l'hébraïque pour ks 
saintes lettres ; et la chaldaïque et arabique pareillement ". 
A cela il faudra joindre l'histoire universelle, l'arithmétique, 
la géométrie, la musique j et puis l'astronomie, le droit civil 
et toute l'histoire naturello, zoologie, botanique, géologie ; et 
puis la médecine, étudiée ensemble dans les livres grecs, latins, 
arabes " sans contemncr les talmudistes et caballi^ites. Il ne 
faut pas oublier les saintes lettres, le Nouveau Testament 
lu en grec, le Vieux, lu en hébreux^". 



1 — Cité par Petit de JuUeville, hiat. de ta langue et de ta tilt, 
franc,, tome III, p. 15. 

2— Cf. Petit de JuUeville, idem, p. 16, 



— 399 — 

Un I«.reil plan d'étude ferait aujourd'hui reculer d'épou- 
vante f„turs bachelier,, qui ne sont pas, cou-n^e W 

fn t i' T t' «'""''■ ""'' "PP^'»"' """^foi' q»t 
en ce temps-là, Henri de Mesmes, qui „',,tait nullemeu 

debout dès quatre heures, travaillait seize heures par jour l 

lecture des poètes grecs 1. ^ 

capables dun pareil enthousiasme qui devaient, aprèf la , 
renaissance Crudité, faire dclore la renaissance arti;tiqr 

le llZ T'^ ™"^^' "^^ ^"''- '" """^S^ -^^ Coqueret, fut 
^centrB où devaient se rencontrer et ,'unir les futurs réfor. / 

Prininal A ^^^ '■■'"'^'- °'"™' ^ -ait été „omn>é ' 
TurTe T ^^r.'"?" ™"' "■""•e". '^''■■"t ^tait précep. 
nn des érud.ts de la première heure, faisait donner une éduca^ 

duc d Orléans pu.s de Jacques Stuart, qui avait donc passé 
ses années d'enfance et de jeunesse à la cour des prince. 

la suidité, dut éloigner du monde, Ronsard, qui n'avait cas 
encore reçu d'éducation classique, que son père voulut tru- 

rrmtrrr"' '" ^'''^ ™ j^^""- *?'*' '» ■»»'' -j^ ««'«i- 

c., en 1643. à Jean Antoine de Baïf, et se proposa à vingt ans 
de recornmencer toutes ses études. Quand Daumt fut nommé 
principal du collège de Coqueret, ses deux élèves Baiïet 
Ronsard ly suivirent. Claude Binot. le biographe de Ronsard, 
a soigneusement raconté la vie que menaient ces deux 
étudiants ces deux futurs ornements de la France ", comme 
>1 les appelle. Il nous dit en particulier comment Ronsard 

1 —Cf. Petit de Julleyillo, idem, p. 17. 



— 400 — 

qui avait été élevé à la cour, et qui par conséquent était i 
accoutumé de veiller tard, continuait d'étudier jusqu'à deux 
et trois heures du matin, et comment alors en allant se cou- 
cher il réveillait Baïf qui se levait, et à son tour prenait la 
chandelle, et ne laissait pas refroidir la place. 

A ce raoment-li, on trouve encore au collège de Coquerut, 
Etienne Jodelle, Ponthus de Thyard : et tous quatre Ronsard, 
Baïf, Jodelle, Ponthua de Thyard forment ce premier batail- ) 
Ion qu'on appela la Brif«"le '. 

Des recrues ne tardèrent pas & arriver. Un jour Bonsard, 
revenant d'un voyage de Gascogne, remontra dans une 
hôtellerie du Poitou, un jeune homme étudiant en droit à 
Poitiers, Joaohim du Bellay. Depuis quelque temps déjà, 
Joachim du Bellay, qu'une maladie de deux années avait 
délivré du souci des affaires, s'était mis à l'école des ancieus 
qu'il n'avait pu étudier dans sa jeunesse. Ronsard et du 
Bellay, les deux inconnus que le hasard faisait se rencontrer, 
causèrent longtemps ; ils échangèrent leure idées, leurs pro- 
jets, et se comprirent si bien que Joachim du Bellay résolut 
sur-le-champ de suivre Ronsard à Paris, et d'entrer lui aussi 
au collège de Coqneret. Ainsi la Brigade élargissait peu à 
peu ses cadres ; d'autres vinrent ensuite, et bientôt Ronsard 
baptise d'un autre nom ce cercle littéraire ; il l'appelle désor- ^ 
mais la Pléiade, " à l'imitation des sept excell ; poètes 
grecs qui florissaient presque d'un même temps ' <i Alexan- 
drie, sous les Ptolémées. Les sept étoiles de cette constellation 
nouvelle, leurs noms méritent d'être ici mentionnées, sont 
Daurat, ' maître, Ronsard, J. du Bellay, Baïf, Jodelle, 
Pontus de Thyard, Rémi Belleau. La Pléiade se souviendra 
longtemps, toujours, d'être sortie de la Brigade, et elle oon- 



1 _ Cf. Défmu et Itluitntion de la langut/ranfaUt, édit Ferson, 
Introduction, p. 8. 

2 — Cf. Petit de JuUeville, op. cit. p. 144, 



— 401 — 

servera ce caractère combatif oui eot n, •,. . 

Si bien que du Verdier , „ f ^^ *"" militaires. 

venus d'au delà des Alpes- ville ^1/ "'"«hands 

la pa„ion volante s'exprimaient déjà en couplets mlZlf 
ques ou enflammées sur les lèvre de Mau iœ TIT^' 

nr«^ r^"^;-r '^'"' * ^"^"^ <>« •»■"«' 1«» nouveautés, 
prêta à applaudir tous les progrès, se fit l'écho de Just, 
chants q,H se levaient des divers poin.^ du royaume et o^ 
annon eut ,« «e„aissance. Et la Défense l j21Z 
Bellay, dan, plusieurs de ses parties, n'a pas eu d'autre 
mérite que de rassembler dans des pages éloquente, et s" 
ven aussi entachées de mauvais goût, et de proclamer Z 
haut qu on ne l'avait fait encore, des projet, de réforme que 
a^Iifarmld^r"''^' -endications plus modestes?:^ 
Et d'abord, parce que. ce qui avait surtout manqué aux 
PO tes du moyen âge c'était l'intelligence de la baauW, par" 
que, ce qu'il importait avant tout de répandre en fZZ 
26 



■: m 



É 



— 402 — 

c'était une oonception nouvelle de l'art, parce qu'il fallait 
d'abord persuader les esprits que la poésie vdritable ce n'iStait 
pas les putjriles et ingi^nicuses complications de rythme qu'au 
commencenient de XVI* siècle s'dvertuaient à inventer les 
grands rhétoriqueurs, les poètes de la cour d'Anne de Breta- 
gne, ce n'^'tait pas même, on le pensait du moins, le facile et 
élëgant bauinage de CliSment Marot, la Plfiado, J. du Bellay 
dans sa Défenae^ Konsard dans ses poésies et dans sa préface 
de la Fiunciade qui reprend ou complète les théories de la 
Défenee, la Pléiade donna une définition nouvelle de la poésie ; 
elle afi! i que celle-ci doit être avant tout une œuvre de 
haute inspiration et comme l'image d'une beauté supérieure ; 
elle répéta sans cesse que " tous peux qui cscrii^ent en carmes, 
tant doctes puisseut-ils être, ne sont pas des poètes ", et que 
" il y a autant de différence entre un poète et un versifica- 
teur qu'entre un bidet et un généreux coursier de Naples '. 
S'inspirantsans doute d'une page célèbre de VIon où Platon 
a écrit sur la nature de la poésie des choses divines, Ronsard 
n'est pas loin de penser lui aussi que " le poète est un être 
léger, ailé, et sacré ", qui possède un délire mystérieux. 

" Dieu les tient agités (les poètes) et jamais ne les laissa ; 

D'un aiguillon ardent il les pique et les prfjsse. 

Ils ont les pieds à terré et l'esprit dans les deux. 

Le peuple les estime enragés, furieux : 

Ils errent par les bois, par les monts, par les prés, 

jlt jouissent tous seuls des Nymphes et des Fées ' ". 

Et voilà du coup renvoyés " au Bagage, comme s'exprime 
J. du Bellay, avecques les Faiges et Laquais ' " tous les 
rimeurs qui se sont multipliés à la fin du moyen ftge. 

Et ainsi la Pléiade fait-elle du poète un être à part ; ainsi 



1 — Cf. Préface de la Franeiade, êdit. Blanchemain, p. 19. 

2 — Boecayt royal ; cité par Petit de JuUeville, op. oit,, p. 1 58. 

3 — Dtfmu tt illvtir., p. 148. 



— 403 — 

peut ddduire des th&rie» do la PllT P .1 ?"' '"" 

le IK>ète ne s'adresse qn'à le Z^t H '''''""' ''"' 

ve.udo.,av„.,j,„,:::Lt„:TaX':::r 

pocSsio, la vraie tio<<sio .„ i? »>"ga>re. La bonne 

Ronsard n'a-t-il pas écrit de lui-même : 

Les Français qui mes vers liront, 
* ■'» ne sont et grecs et romains, 
Au lieu de ce livre ils n'auront 
Qu'un pesant faix entre les mains ■ . 

Or Ronsard a été la première victime de ce procédé- et 
est-ce pas parce ,„e les ven qu'il a fai^ Z «^^30 
vent de rémnnscences mdigeates. d'une mythoIogT bien 
I -Cf. P«M„ „ M„»«,r * Ckarte. /X, au «but. 






-404 — 

cainii1iqu<!e, parce qu'ila exigent trop souvcDt du lecteur ane 
aeience et un effort considérable qu'ib ont iii loiigtempr 
frappés d'un injuste oubli ? 

C'est ce même dessein de donner à notre podsie française 
un grand air, uuc dignité nouvelle qui engage les thi^ricicns 
de la FléiAde h recommander la création d'un style poétique, 
distinct du style de la prose, aristocratique lui aussi, et qui 
exprimerait rooguifiqueineut la pensée du f oèto. Les anciens 
n'avaient-ils pas leur style poétique ? Et,i>ai exemple, puisque 
les poètes grecs et latins usent si souvent de la périphrase, 
pourquoi le poète fiançais n'aurait-il pas recours à ce procédé 
" qui fort bonne grâce surtout aux descriptions ", et alors 
au lieu de dire tout prosaïquement : depuis l'Onent jusqu'à 
VOecident, on dira : depuis ceua qui voient premiers rougir 
l'aurore jusque là où Thélia reçoit en ses ondes le fils d'Hy- 
périon '. Par quoi, on devine assez dans quelle phraséalogie 
convenue et vide le» réformateurs menacent de fourvoyer la 
langue poétique ; d'autant jilus qu'en France la langue du 
poète tend tout naturellement à se rapprocher de la langue 
de la prose. Le français qui exige do l'écrivain une prose 
simple et nette, aime bien aussi que la poésie ne parle pas 
un langage trop extraordinaire. Sans doute Ronsard recom- 
mandera beaucoup de discrétion dans cette recherche du 
style poétique ; mais on ne l'écoutera pas toujours ; lui-même 
s'oubliera souvent, et l'on sait que nos meilleures tragédies 
classiques sont qnelquefois entachées par cette fausse rhéto- 
rique. 

Plus heureuse est la Pléiade quand elle précise davantage 
son idéal de la poésie, et qu'elle trace au poète comme les 
cadres bien arrêtés dans lesquels il devra enfermer son ins- 
piration ; ou pour parler autrement, quand elle lui indique 
les genres poétiques qu'il devra cultiver. 



1 _Cf. Dtfaue, II, 9, p. 140-141. 



— 408 — 

Aus,, bien faut-il aWndonner les vieux genre, français 
■ comme rondeaux, Ballades. Vyrelaiz, cZl ZZ, 
chansons et autre, tello, ^pisseries\ui c;rromp nt tZ,'' 

Et J^ du Bellay énumèro le, genre, uu'il ddsire voir tran, 
gCmt ,"" "^;~ .'■"^™'"- = " «Tête t; i ces .U^^^'^^: 
gramme, .. Distile avecque, un style coulant et nr sca 

derLvr^^n?'" T':'"' ''"" ^'"' ''""^ "--J" - »on 
de la Lyre Grecque et Romaine: et qu'il n'y ait vers oA 

n.para,„e quelque vestige de rare et'antiquf dr dZn 

Sonne moy ce, beaux Sonnets, non moins docte que Zante 

dune Fluste b.en jo.nto ce, plaisantes Ecclogues Rustiques 

restituer en leur ancienne dignité qu'ont usurpée les Farce, 
et Morabtez. je serais bien d'opinion que tu t'y employas 
es. tu le veux faire pour l'ornement de ta langu Tuai' 
où ta en dois trouver les Archétypes » " 

Enfin l'auteur de la Défense consacre tout un chapitre de 
,onl.v,«^ ce qu'il appelle le ■' long p„éme froncoys 3 » C'^ 
de 1 épopée qu'a s'agit; c'est elle surtout que la Héiade vo" / 
d^a.t voir orner notre langue, " lui faire hausser la T^lt 
d un brave sourcil s'égaler aux superbe, langues gre;l 1 



! i 



1 — Cf.Z)</Vn„,n, 4, p. ,13 

2-Ct.Dé/mK,lJ,4,pa»iv,. 
3 — Dé/aïae, II, 5. 



>.40C — 



i. du Bellay a'^tourdit «ana doute un peu lui-mtme parce 
bruyant nppel aux genrea anoieni, et il oublie que quelquea- 
nna dea vieux gonrea fran<^is étaient d'jà abandonnés, que 
l'école de Marot, ou, a'il n'eat peut être paa trèa exact 
de dire Marot a fait école, que Marot et ses contemporains, 
qui ont continué «ans doute, mais en la corrigeant aur 
plus d'un point, la tradition du moyen dge, avaient déjà 
restaurés en France plusieurs de ces formes de la poéaie 
ancienne : le sonnet, par exemple, et l'épigrammp, et l'églo- 
gue, et l'élégie. 

Du Bellay ne fait donc ici que crier très fort dds réformes 
que modestement on a déjà commencé à faire. Seulement, 
est-il important de remarquer auasi que ce qu'il y eut d'ori- 
ginal dans ces ri'clamations, ce fut justement le rappel aux 
grands genres de la littérature ancienne, à l'oda de l'indare, 
à la comédie d'Aristophane, à la tragédie de Sophocle et 
d'Euripide, à l'épopée d'Homère et de Virgile. Ni Marot, ni 
ses contemporains n'avaient osé imiter ces grandes œuvres. 
Et ceci même est une des grandes nouveautés de la Renais- 
sance du seizième siècle, et la distingue des essais de Renais- 
sance qui se sont produits dans le cours du moyen âge, et 
que nous avons signalés dans notre première leçon, qu'elle 
s'applique à restaurer surtout les genres littéraires les plus 
considérables de l'antiquité. La Pléiade, comme on l'a dit, va 
droit à ce qu'il y a de plus diificile dans l'antiquité, tandis 
que le moyen âge ne l'aborda jamais que par ses côtés les 
plus faciles, ne lui demanda guère que des lieux communs 
de sentiments ou d'idées. 

Et cette préoccupation de la Pléiade a'allie très bien avec 
cette autre que tout à l'heure nous avons surprise chez elle, 
et qui est de faire la poésie française aristocratique. Aussi 
DuBellay ne se soucie guère d'encourager l'épttre, où pour- 
tant excellait Marot, " pour œ qu'elle est volontiers de choses 



— 407 — 

.';i"*.":^nïs:- ■• ■" •■<"■ -- •«•^-^ ». 

même l'obiection Tl ''"'P'"'""" ' E' du Bell>y provient 

f^uça., uoe campagne telle qu'on n'en revit Z 3 Irét' I 
«ne «u„. acfve avant ce, dernière, semaines» 
Ma., qui donc au XV!- aiide attaquait le fonçai, , Per- 

I— D//»iM,n,4, p. 115. 
2— i></ni«, II, 11, p. 150. 

«.»**.. Cette .ooiété . vi«Len.S f.f ''?'■'•'■ •^'■'''•'«'"'"•' 
soin que trop .„„,ent et t™; v„io„^^' ':"»»«°" '" " P«" «« 
bien parier et à bien écrire le .«nç^f ""'""'" '" "^ f»^» » 



— 408 — 

ionna peut-être ne l'avait fait ouvertement. Mail, aux yeux 
de du Bellay, c'était (uffiaamment attaquer le franqaii que | 
de ne pas a'en eervir, de le délaisser pour éoiire eu latin. Or, 
au seizième siècle la science ne s'exprimait guère qu'en latin : t 
savants, philologues, grammairiens, philosophes et théolo' 
gien'. s'imaginaient que la langue franchise ne pouvait encore 
porterie faix de leur docte penBé<>, Chose curieuse, la Kenais- 
■ance elle-même avait déterminé une recrudescence de latini- 
seurs, et les érudits qui les premiers se livrèrent à l'étude do 
l'antiquité, écrivirent le plus souvent en latin. On sait que 
le brave Guillaume Budé ne se résolut que sur la fin de sa 
vie à écrire en .'ronçaia. En ce temps-lii, tout ce qu'on 
couvait de beau dans sa poitrinp, comme dit Pasquier, il le 
fallait exprimer en latin ', 

Et voilà encore que sous l'influence de l'humanisme qui 
se développe, des poètes apparaissaient qui ne savaient que 
chanter dans la langue de Rome. Si bien que de 1600 à 
1649 s'était formée toute une poésie néo-latine qui s'essayait 
h voleter par derrière Virgile, Horace, Catulle et Ovide '. 

Et c'est cela même qui exaspère J. du Bellay. Et il 
s'avise do dire une chose bien évidente, à savoir qu'une 
langue ne se peut développer et perfectionner qui si l'on s'en 
sert, et que ceux-là ont le devoir patriotique de contribuer à 
formev et à orner la langue, d'écrire en français, qui ont 
quelque chose à écrire. Et si la langue française n'est encore 
si riche que la grecque et k latine, " cela est certainement 
non pour le défanlt de la nature d'elle, aussi apte à engen- 
drer que les autres ; mais pour la ooulpe de ceux qui l'ont 
eue en garde, et ne l'ont cultivée à suffisance ' ". 



1 — Cf. Lettre de Pasquier à Tum^he en 1992 ; citée par S. Bour- 
ciel, Lt» mœura poliet tt la litt, de r tout Btnri II, I, 1, p. 143. 

2 — Cf. H. Chamanl, /. du Bellay, p. 104. 

3 — Dé/mie, p. 97. 



— <09 — 
quoi bon ,H.r,cr .lu boùTu 1^. *"*"? *'*'"•" * 

p^tr^it»::; rrr;: ir- '-' t ■ 

qui affirtnaient „„e l ,l"""ft. """ '"' P"'J"«'S' de ceux 

bien parler ph Cphre nue t " ""' "" "''»'"' "" 
« écrivit pourta r'i^" '" «"""î"» "'■'« y ^tait apte > 
philcophie? '^i a!L, K«"* """""*"" •°» t»'"» de 
au fe«^e ch.,np i,t'Z '^:r!: •"'""'"'"' »' "»'"'• 

t^ni' qu'à la co,X™ d ' *"" "'' P"»^»»' lui «ppar- 
de ce 'peuple " '"<""'" ^"^ •» '""«ue même 

.a "t^Tc-e:: fultT'™' r.'" ^^"-^ '■'«'™- *"■- 

la langue fanoale Au- k'""^" '''' '""«'H^' * i««*<r«. 
^- ^'ve. l.en7d::nSMr.rn^<r 'n„tr " '^^ 
°P''^ leur langue, et il propos, aux poétea 
1 -f <^™«, U, 12, p. 157 ; Ilor. Sa/. I X ,11 3S 
■»— ^<^raM, r, 10, p. 81. 



— 410 — 

fnnçtU da le* imiter ', Lei Ittini lurtout Mront leurs 
modilei; ilt ont en enter eur le vieui trono romain dea 
rameaux franoa et domeatiquea, nagiatralement tirée de la 
langue grecque. Que les poètes françaia faiaent de mtme ; 
et qu'ils enrichissent à l'aide des languea grocque et latine ( 
leur vocabulaire ; qu'ils composent avec des mots grecs ou | 
latina des mots français. On sait que Ronsard fut des pre- 
miers à user de la recette, que surtout ou a exagM l'emploi 
qu'il en a fait; que sa muso n'a pas autant qu'on l'a voulu 
dire, en français parM grec et latin ; que ni Ronsard, ni du 
Bellay ne sont tombés dans le défunt de Vicalier limousin 
dont parle Robelais, et qu'enfiu Boilesu n'a pas assez vu que 
c'est la pensée de Ronsard et 'son style qui sont grec) et 
latins, et non pas surtout sa langue. 

Je n'insiste pas sur les autres procédés qu'indique la Pléiade i 
pour gioaair le vocabulaire fnnçala '. Faire revivre dos 
archaïsmes, provigner les vieux mots, emprunter quelques 
vocables au langage des gens Ac métiers, et aux difTcients 
dialectes français, modifier la syntaxe, créer des tournures 
nouvelles ; tous ces procédés, eu soi, sont acceptables. Il n'y 
a de danger que dans la façon dont on les mot on pratique : 
et c'est I& qne plus d'une fois devaient échouer les poites 
réformateurs. Il sera toujours extrêmement périlleux de 
violenter, ou de précipiter le développement naturel des 
langues, de prévenir l'usage qui est ici le grand maître. 

Quoi qu'il en soit, de toute cette croisade organisée par la 
Pléiade en faveur de la langue française, et des écarts qu'on 
a pu y commettre, il est juste de reconnaître que la Pléiade 
a rendu ici de grands services à notre langue ; et que, par 
exemple, si elle n'a pas été la première à s'élever contre ceux , 



1 — D^fmtt, I, 3. 

2— Sur cett* question il faut surtout consulter avee la Dtfente, 
la Préface de la Franeiade. 



le» œuvre, nonvolle» f,,i,l , " '''^ '«'•" daM 

•noiennc. toute ri '''L:'" " .""^*''> «''» œ-vre, 

«■.■««-. i..SXt'rr ' """• •' '- ""^ 

limitation originale l'»..;™i .• . '' '"°" Ponrtant 

...■i- reoou. JI 'i- t: t-oïr T ""^•'"■-' 
qu'on .e tm„,fora,e od eux - ! ? .." '"' """«"» «' 
auteu™ et qu'on le, convr, ' ^ "" ^^""'^ '«^ "•«""«"" 
D'autre part du ^ •> - '" '""" '' "°"""'"' ' " 

«on livre de, d^SveloC^nts .n ; ^ "*"" '"'" ""' <'''■'' 

--"pnede3..,o„in::i:j:;r-;^-.^^^- 

'— ■"<'■"'«, r, 7, 69. 



^m 



— 412 — 

et n'est-co pas un peu ce proctSdé que l'ir oi-.iir s^'^iibie ricom- 
mander dans la conclusion célèbre et si 'uqn»-nt€ \\'i cc^ na- 
nifeste. " I.a doncques, Français, marc, .'z coungeus^iaent 
vers cette superbe cité romaine: et de-; -k--'^-' ''épouilles 
d'elle ... oruez vos temples et autels ... Donnez en cette 
Grèce menteresse, et y semez encore un coup la fameuse 
nation des gallogrecz. Pillez moy sans conscience les sacrez 
trésors de ce Temple Delphique ' ". Pouvait-on dans une 
langue plus martiale inviter les poètes à faire le sac do 
l'antiquité ? 

Au reste, prendre aux autres et rester original, personnel, 
est un art difficile qui demande non seulement une grande 
puissance d'esprit, mais encore une exquise délicatesse et 
une lente incubation dont ne sont pas toujours capables les 
auteurs souvent trop pressés de la Pléiade, et leurs disciples. 

En ce temps-là d'ailleurs, on se croy.iit tout permis avec 
l'antiquité. Cette mère des arts avait été si longtemps absente, 
que maintenant ou se jetait dans ses bras avec une sorte de 
violence, et que pour lui marquer plus d'amour on s'en par- 
tageait les morceaux. Ce fut une intempérance et comme 
une pieuse ivresse. C'est l'antiquité avec sa littérature, avec 
ses arts et parfois avec ses mœurs qui prenait possession du 
monde moderne. Les dieux et les déesses coulés en bionze 
ou taillés dans le marbre peuplaient les palais et les jardins 
des princes. A la cour, on donna des fêtes païennes et des 
mascarades où les princesses s'habillaient en sybilles. Un jour, 
c'est justement en 1549, Henri II visite sa bonne ville de 
Lyon ; ou le fait passer près d'une petite forêt où s'élrattent 
force petits cerfs tous en vie, biches et chevreuils. Au signal 
donni^ des trompe'Ues sonnent. De la forêt sort Diane, déesse 
antique vêtue d'uue robe d'or semée d'étoiles, le croissant au 
front ; elle tient à la main " son arc turquois " ; elle est accom- 



] — Défense^ conclusion, 161-162. 



— 413 — 

»« p^wi..... „.„, s.,Z S^ ° '"'■ 

PO.. ..p„i., ,«u r.,;:s7r:r;' " '!-■ 

rimentdes idylles ou, n„yT "''"' «' B«"e»u 

ii'.'î,'""'*"'-"'-"""""*™'™.»-»»,,,,^ 



— 414 — 



Non pas toutefois que la valeur de ces œuvres littéraires 
répoudtt toujours à l'ambition des réformateurs. Il y eut 
dans ces œuvras, à côté de très bonnes choses, qu'il serait 
intéressant d'étudier, beaucoup de médiocre ; et le méliocre a 
longtemps, et jusqu'au siècle dernier, fait oublier ce qui mé- 
ritait d'être retenu. I, s poètes de la l'iéi.ide ont parfois trop 
exclusivement cherché l'inspiration dans les livres anciens : 
cette inspiration a été trop livresque, et pas toujours assez 
personnelle. Ces auteurs n'ont guère vu la nature, nature 
de l'homme aussi bien que nature des choses, qu'à travers 
les œuvres anciennes ; ils ont trop souvent négligé do s'étu- 
dier eux-mêmes, de descendre en leur propre cœur, et d'expri- 
mer de l'âme humaine tout qe qu'elle contieut de vie et 
d'étemelle vérité. 

Et puis, les premiers disciples ne furent pas fidèles aux 
leçons des maîtres. On délaissa trop vite l'antiquité forte 
et grande que Ronsard avait proposée cmme modèle, pour 
l'antiquité spirituelle et galante qu'ui ' :: ''action d'Anœréon 
fit connaître et aimer. Et puis encon., i qui nous avait 

donné une première intelligence de l'art classique, noug 
dotait maintenant de ces défauts, et voici qu'avec Desportes 
et Bertant le pétrarquisme, les fiuoj pointes et les " grâces 
maniérées" s'introduisent et régnent dans notre littérature. 
Aussi, quoiqu'il soit injuste de dire avec Sainte-Beuve, 
qu'entre la Eenaissance et le XVIt* siècle, il y eut interrup- 
tion totale', qu'il fallut tout recommencer, il n'en est pas 
moins vrai qu'il faudra plus tard reprendre l'œuvre de Ron- 
sard et de du Bellay, la corriger en quelques parties, pour lui 
faire porter de meilleurs fruits. 

On a justement fait observer que dans l'histoire de l'esprit 
français, le seizième siècle correspond à cette période de la ' 
vie où l'homme au sortir, de son enfance, fuit ses premières 



1 — Sainte-Beuve, Nouveaux lundUt 111, 377. 



— 415 — 
•Studes, travaille à se p^iftrer ri» i„ 
d'amr«i. Au aeizièmn i ,. P""*^^ "' ••«' ouvres 

classique II uW d„T. x"' '''''"' '''^"Ç*'"^ f»'' »" cours 

■•œuvi de i ,:::, zr: rd":::^;'"^' ^^ -"-'^-^ ^«- ' 

Wmnce juvénile qui auTCl d^' T"" "' "'"' ^"'"'■ 
Après doue bien de wi:,''^''^ '^P"mde et corrigée, 
••-prit fonçais, sou™, tt TV Ï Z"!- "■";'""^'- 
anciens, trouvera son orientationTl^!- ^ '""P''"° '•'-'« 
bienl,eureu,e sonncm „ 2. P T' '5'""''' c^'^ heure 
«e la France apparauZ " "T"'"^"' '""'"' "'■^"'1"«» 
heure auront dTpâ „ " PI "l"' °"™" "" '* P"""'*™ 

Boileau n'aura pou Cr" °" '"'''"'""' "-«"-ers, et 

'-ais cela n'erupLe pas, u'-nseraT:-'"' *"" '"'''"''""•• 
qne c'est eux qui firent ZlT ''"'^''""•''""^ "e soutenir 

sei.iè,„e siécle'a pr^par/le d™ ""t ." """' '~"^"'^' ■•- '« 
la Renaissance est une d!, ,:'''"*'"''■ 1''° P»" cela seul 
notre histoire , Ut Jrt e „^ T ''' "'"' considérables de 
vail-éreut méritent Se^Ïs :tTu/^ "^"^^ ^ '- 
que parmi nous ou aum fe eu le 1 """ '™«"^™1"' 

bonnes lettres. ^^' *"""'"' «' '« «ouci des 



QUATORZIÈME CONFÉRENCE 

ilonnéo par 
M. l'nbbé HiMjii lUtuRu, a. T. D. 

Prof.„ew d„ Ph„i„„, 4 ,„ j..„„„j j„ ^^^^ 



MAGNÉTISME ET ÉLECTRICITÉ 
■^imanl! et tieciroaimanit 

Monsieur le Uecteur, 

Messieurs, 

Le magnétisme est une science relativement moderne 
U conna,ssances des anciens philosophes ,.,r c su et au 

^z::ir^zT "^^^^ ^^'-' '^^ 

Ion trouve dans diverses parties du monde et n.rticul ère 

nj^' ^"'"" '^' "'^'^'t^rae donné à la force qT 

v^t^^e'tre? T'"" "^"^ -î"^ l'observation rdJu 
verts et que I expérience peut reproduire à volonté 

Uans 1 Ignorance absolue de la cause H., „i,^ i 
reconnut une nouvelle vertu, plus remarquable et Pus im 



— 418 — 



un fil; c'est l'urigiiie de la boussole, si indispensable dans 
l'art de la navigation, 

Vers l'année 1600, Ollbert, médecin de la piine Kliz.ibeth 
d'Angleterre, publiu, dans son ouvrage De Mdgnete, une 
foule de faits nouveaux, d'observations et de découvertes 
qui contribuèrent dans une large part au développement de 
la science du magnétisme. 

Depuis cette époque, les études se sont poursuivies avec 
ardeur et persévérance, les méthodes d'investigation se sont 
porfectionnées d'une manière progressive et tout à fait scien> 
tifiqne, les laboratoires et les instruments de précision se sont 
merveilleusement multipliés, et, de nos jours, le magnétisme 
est tellement, pour ainsi dire, identifié avec l'électricité, il y 
a entre ces deux sciences un tel lien de parenté, une relation 
de cause à effet tellement évidente que la première est deve- 
nue un chapitre de la seconde, et que les applications les plus 
importantes de l'électricité, sans parler des interprétations 
modernes des courants électriques, sont fondées sur l'emploi 
qu'elle fait des aimants et de l'énergie qu'elle en tire. 

Toutefois, sous certains rapports, il n'est que juste de 
reconnaître que l'antiquité n'a rien à envier aux âges modernes. 
S'il est vrai de dire que la scienci du magnétisme est parve- 
nue aujourd'hui à un haut degré do perfection, si les savants 
de nos jours, au lieu de l'humble pierre magnétique des 
anciens, ont construit des aimants artificiels beaucoup plus 
énergiques, beaucoup plus simples dans leurs formes, et dont 
le mode d'action est parfaitement défini, s'il est possible 
maintenant de mesurer cette force mystérieuse qui émane de 
l'aimant, de l'utiliser au développement de l'énergie électrique 
et de la soumettre au calcul mathématique jusque dans 
ses conclusions les plus reculées, nous n'en sommes pas moins 
forcés d'adttettre que la nature intime de cette force est tou- 
jours restée un mystère impénétrable ; c'est encore la force 
magique des anciens, et nous sommes, vis-à-vis do colle-ci. 



— 419-- 

en revue ea'in ' T" ""'" P*'*^ «««""airement 






420 — 



allongée, qui ont reçu le pouvoir d'attirer la limaille, soit par 
frottement avec une pierre d'airnant ordinaire, soit — et avec 
une bien plus grande énergie — par un procédé électrique. 

Cette propriété attractive des aimants l'eaC i/>s également 
distribuée sur toute la surface d'un barreuii, ou plutôt, plus 
exactement, elle se manifeste un certains points particuliers 
parfaitement déterminés. Si, en effet, on roule un barreau 
aimanté dans de la limaille de fer très fine, on voit ce1)<'-ci 
adhérer de préférence aux deux extrémités, et y former des 
espèces de houppes. Ces deux extrémités s'appellent les 
pâUa de l'aimant. 

Au point de vue de l'attraction de la limaille de fer, rien 
ne différencie un pôle de l'autre, ils paraissent absolument 
identiques. Mais il est facile de contater qu'ils se distin- 
guent nettement l'un de l'autre, ce qui nous permet de signaler 
une deuxième propriété caractéristique des aimants. 

Si un barreau en forme d'aiguille aimantée est libre de se 
mouvoir horizontalement en le plaçant en équilibre sur un 
pivot, on s'aperçoit tout de suite que cette aiguille prend 
toujours la même direction dans l'espace, et qu'elle tend à y 
revenir, si on l'écarté de sa position d'équili^ te ; elle se place 
invariablement dans la direction à peu près nord-sud. De 
plus, une des extrémités, et toujours la même, se dirige con- 
stamment vers le nord, et dans toutes circonstances ; c'est, le 
pôle nord de l'aimant ; l'autre extrémité s'appelle le pôle sud. 

Considérons maintenant deux aiguilles aimantées, prenant 
toutes deux la même position invariable à la surface de la 
terre ; si l'on approche l'une de l'autre les deux extrémités 
qui se dirigent vers le nord, on constate une répulsion ; il en 
est de même pour les deux extrémités qui se dirigent vers le 
sud. Mais si l'on place un pôle nord dans le voisinage d'un 
pôle sud, il y a attraction. On exprime ce résultat en disant 
que les pâles de mime nom se repovsaent, et ke palet de 
noms contraires s'attirent. 



— 421 — 

Il est im»;;LXl 'un" ""'''"""''''''' '''^"• 

t*. on obtient deuxUr ,"■""'«* '^''""" »'">«■'- 

poursuive la division ■ I^T ! " *""" '"'" l»» « 

de ces aidants ^ m ût^^ e, l!^':' '''"'' "" «•^'■^-«' 
"Sgion moyenne où iZZZT T'""" '^'"^' ^" "»« 
nunaet,..,nappe„eK;L::ft^"^ "' '^"''"'"'-' 

-i.e. et le cobait^lt: ;:;!:: .-î:^^ ;;^ -ind.. ,e 
■nant. mais ne possèdent pas deTôle, ^> "•'" ^" ''"'- 
«remment le, deux pôles d'„„„ -, ' ''"'^"' '"<"'- 
qu'un barreau dW.£';!:f""r '"°"""*'. tandis 
dans le voisinage de la ZÛl n " ~"'P''" "' I''»«'S 
"pousse l'autre '"'^""''' ""■''^ •"• dos pôles et 

pet': ::z:2:zT.r- r^'"-' ^'-^ * - 

pri^t^ d-atti^r la iLaiHe je feT'oT 'f""-^"""— ' ■» Pro- 
véritable aimant avec "/ et Ult 1:75- ^"^■"'"'^ "° 
l'on constate que les nôles „n r. . ''«"^ "«""'«. et 

c'est-à-dl™ que !■ tfélL 1 T """ "' -«"ns eontmires. 
inducteur possèd un p ^1 'T"'"'^ "" '"'"'^'^^ 

pris naissance. Il „ » ail I 1 "'"""""' * <^''" "ï-i « 

-nt form. se p "ci^ ctrqXi'r^" "°" ^^''^ 
propriétés magnétiques CvJp • °<"nniuniqué les 

et l'on voit nlvIZio'TZTT.r'r'-'^' 
naturelle à cause de la ri;.n„ v ^ conséquence 

regaMque l'infl nt 1 d ve p 'r ^""""*" "^^ P^'- - 



— 423 — 

A son tour, lo morceau de fer, par cela mime qu'il est 
devenu un aimant, pourra agir dans le voisinage et attirer 
de nouveaux morceaux de fer, de telle «orte qu'il sera possi- 
. ble de former un vériwble chapelet dont les parties s'attirent 
mutuellement. Dès lors, l'attraction do la limaille de fer 
par les pAlos d'un aimant s'explique d'elle môme; les diffii- 
rent» grains de limaille deviennent de véritables petits 
aimants, lorsqu'on en approche un barreau aimanté ; ils 
s'attirent les uns les antres et se disposent on forme de 
houppe, comme nous l'avons constaté tout i l'heure. 

Passons maintenant i\ des considératiops plus scientifiques 
et il une conception plus moderne des phénomènes magné- 
tiques. 

Si l'on place au-dessus d'un barreau aimanté une mince 
feaille de carton saupoudré de fine limaille de fer, on voit, 
en imprimant de légères secousses au carton, que les grains 
de limaille se disposent suivant des lignes courbes très régu- 
lières ; ces lignes semblent sortit du pôle nord et viennent 
rentrer au pôle sud. On leur donne le nom de lignes de 
force et leur ensemble autour d'un aimant constitue un 
spectre ou fantôme magnétique. 

Pour rendre visible à tout le monde h la fois la formation 
d'un spectre magnétique, on le projette sur un écran à l'aide 
d'un puissant jet lumineux formé par l'arc électrique. 

Cette expérience ai simple et ai instructive en même 
temps, noua révèle d'abord que l'action d'un aimant s'exerce 
à travers les corps, sauf à travers le fer qui constitue un 
écran magnétique, et, en outre, qu'un aimant possède, dans 
le voisinage oi. il est placé, comme une sphère d'action dans 
les limites de laquelle sa puiasanoe se fait sentir, un champ 
d'activité qui l'environne et qu'il transporte avec lui ; en un 
mot, il agit dans un espace plus ou moins étendu qu'on 
appelle le champ magnétique de l'aimant, et qui est tra- 
versé par les lignes de force. Ces lignes de force, o'estn 



— 428 ^ 

vont à l-exWHeriXl'::: 7 -«"^''•'.-. -.ui 
qu'on leur donne- du nfll„ „ "h , «'""''■'"onnel 

timiW de ™T ''™"' '"•" 4 '"heure U Ifoi. 

P«le .ud a, Se „ J "T"" "'" '" ''"'""""• ''•' 

«VnouU.nf'ui,f;: rirnlt '^ "''"'' ^•" 
unea de» autre. .„„► , x " , "'S"'"' P'^s ou moins os 

magnd'lern\rl ""'"' ' '''"''"^"' "' ''«""-n 

elle! Je! e oTe e rCrr '?'-" ""''"^^ "' 

action tant qu'elles retentir: f?' """""'"' '"■«•""' 

D'après ces """ «',"''"'-'«» " l'i-Wrieur du barreau 

où sorte ZLSiZTr'T '""'"^ "•"' "•'«*<»» 
c'est là S3«len>ent Tue l'in h "" !'^'' ""^ °^ ""'" ''■"™'" : 
de fer. L' nterpt't'al! de .''"r. '"""""'"" "^ '" "«"""« 
devient alors feoTtjf™"" '" «ma»^ *<•«., 

distinctes, on ïii pt :r :L:r ""^^ '■""'•"■" 

in«..enee. Un riu^et r^^'ellr 7^ "" 
pur et recuit avec soin, deviendra un a 1 "t " on". ,"*' 

:";rr:zt,:r ^^ 'r »-~ês'\rse'irï: 
-u..eiet^,-:cs;:!-i:™: 



— 434 — 



du chftmp magnétique. Cependant, après qu'il a étd iouatrait 
à l'influence des lignea de force, il reate toujours quelques 
traw' dd magnétisme qu'on désigne suus le nom de magné- 
titme rémanent ou d'aimantcUion rémanente; elle est 
variable avec la nature du f«r et la forme du barreau muœis 
4 l'expérience. 

Nous avons vu plus haut que daus un barreau aimantti 
les lignes de force sont pressées les unes contre les autres A 
l'intérieur, tandis qu'elles sont très espacées à l'extérieur. 
C'est ce qui se passe dans le phénomène de l'aimantation par 
influence et ceci nous permet d'introduire une propriété 
caractéristique du fer que l'on désigne sous le nom de per- 
méabilité magnétiqiie. Le fer doux, plus que toute autre 
subatance, se laisse facilement traverser par les lignes de 
force d'un champ magnétique ; en un mot, il est très per- 
méable à ces lignes, suivant l'expression consacrée. Dès 
lors, si l'on place un morceau de fer doux dans un champ de 
lignes de force, celles-ci, qui se seraient développées dans 
l'air en courbes plus ou moins éloignées les unes des autres, 
■e déforment au voisinage du fer, et viennent presque toutes 
passer par celui-ci nui leiv. ciTro un chemin plus facile, parce 
que le fer est ph'i )«irii'riiili' que l'air. C'est toujours la 
théorie du moindre effort qui sert à expliquer une foule de 
choses, et dans des ordres d'idées bien différents. 

S'il est vmi que les lignes du force d'un champ magnétique 
se propagent avec une grande facilité à travers le fer doux et 
n'y laissent pour ainsi dire aucune trace de leur passage, il 
n'en est pas de même de l'acier trompé. Celui-ci offre une 
gmnde résistance au passage de ces lignes, l'influence se fait 
péniblement, mais, en revanche, une fois l'aimantation pro- 
duite, elle se conserve en presque totalité lorsque l'influence 
a cessé ; ce qui revient h dire que le magnétisme rémanent 
dans l'acier est considérable ; cette grande résistance à l'ai- 
mantation, ainsi qu'à sa disparition subite est appelée très 



-.428 — 

II'' vue magnétique '" *" l'™"t 

"on.ène, ,«r l'adô Z dC 1 " ''"^P'i^tion ,la, ph^. 



conque eat,«Jdetr,^.- "^ '*'""' ■^'«""n q»el. 

on avait constaté vLuelnt "'^' "*" '''' ""^-■' • 

objet, d-acer ainsi 'u^u^t""" """"" f" '" '""''"' »ur de, 
d'une pile voltaZe "" û 1'"°' ,"''' *«"''-• 1» «ouraut 

-i&i,iveetfondamentlle rL 7' ^'" """ '•'"^"«"°« 

-r le, aimant, et lita^fo^ "^^'"''■'»' 

nouvelle, IV/^d^m JL IlV H m'"" •^'""^ "^'""'^ 
Pement, sont du, aTtZVr '' ^^''^'P"" '''^^«'"P- 
Faniday. """""^'^ '™^°''^ d'An.péro et de 

HK et dan,7a direct olélroZ!'"' T"""" '" '^'''■ 

— ,„n:t'rs:s^^:sï 



— 426 — 



à se mettre en croix avec la direction du courant, et le sens 
de la déviation dépend du sens du courant qui agit sur l'ai- 
guille. Ampère a donné une règle mnémonique un peu fan- 
taisiste, il est vrai, mais très simple et très ingénieuse, pour 
déterminer le sens de cette déviation : imaginons un obser- 
vateur, appelé observateur d'Ampère, couché le long du con- 
ducteur, de telle façon qu'en regardant l'aiguille aimantée, le 
courant lui entre par les pieds et lui aorte par la tête, le pâle 
iiord de l'aiguille sera dévié à sa gaudu ; c'est ce qu'on 
appelle tout simplement la gauche du courant. 

La déviation de l'aiguille est proportionnelle à l'intensité 
du courant, et peut, par conséquent, lui servir de mesure. 
Cette propriété est utilisée dai^ la construction de certains 
appareils spéciaux, nommés gaZvanomitres, qui servent à 
indiquer le passage d'un courant ainsi que sa direction et son 
intensité. 

L'action du courant sur l'aimant est plus énergique si, au 
lieu d'un seul fil rectiligne placé dans son voisinage, on 
enroule celui-ci plusieurs fois autour d'un cadre au centre 
duquel on place l'aiguille aimantée. En appliquant la règle 
d'Ampère énoncée plus haut, on voit tout de suite que les 
diverses portions du fil agissent toutes de concert pour dévier 
l'aiguille dans le même sens. On donne à ce dispositif le 
nom de multiplieatp.ur de Schweigger. 

La réciproque de l'expérience d'Œrsted se réalise aussi en 
approchant un aimant d'un courant mobile. Celui-ci sera 
attiré ou repoussé suivant le p61e qu'on lui présente. D'après 
la règle d'Ampère, un courant en forme de cadre rectangu- 
laire tend à se mettre en croix avec l'aimant, le pôle nord 
étant toujours à la gauche du courant. C'est en plaçant le 
barreau dans l'intérieur du cadre que l'action est maximum, 
parce que les actions de chaque portion du fil sont concor- 
dantes. 

Cette règle d'Ampère, que nous venons de citer, a été 



-- 427 — 

énoncée d'une manière plus générale „n f .• . 
"■«gnétique seulement nJ /^/ 7,1' f""""»» du ohamp 
plus célèbre que Imau 7f.1 r"^' ^°''' '^ ""» ««' 
de la lumièrr V em d'un d ","" «'»<""""«-="?•'« 

qu on en a fait dans la télégraphie sa:rm *""""""■" 

«o^siSr^^^^^^ T""»- P~ P"«n cou. 
din.ction telle " ,e fl " " ^"^ " """■"■ ''''°' ""^ 

fe pins grand Zm.Z '"^'T '""' '« '™^"^« »<"' 
uneposiLtelC^rorLT r'" " P''"=^ '»''- 

ferm^ir^pZite"":;:-::.:" it^""" r'"'^- 

« principe en assimilant un "^tj^ ri?. '" "'"/"'"' 
■uiseraiTpe'rpendiSir'" " "" ^••™" "-' ''-« 

P-d nue direct ,L:.r:rr/'"" '"'^ ™«'-'. 

absolument comme „„!!•» '">«»«ce de la tem, 

vo. pe«urerntT ir::'':- h'™ ■"^" '^ •'''- 

et. par suite à l'aim.nr , 'lénàien magnétique, 

^^r^^ a doue- tL'Z'nZ t'iCul^rd"""- "" "'^-" 
et une /«« 8„<i eelle o,.i LT ^ ^'"«^ "^^ '<= "«d, 
tmlement oppos S Z °™""^' '^"' "" '«"' ^iamé- 

t-erselecSont „:„:r;::'V"' '" °""™"''»' 
le pôle nord du ^drelTtT ^ '''''"'''''*" ''" "'«««le 

-traire au mourenlTL'l. XdC m T' '^ ^^"^ 
ce sens même pour le pôle sud "'"'' "' '^'"'' 

plaques, cuivre et le ilJt, ?°'^'' "' '"''■ "eu. 
— entre e.les;rCÏ^.-î--^«^ 



! ;, 






— 428 — 



pile flottante lorsqu'on place le tout en équilibre sur de l'eau 
acidulée. Le courant, engendré par l'action de l'acide sulfu- 
rique sur le zinc, circule du cuivre vers le zinc, à l'extérieur. 
Comme, d'après ce que nous venons de dire, la bague de fil a 
une face nord et une face sud, si on en approche un aimant, 
il y aura attraction ou répulsion suivant que le pôle qu'on 
lui présente sera de nom contraire ou de même nom que 
celui de l'anneau. Le mouvement du circuit flottant se fera 
de manière qu'il l'absorbe, par sa face sud, le plus grand 
nombre possible de lignes de force. 

Un autre fait très important, et qui nous permettra de 
signaler un nouveau point de ressemblance entre les cou- 
rants et les aimants, est mis en évidence par l'expérience 
suivante, exécutée pour la première fois par Ârago en 1820. 
Ce physicien constata que si l'on plonge un conducteur de 
cuivre, traversé par un courant, dans de la limaille de fer, 
celle-ci adhère à toute la surface du fil, comme si on en 
approchait un aimant. On remarque alors que chaque par- 
celle de fer se dispose perpendiculairement au fil en obéissant 
i la ki d'Ampère. Cette découverte démontre qu'un fil élec- 
trique est entouré d'un véritable champ magnétique entière- 
ment semblable à celui d'un aimant, et qu'il y a identité 
réelle et absolue entre les deux. Ce champ peut être exploré 
au moyen des spectres magnétiques. 

Suppoeona un carton, saupoudré de limaille de fer, et tra- 
versé perpendiculairement à son plan par un fil droit com- 
muniquant avec les pôles d'une pile. En imprimant de 
légères secousses au carton, on voit les grains de limaille 
prendre la forme de circonférences concentriques ; c'est une 
espèce de tourbillon magnétique dont le sens de rotation est 
facile à déterminer par une règle mnémonique appelée règle 
du tire-bouclum : le sens suivant lequel il faut faire tourner 
un tire-bouchon pour qu'il progresse dans le sens du cou- 



— 429 — 

-.«ratti:r"°" "'" "-' ^« '^^ -' 

Un fil flectrique produit donc un champ magnétique au 
^^me t.tre qu'un aimant; bien plu,, d'après Istr/orie" 
nuxlernes, tout courant électrique ne se..it rien autr hose 
que ce mouvement circulaire magnétique à l'extérieur du fi, 

S. Ion considère maintenant l'action d'un fil enroulé en 
sp.™le la reasemblance avec un aimant devient si fraptn" 

fr» uve,?";"^ " """''■ ""'"■"^ ' »- conceptiorCt 
4 fait nouveUe de la constitution des aimanU 

ulZ^T"- '" '"■''• ""' ''^"<» '^'> fl' ^^. et à spires 
Passées les une, coot.« les autre,; e'e.t ce qu'on apte 

Uectnqne dan, un pareil ,y,tème, on constate que cotte bobine 
^^mporte comme un véritable aiman, ayant ses £Z 
nom, contra.™, aux deux extrémité,. La pcitiou Z p^le 

de ce soléno.de est à la gauche d'un observateur fictif, placé 
STh- """""■ ^' "«^"'»"' <*"- '■'■"^rieu;de a 

de 1 exténeur, crouler le courant en sens inverse dfmouve 

ment des aiguilles d'une montre. 

n,I^°i ^T ""■ °°"'''' "'"""" ««■« fer ni acier et le, 
procédé, ordmaire, permettent de recounattre qu'il prlit 

Tèrefnt r' ' '"'°'- ^^ <>•"«'. «"««"«tance particu- 
le 'il:'"'"?', "° î™"' "P'-« '« champ magné. 

foL r '. . °" ™ °°°^''''"=' '•*«'"«' q»e <»3 lignes de 
force forment de, circuit, fermé,. Ce que nou, pouvons 
eulementsoupçonnerpour un aiman, deWent évidrur^" 
une bobme. et prouve la légitimité de, prévisions que ^u, 

n '^ ."1' "«"'' ''* '"^ "'■•'""»' <•" pôle sud vers 
le pôle nord » l'ibtérieur, sortent par ce derJer . 



U I 



480 — 



s'être (îpanouies en courbes extérieures, rentrent par le pôle 
sud en formant un circuit fermé complet. 

Cette similitude des solénoides et des aimants est rendue 
plus évidente encore par leurs actions mutuelles, ce qui a 
conduit Ampère, comme nous le verrons dans la suite, à 
concevoir sa fameuse théorie du magnétisme. 

Le champ magnétique, engendré à l'intérieur d'une bobine, 
présente cette particularité remarquable que les lignes de 
force sont parallèles entre elles et à l'axe de la bobine, du 
moins à quelque diatanou des extrémités ; c'est ce qu'on 
appelle un ckamp Tnagnétique uniforme, qui, dans certaines 
circonstances, peut avoir son utilité. 

Plaçons maintenant, dans l'intérieur d'une bobine traver- 
sée pur un courant, un barreau de fer dou.x ; ce barreau se 
trouve donc dans un champ magnétique, comme dans le voi- 
sinage d'un aimant. De plus, à cause de sa grande perméa- 
bilité magnétique, le fer offre aux lignes de force un passage 
facile ; elles s'y concentrent alors, et le barreau acquiert 
tontes les propriétés d'un aimant. Ce phénomène est celui 
de l'aimantation par les courants, aimantation momentanée 
pour le fer et permanente pour l'acier. 

Un noyau de fer doux, entouré d'une bobine de fil de cuivre 
qui l'aimante a reçu le nom d'électro-aimant. On donne à 
ces appareils les formes les plus variées ; la forme en fer à 
cheval est très souvent employée. L'enroulement du fil ne 
se fait que sur les extrémités des deux tiges de fer doux ; ce 
sont les noyaux de l'électro-aimant. De plus, par un enrou- 
lement convenable du fil, on détermine toujours des pôles de 
noms contraires aux deux extrémités des noyaux. 

En effet, nous avons vu plus haut qu'une bobine, tra- 
versée par un courant, est assimilable à un aimant, et qu'elle 
possède k ses deux extrémités des pôles de noms contraires. 
Une tige de fer doux, placée dans l'intérieur, s'aimante sous 
l'influence du champ magnétique créé par la bobine, et les 



— 481 — 
d'une contre pourj I Vud l rT"""' '" "«'""^' 

nord, gagnent le ml .IT '"' ^"'''«'"'lu pôle 

?tanoeàun nombre ausa. grand que possible de lignes de 



— 432 — 

force. On remarque que la puissance d'un électro-aimant est 
proportionnelle à l'intensité du courant qui circule dans la 
bobine magnétisante, et au nombre de tours effectués par le 
fil. Si l'on représente par m la quantité du magnétisme 
développé, par /l'intensité du ciurant, et par iVle nombre 
des spires, on peut résumer les conditions précédentes par 
une formule tràs simple et qui peut s'écrire 

m = a IN, 



a étant un facteur constant qui dépend de la quantité, de la 
qualité et de la forme du for qu^ constitue le noyau. Le pro- 
duit I N ie l'intensité du courant par le nombre de spires de 
l'hélice magnétisante s'appelle les ampire-toura de la bobine. 
On voit donc que la puissance d'un électro-aimant, du moins 
jusqu'à une certaine limite, est proportionnelle aux ampère- 
tours. En pratique, on ne devra pas multiplier outre mesure 
le nombre des spires ni augmenter sans discrétion l'intensité du 
courant. Il y a certaines propo'Mons qu'il ne faut pas dépas- 
ser et qui varient avec la masse et la forme du noyau 
employé. 

Il faut aussi tenir compte de l'usage auquel est destiné 
l'électro-aimant que l'on veut construire. Si l'appareil fait 
partie d'un circuit très long, comme dans les ligues télégra- 
phiques, et par conséquent très résistant, on se servira d'un 
fil long et fin dans la construction des bobines magnéti- 
santes ; on emploiera, au contraire, un fil plus gros et plus 
court pour une ligne de faibles dimensions, comme dans les 
expériences de laboratoire. Ces conditions sout basées sur le 
fait, prévu par le calcul et confirmé par l'expérience, que le 
maximum d'effet d'un électro-aimant est obtenu lorsque la 
résistance de ses bobines est égale à la somme totale des 
résistances extérieures. 

Vous avez, Messieurs, devant vous un électro-aimant en 



— 4S3 — 
forme de fer à ohev.I, porM par un fon oh4«i. en boU et 
dont le. deux pôle, peuvent attirer, avec une grande en Le 
une armature en fer doux ,ui ferme le circuit magn" iq^* 

Zân ^' r '"'''''"• '' " '^l-^"» «»' -«.pendu un 
plateau pouvant recevoir des poids 

En faisant passer un courant asse^ intense dans les bobines 

armature adhère fortement aux deux pôles, et l'on Z; 

^vauer la force portante de l'appa^il au m;yen de S 

rir T: '"°'"'^™"'''. "'^^"O' pour effectu rt 
séparation de l'armature. 

Vous remarquerez que cet dlectro-aimant pert porte;- M 
lement le poids d'une personne; on peut mômnlull; 
cette même personne, en plaçant l'armature -r^. ^TZ 

dolent acff, 1 armature est attirée avec rapidité, malgré la 
réustanœ due au poids à soulever. * 

On constate aussi un phénomène singulier et qui „'a pa, 
enco:. reçu jusqu'à ce jour d'explication satisfaiLte Ts 
électroa-mants, malgré la p:^caution que l'on prend de 
n employer, dans la construction de leurs noyaux, que du fer 
e plus doux et le plus pur, restent aimantés après la sup- 

attracùves; 1 armature reste collée aux pôles et doit être 
arrachée avec une force qui n'est pas né^igeable. Ou 1 
rend cçmpte de ce fait par le magnétisme rémanent q^ 
existe oujours ; ma.s ce qu'on n'a pas encore réussi à expli- 
quer. c est que Varrachen^ent de l'armature fait disparaît e 
toute trace d'aimantation. 'l'araure 

Lesélectro-aimants sont extiêmemeut employés et sont 
susceptibles d'une foule d'applications mécaniques 0„t.e 
qu .le permettent de réaliser la construction d'ap^rdU beau 
coup plus puissants que les aimants permanentfd' cier Tls' 
ont la propriété caractéristique et très importante, à ll^^'e te 



— 434 — 



nou( venona de faire allusion, de constituer des aimnnts Um- 
porairet, o'est-à-dire que l'aimantation des noyaux, pourvu 
qu'il ne soient par trop longs et qu'ils soient de fer très pur, 
est entiàiemenl êabordonn4t au courant qui alimente les 
bobines. Les noyaux n'acquièrent les propriiSt(Ss magnétiques 
que pendant le iiassafje du courant, et cellea-ci disparaissent, 
pour ainsi dire, instantanément avec lui. De plus, l'action 
magnétique peut 6tre produite au loin, & l'extrémité d'une 
ligne plus ou moins longue, ce qui réalise le transport de 
l'énergie à distance. 

Les électro-aimants sont employés dans la construction 
des sonneries électriques, et surtout — c'est 1\ du reste, leur 
plus importanu application — dans l'insbiUatlun du- télé- 
graphe électrique. ' 

Sans insister sur des détails que tout le monde connaît et 
qui nous entraîneraient trop loin, qu'il me suffise d'énoncer 
très brièvement le principe de la télégraphie et d'indiquer le 
rôle essentiel des électro-aimants dans le fonctionnement de 
ces appareils. 

Une ligne télégraphique, constituée par un fil métallique, 
se compose d'une source de courant, une pile, par exemple, 
d'un électro-aimant avec armature en fer doux placée à l'ex- 
trémité d'un levier mobile, et enfin d'une clef ou manipula- 
teur qui permet de fermer complètement le circuit, et, par 
conséquent, de lancer le courant dans la ligne. L'électro- 
aimant reste inactif tant qu'un courant ne circule pas dans 
les bobines pour aimanter les noyaux ; mais dès qu'on appuie 
le doigt sur le manipulateur, le contact qui en résulte ferme 
le circuit, le courant s'établit dans la ligne dt dans les bobines 
du récepteur, et les noyaux en s'aimantant attirent la pièce 
de fer doux placée à une petite distance, en faisant basculer 
le levier. Lorsqu'au contraire on fait cesser le contact au 
manipulateur, le courant cesse dans le circuit et les bobines ; 
alors les noyaux se désaimantent presqu'instantanément. 



— 43S — 

IWur. on fer doux n'e.t plu, .ttirtfe et un re«ort anta- 
goni.to fait l«ouIer le levier eu wn. ooitrain. 

Dan. M. condition,, on comprend faci.enient que le, mou- 
vemento de 1 armature et du levier «,ront entièrement ,ubor- 
donn,!.à ceux du manipulateur, et cela, du moina ju^iu'à 
certaine, limite., quelle que «it la longueur de la ligne On 
pourra donc communiquer à di,Unce en employant un alpha- 
bet particulier qui n'eat rien autre chce qu'une combinaLn 
vanée de .ignaux plu. ou moins long. 

On construit de petit, moteur, électrique, au moyen 
délectr<Mumant,à noyaux de fer mobile, qu'on appelle quel- 
quefois âectro-ai manu à «jooio» ou à pJonj«ur 

Non. avon. vu plu. haut qu'une bobine, alimentée par un 
«jnrant. r&li,e le, condition, d'un circuit magnétique fermé 
Plaçon. une tige de fer doux dan. l'intérirvr de cette bobine '■ 
comme le fer est incomparablement plu, perméable aux liraeâ 
de force que l'air, ce. dernières vont .e concentrer dan, le fer 
en rang, prewé.. et le circuit magnétique se fermera à l'inté 
neur par l'iutermédUire de la tige métallique. S„ppo«,n. 
maintenant qu on place U tige de f„r à l'entrée de la bobine 
à 1 une de .es extrémité, ; il se développe alors une force qui 
tend à enfoncer la tige dan, l'intérieur de la bobine il se 
pixxluit une véritable succion, et avec une énergie qui peut 
être considérable avec de gros électro aimants 

Ce mouvement s'explique par le fait que le noyau de fer 
tend à se placer dan, la position où il complète le mieux le 
circuit magnétique, et celui-ci tend toujours à se fermer et 
devenir au.,i compact que poMible. Ce, condition, ,ont réali- 
^.. .1 e,t facile de le voir. lor,que le noyau sera enfonce 
dans la bobine et en occupera toute la longueur. On reraar 
que alors que le flux magnétique de l'électro . aimant 
subit une augmentation, tandis que, pour la rai«,n con- 
traire, Il diminue ,i on élève la résistance du circuit en arra- 
chant 1 armature et en augmentant par 1& même l'entrefer 



— 436 — 

Ces |ihi<nainènes ne sont que dci oai partioulien de oe fait 
général que dana tout système électroniagni<tiqar dont les 
partiel lont mobiles et (rauvent changer de positions relatives, 
ces [«rtios se mettent en mouvement du manière à rendre la 
flux inagndtique maximum. 

Cette ]>ro riàtà des électro-aimants à succion est mise en 
oeuvre dans le petit moteur que vous »ve« devant vos yeux. 
Le courant d'une source quelconque d'iSlectriciuS est suocei- 
sivemeut lancé dans chacune de ces deux bobines à noyaux 
mobiles, puis alternativemeut interrompu, par un dispositif 
approprii^. Il en n!sulte un mouvement alternatif des 
noyaux que l'on communique à un volant par l'intermédiaire 
d'un balancier. Inutile d'ajouter que des moteurs de cette 
sorte, quoique basés sur un principe tout à fait scientifique, 
ne sont pas du domaine industriel et ne peuvent avoir que 
des applications tris Astreintes. 

Nous avons dit précédemment que l'aimantation d'un 
barreau d'ocier se fait généralement au moyen des courants 
électriques ; elle est, en effet, beaucoup plus rapide et plus 
intense qu'avec tout autre procédé purement magnétique. 
Afin de démontrer cette puissance d'aimantation qui réside 
dans les courants électriques, j'ai fait construire par M. 
Siméon Fortin, électricien du Séminaire, ce gros solénoïde, 
formé de plusieurs couches d'un fil de cuivre pouvant sup- 
porter un courant assez intense. On détermine alors dans 
l'intérieur de cette bobine un champ magnétique puissant et 
sensiblement uniforme, du moins, à une certaine distance 
des extrémités, là où les lignes de force ne s'écartent pas 
encore les unes des autres. 

On pourra donc, en plaçant à cet ewlroit des échantillons 
de fer ou d'acier, produire des effets d'aimantation considé- 
rables et vraiment surprenants. C'est ainsi qu'on peut aiman- 
ter presque subitement un barreau d'acier en le plongeant 
pendant un temps très court da'is le champ de la bobine. 



— 437 — 
Uu long b«™,,u d. fer, d.n, le. ,„«„e. condition., devient 

Uchent le. nn. .u, autn,. en formant une chatae continue 
ce.Uexp4„e„ce de r.tt^etion de U li„.i„e .,,ro.UnZ: 

Qu'-rriver.it.il maintenant ,i l'on alimentait le circuit de 
U bob ne avec «n courant alternatif, c'C-à-di™ un c" 
Il ,'?"•,'""'"«" "'" "^' 8"""» "^-nbre de fl" 
ëleoiricien. doivent tenir comr' an. la en,i.tr„l, j 
appareil, «ectri,ue, dan. le.,n'èl, ilItre^Tn; 
de fer. et qu'on a dé^gné .ou. le nom d%,,tlu. J^^C 
«.tera. pa. .ur ce phénomène, dont l'explication, du r" te" 
fort d«,cate..erait en dahor. de. limiJdu -uj t que t 
ent^pn. de traiter. Il .ufflm de quelque, mot, pour f.i" 
».«r ce que le. .«ectricien. entendent par l'hy.téril et le 
part, qu'on en peut tirer dan, certain, crparticulie« 

Suppo.on. que l'on «umette un barreau d'«cier ou 'de fer 
QUI n a jama.. été aimanté, à l'action d'un champ ma^nélue 
dont r.nten.ité augmente p™gre„ivement, et qu'enaïUt^^l 
««». d„n.nuer le „,.„,e champ ju^ju'à .é„. 'si T 1^ 
p. un procédé quelconque, la quantité de magnéti.me pt' 
duit à chaque mstan^on trouve, contrairement à ce qu'^ 

tatïoT ""tT '"'™''- "•"' '" •""^»<«»*- d« •" "éraiman! 
teUon «,u. l'influence du courant qui diminue ne .ait pa. une 

niarchs ngoureueement inveree à celui de l'aimantotio^ ,oû! 

lact^n du courant qui augmente. Un constate, au con ™ „ 

«n reate de magnét.,me dan. le barreau, c'est ce queZj 

fHudra .oumettre le barreau à l'inHuence d'un courantinvle 
™..,p«. a.ble que le précédent, pour le «mener à7ét" 
naturel. Il y a donc un retard de l'aimanUtion par rapjr 
à la force magnéti^nte. C'e.t ce retarf de, effi m^ ' 



— 438 — 

tiquM «ur la c»ni« qui le» produit qui k éti! appelé, par 
Ewing, kyitMtU, d'un mot greo qui vaut din, ji niard». 
U théorie, couflrmée par l'expérienoe, démontre v'» <* P*"*" 
nomine de l'hy»térieia produit un réobauffement du fer, et, 
pot coniéquent, a pour réeultot une perte d'énergie. 

Ce reUrd de l'aimanUtion peut «Ire utilité pour déaai- 
manter complètement un biireau d'acier. Noua venons de 
dire, en effet, que pour ramener un échantillon d'acier h l'éUt 
naturel, il faut, aprèa avoir fait ceMer le courant qui l'a 
aimanté, le eoumettre à l'acUon d'un courant de «en» inverse, 
mais plus faible qne celui-ci. Il est évident que l'on fera 
disparattre l'aimantation en toyaité, si le barreau est placé 
tous l'influence d'un champ magnétique dont l'intensité dimi- 
nue progressivement. 

Cest ce que je vais essayer de faire avec celte grosse 
bobine, dans le circuit de laquelle je lance maintenant un 
courant alternatif; en plaçant le barreau dans l'intérieur et 
en l'éloignant rapidement, je réalise précisément les conditions 
que je viens d'énoncer, puisque l'intensité du champ magné- 
tique créé par la bobine diminue très vite avec U dUtance. 
On t'aperçoit alors qne le barreau d'acier a complètement 
perdu son aimantation et qu'il est sans action sur la limaille 

de fer. 

On utilise ce procédé, en pratique, pour débarrasser le 
mécanisme des montres des propriétés mognétiques qu'elle» 
auraient acquises par accident. Tout la monde sait que 
l'aimantation produit de» effets déaattreox et bouleverse 
entièrement le jeu des organes. Il sulHt alors, pour ramener 
la montre à l'état neutre, de U placer dan» le voUinage d'un 
alternateur et de l'éloigner rapidement. Si l'on ne peut dis- 
poser que d'une dynamo à courant continu, on arrive au m«rae 
lésultot en suspendant la montre à l'extrémité d'un fil préa- 
Ublement tordu, et do l'éloigner pendant qu'elle tourne sur 
elle-même. 



— 489 — 
'le court travail que non. venon» de faire ce toir sur la 
«ImT*; "■"""»"'«"»""» «•"«•nus. M.«l,u„,d-.ffl.„rer 
Z r ',"•""■ " ■''"■""" ■''" ■«"'"■" "*• -uccincte, ot 
et en m...t.„t quelque peu .u, le. «I„ti„„. i„.i„„ ,„'; ,,; 
un,..ent avec le. phénomène, dleotrique.. P„„, „•«»„ Z, 
tr^p .«complet, il „„„ eneon, à traiter de l'action de. cham'^ 
m.«nét que. pu,.„nU .ur le. divers. .„b,tance. autre, qi. 
W fer et I acier, ou, ce qu. revient «u même, do Vuniver,.UUi 
du magn,St ..ne. Il ne «mit pa, „„„ p,,',, hor. "r^r^^^ 
de d.re quelque cho.e de. action, mutuelle, de. couranT," 

Z^i l T \ "'" 'P"""'""" "*' '•-•'>"'»ed« notion. 
P-^dente. d,.„. le. expérience, d'Elihu Tho.n,on .ur le 
éUaro-a^manUà couranU all«matifi. Ce. divce. que,. 



QUINZIÈME CONFÉRENCK 

donn^ par 

M. l'abbé HiXBi Simard, S. T. D. 

ProfeMw lie Phnlque à 1. FunlU dea ArU 



MAGNÉTISME ET ÉLECTRICITÉ 
HlKlro-aimml, et action, «KlroiyHamtqye, de, courant, éleelHque, 

Monsieur le Recteur, 

Mesnenrs, 

Dans notre dernière leçon, nous avons étudié ensemble le 
phénomène du magnétisme, nous en avons oonsUté l'existence 
et la distribution dans les barreaux d'acier, puis la manière 
dont ceui-oi agissent sur les substances magnétiques, dans 
un espace relaUvement restreint que nous avons appelé le 
duimp magnétique. L'aimantation, permanente dans l'acier 
est momentanée dans le fer, et ce métal ne peut conserver les"' 
propriétés attractives que sous ïinjluence d'un aimant ou 
d'un courant électrique. 

Jusqu'à présent, nous nous sommes occupé exclusivement 
du fer et de l'acier, comme si ces substances étaient à peu 
près les seules qui puissent acquérir les propriétés magné- 
tiques. 

Telle a été pendant longtemps l'opinion des physiciens. 
L'on reconnut cependant, après 1778, qu'il n'en était pas 
unsi, et les découvertes sur ce sujet se multiplièrent après 
1 invention des électro-aimants, parce que ces appareils per- 
mirent la réalisation de champs magnétiques puissants, eapa- 



— 442 — 



blés d'ogir sur lea corps peu magnétiques. Comme nous avions 
dtudié, à la fin de notre dernière conférence, la constitution 
et le mode d'action des électro-aimants, il est tout naturel de 
dire quelques mots de cette importante application. 

Un des premiers pa.", dans cette voie, fut fait, en 1778, pnr 
Brugmane, physicien de Leyde. Celui-ci découvrit ce phéno- 
mène inattendu que des aimants très puissants pouvaient 
repaiJMer le bismuth, et, en 1827, Le Bailly et Becquerel 
remarquèrent la même particularité dans l'antimoine. 

Cependant, les expériences exécutées à cette éimque étaient 
plus ou moins décisives, plus ou moins concordantes, et 
n'avaient pas eu pour résultat d^ faire adopter par les savants 
l'universalité du magnétisme. Les recherches et les décou- 
vertes les plus importantes furent faites par Faraday en 
1847, et, depuis ce temps, il paraît bien prouvé que la plu- 
part des corps sont sensibles à l'aimant, quoiqu'à des degrés 
très variables. Comme l'action de l'aimant sur les substan- 
ces non magnétiques est environ 100,000 fois plus faible que 
sur le fer, il faut donc, pour arriver à des conclusions cer- 
taines et définitives, employer des électro-aimants à champ 
magnétique très énergique. 

C'est ce que fit Faraday; il se servit d'un appareil à 
bobines verticales avec lequel il exécuta une brillante série 
d'expériences dont on peut répéter les principales avec un 
électro-aimant construit d'après les données de Kuhmkorff 
et qui ne diffère du précédent que par des détails de con- 
struction. 

Cet électro-aimant est constitué par deux gros noyaux de 
fer horizontaux, entourés de bobines qui peuvent supporter 
un courant assez intense, et l'enroulement du fli est disposé 
de telle sorte que les deux pôles en regard soient de noms 
contraires. Ces deux noyaux de fer sont terminés par des 
pièces coudées, de même métal, pouvant glisser sur leui' 
support, ce qui permet de les éloigner ou de les rapprocher 



— 443 _ 

l'une de l'autre à volonté. On a donc, entre les deux pôloe 
en regard, un champ de lignes de force très puissant, dirigiS 
du pôle nord vers le pôle sud, et c'est dans ce champ que 
l'on place les corps dont on veut étudier les propriétés 
niagnétiques. 

L'éminent physicien anglais a constaté, dans ses expériences, 
que des barreaux de plusieurs substances mélalliquesi 
entHautres le bismuth, suspendus entre les pôles de l'appa- 
reil, se placent à angU droit de la direction du champ, c'est-à 
dire de la ligne qui joint les i)«les ; c'est ce qu'il a appelé la 
position tquaUmale. D'autres substances, au contraire, 
comme le fer, suivent la direction même du champ, appelée 
direction amaU. 

Faraday a désigné sous le nom de substances paramagni- 
tiquet. ou simplement ma^inaiques, celles dont U plus 
grande dimension — U ligne qui joint les deux pôles — se 
dispose dans la direction du champ ; le fer est le corps ma- 
gnétique par excellence. Les antres substances, celles qui 
se dirigent perpendiculairement au champ, ou encore qui 
sont repoussées r«r un aimant, ont reçu le nom de subs- 
tances diamagrUtiquee. 

Les résultats des expériences de Faraday ont démontré 
que les corpe diamagnétiqnea sont beaucoup plus nombreux 
que les corps magnétiques. On peut citer, parmi les première, 
le bismuth, le plomb, le cuivre, le zinc, et, en général, les 
substances organiques. Les métaux tels que le fer, le nickel, 
le cobalt, le platine, eta, et la plupart de leurs composés 
salins sont magnétiques. Enfin, on peut affirmer que tous 
les corps, solides ou liquides, sont sensibles à l'aimant, mais 
à un degré tris faible par rapport au fer. 

Le magnétisme des liquides peut être étudié en plaçant 
ceux-ci dans des verres de montre disposés sur les estrémités 
des pièces polaires de l'électro-aimant. Lorsque K liquide 
est diamagnétique, il est npotiaaé par les pôles, et forme une 



— 444 — 

petite colline tiaïuvenale ; a'il est magnétique, il est attiré, 
il se creuse au centre pour se porter vers le pièces polaires 
de l'éleotro-aimant. On a reconnu que presque tous les 
liquides sont diamagnëtiques, sauf les solutions qui con- 
tiennent des sels des métaux magnétiques ; le sang, cepen- 
dant, quoiqu'il renferme du fer, est diamagnétique. 

Le mSme appareil peut servir à étudier l'action du magné- 
tisme sur les gaz, les flammes et les fumées, A cet effet, on 
termine les pièces polaires de l'éleotro-aimant par des cônes à 
sommets arrondis ; les lignes de force qui unissent le pôle 
nord au pôle sud sont alors très serrées, et le champ magné- 
tique produit est très intense. Si l'on place la flamme d'une 
bougie à cet endroit, on voit celle-ci s'aplatir perpendiculai- 
rement à la ligne des pôles de l'électro-aimant, dès qu'il 
devient actif par le passage du courant ; elle est donc diama- 
gnétique. 

Il en est de même de la plupart des gaz. Faraday, parmi 
plusieurs procédés différents, soufflait des bulles de savon 
avec les gaz qu'il voulait soumettre à l'action de l'aimant, et 
il a constaté une attraction ou une répulsion, suivant les gaz 
employés. C'est ainsi qu'on a reconnu que l'oxygène, et sur- 
tout l'ozone, sont magnétiques, tandis que les autres gaz sont 
en grande partie diamagnétiques. 

L'explication de ce phénomène du diamagnétisme est plus 
ou moins problématique. Faraday a cru pendant longtemps 
qu'il existait une polarité diamagnétique, inverse de la 
polarité magnétique ordinaire, c'est-à-dire qu'il se développe- 
rait à l'extrémité d'un barreau de bismuth approchée d'un 
aimant un pôle de nom contraire à celui que l'on constate- 
rait sur un barreau de fer placé dans les mêmes circonc'.'nces. 
Cette manière de voir, qui fut vivement défendue par Weber 
et TyndaU, et que Faraday abandonna lui-même plus tard, 
n'est peut-être pas l'exacte interprétation des faits. On peut 
expliquer le phénomène du diamagnétisme d'une manière 



— 443 — 

toute différente en considémut l'action d'un aimant sur le 
milieu dans lequel les corps sont plongés. 

D'après cette nouvelle théorie, tous les corps seraient 
magnétiques, quoiqu'à des degrés très différents, et l'action 
d un champ de lignes de force sur un corps serait la différence 
de l'action exercée sur lui et sur le milieu ambiant. On a 
remarqué, en effet, qu'une substance peu magnétique se corn- 
porte comme un corps diamagnétique ai on la plonge dans 
un milieu, liquide ou gazeux, qui serait plus magnétique 
qu elle. C'est ainsi qu'un tube de verre rempli d'une dissolu- 
tion étendue de sulfate de fer, substance magnétique, prend la 
direction axiaU si ou le plonge dans de l'eau qui est moins 
magnétique que le sulfate. Si on l'immerge, au contraire 
dans une dissolution du même sel, mais plus concentrée par 
conséquent plus magnétique, le tube de verre prend la direc- 
tion iquatoriale, comme un barreau de bismuth. 

D'après ces résultais, on serait en presence d'un phéno- 
mène analogue à l'équilibre des corps plongés dans les 
liquides ou les gaz ; les différentes substances, relativement 
au milieu dans lequel elles sont placées, seraient assimilables 
à un ballon qui, conformément au principe d'Archimède 
s élève dans l'atmosphère parce qu'à volume égal il pèse 
moins que la i sse d'air qu'il déplace. 

En un mot, manière d'agir des corps dans les différents 
milieux serait une oonséquence de hat perméabUité relative 
aux lignes de force du champ magnétique auquel ils sont 
soumis. Dans ces conditions, si un corps est placé dans un 
milieu moins magnétique que lui, par exemple, un barreau 
de fer dans l'air, on démontra qu'il est attiré aux points dn 
champ où la force magnétique est la plus intense ; il prend 
alors la direction du champ. S'il est moins perméable aux 
lignes de force que le milieu qui l'entoure, il est repoussé 
des pointa où la force magnétique est la plus forte vers les 



— 446 — 

points où elle eat la plus faible et il prend la position équa- 
toriale. 

Quand à l'objection que beaucoup de corps sont diama- 
gnétiques dans le vide, il suffit d'admettre, pour la résoudre, 
que l'éther, qui remplit tout l'univers, est plus magnétique 
que toutes les substances diamagoétiques connues. 

Comme on le voit, Messieurs, il existe encore ici et là 
quelques points noirs, et l'on est loin d'avoir, dans l'explica- 
tion de ce phénomène, une certitude absolue ; l'on se con- 
tente alors de théories plus ou moins plausibles, et qui con- 
tiennent, d'une fs<^n suffisante, des caractères non équivoques 
de probabilité et de possibilité ; le moins qu'on puisse exiger, 
c'est qu'elles ne conduisent à fuuune conclusion qui soit en 
contradiction flagrante avec les faits. 



•'• 



Pour faire bien saisir les relations intimes et les nombreux 
points de ressemblance que la science onstate entre le 
magnétisme et l'électricité — et c'est là l'idée principale qui 
nous a servi de boussole dans la préparation de ce travail — , 
nous avons cité, dans notre première conférence, l'expérience 
d'Œrsted, c'est-à-dire la déviation d'une aiguille aimantée 
par un courant électrique, puis nous avons montré qu'un 
conducteur traversé par un courant produit un champ ma- 
gnétique formé de lignes de force concentriques et qu'on 
peut explorer avec la limaille de fer, comme le champ d'un 
aimant. Il imparte maintenant de préciser davantage, en 
insistant, avec quelques détails, sur les actions mutuelles 
des courants, puis des courants avec les aimants, afin d'arri- 
ver à la fameuse théorie i'Ampén par laquelle il explique 
le magnétisme par l'électricité. 

Ampère, peu de temps après la découverte d'CErsted, 



— 447- 

découvrit à son tour I» r&iproque de ootte expérience fon- 
damentale qui fut U bue de l'dlectroinagnétisme, et rotnar- 
qua de plus qu'un courant mobile était mi) on mouvement 
à l'approche d'un courant fixe. Comme il était excellent 
mathématicien, l'illustre physioieu français énonçi les lois 
connues dans la science sous te nom de foi» d'Ampire 
déduites du calcul et vérifiées par l'expérience ; une science 
nouvelle a surgi de ces savantes études, Vileelrodynami^ue, 
ou, la science qui traite de la manière et de la force avec 
lesquelles un courant agit sur un autre. 

En 1846, les expériences d'Ampère furent reprises par le 
physicien allemand Weber, qui en constata la parfaite exac- 
titude. D'ailleurs, ces actions mutuelles des courante sont 
purement magnétiques et s'expliquent par des efforts pro- 
duite dans le milieu ambiant. Il convient cependant de 
signaler que, d'après les conceptions d'Ampère, les champs 
magnétiques, quels qu'iU soient, sont le résultat des courante 
électriques. 

Ampère s'est servi, pour ses e périences, d'un appareil 
particulier et très ingénieux, appelé table d'Ampère, avec 
lequel on peut obtenir des courante mobiles. 

Si l'on approche du courant mobile, à l'endroit où il est 
vertical, un cadre entouré d'un conducteur faisant plusieurs 
tours pour augmenter l'effet, et de façon que celui-ci, dans 
la partie la plus voisine, soit parallèle au fil mobile, on con- 
stote qu'il y a attraction, si les courant sont de même sens. 
En éloignant le cadre tenu à \ main, l'action est faible et 
diminue rapidement avec la u.stance. 

Kenversona maintenant le courant dans le fil à l'aide du 
commutateur; U y a répulsion. On énonce ce résultat par 
la loi suivante : 

a) Deux courants paraUèUs ifattirent s'ils sont de m<m« 
sens et se repoussent s'Us sont de serts contraires. 

I-orsque deux courante font un angle entre eux, celui qui 



— 448 — 

est mobile u déplace de manière à devenir parallèle à l'autre 
et de même Mna. Cette Moonde loi peut a'énonoer oomme 
suit: 

b) Deux courant» angulavra «"ottirent t'iU s'approehtni 
ou t'iloignent tou» U» deux du tommet dé Vangle, et m 
repouetevi, si J'im ifapprocKe de ce eommet pendant que 
l'autre «"en éloigne. 

L'action d'un conducteur replié sur lui-même est nulle sur 
un fil mobile. D'où l'on conclut : 

c) Deux courants égaux, paraUile» et de sens contraire! 
exercent sur un circuit mo6ii« des actions égales et de sens 
contraires. 

Il en est do même si l'un des courants revient en s'éurou- 
lant autour du premier. C'est ce qu'on appelle un courant 
sinueux. On remarque qu'un tel système n'a pas d'action 
sur un courant mobile ; donc 

d) Un courant sinueux a la mime action extérieure 
ou'un courant rectilique terminé ouœ mimes extrémité». 

Il convient d'ajouter que cette loi n'est rigoureuse qu'en 
autant que les sinuosités sont assez petites et que le fil 
sinueux ne s'enroule pas autour du courant droit. 

Ampère a réalisé un mouvement de rotation continu 
sous l'action d'un courant, au moyen d'un petit équipage 
composé d'un fil deux fois recourbé sur lui-même et dont les 
extrémités plongent dans l'eau acidulée du bassin. 

Ce mouvement de rotation s'explique par la loi des cou- 
rants angulaires. En effet, les courants qui descendent de 
chaque cfité dans les fils verticaux mobiles font un angle 
avec les portions de courants qui circulent autour du bassin. 
L'attraction et la répulsion, qui résultent de cette disposition, 
s'ajoutent à chaque instant pour produire le mouvement 
continu. 

Il en est de même de l'explication qu'Ampère a donnée 
d'une curieuse expérience par laquelle il a prétendu prouver 



— 449 — 

la répuLion d'un courant ,„r lui-même. Deux portion, oon- 
.&ut.ve. d un même courant peuvent «tre con.iddrée. comme 
f««nt entre elle, un angle de 180». et, de plu., l'un do, cou- 
«nt. .éloigne du .ommet de l'angle tandi. que l'autre .'en 
approche. II y aura donc répulaion d'aprè, le. loi. que non, 
venon. de voir, et le. cho.e. .e pa,«nt comme .i un courant 
.va._t pour effet d'étirer le fil dan, lequel il .e prepage. 

L appareil dont on ,e ,ert pour mettre ce phénomène en 
évidence ,e compose d'une cuvette plate on boi., .éparée par 
nnecloLon i.olante, et dont chaque compartiment contient 
du mereure. 

On place ,ur ce liquide conducteur un fil de cuivre formé 
de deux portion, rectiligne. réunie, par un pont qui franchit 
la cloison. Le courant qui arrive par une borne de l'appareil 
« propage par le mercure, pni, par le fil et revient à 1« pile' 
par le mercure et la borne de l'autre compartiment. 

Dès que le courant est établi, on voit le fil de cuivre 
«éloigner rapidement de, borne,, comme ,i les portion, de 
courants qui suivent le fil étaient repoussée, parle, coumnt, 
de même ,eiis qui s'écoulent par le mercure. 

Cependant, on admet que cette expérience est ,u,ceptible 
d une autre interprétation, et que le monvement en dû au 
fait qu un cireu.t mobile tend toujours, sous l'influence du 
flux magnétique qu'il engendre lui-même, à augmenter le 
plus possible la surface qu'il comprend. C'est ainsi qu'un 
oireuit à contour flexible prendra la forme d'un cercle parce 
que le cercle est la plu, grande aurface comprise danfun 
périmètre donné. 

Il e,t important d'ajouter que, dans toutes ces expériences 

d attraction et de répulsion entre différent, cireuits mobile^ 

ce ne sont pas les courants qui se déplacent sous l'influence 

de leur, actions mutuelles; il est facile de prouver que le, 

29 



— 460 — 

oonductcun «eula aoiit lei point* d'appliation da« forcM 
électrodynamiqiies. 

Cet actions mutuelles des co inints nous démontrent un 
fuit important dont nous avons ddji'i parlé, o'e»t que le cou- 
rant électrique produit autour de lui un champ magnétique 
identique à celui des aimants, et oc<tte identité nbaulue est 
pleinement mise en évidence en étudiant le spectre de lim;iille 
qu'il détermine. Co ne sont donc que des actions maj^néli- 
ques résidant dans le miliun qui entoure les conducteurs et 
qui les sépare. 

Non seulement les courants, en vertu dus champs magné- 
tiques qui les enveloppent, agissent les uns sur les autre^ 
mais encore bs aimants peuvent proluiro dos effets d'attrac- 
tion et de répulsion lorsqu'ils exercent leurs actions sur les 
courants mobiles. 

Nous avons déjà vu qu'un cadre de (il se met en mouve- 
ment sous l'influence d'un aimant, et qu'il tend à se mettre 
en croix avec celui-ci. Cest ce que nous avr)ns appelé la 
réciproque de l'expérience d'CKrsted. Un cas tout partiou- 
lièroment intéressant est l'action d'un aimant énergique sur 
Pure Acclrique. 

L'on sait que si l'on établit un courant sutfisamment 
intense dans un circuit contenant deux crayons de charbon 
qui se touchent, ce courant continue à passer lorsqu'on 
éloigne quelque peu les charbons, en donnant une lumière 
éblouissante qu'on appelle l'arc éUctriqtu, et qu'on emploie 
si fréquemment de nos jours dans l'éclairage. Le carbone 
des crayons est vaporisé par la haute température développée 
par l'énergie électrique, et le ::aurant est pour ainsi dire 
transporté sur un pont de vapeurs incandescentes. 

L'arc électrique peut donc s'assimiler à un courant mobile, 
et, dans ses conditions, doit de toute nécessité être sensible à 
l'action de l'aimant. L'arc sera attiré "U repoussé suivant le 



— 4SI — 



p6W qu'un lui pràiente, il «t oomnie louftlii dana un pluii 
p«r{jendicuUire k la ligiio qui Joint le pAle à l'aro. 

L'expérience peut u faire oommoléinent avec l'iSlootro- 
aimant de RuhnilcorfT que nous avons déjà vu foDctioiiner. 

Les deux charbons sont disposés entra les pAles de noms 
contraires de l'appareil, c'est-à-dire dans un champ magné- 
tique intense. Ou fait d'aixird jaillir l'arc, et lorsqu'il brille 
avnc éclat, on établit le courant dans les bobines de l'électro- 
aimant. On voit alors l'ara se déplacer à angle droit de la 
ligne de) pAles et présenter la forme d'un dard de chalu- 
meau; il se comporte comme une substance diamagnétique 
énergii|uemont ropoussdu par l'aimant. 

Considérons maintenant une nouvelle conception d'Ampère 
et qu'il a appelé un aoUnoide. 

C'est l'ensemble de petits courants circulaires, égaux en 
surface et en intensité, étiuidistants et parallèles, ayant cha- 
cun leur centre sur une ligne commune qu'on désigne sous 
le nom de directrioe du solénoide. 

Un sulénoïdc n'a pas d'existence réelle ; c'eit une pure 
conception. Mais, en pratique, on peut réaliser un pareil 
système, qu'on désigne quelquefois sous le nom de cylindre 
éUetromagiMiqiu, eu enroulant un fil en hélice, de manière 
à former des spires équidistantes, et en ramenant les deux 
extrémités du fil jusqu'au milieu de l'axe. On démontra que 
le fil de retour détruit l'effet du courant sinueux déterramé 
par les spires et qu'il reste un ensemble do courauts paral- 
lèles. 

Un cylindre éledtromagnéiique de ce genre possède toutes 
les propriété* d'un aimant. Nous avons déjà vu qu'un 

.L-nnide est entouré d'un cortège de lignes do force qui 
sortent par K- pâle nor J et rentrent par le pôle sud eu formant 
un circuit magnétique fermé. De même nous savoms déjà 
comment trouver les pôles d'un solénoïde. Le pâle nord est 



— 4->2 — 

à lu gHiiche da l'obtervultur d'Amrèro qui rugurdereit dan» 
l'inU'rieiir du oyliiidro nu M pliçint dan» le ton» du courant, 
Dlipoiou» nniiiitcnaiit tin loliSnoïde en équilibre lur la 
Ubio d'Aïupèrp. l'iavura-S par un courant et laiM* à lui- 
mémo, on cinatate qu'il »c met en mouvement et «'oriente, 
comme iinf aiguille aimantée, aoui l'mHiience de la terre. Il 
piond la position nord-sud, oW-à-dire qu'il »e place dans la 
direction du plw du méridien magnétique. Si alor» on 
regarde, do l'extérieur, l'extrémité qui ae dirige ver» le nord, 
et qui e»t toujours la même pour un sens déterminé du cou- 
rant, on voit œlui-ci circuler dans le sena contraire au mou- 
vement de» aiguilles d'une montre. Il est donc facile, iiiio 
fois que l'on connaît le sens du courant, do déterminer les 
pAles du lolénoïde. 

On peut, avec cet appareil, répéter toutes les expériences 
des aimants. Si, par exemple, oi en approche un barreau 
aimanté, une des extrémités est attirée par l'un des pôles du 
barreau, et l'autre est reponssée. Réciproquement, une aiguille 
aimantée, suivant la nature de» pôles en regard, sera attirée 
ou repoussée par un solénolle. 

Le» mêmes phénomènes «'observent avec deux solénoïdes; 
ils se comportent l'un vis-à-vis de l'autre comme deux aimants. 
Enfin, un «olénoïde est dévié par un courant rectiligne 
parallèle à son axe ; il tend à se mettre eu croix avec le coû- 
tant comme dans l'expérience d'Œrsted. 

Un fait impartant, auquel nous avons déjà fait allusion, se 
détache nettement des expériences que nous venons de faire ; 
c'est l'identité des actions produite» par les courant» et pat 
les aimanta. Il est donc tout naturel 3'attribuer les deux 
ordres de phénomène» à une seule et même cause. C'est là 
l'origine de la théorie d'Ampère sur le magnétisme. 

D'après ce savant, tous les phénomènes magnétiques 
doivent s'expliquer par de» courants électrique». L'éminent 
physicien ftanijais admet, dans ce but, qu'un coiir'nt éleo- 



— 453 — 

triqiie circule autour da> uioI^uIm du •ub«tanae> mtgni!- 
tiquei, ou plutôt, dan> U moliSouIe alle-in(me. Avtnt l'ai- 
mautatioii, ce* courants «ont onchevétrde, H font dîna dee 
■ens dilKrentt, de sorte qii'ili M détruisent mutnellonient et 
n'ont ina de résultante. L'approche d'un aimant ou d'un 
fort courant électrique a pour effet de les orienter days lo 
même eeni it dans des plans parallèles ; il en résulte alors 
qu'un barreau de fur ou d'acier peut s'assimiler à un f.iiacoau 
de solénoldos dont l'ensembli! w <:om|K)rte comme un solé- 
noide unique. 

Un barreau aimanté, d'après "ette théorie, serait donc 
entouré d'un courant circulaire dans toute sa li>ii);ueur et 
le pAle nord, commu dans un solénoïde, serait il lu gauche de 
ce courant. En regardant, de l'extérieur, lo pAIe nord d'un 
■imant, l'imagination verrait ce courant tourner en sens 
contraire du mouvement îles aiguilles d'une moiilro, de la 
même manière qu'on le constate dans un solénoïde. 

Cette théorie, en tous points conforme à l'expérience, rend 
parfaitement &"h 'to les propriétés de^ aimants, ainsi que 
des actions i)u'ili «eroei.l, soit sur d'autres aimants, soit sur 
les couru lu cr \- i fui -îiirles. Mais elle no donne pas l'ori- 
gine de ' cKur.tDls r ..Koulaircs que l'on fait circuler autour 
des mcUiouli-s iliw i i.fps ,m: gnétiquos. 

Une i'it\f'i lit 1'- vi ' m' j- '^ e naturellement à l'esprit. S'il 
•'«gis» ii fVi II .■'!:. l'électricité à travers les parti- 
cules des c<.'[» ^1! u. Tf M un ''er ou d'acier deviendrait, dans 
ces conditions, mu <ri» (lermanente de chaleur, puisque 
ce* courants rencontreraient une résistance qui d'nilleura 
s'opposerait à leur circulation perpétuelle. Mais nous avons 
dit que les courant» d'Ampère se font à l'intérieur de la molé- 
cule, et comme cet intérieur nous est parfaitement inconnu, 
on peut, sans inconvénient, admettre qu'il n'y a aucune 
résistance, et, par conséquent, aucune production de chaleur. 



— 464 — 

Comme nous venons de le voir, les expériences décisives 
et la remarquable et importante théorie créée par le génie 
d'Ampère venaient d'illuminer d'un vif éclat les horizons 
encore ténébreux du magnétisme et de l'électricité ; une voie 
jusqu'alors inconnue était ouverte aux pionniers de la science 
et le^avant français veuait de jeter les bases d'une branche 
nouvelle des connaissances scientifiques en découvrant les 
actions mutuelles des courants et des aimants, en exprimant 
les lois des mouvements qui en résultent, en les résumant 
enfin dans un énoncé simple et ingénieux permettant de 
prévoir chaque cas particulier ; en un mot, il avait fondé 
Vileetrodynamique, ce qui lui avait mérité — éloge très 
significatif, on en conviendra sans peine — d'être surnommé 
le Newton français par les physiciens de la Grande-Bretagne. 
A cette époque, on ne savait rien des phénomènes d'in- 
duction, c'est-à-dire de la productiqn d'un courant sous l'in- 
fluence d'un autre courant, puisque ce nouveau chapitre de 
l'électricité est dû à Faraday, qui en énonça les premiers 
principes en 1831. 

Il n'est donc pas étonnant qu'Ampère ait négligé l'étude 
des actions de deux courants dont l'un est engendré par 
l'autre. Il paraît certain que personne ne songea, durant une 
grande partie du siècle dernier, à, considérer ce cas particulier 
et fort intéressant de l'électrodynamique, et la science, sur ce 
sujet, est restée muette jusqu'en 1884. 

C'est à cette époque que le professeur Etiku Thomson, 
des Etats-Unis, publia une brillante série d'expériences sur 
les électro-aimants à courants alternatifs, en donnant à la 
question dont je viens de parler une solution définitive et 
inattendue. Les résultats de ses savantes recherches, réiu- 
mes dans un groupe d'expériences fort curieuses, ont figuré 
à l'Exposition Universelle de 1889, à Paris, oii elles excitè- 
rent l'admiration des physiciens et des nombreux visiteurs 
de la galerie des Artt libéraux. 



— 465 — 

Comme ces expériences, pouf être bien comprises, suppo- 
sent nécessairement la connaissance, très élémentaire du 
reste, des phénomènes d'induction, permettez-moi. Messieurs, 
de rappeler et de résumer en peu do mots les principaux 
résultats des travaux de Faraday. 

Imaginons deux circuits fermés, placés dans le voisinage 
l'un de l'autre et parallèles entre eux, du moins dans une 
bonne partie de leur longueur, et supposons, do plus, que 
l'un d'eux contienne une source quelconque de courant 
électrique qu'on puisse taire varier à volonté. 

Le savant anglais a constaté que toute variation dans le 
courant de ce dernier, ou (oui mouvement relatif des deax 
fila, provoque le développement d'un courant électrique dans 
le circuit voisin. Lu courant qui prend naissance sous l'in- 
fluence do l'autre s'appelle courant d'induction ou courant 
induit, et celui qui provoque l'induction se nomme courant 
inducteur. 

Chaque fois que le courant inducteur commence, s'appro- 
che ou augmente d'intensité, il produit dans le circuit voisin 
un courant induit de sens inverse au sien ; lorsqu'au contraire 
le courant inducteur cesse, s'Aoigne ou diminue d'intensité, 
le courant induit développé est dired ou de même sens que 
celui qui le provoque. 

Les effets sont les mêmes avec les aimanta, c'est-à-dire 
que tout circuit placé dans un champ magnétique variable 
est le siège de courants induits dont le sens est déterminé 
par l'augmentation ou la diminution de l'intensité du champ, 
ou encore par le mouvement d'approche ou d'éloignement de 
l'aimant par rapport au circuit considéré. 

Ces résultats ne doivent pas nous surprendre, puisqu'on 
sait qu'un courant produit un champ magnétique qui l'enve- 
loppe, an même titre qu'un aimant, et le phénomène de la 
production des courants induits se réduit comme cause uoiqae 



— 466 — 



à la variation du flux magnétique, quelle que soit sou origine, 
qui traverse le circuit soumis à l'influence. 

Cette manière tout à fait générale d'envisager les phéno- 
mènes d'induction, en les attribuant à une modificatioi du 
flux magnétique qui émane soit d'un courant soit d'un 
aimant, nous permet d'énoncer une loi très simple, îi laquelle 
le sens du courant induit est invariablement soumis. 

Le «en» de ce courant induit ed toujours tel qu'il n'op- 
pose, par ton action électromagnétique, à la variation qui 
te produit dan» le champ inducteur. 

Si le courant d'induction prend naissance sous l'influence 
d'un champ qui diminue, il devra temlte à con'rarier cette 
diminution, c'est-à-dire à l'augraputor, en produisant nn (iux 
magnétique de m<»i« «e»'» ; s'il y a augmentation dans le 
champ inducteur, le courant induit, par son action électro- 
magnétique, s'opposera à cet accroissement, en créant un flux 
magnétique de sens contraire. 

Enfin, si la variation est due Ji un déplacemiiU relatif 
des deux circuits, le courant induit devra s'opposer à ce 
déplacement. Nous savons que deux courants parallèles et 
de sens contraires se repoussent ; il en résulte qu'un courant 
induit, engendré par le rapprochement des circuits, doit être 
de sens contraire au courant inducteur, puisqu'il doit s'oppo- 
ser à la cause de sa production, c'est-Ji-dire au mouvement 
d'approche. 

Cette dernière remarque est désignée sous le nom de loi 
de Lenz. 

Nous venons de considérer l'induction dans des fils ou 
dans des conducteurs linéaires. Les courants induits pou- 
vent aussi se développer dans des mas.iiw métalliques de 
formes quelconciues, et se fermer sur eux-mômes dans l'inté- 
rieur du métal. 

On doit à Faraday une expérience curieuse qui démontre 
la production de ces courants dans une masse de cuivre et 



— 467 — 



qui met en évidence une application aaisisaante de la loi do 
Lenz. Pour cela, on place, entre les pôles d'an furt électro- 
aimant, un cube en cuivre rouge suspendu à un Kl préala- 
blement tordu ; lorsqu'on l'abandonne à lui-nième, il prend 
un mouvement rapide de rotation. On lance alors un cou- 
rant intense dans les bobines de l'appareil , le déplacement 
du cube dans le champ magnétique créé par ie courint déve- 
loppe des courants induits dans la masse mr>iue du métal, et, 
d'après la loi de Lenz, ces courants ont un sens tel qu'ils 
s'opposent à la cause qui les produit, c'ent-à-dire au mouve- 
ment de rotation. Ou voit alors le cube s'arrlter subitement 
comme s'il se mouvait dans un milieu visqueux. 

On peut démoMicr le mtme phénomène d'une manière 
un peu différente. Ou bit tourner, au ;uoyon d'un poids, 
un disqne de cuivre entre les deux pôles d'un électro-aimant. 
Le mouvement se fait avec facilité, tant qu'aucun courant 
ne circule dans l'appareil pour en aimanter le? noyaux. Dis 
que ceux-ci deviennent actifs par le passage d'un courant, le 
disque s'arrête presqu'instantanémont. Ces courants tour- 
billons qui se développent dans le disque agissent à la faqon 
d'un véritMUt^ frein magnétique. On leur donne le nom de 
cùwant^ de FoueatUt, ef ce dernier physicien a fait remar- 
quer qu'ils produisent un dôgagemont de chaleur dana le 
métal, et, par suite, une perte d'éoergie. 

A cet effet, Foucault faisait tourner un disque de cuivre 
entre les pôles d'un électro-aimant, au moyen d'engrenages 
et d'une manivelle. En établissant un courant électrique 
dans les hélices magnétisantes, le di»iue s'arrêtait en quelques 
secondes, et l'on éprouvait une grande résistance pour con- 
tinuer le mouvement ontre les actions mignétiques des cou- 
rants de Foucault; on peu de temps, le disque devenait brû- 
lant. 

Il y a donc une résistance à vaincre lorst^u'on fait mou- 
voir des lames de métal dans un champ magnétique. C'est 



— 458 — 

ce qu'on appelle quelque»»!» le beurre ,magnaique, par 
aoalogie avec la résistance que Ton éprouve à traverser un 
morceau de beurre avec un wateau. 

On remarque que cette résistance e»t d'autant plue grande 
que le métal est meilleur conducteur de l'électricité. Si on 
laisse tomber successivement une pièce d» 50 œntins et un 
disque de plomb entre les pôles d'un éteotio-aimant, on 
s'aperçait que la pièce d'argent to«ibe moins vite que l'antre, 
parce qu'étant plus conductrice que le plomb, les courants de 
Foucault qui se développent dans sa masse sont plus intewics 
et le beurre magnétique a plus de consistance. 

Faraday a découvert de plus qu'un courant dont l'intensité 
varie donne naissance à uu courant d'induction dans son 
propre circuit et de sens td qu'il s'oppose à la variation 
considérée, 

II en résulte qu'un courant ne- peut commencer instanta- 
nément dans un circuit, mais le couant d'induction qu'il 
engendre tend à contrarier son établissement dans le Bl, de 
même qu'il s'oppose à son augmentation ; un courant, pour la 
même raison, ne peut finit subitement, parcj qu'il induit 
un courant, dans son propre circuit, qui tend à le prolonger, 
ou à le renforcer, s'il décroît. Ce' phénomène d'induction 
d'un courant sur loi-même s'appelle aelf-inductwn. et peut 
se comparer au frottement qui contrarie le mouvement des 
corps. C'est u;ie véritable inertie électrique, analogue iH 
l'inertie mécanique. 

Ceci posé, nous sommes maintenant en mesure d'aborder 
l'étude des expériences d'Elihu Thomson, qui repose entière- 
ment sur les lois d'Ampère et les phénomènes d'induction. 

L'appareil du savant américain se com|/03e d'un nojr»B, 
forcné d'un faisceau de fils de fer isolés les uns des autrts par 
une couche de vernis, et entouré d'une bobine d'un longoo»- 
ducteur de cuivre recouvert •!■! coton. 

Dans ces conditions, si on alimente le circuit de la bobine 



■^t^ésm. jf^tfm^^kL fvm- 



— 489 — 



avec un courant altern ^tif, le noyau de fer s'aimante pério- 
diqnement dans un sens et dans l'autre, chaque extrémité con- 
tient alteraativement un pôle nord et un pâle sud, puisque 
la disposition de ces pôles dépend du sens du courant qui 
circule autour du noyau. Dès lors, le champ magnétique 
d'un pareil système devient essentiellement variable ; comme 
il est produit par un courant qui change de sens une cen- 
taine de fois par seconde, il en résulte qu'il passe par toutes 
les valeurs possibles, depuis ïéro jusqu'à un maximum, pour 
repasser par les mêmes phases, awis un sens inverse. 

Approchons maintenant de ce noyau du fer un anneau de 
cuivre, dans une position parallèle aux spires de la bobine. 
D'après ce qne nous venons de dire de Viuduction électrique, 
U devra se développer, dans le circuit fermé constitué par 
Fanneau, des courants induits sous l'influence de ceux de la 
bobine, parce qu'alors les conditions requises pour l'induction 
sont pleinement réalisées. 

En effet, le courant inducteur, par le fait qu'il est alter- 
natif, n'a jamais la même valeur pour deux instants consé- 
cutifs. Son intensité, comme nous venons de le dire, subit 
des variations continuelles, change de sens très rapidement, 
et il en est de mène du flux magnétique qu'il engendre dans 
le noyau. Rien d"éton»»nt alors si un pareil courant, agissant 
»nr le circuit fermé de Tannean qu'on en approche, déveieppe 
^ns celui ci des courants d'induction ; il est clair aussi que 
•es courants seront alternatifs comme cenx qui les ont 
produits. 

n en résuit» donc cette conséquence importante que l'on 
niaËse le cas <ic courante électriques parallèles, omx de la 
bokine et oeax de l'anneau, et qu'ils sont tantôt de sens con- 
tnÙTCs, tantôt de même sens. 

Qu'arri^era-t-il alors î Nous savons par les lois d'Ampère 
que nous avons vues tout h l'heure que doux courants 
parallèles s'attirent, s'ils sont dg. même sens, et se repoussent. 



— 460 — 

a^b lont de uns oontrairas. Il est évident que, sans cause 
extérieure perturbatrice, il n'y aurait aucune action entre le» 
deux circuit», puisque la somme de» attractions lorsque le» 
courants sont de même een», »era égale à la »omme de» répul- 
sions, lorsqu'ils seront de sens contraires. 

Mais ce n'est pas ce qui a liea, à cause d'une action secon- 
daire qui vient compliquer le pWnomène, er un mot, à cause 
de la soif-induction, dont nons veooni d'expliquer la nature. 
Les courant» qui prennent naissance daaa l'anneau subissent 
un retard par rapport à ceux de la bobine ; ils ne commen- 
cent pas instantanément, mais k seK-iaduotion s'oppose à 
leur établissement subit, comme s'ils avaient à vaincre la 
fésistanoe d'un frottement, la conséquence de oo retard est 
que la symétrie n'existe plus entre les cou-iuats inducteurs et 
induits, et Elihu Thomson a prouwé que, daus ce» conditions, 
la répulsion devient prépondérante et l'emporte suf les forces 
attractives au point qu'il est impoisiUe de tenir raeseau en 
place sur la con»i.le de la bobine. Aussitôt que le courant 
est établi dans le fil, on voit l'anneau santer en Tair, du 
moment qu'on l'abandonne à Ini-mtme. Si, au contraire, on 
le lient sous l'influence des courants sans lui permettre d'être 
projeté à l'extérieur, il se réchauffe considérablement, et à 
un degré tel qu'on ne peut le tenir à la main. 

La même expérience réussit parfaitement avec un grand 
anneau de cuivre qui entoure complètement la bobine ; on 
le descend jusqu'à la moitié de la longueur de cette dernière, 
et, à l'établissement du courant, il est projeté, malgré son 
poids, à une hauteur relativement très granje avec une 
énergie surprenante. On varie l'expérience en laUsant tom- 
ber ces anneaux sur la bobine d'une certaine distance déter- 
minée. La répulsion éleotrodynamique agit à la façon d'un 
ressort, et l'on voit les anneaux rebonJir sur un coussin 
magnétique aussi mystérieux qu'invisible. 

Le même effet de répuhioB s'obeerve avec des disques de 



-461' 



cuivre que l'on place sur rélectro'aimant, et l'action dea 
courants alternatifs s'explique de la même mani6re que 
pour les anneaux ; les courants induits que nous avons con- 
sidérés tout à l'heure se développent dans l'intérieur du 
métal en se fermant sur eux-mêmes et subissput un retard 
dû à la self-induction. C'est pour cela que la répulsion 
l'emporte sur l'attraction et qu'ils sont projetés à l'extérieur 
comme les anneaux. 

Les effets d'induction causés par l'appareil de Thomson 
sont encore mis en évidence en l'entourant avec une bobine 
annulaire, à fil assez fin, et dont les deux extrémités abou- 
tissent à une lampe à incandescence do 16 bougies. La lampe 
s'allume d'abord faiblement k une certaine distance de l'éleo- 
tro-aimant, mais h mesure qu'on l'approche et surtout lors- 
qu'on l'eolile dan» ce dernier, on la voit briller d'un vif éclat 
sons rinSueace des coumnla induits développés a distance 
par le oouiaat alternatif qai circule dans le) spirei de la pre- 
mière bohae. 

Une autre expérience très curieuse et très intéressante 
permet de montrer à la fois les phénomèni» d'induction et de 
répulsion électrodvMUuique. 

On place sur la bobine de Thomson un vase en verre 
rempli d'eau, et, awnt l'établissement du courant, on descend 
dans le liquide une petite bobine annulaire constituée par un 
fil très long et très in, comparable à un fil à coudre. A ce fil 
est reliée tme petite lampe-bijou, et le tout est équilibré de 
telle façon que le système s'oufouue faiblement jusqu'au fond 
du vase. On lance alors le courant alternatif dans l'électro- 
aimant ; aussitôt la petite lampe brille dans l'eau, et le sys- 
tème est repoussé par l'action électrwlynamiquo; il reste 
suspendu au sein du liquide lorsque la répulsion 4e la bobine 
qui s'ajoute à la poussi' ■ de l'eau égale son poids. 

Klihu Thomson a réalisé aassi des rotutiotia éleetrodyua- 
mtfOM au moyen de son affnreil. Il suBit pour cela de 



— 462 — 



pincer au-desaua de Is bobiue un diaquo de cuivre pouvant 
tourner autour d'un pivot Si alors, avec un deuxiinie disque 
de cuivre, on intercepte une partie dn champ magnétique 
engendré par l'électro-aiuiant, il se développe dans le disque 
mobile, sous l'inHuence des actions répulsives s'exeri^nt sur 
une partie seulement de sn surface, dos composantes horizon- 
tales qui le font tourner avec une grande rapidité. 

Enfin citons, comme dernière expérience, l'action de l'éloc- 
tro-aimant de Thomson sur le fer. Celui-ci, au lieu d'être 
repoussé comme le cuivre, s'a: itantc au contraire énergi()uo- 
ment, et si l'on projette avec assez de force une masse de 
clous d'emballage sur la bobine, ils adhèrent à sa surface et 
forment une houppe très curieuse à la partie supérieure. 

Il m'est agréable. Messieurs, de déclarer ici, ce soir, que 
cette bobine de Thomson que vous venez de voir fonctionner, 
ainsi que tous les accessoires qui m'ont permis d'exécuter 
pour la première fois à Québec les brillantes expériences du 
savant américain, a été construite avec une grande habilité 
par M. Siméon Furtin, électricien du Séminaire. Je tiens 
aussi à faire connaître au public que le courant alternatif 
dont je me suis servi dans ces deux conférences est très 
gracieusement fourni à l'ITuiveraité par la Compagnie Jac- 
ques- Cartier. 

Que conclure, Messieurs, des théories que nous avons 
exposées, et des expériences que nous avons faites 7 II 
semble suffisamment prouvé qu'il existe entre le magnétisme 
et l'électricité des relations assez intimes, une identité de 
propriétés assez frappante pour qu'il soit légitime, en restant 
dans les limites d'une sage réierve, d'expliquer l'un par 
l'autre. L'histoire de la science nous offre peu d'exemples 
de découverte aussi importante et aussi féconde en résultats 
théoriques et pratiques. 

11 serait puéril de mettre en doute l'intérêt saisissant qui 
se dégage des études d'Ampère par lesquelles il a réussi à 



— 4C8 — 

soumettre & une aeiilo et même cause cet doux grandes 
classes de phénomènes en npinrouoe si dilWronts. Quant 
aux résultats pratiques, ils sont d'une importance si capitale, 
ils ont opéré une rijvolution industrielle tellement colossale 
que les découvertes d'Ampère, jointes h celles de Faraday 
qui les complètent, suHisont pour placer ces deux savants 
au rang des génies créateurs et des bienfaiteurs de l'huma- 
nité. Nous n'avons qu'à rappeler, pour appuyer notre asser- 
tion, que les machines dynarao-électiiques, qui répandent 
avec tant de profusion 1 énergie lumineuse et mécanique dans 
toutes les parties du monde, ne sont que des applications 
des électro-aimants et des principes de l'induotion. 

Toutefois, malgré les résultats merveilleux qui ont surgi 
de cette évolution méthodique et raisonnée des premières 
idées d'Ampère, il convient de signaler emoro une fois ce que 
nous disions au commencement de ce travail, c'est-à-dire que 
la nature intime des phénomènes magnétiques et électriques 
nous est encore complètement inconnue ; il est probable 
qu'elle le sera toujours, Hâtons-nouj d'ajouter que cela ne 
diminue on rioii le mérite de ceux qui ont travaillé et qui 
travaillent encore pour la science ; ils ont, au contraire, la 
gloiie d'avoir découvert, bien plus, d'avoir pressenti et deviné, 
P'ir les lois nécessaires du calcul mathématique et les ressour- 
ces de l'expérimentation, les «ci-ts qui découlent d'une cause 
de plus en plus inyst^n ,ii.„-. (i -este «îuoore, sans doute, 
bien des questions i. il.ijjjr, l'ieii fies phénomènes à décou- 
vrir, bien des points à p'.uiti'! n.iiis, à aucune autre époque 
de l'histoire, on a vu (,>ot d .ersévérti. ■ i. tant de possion 
dans les recherches scieuii:- ,;!!■.. J' e.- tiermis d'espérer 
que le génie de l'homme no sera pi;ij i-, , .... de sii'rilité dans 
ot'tto lutte à la recherche do l'iuccinu, ut quo d ^l'iatantes 
découvertes viendront encore dr nor ,\ \\ scieuce uh Tiuuveau 
droit à la reconnaissance de l'huiiiaril 



TABLE DES MATIÈRES 



ConBrene. de M. Adjutor lUrud j v, 

\tn oonrérano* .!• M. l'abM A.-H. Douelln .)| ► 

Mmo oonBrono. d» M. l'.bb* A.H. Ocelln 09- 

3èine oondranc.- d« M. l'abM A.-H. OcuMlin 98 ' 

Canftrcno* da M. I'«bb« Staniilu-A. Lortie m » 

Canffiniiloa da M. Eag«na Roulllud 10,1 ,/ 

Conltrence da M. N.B. Oioniw ^^ 

Confiranoa da M. J.-E. Prinoa 25.1 f 

l*re conffranoa da M. l'abbé L A. Paquat 291 

Wma conarenoe da M. l'abbé L..A. Paquat I J17 

Sème oonféranoe da M. l'abbé L.A. Paquet....] Jéj 

1ère conférenca de M. l'abbé C. Boy 37; |/ 

Mme oonffrenca de H. l'abbé C. Roy mj ,, 

lére conférence de M. l'abbé Henri Simard 417 

2#rae conférence da M. l'abbé Henri Simard 441 




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